Traduction : Turand
Relecture : Emiko Yure (AO3), Tressym383
•
•
Résumé : La thérapie avec sa mère est terrifiante, mais productive.
Bien sûr, il fallait que ses anciens amis se réveillent et arrêtent de cacher de l'alcool sur le toit de Tsubasa juste avant la thérapie avec sa mère. Il lui restait tout juste un shot et demi au fond de la bouteille qui se trouvait dans sa commode. Après ça, il serait condamné à redevenir sobre tout le temps.
Une fois de plus, l'équipe d'idiots avait préparé le petit-déjeuner. Ça faisait partie de leur plan en douze étapes pour lui faire manger quelque chose, d'après Kaminari. Avec autant de personnes ayant les yeux posés sur lui et lui donnant littéralement de la nourriture, il se devait d'au moins essayer. En espérant que tout ne serait pas rejeté plus tard.
"Bonjour, Bakugo !" Mina salua vivement.
"Hm-hm." Il n'avait pas encore l'énergie nécessaire pour former des mots.
"Thé ou café ?" elle proposa.
Il était fatigué, mais la caféine pourrait aggraver son anxiété. Sa tête lui faisait mal cependant et le café l'aidait généralement ces derniers temps. Mais était-ce mieux que-
"Je vais faire les deux et je boirai ce que tu ne veux pas." elle décida.
Lorsque Kirishima lui servit des toasts et un bol de miso, il se demanda s'ils avaient tous anticipé ses nausées particulièrement présentes ce jour-là.
"T'as fait ton choix, Bakugo ?" Mina redemanda.
"Du jus d'orange." Il sourit méchamment.
"Vas te faire voir !" elle ricana.
"Et le café." Il récupéra la tasse avant de se diriger vers le frigo pour se verser le jus de fruit. Puis il s'installa face à son petit-déjeuner principalement liquide, se sentant quelque peu optimiste.
"Tu dois voir ta mère à quelle heure ?" Kirishima demanda en prenant place à côté de lui.
"À onze heures." Il allait avoir trois heures complètes pour broyer du noir à ce sujet en attendant.
"Tu penses que ça ira ? Aizawa m'a dit que je pouvais rester si- "
"Va en cours, Têtes d'orties. Tu peux pas te permettre de les sauter."
"Je peux si je le fais avec mon tuteur attitré." il argumenta.
"Ça va, Kiri." il insista. "Vas-y."
Kirishima le fixa.
"Quoi ?!" il demanda, soudainement trop conscient de lui-même.
"Comment tu viens de m'appeler ?"
Merde !
"Je t'ai traité de putain de perdant stupide qui a besoin d'aller en classe !"
"Si tu le dis, Kacchan." Kirishima ricana.
"Je vais te tuer." il menaça. Il put profiter d'environ trente secondes de paix avant que Kaminari ne l'interrompe.
"T'étouffes pas là-dedans ?"
"La seule chose qui étouffe, c'est mon charisme." il dévia. La blague n'était vraiment pas de son style, mais c'était tout ce qu'il pouvait trouver à dire pour ne pas répondre à ça.
"Oh ouais, les filles deviennent vraiment folles pour les manches longues style victoriennes." Kaminari enchaîna. "Tu pourrais peut-être même les laisser apercevoir une cheville sexy si t'es courageux."
Dieu merci, Kaminari était facilement distrait.
Deku, en revanche, le fixait attentivement avec un visage qui hurlait « Je sais ».
Merde.
Il se força à prendre quelques bouchées supplémentaires de Miso -il le devait parce que Kirishima avait l'air absolument heureux de le voir faire- avant de tenter de s'échapper. Il attendit que la conversation ambiante reprenne, s'empara de son verre de jus d'orange et se glissa dans les escaliers, où le putain de Deku l'intercepta.
"Pourquoi avoir mis des manches longues, Kacchan ?" il demanda discrètement.
"Pourquoi cette gueule d'emmerdeur, Deku ?"
"Tu as recommencé, n'est-ce pas ?" Ce n'était pas vraiment une question, le putain de nerd le savait déjà.
"Ce que j'ai fait te regarde pas !"
