Bonsoir !

Me voilà pour un nouveau chapitre. Désolée j'ai beaucouuup de retard...

Merci beaucoup à tous pour vos reviews - notamment merci à SallyWolf et Tawney à qui je ne peux pas répondre autrement qu'ici - cela me motive et j'espère que vous continuerez d'apprécier cette histoire. :)


Chapitre 6


Si vous n'avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Pourquoi me faire ce sourire
Qui tournerait la tête au roi ?
Si vous n'avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?

Si vous n'avez rien à me dire, Les Contemplations, Victor Hugo


Vint finalement le vendredi. Aidlinn se réveilla au son strident du réveil magique de Sylvia et se prépara avec hâte. Les évènements de la veille au soir lui revinrent en mémoire et ce fut troublée qu'elle se rendit à la Grande Salle. Elle chercha des yeux Rosier, déjà attablé devant une tasse de café, mais il ne lui accorda pas un regard. Que s'était-elle imaginée ? Evan était rancunier, il était idiot de penser qu'après quelques jours, il aurait fini par lui pardonner. Aidlinn se concentra donc sur son petit-déjeuner, ignorant les discussions qui s'élevaient autour d'elle.

Elle faillit recracher sa gorgée de jus de fruit quand le bras de Dan Heston s'abattit sur ses épaules :

— Alors, Rowle, on se voit ce soir ?

Elle avait complètement oublié la soirée de Slughorn et acquiesça, le visage cramoisi tandis qu'il partait s'asseoir plus loin en rigolant. Isaac, qui n'avait pas perdu une miette de l'échange, attaqua, la voix plus froide que jamais :

— Ne me dis pas que c'est Heston qui t'accompagne ce soir ?

Avery, lui aussi, se tourna vers elle :

— Tu as demandé à lui ?

— Et alors ? se défendit inutilement Aidlinn.

— Pourquoi ? insista Isaac.

— Et pourquoi pas ? s'offusqua-t-elle.

— Tout d'abord, son sang est impur…

— Alors ça ! Combien de fois es-tu sorti avec une sang-mêlé ?

Isaac fronça les sourcils et releva le menton d'un air supérieur :

— Ce n'est pas la même chose et tu le sais.

— Enfin, ce n'est qu'une soirée !

Bien sûr, une fille de bonne famille n'avait pas le droit de s'afficher au bras de n'importe qui, mais Dan Heston n'était pas censé être n'importe qui. C'était un bon élève, le capitaine de l'équipe de Quidditch, sa famille était suffisamment aisée pour qu'elle n'eût pas honte d'être vue en sa compagnie et enfin, il était charmant.

Ses yeux dévièrent malgré elle vers Evan, qui ne participait pas à l'échange mais débattait avec Rodolphus d'un air indifférent. Peut-être n'avaient-ils pas entendu ?

— Si tu y vas avec lui, Aidlinn…

Il semblait à court de mots, tant il était ébranlé par la nouvelle.

— Enfin, il…

— Il quoi, Isaac ? Il vient d'une famille riche et respectable, même si son sang n'est pas tout à fait pur. Qui voulais-tu que j'invite ?

Isaac devint rouge et marmonna :

— Pourquoi pas Rodolphus ?

Aidlinn sentit ses joues la brûler. Heureusement, le garçon en question ne s'était apparemment aperçu de rien et continuait de débattre avec Evan. La jeune fille ne voulait pas y aller avec lui, cela aurait été particulièrement gênant. Certes, Rodolphus était un ami, mais il pouvait se révéler ennuyeux lors des soirées, autant en raison de son manque de brillance que de son désintérêt pour la danse. Aller à une soirée avec Rodolphus et s'attendre à s'amuser revenait à attendre dans sa tour la venue d'un prince charmant : c'était irréaliste et excessivement frustrant. De plus, que se serait-il alors imaginé ? La jeune fille n'avait pas envie de se voir enfermée dans une histoire de fiançailles avec lui.

— C'est trop tard, de toute façon. Et je ne vois vraiment pas le problème avec Heston.

Elle quitta la table et prit la direction de la salle 11 où aurait lieu son cours de métamorphose, leur salle habituelle étant en rénovation. Edern s'assit à côté d'elle, profitant du fait que Sylvia préféra Maria à Aidlinn. Le cours portait sur les sortilèges de disparition, un exercice difficile qui demandait adresse et application.

