Traduction : Tressym383
Relecture : Emiko Yure
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Résumé : Un détail oublié refait surface [CW].
Il avait l'impression que des années étaient passées depuis la dernière fois qu'ils s'étaient tous les quatre retrouvés dans ce café. C'était l'époque où Momo lui était encore connu que sous le nom de « Sainte à queue de cheval » et où ses secrets étaient encore des secrets. Il pouvait sentir le changement chaque fois qu'un article abordait le sujet de l'abus. Son passé-devenu-public faisait écho dans le silence prudent qui le suivait désormais.
Pourtant, il se sentait en cet instant étrangement en paix avec ce qui l'entourait. Comme si la présence de ces personnes en particulier ne lui donnait pas envie de s'arracher la peau, pour une quelconque raison. En plus de ça, il n'avait pas besoin de beaucoup parler. S'il devait être pris en pitié, autant s'en tirer ainsi. Personne ne commenta son manque de participation. Il finit cependant par se réinvestir pour lutter contre l'ennui.
Lorsque le sujet arriva sur le corps d'un autre enfant porté disparu, il supporta encore une demi-page avant qu'il ne se lève pour essayer de commander ce thé étrange que Momo buvait. Apparemment, les médecins légistes avaient du mal à diagnostiquer exactement ce qu'il lui était arrivé. Le corps semblait être en quelque sorte semi-momifié. La théorie la plus favorisée pour le moment impliquait une chaufferie industrielle et des implications assez dérangeantes du mot « cuisson ». Cette partie-là était certes quelque peu intéressante, mais lorsque le bilan évoqua une absence de traces de lutte, il se leva. Il espérait qu'au moment où il reviendrait, la gêne ambiante serait passée.
À la place, tout le monde le fixa comme si une seconde tête lui avait poussée dessus.
"Oh bordel, qu'est-ce qu'il y a encore ?"
"Il y a une autre vidéo de toi." répondit Jirou lorsque les deux autres montrèrent clairement qu'ils n'allaient pas le faire.
"Merde. Est-ce que je dois casser le putain de téléphone de Kaminari ?"
"C'était définitivement pas lui cette fois." elle déclara gravement.
Eh bien, ça c'était de mauvaise augure.
C'était pas comme si ses parents ne se disputaient jamais en public, donc ça pouvait encore être quelque chose du même genre que la dernière fois. Il y avait aussi probablement des vidéos datant du collège qui étaient assez peu flatteuses. Ou ça pourrait être-
Il rechercha son nom sur internet pour découvrir la dernière catastrophe en date.
Oh bordel.
La miniature le montrait avec la putain d'Himiko.
"Je reviens."
Détends-toi, ça va, elle a rien enregistré de si terrible, tu vas bien tu vas bien tu vas bien-
Il s'enferma dans les toilettes heureusement uniques du café et appuya sur play.
« Salut les Himi-hoes, c'est Himiko ! » elle s'adressa à la caméra. « Ces dernières heures, j'ai fait connaissance avec notre nouvel invité, Bakugo Katsuki. »
Le cadre se tourna pour faire face à un Bakugo enchaîné lui lançant des regards noirs.
« Il paraît un peu agressif au premier abord, mais c'est pas grave. On accepte les gens tels qu'ils sont ici. » Elle se déplaça derrière lui et enroula ses bras autour de son cou pour qu'ils soient tous les deux visibles sur l'écran. « Faisons un peu connaissance, hein ? »
Le Bakugo sur l'écran leva les yeux au ciel avec un air renfrogné, ne réussissant pas tout à fait à cacher sa nervosité. Himiko ouvrit un nouvel onglet sur le navigateur de son téléphone et commença à enquêter.
« Ça dit que tu as eu le meilleur score à l'examen d'entrée de UA. » elle lut. « Très impressionnant. »
« Qui s'en sou- »
« Oh mon Dieu, ta maman est mannequin ! » elle s'exclama.
« Ouais, ouais. » il grommela. « Je suis allé au collège, j'ai déjà entendu toutes les blagues de milf sur ma mère "sexy". »
« Elle te ressemble comme deux gouttes d'eau ! » Elle avait l'air totalement ravie. « Tu as déjà fait du mannequinat ? »
« C'est pas tes putain d'affaires. »
« C'est trop mignon ! » elle couina d'une voix aigue. « Aw, tu rougis ? »
Elle s'appuya affectueusement sur ses épaules et il se tendit visiblement.