"Tu dois en parler à Aizawa."
"Va te faire voir !"
Puis Deku lui donna un ultimatum. "Soit tu lui dis, soit je le ferai."
Son alter s'activa sur sa main libre et son grognement colérique se transforma peu à peu en rugissement, mais Deku n'avait plus peur de lui.
"Je te déteste, putain !" il cria en se précipitant dans sa chambre. Il n'en était pas certain parce que son ouïe était merdique, mais il était presque sûr d'avoir entendu Deku répondre : "Je sais."
Ce connard l'observait comme un faucon ces jours-ci et il détestait ça.
Au moins, ce stupide nerd ne savait pas ce qu'était une vodka-orange. Il versa le reste de l'alcool volé dans son verre de jus. Ce n'était pas grand-chose, mais peut-être que ça atténuerait un peu l'anxiété stagnante avec laquelle il allait être coincé ces prochaines heures.
La dernière séance avec sa mère avait été terrifiante. Si elle avait juste crié et continué à l'intimidé durant toute l'heure, il aurait pu mettre ça avec toutes les autres fois où elle avait été une mesquine pétasse. Mais elle avait ensuite déclaré qu'elle ne le détestait pas, avant de dire qu'elle l'aimait. Puis elle avait commencé à essayer de le comprendre, vraiment essayer. La possibilité que les choses se passent bien lui apportait une nouvelle forme d'anxiété. S'il se laissait espérer, toutes ces années passées à construire un bouclier émotionnel seraient gaspillées. S'il se laissait faire, elle pourrait à nouveau lui faire du mal. Parler avec la femme qui avait détruit son estime de lui et baisser ses gardes face à elle… il n'était pas sûr de pouvoir le faire.
Pourquoi ça devait tomber le jour où il n'avait plus accès à de l'alcool ?
Lorsque sa famille était apparue pour la première fois dans l'actualité, Mitsuki avait d'abord considéré cette polémique comme l'un des potins sensationnalistes d'un groupe de hippies gringalets, lâches et naïfs. Pour qui se prenaient-ils pour lui dire comment élever son fils ? Ils ne le connaissaient même pas !
Mais elle avait ensuite vu Katsuki. Elle l'avait vu se démener pour la comprendre alors qu'il était convaincu qu'elle le détestait. Le gamin pensait qu'il l'était sûrement, l'effort avait été réel. À chaque fois qu'elle essayait d'écarter les accusations, elle se rappelait l'incrédulité et le choc sans précédent qu'il avait eu en l'entendant lui dire qu'elle l'aimait. Elle devait retourner en thérapie. Elle se devait d'au moins essayer de se réconcilier avec lui.
"Nous avons fini sur une note quelque peu tendue la dernière fois." Six nota. Comme si elle l'avait oublié. "Je pense donc que nous devrions vérifier comment chacun de vous se sent aujourd'hui avant qu'on ne poursuive."
"J'ai réfléchi à ce que tu as dit la dernière fois." Mitsuki se força à dire à son fils avec détermination et confiance. "Sur le fait que je te mets la faute dessus dès que quelque chose de mal t'arrive. Je pense que je peux comprendre pourquoi tu as interprété ça comme le comportement d'une grande connasse qui veut te voir être puni."
Katsuki avait l'air tellement sidéré de la voir admettre une faute, bordel, elle avait tellement merdé.
"Tout le monde n'arrête pas de dire qu'on se ressemble." Comme si elle ne savait pas déjà que chaque chose détestable chez Katsuki venait d'elle. "Mais en vérité, lorsque j'étais enfant et adolescente, je ne te ressemblais pas du tout. Ma vie était si différente de la tienne."
"Vous aviez mentionné votre mère au début de la dernière session." Six rappela. "À quoi ressemble la dynamique de votre famille, au sens large ?"
"Il n'y en a pas." Si elle perdait Masaru et Katsuki, elle se retrouverait seule. "Ma mère est morte quand j'avais dix-sept ans. Elle n'a jamais rencontré Katsuki."
"Je suis désolée."
"C'était il y a longtemps."