— Tu ne peux pas y aller avec Heston, déclara-t-il catégoriquement après que le professeur eut donné les instructions.

Il donna un nouveau coup de baguette et l'iguane qui paressait sur son bureau disparut. Le crapaud d'Aidlinn, en revanche, était toujours bien visible, elle ne parvenait pas à se concentrer avec son ami qui la harcelait.

— Je ne vois pas le problème, répétait-elle inlassablement.

Le professeur MacGonagall vint leur enjoindre de se taire et jeta un coup d'œil au batracien posé sur le bureau d'Aidlinn.

— Il va falloir vous améliorer, Miss Rowle, si vous espérez réussir l'examen de fin d'année.

Elle lui donna des devoirs supplémentaires, tandis que les autres n'avaient rien d'autre à faire que de lire les pages de leur manuel scolaire concernant les sortilèges d'apparition. De mauvaise humeur, Aidlinn fut forcée d'écouter Edern qui la prit à part une fois qu'ils se furent suffisamment éloignés de la salle de classe.

— Tu ne comprends pas... Le père de Heston est un auror au service du ministère.

Aidlinn blêmit. Pourquoi personne ne lui en avait-il parlé avant ?

— Je pensais que tu le savais, se justifia Edern devant son air mortifié.

Agacée contre elle-même autant que contre lui, elle rétorqua :

— Tu penses vraiment que j'aurais voulu l'avoir pour cavalier, si je l'avais su ?

Avery haussa les épaules et Aidlinn se renfrogna.

— Je ne suis pas si stupide !

Devant le silence gêné de son ami, elle leva les yeux au ciel et tourna les talons.

Avery ne vint pas la voir du reste de la journée, pas plus que Mulciber. Aidlinn n'était pas surprise : elle savait qu'entre Edern et elle, la loyauté du troisième revenait à Avery. Elle fut donc soulagée de sauter le repas du soir pour se préparer seule dans son dortoir, ses camarades de chambre ne faisant pas partie du club de leur directeur de maison. Elle enfila donc la robe émeraude que sa mère lui avait achetée l'année dernière, coiffa avec application ses longs cheveux blonds et daigna même poudrer légèrement ses joues, dans l'espoir d'atténuer la pâleur de son teint. En remontant dans la salle commune, la vision de Dan Heston, dans son costume vert foncé, la réconforta : au moins, il avait respecté son engagement. Pourtant, en cet instant, il faisait calmement face à Isaac qui venait de crier quelque chose, le visage livide, la mâchoire serrée. En entendant les pas dans l'escalier, les deux garçons se tournèrent vers Aidlinn. Isaac semblait toujours furieux, mais à la vue de sa sœur, il préféra sortir. Interloquée, Aidlinn se mit en quête d'une réponse en scrutant la face de Dan, mais il se contenta d'un sourire d'excuse :

— Ton frère ne m'aime pas beaucoup, je crois.

Il lui offrit son bras et ensemble ils se rendirent jusqu'à la salle du premier étage réservée par Slughorn pour l'occasion. Maintenant qu'elle savait que le père de Dan était un auror, Aidlinn n'osait plus rien dire. Une parole de travers et son père enquêterait sur le père de la jeune fille, l'emmènerait même peut-être à Azkaban. Comme semblait loin le soir où elle l'avait invité !

Aidlinn n'avait jusqu'alors connu du Club de Slug que les réceptions intimistes entre privilégiés dans son bureau ; ce soir-là, il y avait plus de monde qu'à l'accoutumée : les élèves habituels, bien sûr, mais aussi certains professeurs, quelques journalistes et auteurs plus ou moins connus et même quelques membres du ministère de la Magie. La salle avait été décorée avec des guirlandes de papier roses et blanches, un buffet était installé dans un coin et deux serveurs passaient avec des coupes de champagne entre les convives. Le regard d'Aidlinn fut attiré par Evan Rosier dans un coin de la salle. Il était de profil, si bien qu'elle voyait son nez droit et sa mâchoire volontaire se dessiner devant les rideaux sombres du fond de la pièce. Il hochait poliment la tête aux paroles d'un homme âgé qui faisait de grands gestes. Elle aurait tant donné pour avoir la légitimité de se poster à ses côtés ! A ce moment, Délia Abbot apparut, un toast à la main et les yeux brillants, brisant l'enchantement ; Aidlinn se détourna pour aller saluer le professeur Slughorn.

