Traduction : Tressym383
Relecture : Zodiaaque
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Résumé : Bakugo s'accoutume à sa nouvelle normalité, seulement pour la voir à nouveau bouleversée.
"Ferme-la, bordel !"
Il mord sa langue jusqu'à sentir le goût du sang.
Sois juste silencieux.
Garde tous les saignements à l'intérieur.
"Regarde-moi, putain !"
"Bakugo !"
Il se réveilla à bout de souffle, repoussant la personne près de lui d'un coup sec. Celle-ci recula facilement, ne le combattant clairement pas. Ça lui donna le répit nécessaire pour reprendre ses esprits.
La lumière était allumée, éclairant des draps enchevêtrés et des cheveux roux ébouriffés.
"Je vais bien, Tête d'orties." il affirma à la seconde où il comprit ce qu'il se passait. La tension dans sa voix l'alerta du nœud dans sa gorge et de l'humidité sur son visage. Il avait pleuré dans son sommeil. Fantastique.
"Celui-là avait l'air assez horrible." observa consciencieusement Kirishima.
"J'imagine." il reconnut à contrecœur.
"Tu veux en parler ?"
"Regarde-moi, putain !"
"Non."
"D'accord." Kirishima céda. "Tu veux que je reste ou que je te laisse seul ?"
"Retourne te coucher." il ordonna. Le carmin avait l'air de vouloir contester, mais il obéit tout de même. Bakugo s'allongea pour prétendre qu'il allait faire de même, mais à la seconde où la porte se referma, il sauta de son lit à son bureau.
Autant faire quelques devoirs.
Ojirou en avait tellement assez de Bakugo Katsuki.
Celui-ci fit irruption dans la classe comme si toutes les personnes présentes l'avaient déjà personnellement offensé, se moquant dédaigneusement de ceux qui ne lui avaient pas immédiatement laissé le chemin libre comme la mer Rouge l'avait fait pour Moïse.
"Bouge de là, Invisibili-bitch." il grogna, faisant sursauter Hagakure. "Après toute une vie sans que personne puisse te voir, comment t'arrives encore à te débrouiller pour être au milieu du chemin, bordel ?"
"D- désolée." elle balbutia.
"Tais-toi."
"Qu'est ce qui ne va pas avec toi ?" Ojirou l'interpella.
"Je t'assure que tu veux pas me faire chier aujourd'hui, Le marsupial."
"Alors ne commence pas !" il cria en retour. Comme il s'y attendait, Bakugo le rejoignit en quelques secondes.
"Tu veux te battre ?!" Il se pointa du pouce, mais le temps qu'Ojirou comprenne vers où se dirigeait exactement sa main, il avait déjà attrapé par réflexe le poignet du blond.
L'explosion ne fut pas particulièrement violente, mais la force avec laquelle Bakugo lui arracha le bras fit définitivement monté un peu d'adrénaline.
"Me touche pas !" il cria.
"Alors me menace pas !" il répliqua désespérément, même s'il savait que le blond n'avait pas l'intention de le frapper. Une main s'abattit brusquement sur sa poitrine, le faisant reculer d'un pas alors que l'autre garçon s'éloignait rapidement.
Il comprenait qu'il s'emportait parce qu'il était dans une mauvaise passe, mais ça ne signifiait pas que tout le monde devait supporter ses conneries. Hakagure était une fille si gentille, elle ne méritait pas qu'on lui crie dessus. Oui, quelque chose n'allait vraiment pas avec Bakugo, mais ce n'était pas de sa faute à elle.
Je culpabilise quand même.
Il n'avait pas vu la vidéo jusqu'à sa conversation avec Ochako. Il savait que la rage constante de Bakugo était la façade de quelque chose d'autre, mais il n'avait jusque-là jamais vraiment réfléchi à ce que ce « quelque chose d'autre » impliquait. Puis la vidéo… rien de si grave ne s'y était vraiment passé, c'était juste la nana folle qui se comportait de façon flippante et menaçante, mais la manière dont l'enregistrement s'était finit... Rien de plus ne s'était particulièrement produit, mais ça avait probablement été le cas. Il s'était terminé avec l'abandon psychologique de Bakugo. La rage s'était transformée en peur, qui s'était elle-même changée en vide, et ça l'avait amené à se demander s'il voulait vraiment que le crétin arrête d'être aussi énervé.
