Traduction : Tressym383

Relecture : bb_cham

NP : J'ai fais une petite playlist avec des musiques qui me font penser à l'histoire ou à des scènes précises, sur lesquels je relis des chapitres ou des titres évoqués dans l'histoire-même. Il y a pas mal de styles différents donc je pense que tout le monde peut y trouver quelques titres à son goût ! Je la modifie souvent en retirant et/ou ajoutant des sons, donc n'hésitez pas à guetter les updates si ça vous intéresse. Je vous mets le lien en notes de fin.

Résumé : Les bros sont des bros.


Kirishima ne sut pas trop quoi penser lorsque Bakugo fit irruption à l'improviste dans sa chambre et se jeta la tête la première au bout de son lit.

"Baku-bro, tout vas bien ?" il demanda. La touffe de mèches blondes remua de gauche à droite en réponse.

"Tu veux en parler ?"

Un autre hochement de tête.

"Tu veux regarder ce match de catch entre un rocker musclé à coupe mulet et un gros mec poilu en pantalon patte d'eph imprimé léopard ?"

La tête blonde acquiesça de façon positive cette fois.

"Okay." Il débrancha ses écouteurs et se repositionna avec l'ordinateur portable pour qu'il soit allongé à côté de lui, le sport ridicule face à eux.

Mulet Man plongea sur Pattes d'Eph depuis le coin du ring, qui en retour l'esquiva et rebondit sur les cordes, ripostant avec un flip qui se termina par un étrange coup de pied ascendant. Bien que évidemment irréalisable dans la vrai vie, c'était tout de même impressionnant d'un point de vue athlétique. Mulet Man chuta de façon dramatique hors du ring. Juste au moment où Pattes d'eph s'apprêtait à atterrir le coude en avant sur son ventre, un troisième lutteur en slip de bain moulant, à moustache mexicaine et ayant un différent apparemment non-résolu apparut sur le côté.

« T'as du style, Rager ! Mais moi, j'ai du swag ! » Il envoya un coup de poing exagéré sur Pattes d'eph.

"C'est complètement débile." Bakugo marmonna dans la couette.

"Ouais." admit Kirishima. "J'adore."

"Évidement."

« Je te vengerai, Power Ballad ! » hurla le moustachu en balançant une chaise sur Pattes d'eph.

"Oh bordel." il s'émerveilla.

"Ceci ne te divertit-il pas ?" le carmin s'enquit dramatiquement.

"Je suppose que je m'ennuie pas." il concéda.

"Demain je vais voir Jirou et Momo pour notre devoir." Kirishima changea de sujet. "T'es pas obligé de venir, mais t'es évidement invité."

"J'avais oublié que c'était toujours d'actualité." le blond admit.

"Il s'est passé beaucoup de choses ces derniers temps." il compatit. "On doit pas le rendre avant trois semaines, puisque Aizawa est occupé à réécrire à lui-seul tout le programme de UA."

"De rien." Bakugo répondit avec sarcasme.

"On devrait prévoir quelque chose d'amusant avec le reste du groupe ce week-end." il suggéra. "T'as eu une période difficile, tu mérites une pause."

"Je remets sérieusement en question ta conception de l'amusement." Il fit un geste en direction de Pattes d'eph qui se tortillait avec Le moustachu sur l'écran de l'ordinateur.

"Eh bien, qu'est-ce que tu veux faire ?"

"...Aucune putain d'idée."

"C'est ce que je pensais." Kirishima tapait déjà un message groupé.

Moi :

Quelqu'un a des idées de choses à faire ce week-end ?

"Sero va dire Smash parce que c'est un putain de génie obsédé." prédit Bakugo.

Sero :

Smash ?

"Je l'avais dis."

Kami :

À vrai dire, je suis invité à une soirée plutôt cool vendredi soir

Eh bien, c'était inattendu.

Sero :

Où ça ?

Kami :

Dans un appart à environ deux kilomètres de la baie. L'hôte est l'un des amis de mon frère.

Mina :

Ton frère y sera ?

Kami :

J'sais pas, peut-être. On se connait depuis toujours avec Taigo, donc je suis invité, que Hatori y soit ou pas.

"Tu veux aller à une soirée ?" il demanda. Bakugo était déjà sur son téléphone.

BakuBro :

Quel genre de soirée ?

Kami :

Le genre bruyant et arrosé

BakuBro :

Je vais y réfléchir

Sero :

Oh bordel, c'est un miracle de Noël

Kirishima le regarda avec curiosité.