Elle a seize ans et sa mère approche de la fin. Son corps squelettique porte ses vêtements tel un porte-manteau. Le tissu recouvre les minces os fragiles, facilement brisables.
"Tu as le joli visage de ta grand-mère, tout comme moi. " sa mère déclare avec un sourire malicieux. "Ça peut être dangereux, mais tu peux l'utiliser à ton avantage. Lorsqu'on ressemble à une poupée de porcelaine, personne ne voit jamais le feu arriver. Et toi, ma courageuse fille, tu as le feu nécessaire en toi pour tout affronter."
"Est-ce que vous vous entendiez bien ?" Six demanda.
"J'adorais ma mère." Elle sourit tendrement, un vieux chagrin la tiraillant à l'admission.
"Quel genre de parent était-elle ?"
"Maman, pourquoi grand-mère me déteste ?" Elle renifle, chassant les larmes de son visage de huit ans.
"Ça n'a rien à voir avec toi, mon cœur." Elle pose une main ferme sur l'épaule de sa fille. "C'est moi qu'elle n'aime pas."
"Pourquoi ?!" Mitsuki s'indigne. Comment quelqu'un pourrait ne pas aimer sa maman ?
"J'ai un père différent de ta tante et de ton oncle." sa mère explique. "C'était un soldat allié pendant l'occupation, un homme mauvais. Je ne pense pas que ta grand-mère ait jamais trouvé en elle la force de m'aimer. Mais elle m'a tout de même appris tout ce que je sais. Elle ne peut pas contrôler ses sentiments. Elle a fait de son mieux et pour moi, c'est bien assez."
"Le meilleur. Mon père s'est effondré après sa mort et j'étais l'aînée de quatre enfants. J'étais- "
"Vas-y, frappe-moi ! Ça ne changera rien, espèce de vieux taré !"
"Je crois que j'étais une personne plus gentille avant tout ça." Elle avait enterré sa douceur avec sa mère.
"Comment pensez-vous qu'elle réagirait face à votre relation avec Katsuki ?" Six demanda.
"Tu feras ça très bien, Mitsuki. Tu l'as en toi."
Sa mère n'aurait jamais frappé Katsuki. C'était plutôt le style de son père.
"Frappe-le, Mimi !"
"J'ai giflé mon plus jeune frère sur le pas de la porte le jour où il a été arrêté pour vol à l'étalage. Ce n'était pas de la nourriture comme j'en volais personnellement, mais juste des écouteurs. Puis il a commencé à faire de même avec de l'alcool, avant de passer à des vols plus graves."
"T'es une connasse tellement violente ! Maman aurait honte de toi !"
"Maman n'est pas là !"
"Ma mère n'était pas comme ça. Elle n'était pas comme mon père et moi." Elle soupira, se perdant dans ses souvenirs. Se demandant dans lequel elle allait plonger ensuite. "Mais elle n'était plus là et ils ne m'écoutaient pas comme ils le faisaient avec elle. Qu'est-ce que j'étais censé faire ?"
"Le jour où je te retrouverai mort dans un caniveau, t'auras personne d'autre à blâmer que toi-même !"
"Kanaye a finit par se faire tuer."
"Qui ?" Katsuki la regardait, complètement captivé.
"Mon plus jeune frère. J'imagine que je ne l'ai jamais mentionné avant, hein ?" Elle gratta la peau autour d'un de ses ongles. "C'est une sorte de règle tacite dans ma fratrie, on ne parle pas de lui. Enfin, on ne se parle pas beaucoup ces jours-ci de toute façon."
Sa mère aurait sauvé Kanaye avant qu'il ne soit trop tard. Elle aurait aimé Katsuki comme un parent était censé le faire.
"Le but de cette thérapie est de s'écouter les uns les autres." Six rappela doucement. "Alors peut-être que nous allons essayer de trouver une manière différente de nous faire entendre."
"Ouais, peu importe." Mitsuki marmonna, se préparant à recevoir une leçon ou quelque chose de ce genre. "Faites votre truc de psy."
"On dirait qu'une grande partie de votre agressivité provient d'une peur de ne pas pouvoir contrôler votre fils, et de le perdre comme ça a été le cas avec votre frère." Cette salope avait du culot. "Est-ce que ça vous semble exact ?"