« Quel est le problème ? » elle ricana. « Tu n'as jamais fait de câlins ? »
« Va te faire voir. » il cracha, échouant complètement à cacher à quel point elle le déstabilisait. Elle gémit et se pencha encore plus près.
« Tu es vierge ? » elle demanda avec curiosité, ses lèvres effleurant son oreille.
« C'est pas tes putains d'affaires ! »
Bakugo grimaça devant le malaise douloureusement évident de son lui passé.
« Awwww, allez, Kacchan. » elle geignit. « Juste entre copines. »
« Va te faire voir ! »
« Bakugooooo. » elle supplia. « Je te laisserai tranquille si tu me dis juste oui ou non ! »
Il soupira, énervé, avant de finalement céder.
Il se souvenait s'être tenu à cette opportunité de soulagement et regrettait sa faiblesse.
« Non. »
« Oh mon Dieu, vraiment ?! » elle s'exclama. « Elle s'appelle comment ? »
« T'as dit que tu me laisserais tranquille, putain ! »
« C'est quand je pensais que tu allais dire oui ! » elle s'écria avec excitation. « Est-ce qu'elle va à UA ? Oh mon Dieu, est-ce qu'elle est dans ta classe ?! »
« Qu'est-ce que je dois dire pour que tu me laisses tranquille, bordel ? » Il avait l'air énervé, mais aussi au bord des larmes.
« Est-ce que tu as une petite amie ? »
« La romance est une perte de temps. » il affirma sur la défensive.
« Ah, plutôt du genre à vite les laisser ? » elle supposa. « Je ne t'aurais pas cru briseur de cœur. »
« Va te faire foutre. »
« Faire du pegging* sans sentiments me va cependant. »
« Va te faire foutre. »
« Si tu es déjà expérimenté. » elle reprit d'une voix traînante. « Et qu'on a quelques heures à tuer… »
« Hors de question, putain. » il grogna venimeusement.
« Tu es tellement prude. » elle se lamenta.
« Touche-moi et je jure devant Dieu qu'un jour, d'une manière ou d'une autre, je te tuerai. »
« Je t'ai touché, mon chou. » elle le taquina, sa main ne tenant pas le téléphone venant lui caresser le visage. « Je vais tenter ma chance. »
Il pouvait voir le vide commencer à prendre le dessus dans ses propres yeux alors qu'elle faisait glisser sa main de son cou à sa clavicule, la faisant finalement se poser juste sous son t-shirt, sur le haut de sa poitrine.
« Eh bien, ça a été très instructif. » elle déclara à la caméra. « Bakugo Katsuki, tout le monde : premier au concours d'entrée, vainqueur du festival sportif, et pas puceau. »
Il se souvenait à peine de cette conversation, mais elle revenait désormais dans des détails angoissants. Avec ce qui avait suivi.
"Tu ne peux pas mentir. On peut toujours savoir si les garçons aiment vraiment ce qu'on leur fait ou pas."
Heureusement, les murs en ciment des toilettes n'étaient pas faciles à abimer. Moins heureusement, il s'était définitivement démonté la main avec ce coup de poing. Ses jointures commençaient déjà à enfler un peu.
Il retourna en trombe vers le groupe et saisit brutalement son sac.
Au moins, la colère ne ressemble pas à la peur.
"Bakugo- "
"J'ai fini ce que j'avais à faire ici."
"Aizawa." appela anxieusement Midoriya en frappant à l'encadrement de la porte.
"Qu'est-ce qu'il y a, gamin turbulent ?"
"C'est… en fait à propos de l'autre gamin turbulant."
"Eh bien, au moins on dirait qu'il n'y a pas eu de combats à mains nues cette fois." il concéda, observant le visage de l'adolescent qui n'était clairement pas défiguré.
J'aurais aimé qu'il me frappe à la place.
"À propos de ça." Il grimaça, essayant de trouver comment formuler ses mots pour qu'il soit pris au sérieux. "Quand il n'a pas de combat sur lequel se concentrer, il les gère sur lui-même à la place."
"Les ?" il questionna.
"Les idées noires." il développa. "Et les souvenirs."
"Il fait ça comment exactement ?" Aizawa demanda, même s'il semblait avoir déjà deviné l'essentiel.
"Il ne voudra pas remonter ses manches le lendemain." Il espérait que ça suffisait.
"Je vois." Aizawa se laissa aller contre son siège avec un soupir. "Eh bien, je viens tout juste de soumettre les papiers pour être son tuteur officiel, donc je suppose que je ferais mieux de m'en occuper."