"Qu'est-ce que tu regardes, bordel ?"

"Tu détestes être avec du monde."

"C'est vrai, mais je déteste pas l'alcool." Kirishima avait dû laisser transparaître son inquiétude, parce qu'il poursuivit. "Me regarde pas comme ça. Tu es celui qui essaie toujours de me faire être plus sociable."

"Je sais, je sais. C'est juste…" Comment formuler ça sans l'énerver ? "J'ai peur que la quantité d'alcool que tu bois pour faire face à tes émotions soit pas saine."

"J'ai déjà un putain de thérapeute." il grogna. "J'ai pas besoin de ce genre de discours venant de toi."

"Est-ce que ton thérapeute sait même que tu bois ?"

"La ferme." l'autre garçon marmonna sur la défensive.

Lorsque le match prit fin, Bakugo était toujours allongé sur son lit.

"Tu voulais regarder autre chose ?" Kirishima demanda.

"Je pense que je vais aller faire des mochi*." il annonça en se levant du lit dans un relevé de pompe parfait.

"Tu veux de la compagnie ?"

"Fais ce que tu veux."

C'est l'équivalent d'un « oui » pour Bakugo.

Les mochi s'avérèrent plutôt simple à réaliser. Il pouvait suivre la plupart des gestes que Bakugo faisait dans la cuisine heureusement vide.

"Verse une cuillère de ça avec la farine de riz et mélange le tout." Le blond lui tendit un sac de poudre verte.

"D'accord. Qu'est-ce que je tiens ?"

"Du matcha*."

"Cool." Il suivit ses instructions, mélangeant les poudres vertes et blanches ensemble. Le bol était un peu trop petit pour la quantité qu'ils faisaient et un petit nuage de poudre s'envola. Il apparut distinctement sur le t-shirt noir de Bakugo.

"Oups."

Sans un mot, le blond sortit une cuillère de farine de riz du sac. Il la tapota, la nivela avec soin, et une fois qu'il en sembla satisfait… la jeta tout droit sur le visage de Kirishima.

"Abruti !" Kirishima rit.

"Salope." Bakugo retourna à ses mesures comme si de rien n'était. Kirishima riposta en frottant sa joue couverte de farine directement sur son épaule.

"T'es comme un putain de chat." Bakugo commenta.

"Je mets mon odeur sur toi pour te marquer mien." il entra dans la comparaison.

"T'es tellement bizarre."

"Je vais t'apporter des oiseaux morts en signe d'affection." Il réalisa que sa tête reposait toujours sur son épaule. "Est-ce que ça va quand je fais ça ?"

"Hm ?"

"En général t'es mal à l'aise quand les gens te touchent." Il se redressa.

"Peu importe." Bakugo haussa les épaules.

"Ce qui signifie... ?"

"Je suppose que ça passe de temps en temps si c'est toi." il admit, mal à l'aise.

"Dis-moi si un jour c'est pas le cas. J'ai l'habitude d'être assez tactile, je veux pas te faire paniquer par accident."

"Je suis pas fait en verre, bordel. Je vais pas me briser parce que quelqu'un a touché ma putain d'épaule."

"C'est pas parce que tu peux supporter des choses que tu devrais le faire." Kirishima argumenta. "Si t'aimes pas ça, dis-le-moi juste."

"Ça va." il affirma définitivement. "Je sais pas vraiment pourquoi, mais... avec toi ça va en général."

Oh merde, mon cœur.

"Aizawa a dit que j'avais d'une manière ou d'une autre gagné ta confiance." Kirishima rayonna. "Je sais pas vraiment comment, mais je suis content que ce soit le cas."

"Tais-toi." Il rougissait définitivement.

"Du coup, je suis pas autorisé à te câliner parce que ça te met mal à l'aise, ou parce que t'es trop cool pour le faire à l'école ?"

Bakugo souffla, mi-ennuyé mi-exaspéré. Mais derrière l'agacement, il sembla… triste.

"Vous donnez tous l'impression que c'est si facile." il déclara doucement, un étrange désir dans la voix. "Comme si ça suscitait pas un effort de faire chaque putain d'interaction avec d'autres personnes. Vous pouvez juste- Juste vivre sans y réfléchir. Vous êtes juste dans l'instant présent. Je peux pas faire ça. Rien que d'être dans une même pièce que d'autres personnes m'épuise, exister au milieu d'un groupe me donne l'impression que les murs se referment. Toutes ces choses qui sont censées procurer du plaisir, je peux pas du tout les supporter et je pense... je pense que je suis cassé."