Même ce dernier n'eut que peu de temps à lui accorder, il lui délivra quelques sourires et paroles aimables avant de s'intéresser à Heston. Elle n'avait jamais été sa préférée et se demandait même parfois pourquoi elle faisait partie du club – elle soupçonnait Isaac d'être intervenu auprès de l'enseignant. Son frère était là, lui aussi, en compagnie d'une Serpentard de septième année, mais refusa de regarder dans leur direction. Il parlait à un homme du Ministère dont Aidlinn ne connaissait pas le nom, mais qu'elle avait déjà aperçu lors de divers évènements rassemblant la communauté sang-pur. Rapidement, elle se retrouva seule avec Heston près du buffet. Elle fut distraite un instant par l'arrivée d'Edern ; il était accompagné par une fille gracieuse coiffée d'une longue tresse d'encre du nom de Lei Wáng. Aidlinn pensa avec une certaine gêne qu'Avery avait bon goût.

Dan avait entrelacé son bras dans le sien et reprenait un verre pour elle. Aidlinn, toujours anxieuse, ne trouvait rien d'intelligent à dire.

— Alors, à qui devons-nous aller faire nos hommages ? demanda-t-il avec un clin d'œil. Je déteste toutes ces conventions.

Il ne semblait pas les détester, lorsqu'il s'approchait des membres du ministère, un rictus parfaitement cordial et une main confiante tendue en avant. Aidlinn faisait plutôt office d'ornement ; son esprit était ailleurs. Elle ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil à l'autre bout de la pièce où un certain jeune homme conversait à voix basse. Une fois seulement, elle croisa les prunelles sombres de Rosier et s'y accrocha, avant qu'il ne détournât les yeux.

Elle se promit de ne plus le regarder de la soirée, ce qui fut impossible lorsque Dan s'arrêta pour répondre au salut de Délia. De toute évidence, cette dernière n'était pas insensible au charme du capitaine de Serpentard, pas plus que la majorité des filles présentes. Elles lui réservaient des œillades enjouées lorsqu'il passait à proximité et souriaient d'un air de connivence, comme s'ils partageaient un secret bien gardé. Tout cela mettait Aidlinn très mal à l'aise, elle avait le sentiment de ne pas être à sa place.

— Mon cher Dan ! Tu es venu ?

Délia accorda à peine un regard désintéressé à Aidlinn.

— Bien sûr, comment rater cela ?

Rosier, à côté de Délia, observait sans rien dire. Il était parfaitement droit, immobile et son visage ne reflétait aucune expression – l'image même du stoïcisme. La main chaude de Dan délaissa le bras d'Aidlinn pour enserrer sa taille. La jeune fille sentit le pourpre lui monter aux joues, incapable de déterminer si elle appréciait le geste ou non.

— J'adore la manière dont Slughorn a transformé cette salle ! Il a un goût exquis, babillait Délia.

Elle portait une robe de soie bleu foncé et une chaîne en or attirait l'attention sur son décolleté. C'était la première fois qu'elle avait l'opportunité d'approcher Délia Abott d'aussi près et elle était terriblement curieuse de savoir ce qui retenait l'attention de Rosier chez cette fille. Elle étudia son maintien sûr, son expression excessivement affable, les mouvements du poignet qu'elle faisait en parlant ; tout trahissait chez Délia une envie irrépressible d'être adulée. Écrasée par l'insolent désir de plaire de sa rivale, Aidlinn pensa avec déception qu'elle ne faisait pas le poids. Le doux rire poli de Dan retentit à ses oreilles :

— Oui, notre bon vieux Slug a toujours eu le sens social. Au fait, comment va ton père ? Je ne l'ai pas vu depuis un certain temps… La dernière fois, c'était à l'anniversaire de ta tante...

— Vraiment ? Mais cela doit faire au moins six mois !

Et l'échange continuait. Les oreilles d'Aidlinn bourdonnaient, tout son être était engourdi en réponse à la proximité de Rosier. Il n'avait pas daigné prendre la parole et observait la salle décorée et l'ensemble des convives d'un air froidement hautain. Il dut néanmoins sentir le regard d'Aidlinn sur lui car il se concentra sur elle, haussant un sourcil, dans l'expectative. La jeune fille ouvrit la bouche bêtement, sans qu'aucun son n'en sortît. Qu'aurait-elle pu lui dire ?