Le cœur de Midoriya palpita.
"Si tu n'as pas de preuve, on ne peut rien faire."
"J'ai déjà parlé à sa mère, tout semble bien aller chez lui."
"Soucis-toi juste de toi, Midoriya. Si Bakugo veut de l'aide, il la demandera lui-même."
Au lieu de tout ça, Aizawa avait déposé une demande de tutelle. Il allait vraiment faire quelque chose.
"Pourquoi tu pleures, gamin ?"
"Parce que personne ne s'en est jamais soucié." Il savait qu'il pleurait facilement, mais ce n'était tout simplement pas juste. Il avait essayé pendant des années d'attirer l'attention de quelqu'un, suppliant quiconque d'intervenir et d'enlever le sombre nuage de peur qui planait sur la vie de son frère de cœur. Et désormais, non seulement il n'avait plus besoin de crier pour être entendu, mais il avait à peine dis quelques mots et le tribunal était impliqué.
"Tu veux un mouchoir ?"
"Oui, monsieur." il renifla.
"Ça dure depuis un moment, je suppose ?"
Midoriya acquiesça, s'essuyant les yeux avec le dos de sa main avant de prendre le mouchoir offert.
"La première fois que tu l'as remarqué, c'était quand ?"
" -pas tes putains d'affaires !"
"Kacchan, s'il-te-plaît !"
"Il allait souvent dans une clairière dans les bois pour s'entraîner." il se souvient. "Un jour je l'y ai suivi après qu'il se soit battu avec une nouvelle fille à l'école. Au début, il ne faisait que des explosions comme il le faisait habituellement lorsqu'il était en colère, mais après il s'est à moitié effondré, en quelque sorte. C'étaient plus de grosses explosions, juste des étincelles, mais elles étaient dirigées sur ses bras. Je ne pense pas qu'il essayait vraiment de se blesser. Je crois qu'il essayait juste de sortir de sa tête."
"Je vois." Aizawa le regarda dans l'expectative, attendant qu'il continue.
L'écoutant, réellement.
"Ça a vraiment empiré après le vilain boueux." il poursuivit. "Il a essayé de prétendre que c'était un accident, mais il n'y avait pas moyen. Il avait gardé ses manches longues tout l'été, mais un jour je l'ai surpris en train de changer de t-shirt à la fin d'un entraînement sur le chemin du retour. Ses deux bras, des coudes aux épaules, avaient des brûlures en forme d'étoile. Il y avait aussi des griffures par-dessus certaines, comme s'il les avait gratté pour que ça fasse à nouveau mal quand elles commençaient à trop guérir. Il a commencé à ne porter que des vêtements trop grands vers cette période, mais je pense que ça avait plus à voir avec le fait qu'il n'aime pas se sentir restreint que l'envie de se couvrir."
"Merci de m'avoir dit tout ça." déclara sérieusement Aizawa.
Eeeeet il pleurait à nouveau.
Kirishima avait compris dans l'idée ce que Bakugo avait vécu. Il avait regardé des films où des scènes se coupaient sur des femmes terrifiées et avait assisté au silence inconfortable qui s'abattait sur les adultes lorsqu'un enseignant était arrêté. C'était totalement différent que de réellement le voir. Une horreur nauséeuse s'installa dans son estomac alors qu'il regardait à nouveau la vidéo. Bakugo détesterait ça, mais il avait besoin de comprendre, parce que manifestement il ne l'avait pas fait. La pire partie était la fin, lorsque la peur s'estompait pour devenir une absence résignée parce que Bakugo ne pouvait plus gérer ce qu'il lui arrivait. Il avait l'air si douloureusement vulnérable, Kirishima voulait pleurer.
"Je t'ai touché, mon chou."
Il ne pouvait pas s'imaginer être si dépourvu d'empathie. Elle avait vu la douleur et la peur qu'elle pouvait causer et s'en était délectée. Exploiter ce pouvoir l'amusait. Il comprenait désormais le besoin désespéré de Bakugo d'être respecté. Son incapacité à accepter une blague n'était pas juste de l'arrogance, c'était de la colère laissée par une humiliation si primitive qu'elle avait gravée une cicatrice dans toutes ses interactions futures.
Et cette vidéo était ce que Bakugo avait qualifié de « pas si grave ». Objectivement, elle n'avait pas fait grand-chose physiquement. Il ne pensait pas qu'il aurait pu supporter de la regarder si ça avait été le cas.