Oh.

-une sorte de désespoir. Ça implique souvent un sentiment d'isolement par rapport à la famille et les amis-

Bakugo avait considéré les parties affectueuses et tactiles de l'amitié comme étant inutiles et stupides depuis aussi longtemps qu'ils se connaissaient. Il n'avait jamais pensé qu'au fond, le blond voulait aussi tout ça. Il pensait qu'il se satisfaisait juste étrangement de la distance, pas qu'il rejetait la proximité parce que ses cicatrices ne lui permettaient pas d'en profiter.

"Tu voudrais essayer ?" il demanda finalement. "Je veux dire, est-ce que tu veux que je me comporte comme je le fais avec Mina, Kaminari et Sero ? Et si t'aimes pas ça, j'arrêterai."

Il avait l'air tellement hésitant, comme s'il voulait désespérément dire oui mais avait peur de le faire. Ses rencontres avec Bakugo Mitsuki lui revinrent alors en mémoire, pleines de prises brusques et de coups, dépourvues d'affection. Il essaya d'imaginer une vie où la douce protection de sa mère serait remplacée par quelque chose de rude dont il aurait besoin pour se protéger. Il essaya d'imaginer si le pilier de sécurité qu'était sa mère avait plutôt été comme son père, un ego surdimensionné qui se manifestait de manière forte et blessante. Ou peut-être juste plus comme Masaru. Pas méchant, juste inconséquent. Une berceuse indigne de confiance qui faisait des promesses qu'elle ne pouvait pas tenir, une sorte de chant de sirène parental. La pure instabilité du scénario le stressait.

La réponse de Bakugo ne vint jamais.

"Tu sais que je tiens beaucoup à toi, pas vrai ?" Il ne savait pas vraiment d'où venait ce courage.

"Eh bien, tu continues à traîner dans mes pattes." l'autre conclu, comme si c'était l'un des grands mystères de l'univers. "Dieu sait pourquoi."

"Parce que t'es mon meilleur ami et je pense que t'es incroyable."

"T'es un putain de niais." Il leva les yeux au ciel, mais il souriait.

"Un niais qui va avoir des mochi faits maison." il sourit en coin. Bakugo remua silencieusement de l'eau et du sucre, le visage se décomposant alors qu'il se détournait. Quelque chose le dérangeait clairement. Kirishima était sur le point de demander ce qui le préoccupait lorsqu'il se confia.

"Je l'ai dit à ma mère."

Oh.

"Quelle partie ?" il demanda avec appréhension.

"Tout." Il avait l'air un peu paniqué. "Enfin, pas tout, pas les détails, mais l'idée générale. Je lui ai dit ce qu'il s'est passé et à quel point je suis bousillé, que je veux en quelque sorte mourir à chaque fois que j'y pense un peu trop."

"Comment ça s'est passé ?"

"Ça a... été." Il semblait stupéfait par sa propre réponse. "Elle a pas totalement perdu ses moyens. Et elle m'a pas rejeté la faute dessus."

"Eh bien, j'espère que non." reprit Kirishima, trahissant juste un soupçon de son sentiment d'horreur au fait que ce soit une considération.

"Tu connais pas ma mère." le blond déplora.

"Je sais qu'elle t'a dit des trucs horribles sur ton enlèvement, mais ça… Je veux dire, t'avais quel âge, onze ans ?"

"Ouais." Le mot était soufflé, à peine audible. "Quand je suis rentré chez moi, elle savait pas, et elle… Elle m'a crié dessus parce que j'étais resté tard dehors, et elle a dit que si… si quelque chose m'arrivait, ce serait de ma faute parce que j'écoute pas."

"Oh… mon Dieu, Bakugo, c'est- " Bordel, sa mère lui a dit que c'était de sa faute. "Punaise, c'est affreux. Est-ce que c'est juste sa réaction par défaut face aux événements de merde ? Est-ce qu'elle t'a aussi blâmé pour le vilain boueux ?"

"Et le festival sportif." Il mélangea une pâte aux haricots rouges bien plus agressivement que nécessaire.

C'est vrai, le festival sportif, c'est arrivé.

"Alors… est-ce que je dois vraiment me manifester et le dire ? Pour que tu l'assimiles ?"

"Dire quoi ?"