"J'imagine."
Elle détestait ça.
"Serait-il correct d'avancer que les paroles et les actions que vous utilisez pour reprendre ce contrôle vont parfois trop loin ?"
"J'imagine." elle répéta inutilement.
"Lorsque vous dites à Katsuki que se faire attaquer ou kidnapper est de sa faute, le pensez-vous vraiment ?" elle continua. "Ou est-ce que vous essayez juste de faire en sorte qu'il vous écoute ?"
"Je suppose que j'essaie juste de me faire écouter." elle admit et-
Bordel, Katsuki pleurait.
"Qu'est-ce qui ne va pas ?" Sa poitrine se serra. Merde, qu'est-ce que j'ai encore fait ?
"Tu le pensais pas ?" il s'étrangla.
Oh mon Dieu, Katsuki ne pleure jamais comme ça, qu'est-ce qu'il se passe ?
"Probablement pas." Une douzaine de phrases vicieuses se mélangeaient dans son esprit comme candidates viables à la cause de cette réaction. "De quoi on parle, exactement ?"
Son cœur s'accéléra alors que son cerveau assemblait les morceaux. Katsuki était un enfant, son enfant, et il pleurait.
"Quand tu m'as mis à la porte..." Il avait l'air désespéré et brisé. Les derniers lambeaux d'instinct maternel qui lui restaient hurlaient en elle. "T'as dit que si quelque chose m'arrivait, ce serait de ma faute."
"Le jour où tu seras embarqué par un pédophile dans une allée sombre, ce sera de ta putain de faute parce que t'écoutes jamais !"
Son sang se glaça. Elle haleta à travers la main qu'elle plaqua contre sa bouche.
"Oh mon Dieu."
Elle lui avait dit ça. Elle avait dit ça à son fils.
Et c'était vraiment arrivé.
Elle se sentit soudainement nauséeuse.
Il ne me pardonnera jamais.
Je ne me pardonnerai jamais.
"Merde, Katsuki." Elle laissa échapper un souffle douloureusement tendu. "Quelqu'un- putain."
Je suis tellement mauvaise pour ce genre de choses.
"On t'a attouché, et tu me l'a jamais dit parce que tu pensais que je te blâmerais ?" Sa vision se brouilla, mais elle put tout de même le voir hocher la tête.
"Merde." Elle essaya d'essuyer ses larmes sans étaler son mascara. Katsuki ne l'avait probablement encore jamais vu pleurer de sa vie. "Putain, je suis désolée."
"Alors… tu penses pas vraiment que c'est de ma faute ?" il demanda prudemment, et ça l'acheva.
"Non. Non, mon Dieu, ce n'est pas de ta faute, Kit-Kat." Le vieux surnom affectueux ressurgit de nulle part. L'expression sceptique de son fils se tordit avec quelque chose de trop grave pour que ce soit du soulagement.
"Quand est-ce que- Ça s'est passé combien de temps après que j'ai dit cette merde ?"
"La veille." il répondit en fixant ses chaussures.
"Merde !"
Elle se leva, claquant ses mains contre les accoudoirs de sa chaise, et il tressaillit.
Merde !
"D'accord. D'accord." elle balbutia, complètement perdue. "Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Tu veux que je parte ?"
"J'en sais rien." Il avait l'air dépassé.
Elle regarda son fils comme s'il était un étranger. Il était si jeune. Il pleurait et il avait tellement peur. Peur d'elle. Pour une bonne raison.
"J'ai merdé."
Elle avait toujours été fière de pouvoir même effrayer les gamins les plus odieux du quartier, mais désormais elle se sentait comme un animal dangereux laissé au milieu d'un enclos d'agneaux.
"Je vais aller travailler sur ça quelque part où je ne pourrais pas te faire de mal." elle lâcha avant de fuir à son tour la séance.
NAO : J'étais sur le point de poster ce chapitre, qui mentionne notamment toute cette difficulté à se nourrir qui est un vrai problème dans ma vie actuellement, lorsque mon petit copain m'a apporté le putain de petit-déjeuner.
C'est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée.