— Si tu veux bien nous excuser, Délia.

Volant à son secours ou peut-être la conduisant vers un sort funeste, Dan entraîna Aidlinn à l'écart. Il haussa les épaules avec un sourire ironique :

— J'ai pensé qu'il était plus sage de partir avant que Rosier ne se jette sur moi. Je crains qu'il n'ait toujours pas digéré l'épisode de la dernière fois.

Ils étaient à nouveau tous les deux, mais cela ne dérangeait plus Aidlinn. Dan l'observait de ses yeux incroyablement verts. La jeune fille s'obligea à ne plus le regarder et dirigea la conversation vers des eaux moins dangereuses.

— Tu es beaucoup plus à l'aise que moi dans ce type de soirée. Et pourtant, on m'a obligée à assister à nombre d'entre elles.

Il rit, visiblement flatté.

— Mon père travaille au ministère et il nous emmène, ma mère et moi, à beaucoup de réceptions. C'est un vrai parvenu, il a su se faire une renommée à force de travail et de persévérance. Je l'admire beaucoup.

Aidlinn ne répondit pas à l'accusation à peine voilée de Heston, bien que cela la vexât. Elle-même, en tant que membre de la vénérable et pure famille Rowle, avait d'office une place dans la haute société, ce qui n'était pas le cas de tout le monde. Cependant, elle aurait voulu se défendre, arguer que si elle devait un jour rejoindre le Seigneur des Ténèbres, un nom couvert de prestige ne lui suffirait pas et qu'elle devrait faire ses preuves - Isaac, lui, était déjà appelé à le faire. Evidemment, tout cela ne concernait pas Dan et l'image de son père emprisonnant les membres de la famille Rowle pour grimper dans l'estime populaire n'était certainement pas pour plaire à la jeune fille. Elle contint son irritation et demanda :

— Qu'est-ce que tu veux-tu faire, après Poudlard ?

Son regard se mit à s'animer et elle sut qu'elle avait visé juste.

— Je veux voyager. Le métier de Briseurs de sorts me conviendrait bien.

Il marqua une pause, s'imaginant peut-être en train de mettre à fin à de sombres maléfices dans de lointaines contrées.

— Et toi ? Tu voudrais être la parfaite épouse sang-pur ou tu as d'autres projets ?

Il semblait que sa voix était devenue plus rauque.

— Mon père se fiche bien que je devienne la parfaite épouse sang-pur ou non, dit Aidlinn.

Elle ne pouvait rien ajouter. Et à quoi bon ? Elle n'avait pas envie de mentir. Gordon Rowle était un mangemort accompli, adorateur du Maître des Ténèbres. Aidlinn savait qu'il ne prendrait pas la peine d'organiser un mariage arrangé pour elle, mais qu'il la pousserait à suivre ses traces et à devenir mangemort si elle le désirait, comme il l'avait fait pour Isaac.

— J'aimerais trouver une cause qui me donnerait envie de me lever le matin même quand il fait gris des jours durant et que la pluie n'arrête pas de tomber. Peut-être un travail au ministère.

Dan la regarda un long moment d'un air pensif.

— Je pourrais te présenter à mon père, un jour. Il pourrait sûrement t'éclairer.

Aidlinn baissa les yeux. C'était évidemment la dernière chose qu'elle souhaitait.

— C'est vraiment gentil, mais je ne voudrais pas le déranger, tenta-t-elle de refuser.

Était-ce une menace ? Savait-il ?

— Cela lui ferait plaisir, je t'assure. Comme je te l'ai dit, il sait ce que cela fait de tracer son propre chemin, sans l'aide de personne.

Oui, il savait. Qu'essayait-il de faire ? La raisonner ? Ou la sauver ? Incertaine, la jeune fille se concentra sur sa coupe de champagne et les petites bulles brillantes qui explosaient à sa surface.

— Dan ?

Une voix féminine appelait. L'intéressé se raidit puis déclara :

— Tu devrais y réfléchir. Je reviens.

Aidlinn, se retrouvant seule, promena son regard autour d'elle. Elle aperçut la silhouette nonchalante d'Avery, isolé près du buffet, et le rejoignit. Elle était censée être fâchée contre lui, mais sa conversation avec Dan l'avait perturbée et elle avait désespérément besoin d'un allié. Les yeux bleus de son ami avaient pris une teinte orageuse, seul signe de colère apparent en plus de son menton durci. Aidlinn n'eut qu'à suivre son regard pour comprendre. La jolie Lei faisait maintenant les yeux doux au galant Dan, visiblement flatté.