Une vidéo de l'étudiant kidnappé le montrant harcelé durant sa captivité fait surface.
L'étudiant le plus agressif de UA est-il secrètement un cœur d'artichaud ?
La belle ET la bête : la popularité de Bakugo Katsuki monte en flèche à la suite des détails de son enlèvement.
C'était mauvais. Tellement mauvais. Bakugo pouvait déjà à peine supporter que les gens soient au courant pour son enlèvement. Il avait donné au blond une longueur d'avance sur la sortie du café, mais en quelques minutes, la peur que son ami fasse quelque chose de destructeur l'emporta sur son respect de l'espace privé et de l'intimité.
"Je vais le chercher." Il se leva, coupant Momo au milieu d'une phrase qu'il n'avait absolument pas écouté.
"Tu penses que ça ira si je viens ?" elle demanda en faisant déjà son sac.
"En vrai… ouais." Il ne connaissait pas les détails de l'étrange et soudaine relation entre Momo et Bakugo, mais il savait qu'elle le comprenait mieux qu'il ne pourrait jamais, peu importe les efforts qu'il ferait pour.
"Qu'est-ce que je devrais faire ?" demanda maladroitement Jirou. "Genre, vous voulez que j'aille chercher quelqu'un ou... quelque chose ?"
"Aide-nous à le trouver." Kirishima demanda. "Il est doué pour se cacher, mais pas pour être silencieux."
"Ça ressemble à de la triche." se renfrogna Jirou. "Utiliser une super audition pour attraper un mec sourd."
"Il est qu'à moitié sourd." Kirishima fit un signe de main pour lui chasser l'idée. "Et ça l'énerverait s'il entendait que tu penses devoir y aller doucement avec lui."
Le sentiment d'être avec une équipe soudée atténua la panique qui secouait sa poitrine. Il comprenait désormais pourquoi Jirou et Kaminari s'entendaient si bien. Ils partageaient tout deux une dépendance à se servir de l'humour comme d'un bouclier pour se motiver.
"Est-ce que tu as une direction générale où commencer ?" elle demanda.
"J'ai une supposition." Il les conduisit sur leur trajet de retour en métro habituel.
"Vous pensez qu'il s'est passé plus de choses que ce qu'on voit sur cette vidéo ?" Momo exprima sa terreur.
"Peut-être." il répondit. "Filmé ou pas, je sais qu'il y a eu plus que ça."
"Je pouvais à peine regarder." Elle enroula ses bras autour d'elle-même de manière protectrice.
"Tu penses qu'on devrait faire quoi quand on l'aura retrouvé ?" il lui demanda.
"Tu es son meilleur ami." elle répondit avec surprise. "Je pensais que nous suivrions ton exemple."
"Toi tu comprends ce qu'il traverse. Mieux que moi, en tout cas."
Elle se serra davantage.
"J'avais tellement honte, je m'étais enfuie avant même de donner à mes amis la chance de me soutenir. Il serait peut-être préférable que j'y aille seule au début afin de ne pas le submerger avec trop d'attention."
"Je te fais confiance." il l'encouragea alors que le métro ralentissait. "C'est notre arrêt."
"Vraiment ?" demanda Momo, confuse. UA était encore une station plus loin. Elle le suivit malgré tout sur le quai.
"C'est là que Bakugo et toi êtes descendus pour échapper à ce crétin de journaliste." se souvient Jirou.
"Il y a un toit que Bakugo aime beaucoup dans le quartier." Kirishima expliqua, essayant de ne pas penser à la hauteur de l'ancien bâtiment.
Il avait pris grand soin de se souvenir du chemin entre le toit et l'école, puisque Bakugo avait été complètement ivre la dernière fois. Se souvenir du chemin exact à travers la ville depuis la gare, en revanche, nécessitait un peu l'utilisation de google maps.
"Les parages ne semblent pas sûr." Momo observa les cadres de porte vides et les fenêtres en contreplaqué décorant la rue qui avait été complètement abandonnée par quiconque avait de l'argent pour la remettre en état.
"Ça l'est pas." confirma Kirishima, réalisant soudainement à quel point Momo ressemblait à une fille riche. Des vêtements neufs aussi peu pratiques que chers, des cheveux lisses et bien soignés, des dents blanches parfaites et bien alignées. Elle était aussi jolie en plus de ça. Il ralentit et fit un effort pour marcher près d'elle après ça.