"Tu ne mérites pas d'être attaché, ou enlevé, ou touché, ou retenu contre ta volonté. Dans aucun cas." Il était absolument furieux. "Je comprends pas, pourquoi les gens ne respectent-ils pas simplement ton espace personnel ?!"

Bakugo le fixa, comme s'il le voyait pour la première fois et ne comprenait pas très bien ce qu'il regardait.

"Toi aussi…"

"Quoi ?" il demanda nerveusement.

"Je suis habitué à ce que les gens soient en colère contre moi, pas pour moi."

Il se demandait si Bakugo serait toujours aussi en colère si quelqu'un s'était énervé pour lui avant la moitié de son adolescence. S'il avait l'impression que quelqu'un d'autre dans le monde voulait que justice soit faite pour ce qu'il avait traversé, peut-être qu'il ne hurlerait pas tout le temps juste pour se faire entendre.

Kaminari :

Vous avez vu ça les gars ?

Kirishima cliqua sur le lien, qui s'ouvrit sur une vidéo de… Aizawa ? Il avait les cheveux attachés, alors il devait sûrement dire quelque chose d'important.

« UA a produit certains des héros les plus prolifiques de la société. Nous avons la chance d'avoir un personnel composé de professionnels expérimentés qui ont fait leurs preuves sur le terrain. Si nous voulons être de bons exemples pour la prochaine génération, nous devons aussi savoir reconnaître nos erreurs. »

"Ça devrait aller." Le ton de Bakugo suggérait tout le contraire.

« Nous avons organisé le festival sportif malgré l'avertissement que nous avons reçu au SCA. Nous avons négligé le bilan psychologique que cette dernière année de troubles a fait à nos élèves. Mais la pire chose que nous ayons faite a été d'enchaîner et museler un adolescent pour vouloir refuser un prix dont il ne se sentait pas digne. »

Kirishima sentit Bakugo se raidir à côté de lui.

« Les traditions et les médailles ne vaudront jamais la peine de sacrifier la santé et la sécurité de nos élèves. À ceux qui croient que cet incident était justifié, je vous mets au défi de vous demander pourquoi. Pourquoi sommes-nous si déterminés à forcer nos enfants à respecter les règles que nous avons mis en place pour eux ? Nous classons et notons tout ce qu'ils font, comme si nous avions une sorte d'autorité absolue sur la façon d'évaluer la valeur d'une personne. Nous ne pouvions tout simplement pas permettre à quelqu'un de rejeter notre système de jugement. Nous nous sommes entêtés, et au lieu d'essayer de calmer la situation, l'école a utilisé la force. Bakugo Katsuki a été retenu contre sa volonté pour le crime de dire non. »

Oh bordel, Aizawa ne retenait pas ses coups cette semaine.

« Quel genre de message cela envoie-t-il ? Que nos élèves ne recevront le respect de base que s'ils jouent selon nos règles ? La sécurité personnelle et l'autonomie ne sont pas gagnés par la coopération, ce sont des droits fondamentaux que nous, en tant que héros, devrions protéger. »

Qu'Aizawa continua de parler ou non, la vidéo se termina.

"Heureux que quelqu'un l'ait finalement dit !" s'exclama Kirishima. Bakugo continua à regarder l'écran en pause, comme si celui-ci était une énigme dont il ne trouvait pas la solution.

"Il y croit vraiment." il souffla doucement. "Il l'a dit devant tout le monde."

"Eh bien, ouais, évidemment." Il le poussa légèrement du coude. "Tu es son chouchou."

"Depuis quand ?" Bakugo nia.

"Comment ça se fait que tu sois le seul à pas le savoir ?" il s'émerveilla. "Enfin, Shinso est peut-être son chouchou ultime, mais parmi ceux de notre classe, c'est définitivement toi."

"Ça a aucun sens." Bakugo secoua la tête. "Je suis qu'un boulet depuis le premier jour."

"J'en sais rien." Kirishima haussa les épaules. "Je suppose que tu devras juste lui demander."


•*Mochi : gâteaux japonais à base de pâte de riz.

•*Matcha : thé vert japonais un peu plus amère que celui qu'on boit en Occident la plupart du temps. Au Japon cette saveur est retrouvée dans beaucoup de gâteaux.

NP : La playlist de musiques : https : /youtube . com/playlist?list=PL3E6OPhhuT6TD2cjchsUvLKcJ2k_vnmJN

Il suffit normalement de retirer tous les espaces de ce lien. Celui-ci est disponible sans modification sur la publication d'AO3 (l'histoire à le même nom et je publie sous le pseudo de Tressym838).