Aidlinn n'était pas surprise. Si le physique d'Edern était attirant, son caractère l'était parfois moins.

— Qu'est-ce que tu as fait, encore ?

— Elle n'arrêtait pas de me toucher l'épaule, pesta-t-il. Je déteste quand elles font ça.

Aidlinn n'ajouta rien. Elle comprenait bien son ami et avait déjà assisté à plusieurs de ses crises de colère. Avery détestait les contacts physiques imprévus et renvoyait les filles trop entreprenantes ; il aimait garder le contrôle et pouvait devenir complètement hystérique quand il le perdait. Il pouvait se montrer si instable, pour un moment jovial et paisible, l'instant d'après, ombrageux et abject, que ses amis avaient pris l'habitude de surveiller ses yeux. Heureusement, il ne s'était jamais énervé contre Aidlinn, il avait toujours apprécié son silence incertain.

Pour le calmer, elle resta donc près de lui, sans un mot. Au bout d'un moment, il se détendit et prit la parole de lui-même, attrapant au passage un verre sur le plateau du serveur. Il le tendit à la jeune fille, qui déclina, et le vida d'un trait, avec toute l'élégance possible.

— Tu as sorti une bien jolie robe.

— Je n'ai que des jolies robes, lui rappela Aidlinn.

Il lui jeta un regard perçant puis détourna les yeux en rigolant.

— Ce n'est pas faux.

Ce sujet l'attrista un peu. Elle porta instinctivement la main à la broche en or accrochée à ses cheveux – celle de sa mère. Eleanor Rowle avait toujours veillé à ce que ses enfants fussent absolument présentables, comme elle-même avait veillé à l'être même dans les pires moments, mais ces précautions ne l'avaient pas empêchée de disparaître brutalement et toute cette mascarade perdait son sens pour Aidlinn. Le professeur Slughorn leur fit signe, de l'autre côté de la salle.

— Ah voilà Monsieur Avery et Miss Rowle, des élèves prometteurs, vraiment ! Vous les ai-je déjà présentés ?

Il avait mentionné Aidlinn par politesse, mais c'était Edern, un de ses élèves favoris, qu'il désirait mettre en valeur. Alors que les deux Serpentard se dirigeaient vers leur enseignant, un poli sourire de circonstance sur les lèvres, Aidlinn lui souffla :

— Je te préviens, je suis toujours fâchée contre toi.

Il ne répondit rien, mais elle le vit sourire.

Le reste de la soirée s'écoula plus rapidement. Dan rejoignit Aidlinn, qui fut alors séparée d'Avery ; néanmoins, Lei les accompagnait toujours, au grand soulagement d'Aidlinn. La jeune Rowle mit un point d'honneur à aller saluer toutes les personnes importantes de la soirée, ne souhaitant pas se retrouver de nouveau seule avec Heston. Lorsqu'ils eurent fait le tour de tous les invités présents et que même Lei les eut abandonnés, lassée de toutes ces discussions conventionnelles, la jeune fille se mit même à faire la conversation au serveur, fort surpris, qui s'éclipsa dès qu'il le put.

— Je me demande pourquoi tu m'as invité, si je te mets si mal à l'aise, lâcha finalement Dan.

Catastrophée, prise au dépourvue, Aidlinn se mit à bafouiller :

— Enfin… Non, ce n'est pas ça… Je…

Il éclata de rire, visiblement ravi de sa réaction.

— Si j'avais su que je faisais de l'effet à Aidlinn Rowle !

Aidlinn devint encore plus rouge, si c'était possible. Il rit, visiblement très amusé par la situation ; il ne semblait pas avoir conscience que le métier de son père exerçait une pression psychologique extrême sur sa cavalière – Aidlinn tentait de se persuader que c'était la seule raison de sa gêne. Elle ne savait plus que répondre, aussi s'excusa-t-elle pour aller se rafraîchir. Elle sortit dans le couloir et se rendit aux toilettes les plus proches, située après l'angle du couloir. La pièce était vide, les lumières du corridor projetaient les silhouettes des lavabos solitaires sur le sol de marbre. Elle resta un moment devant le miroir, les mains appuyées sur un évier, à regarder son reflet blanc. Pourquoi Heston la mettait-il si mal à l'aise ?