Il se demandait si Bakugo aurait aussi eu l'air riche sans l'emprise totalitaire de sa mère sur les finances de la famille. Combien de genoux déchirés et de bords irréguliers sur ses vêtements étaient par choix et combien étaient juste de la négligence ?
"On y est." Il espérait, du moins. "Tu veux voir si tu peux entendre quelque chose ?"
"Je pense pas que ce soit comme ça que l'ouïe fonctionne." déclara Jirou. "Voir est une chose totalement différente."
"Tu sais ce que je voulais dire." Il leva les yeux au ciel.
Elle se brancha sur une brique et les fit taire.
"Quelqu'un regarde Oldboy. Et qu'est-ce que... Nan, nan, j'avais pas besoin d'entendre ça- Okay, plus haut."
Ses yeux fermés se plissèrent sous la concentration, essayant de se focaliser sur une personne en particulier.
"Il est définitivement là-haut." elle annonça finalement.
"Est-ce qu'il a l'air d'aller ?"
"Pas vraiment." elle répondit honnêtement. "Je pense que Momo a raison, une seule personne devrait monter le rejoindre pour commencer."
Il lui fallut quatre essais avant de trouver la fenêtre brisée de l'escalier de secours. Lorsqu'ils atteignirent le toit, il donna un léger coup de coude à Momo. Elle hocha la tête en retour avant de sortir sur la terrasse.
"On est vraiment haut." releva Jirou. "Et il a un passif. Je vais écouter au cas où Momo aurait besoin d'aide. À toi de voir ce que tu veux faire."
Elle lui tendit l'autre prise, branchée sur un écouteur. Il hésita un instant, avant de se souvenir du visage de Midoriya lorsqu'il avait expliqué l'état de panique suicidaire dans lequel il avait trouvé Bakugo. Il accepta et porta l'amplificateur à son oreille.
S'il se fiait aux sanglots désordonnés et entrecoupés d'halètements, Bakugo ne s'attendait pas à être retrouvé.
« Bakugo. » appela Momo.
Une forte inspiration, des chaussures qui éraflent le ciment.
« Putain, qu'est-ce que tu fous là, Queue d'cheval ?! »
« Je voulais voir si tu allais bien. »
« Tu m'as trouvé comment, bordel ? »
« Kirishima. »
« Il est ici ? »
« Oui. »
Quelques pas prudents.
« Il est là, mais nous ne voulions pas te submerger. »
« Pourquoi toi, alors ? » il attaqua.
« Parce que j'ai une meilleure idée de ce que tu ressens. J'ai aussi été traitée ainsi. »
« Peut-être, mais personne l'a filmé ! »
« C'est vrai. Je suis désolée. »
« C'est putain d'humiliant ! » Sa voix se brisa sous les larmes de colère.
« Je sais. » Elle avait aussi l'air d'avoir la gorgé serrée. « Je sais que ça l'est. D'avoir quelqu'un qui te traite comme ça, qui te manque complètement de respect juste pour du divertissement, c'est- C'est comme si tu n'étais même pas une personne. Ça te fait te sentir moins qu'humain, comme si tu étais un objet qui était juste là pour que quelqu'un d'autre s'amuse avec lorsque l'envie lui prend. Tu as honte d'exister, c'est affreux. »
Le silence rongea les nerfs de Kirishima.
« J'oublie toujours que tu comprends vraiment, Queue d'cheval. »
Un souffle soulagé lui échappa en entendant Bakugo un peu moins paniqué.
« Malheureusement, oui. » elle répondit doucement.
« Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? » il demanda soudainement. « T'as vu cette garce s'amuser avec moi, c'est que justice. »
Kirishima était sur le point de se lever pour intervenir lorsque Momo répondit.
« Ils ont créé un jeu qui consistait à me toucher. » elle confia d'un ton grave. « Ils le faisaient devant tout le monde. C'était amusant pour eux. »
Punaise, on a tous tellement de chance que Momo soit une sainte.
« C'est merdique. » déclara Bakugo, semblant complètement honteux de son explosion d'agressivité.
« Ça l'était. » elle convient. « Le temps que je passe à me sentir si dégoûtée de moi-même pour quelque chose que je n'ai pas fait est injuste. »
Quelques fortes détonations lui signifièrent que Bakugo connaissait aussi ce sentiment.