— Aidlinn !

Elle entendit la voix de Dan l'appeler, mais elle ne répondit pas et les pas s'éloignèrent. La jeune fille attendit encore un peu, inspirant et expirant. Pourquoi toute cette histoire la paniquait-elle autant ? N'avait-elle donc pas plus de sang-froid que cela ? Elle avait besoin de se calmer.

Quand elle ressortit, elle marcha doucement, peu désireuse de retourner à la fête. Elle allait tourner à l'angle du couloir quand des voix lui parvinrent. Elle s'arrêta, incertaine, quand elle reconnut celle de Dan – elle ne voulait pas se retrouver face à lui ici. Elle s'apprêtait à retourner aux toilettes, le temps qu'il s'éloignât, mais son nom retentit dans la conversation et elle se mit à écouter.

— Tu n'aurais pas vu Aidlinn Rowle ?

— Je ne sais pas… Attends, tu es venu avec la petite sœur d'Isaac Rowle ? demandait une voix.

— Oui.

Un éclat de rire retentit.

— Je ne pensais pas que tu t'intéressais à la magie noire, Dan.

Le rire de ce dernier se mêla à celui de son interlocuteur.

— Tu penses que j'aurais dû refuser ?

— C'est elle qui t'a demandé ?

La réponse fut étouffée par les rires de l'interlocuteur. Aidlinn se sentait de plus en plus mal, blessée.

— Elle est à ton goût, au moins ? La fin de la soirée approche, si tu vois ce que je veux dire…

Qui était donc l'horrible interlocuteur de Dan ?

— Arrête, non, voyons… Son frère aurait ma peau. Et ce n'est pas vraiment mon genre de fille, de toute manière.

Aidlinn sentit un poids lui tomber dans l'estomac. Elle pensa à la dernière petite amie de Dan, une belle brune extravagante, poursuiveuse chez Serdaigle. La remarque vexa profondément la Serpentard. Bien sûr, elle aurait dû s'en douter.

— Je vois, tu préfères les nées-moldues pauvres et sans manières, ironisa la voix.

Le rire des deux garçons retentit à nouveau.

— Tu sais bien que non… Je veux dire, tu vois comme elle est, non ?

Le silence révélateur incita Dan à continuer.

— Timide, glacée, toujours à traîner dans les pattes de son frère et ses amis bizarres, à fricoter avec Avery et Mulciber, les deux timbrés de l'école.

Aidlinn serra les points à l'évocation de ses camarades.

— Avery ? Celui qui avait cassé la jambe de Fawks avec une batte, l'année dernière ?

— Voilà, tu vois le genre.

— Le genre psychopathe mangemort ? Je n'aimerais pas être à ta place, mon vieux. Bon courage pour te débarrasser de la fille.

Ils rirent encore. Aidlinn n'osait plus bouger alors qu'elle se sentait mise à nue, incapable de décider si elle devait plutôt sortir et hurler contre Dan ou faire comme si elle n'avait rien entendu et quitter la réception. Comment avait-elle pu être aussi naïve en croyant qu'il aurait pu être intéressé par elle ?

Les garçons avaient dû s'éloigner car tout était redevenu silencieux. Au bout d'un petit moment, quand elle fut sûre de ne pas éclater en larmes, elle se décida à retourner à la réception de Slughorn, la moindre des choses était de souhaiter le bonsoir à son professeur.

Malheureusement pour elle, à peine avait-elle fini de remercier le directeur de Serpentard que Dan Heston, qui était en pleine discussion, la vit et se précipita vers elle. Il avait un visage parfaitement cordial, ce qui la fit trembler de fureur et d'indignation. Comment osait-il se moquer d'elle ainsi ?

— Aidlinn ! Je t'ai cherchée partout, où étais-tu ?

— Laisse-moi, Heston, parvint-elle à articuler avec ce qui lui restait de dignité.

Il sembla surpris.

— Tout va bien ? Je peux faire quelque chose ?

— Oui, reste loin de moi.

Elle se tournait déjà mais il la suivait.

— Je ne comprends pas… Ai-je fait quelque chose de mal ?