« Pas vrai ?! Cette garce arrêtait pas de parler de ses putains de talents, comme si j'avais un putain de contrôle sur ça, elle a dit- Elle a dit que j'avais aimé, mais j'avais rien demandé de tout ça ! »
« Bakugo. » Le sang-froid de Momo glissa un instant. « Tu sais que si tu, euh, a physiquement réagis à quelque chose qu'elle a fait, ce n'est pas la même chose que de vouloir que ça se produise. »
« Je sais, mais… les gens sur internet font toutes ces suppositions à mon sujet et je- J'avais pas le choix ! J'ai rien fait, putain ! J'ai rien voulu de tout ça. » Sa gorge se serra à nouveau. « Je voulais pas le lui dire, je voulais juste qu'elle me laisse tranquille et- Merde, le fait de ne plus être vierge était pas mon putain de choix non plus ! Pourquoi elle a voulu me demander ça, bordel ? Qu'est-ce que ça importe, même ?! Mais maintenant tout le monde sait, ou sait à moitié. Je vais avoir tellement de conneries sur le dos à propos de ma petite amie secrète ou je ne sais quoi et tout ces gens trouvent ça amusant, alors que vraiment je- Putain, je peux pas passer ma carrière à ce qu'on me pose des questions sur le pire jour de ma putain de vie à chaque interview ! »
« Ce ne sera pas le cas. » elle promit. « Tu as l'un des alters les plus tape à l'œil. Tu vas faire tellement de choses cools, les gens finiront par oublier tout ça. »
« Peut-être. » il grommela avec scepticisme.
« Est-ce que ça va si les autres nous rejoignent ? » elle demanda.
« Les autres ? »
« Eh bien, nous n'allions pas faire voyager Jirou toute seule. »
« C'est pas ses putain d'affaires. » il grogna sur la défensive.
« Eh bien, une partie l'est au moins. » elle contredit. « Elle est la première personne dans cette école à qui j'ai parlé de mon affaire. »
« ...Okay. J'imagine qu'elle peut rester. »
Les prises de Jirou se rétractèrent alors que les pas de Momo s'approchaient, elle ne fit cependant aucun autre effort pour cacher le fait qu'elle écoutait. Momo ne sembla pas s'en soucier.
"Bakugo !" Kirishima courut vers lui, incapable de se retenir plus longtemps. Il savait qu'il valait mieux ne pas essayer de l'enlacer pour le moment, alors il prit l'une des mains rugueuses du blond dans les siennes à la place. "Je suis tellement content qu'on t'ait retrouvé."
Il laissa le « vivant » en suspend.
"C'est une vue plutôt cool." commenta Jirou alors qu'elle regardait la ville rayonnant sous le couché du soleil.
"Ouais, c'est un quartier de merde, mais l'horizon est décent." convient Bakugo.
"Tu te sens mieux ?" Elle garda son ton décontracté.
"Aussi bien que je puisse l'être avec ma merde devenue le nouveau putain de sujet du soir de tout le monde."
"Tout le monde ne s'intéresse pas à la pop culture." elle contredit en marchant le long d'un tuyau surélevé avec les mains dans sa veste. "La plupart des gens ne pensent pas du tout à toi, Bakugo. Ils continuent leur vie."
"En quoi tu le sais, bordel ?" Il lui lança un regard sceptique.
"Je peux les entendre." Elle sauta pour s'accroupir et se brancher sur le béton.
"Au dernier étage, juste en dessous de nous, quelqu'un essaie de suivre une vidéo de recette de cupcakes végans et échoue misérablement. De l'autre côté du couloir, quelqu'un fait la vaisselle en rythme avec Slipknot. Il y a un couple qui se dispute quelques étages plus bas pour savoir si leur appartement est assez grand pour un berger allemand. Un gamin dit à ses ennemis sur Call of Duty de « manger leurs morts, bande de plèbe »." Elle rouvrit les yeux, son attention se concentrant à nouveau sur le toit. "Le monde est grand. Tu as eu une journée de merde, mais la vie continue."
"T'es pas mauvaise, Oreilles de Buddha."
C'était l'équivalent d'un « merci » pour Bakugo.
Aussi horrible que soit la situation, Kirishima trouva un réconfort : s'ils avaient vu la vidéo, Aizawa aussi.
•* Pegging : Pratique sexuelle. Lorsqu'une personne à vagin pénètre analement une personne à pénis avec un gode ceinture.
NAO : J'avais écrit une partie de ce chapitre il y a quelques temps, mais je voulais pas vous affliger trop de désastres d'affilés.