Cette voix trop aimable allait la rendre malade. Elle continua d'avancer, bousculant certains convives. Elle ne voyait plus la sortie, la tête lui tournait. Et soudain, devant elle, le visage familier d'Edern apparut, elle s'accrocha frénétiquement à son bras. Heston était juste derrière et elle ne pouvait plus supporter sa présence hypocrite.

— Aidlinn ? Vraiment, je ne…

— Va-t'en.

— Mais…

— Elle t'a dit de t'en aller, trancha Avery.

Il semblait visiblement très heureux de remettre Heston à sa place, quelle que fût la raison. Aidlinn entendit Dan pousser un grognement exaspéré, mais elle ne voulait pas le regarder. Elle se concentra sur les yeux glacés de son ami.

— C'est ridicule, c'est elle qui m'a invité et maintenant, elle me laisse en plan, marmonnait Dan, visiblement offensé.

Aidlinn, n'y tenant plus, lança sans le regarder :

— Je ne vois pas pourquoi ça te dérange tant que ça, vu que je ne suis pas ton type de fille, siffla-t-elle.

Le visage de Dan s'assombrit alors qu'il soupçonnait une partie de la vérité.

— Écoute, ce n'est pas ce que tu crois...

Le mal était fait. Aidlinn aurait pu jeter son verre à la figure du garçon, mais elle ne le fit pas, parce qu'elle sentait que Dan avait raison, qu'ils étaient trop différents. Elle ne pouvait essayer plus longtemps d'ignorer les ténèbres qui l'entouraient, ces ténèbres qui suintaient de ses proches perpétuellement et les rendait si effrayants pour les autres. Elle n'avait jamais réalisé qu'elle n'avait pas le choix, que ces ténèbres avaient déjà laissé sur elle une trace indélébile, que tous ceux qui ne la portaient pas pourraient la voir en elle, si seulement ils regardaient au fond de ses yeux. Était-ce sa famille et ses amis qui déteignaient sur elle, ou elle-même qui leur ressemblait ?

— Je t'en prie, sortons d'ici, Edern.

Elle n'était pas sûre d'y arriver toute seule. Il ne lui posa pas de question, son regard cessa d'osciller d'elle à Heston. Il l'entraîna dehors puis dans le couloir où les torches flambaient toujours, leurs ombres immenses léchaient les murs alors qu'ils avançaient. La salle commune n'était pas loin, mais Edern prit un autre chemin. Aidlinn devait courir pour suivre les grandes enjambées souples de son ami, les pas et appels de Dan retentissaient derrière eux, tristes échos s'évanouissant dans les lieux déserts. Avery emprunta un escalier secret, dont la porte était dissimulée par une tenture colorée. Ils refermèrent le pan derrière eux et attendirent dans l'obscurité. Dan poursuivit son chemin sans les trouver.

Aidlinn tomba dans les bras de son ami, la gorge serrée.

— Je suis désolée, c'est toi qui avais raison ! Il…

Les larmes étouffèrent sa voix et elle cacha sa tête contre son épaule. Ils restèrent silencieux un petit moment, Edern tapotant doucement le dos d'Aidlinn. Cette dernière était furieuse contre Dan, mortifiée à l'idée que ses amis avaient eu raison, anxieuse à l'idée de ce qu'ils allaient penser. Elle s'était conduite comme une idiote. Elle avait voulu échapper à tout cela, mais échapper à quoi ? Les autres ne voulaient pas d'elle, l'avaient déjà bannie.

— J'ai trempé ta chemise, gémit la jeune fille au bout d'un moment.

— Ce n'est pas un problème, assura Avery. Je n'en aurai plus besoin avant quelques temps.

Aidlinn devina le sourire dans sa voix et elle enfonça à nouveau sa tête dans son épaule. Le garçon n'avait pas la faculté de la calmer en un contact, comme un certain Serpentard aurait sûrement pu le faire, mais la jeune fille était contente qu'il fût là. Et ce soir-là, dans le confortable noir les entourant, elle ne doutait plus de son ami.


Voilà j'espère que vous n'êtes pas trop déçu(e)s par Dan et par le chapitre. J'ai hésité à le poster car il ne me convenait pas, mais je crois que je n'en aurais jamais été satisfaite. Je trouve quand même qu'il est intéressant, on en apprend un peu plus sur la façon dont les autres voient le petit "gang" d'Aidlinn.

Prochain chapitre en fin de semaine car il est pratiquement prêt !