Il dirigea un regard agacé vers le concerné, mais celui-ci était recroquevillé avec les bras croisés, évitant ostensiblement tout le monde. Il s'affaissa de plus en plus sur sa chaise au fur et à mesure du cours, jusqu'à ce qu'Ojirou réalise finalement qu'il s'était endormi. Environ une demi-heure après le début de sa sieste, il commença à trembler. Un gémissement de détresse incita finalement Midoriya à tendre la main pour secouer son épaule, entraînant une petite explosion relativement contrôlée.
Est-ce qu'il… va bien ?
Il repensa aux leçons d'Aizawa et se rappela finalement que les troubles du sommeil étaient courants lors d'un SSPT.
D'accord, il pouvait admettre que ne pas pouvoir dormir rendrait n'importe qui de mauvaise humeur.
Bakugo reste celui qui a commencé.
Pourquoi devait-il être aussi méchant ? Et avec des gens si gentils ? Il pouvait tolérer les excès de colère qui lui étaient destinés, mais Hakagure avait déjà pleuré parce qu'elle avait découvert que les éléphants pensaient que les humains étaient mignons. Sans même parler de Midoriya.
Il avait oublié ce que c'était que d'être d'accord avec Bakugo, jusqu'à ce que leur première pause de la journée le lui rappelle.
"Momo, c'est tellement mimi !" Hakagure dansa presque en regardant le nouveau collier de la brune. Comme elle ne pouvait pas les utiliser sur elle-même, elle s'impliquait toujours dans le maquillage et les accessoires de l'autre fille. Il lui avait déjà dit plus d'une fois qu'elle pouvait toujours porter des bijoux et de jolis vêtements, mais elle avait répondu que rien ne lui allait parce qu'elle ne ressemblait à rien.
"Merci." Momo avait l'air tout autant embarrassée que flattée. "Jirou me l'a offert."
"Trop mignoooon !" elle déclara avec excitation.
"Ça accentue les marchandises."
Parfois, il parvenait à oublier l'existence de Mineta. Celui-ci utilisa le collier comme excuse pour « regarder de plus près ».
"Qu'est-ce que tu viens de dire, bordel ?!"
Bakugo se matérialisa devant lui avec des explosions crépitantes au creux des mains, comme s'il avait été invoqué par une perturbation de l'univers signalant que Mineta se comportait comme un crétin. Celui-ci énervait Bakugo la plupart du temps, mais depuis l'enlèvement, c'était devenu une règle tacite de garder les deux aussi éloignés l'un de l'autre que possible.
"C'est juste un compliment !" Mineta se défendit.
"Recule loin d'elle, gâchis d'oxygène !" il gronda.
"Je l'ai même pas touchée." Mineta leva les yeux au ciel face à la réaction excessive. "Tu peux pas reprocher à un mec de regarder !"
"Un mot de plus, taré de raisin, et je mets fin à ta misérable existence !"
D'une manière ou d'une autre, Mineta réussissait à trouver du courage seulement lorsqu'il s'agissait d'être un pervers.
"J'imagine que tu peux pas comprendre. T'aimes même pas les filles."
Oh, ça allait mal tourner.
Bakugo ne faiblit qu'un instant avant que les explosions enflammées ne parlent pour lui. Mineta s'enfuit en criant.
"C'est quoi ton problème, bordel ?!" Mineta hurla.
Ojirou en avait assez.
"Si Bakugo finit par te tuer aujourd'hui, tu l'auras mérité !"
Les deux adversaires se tournèrent vers lui avec surprise.
"Il a raison." il élabora. "T'es odieux et dégoûtant, alors tais-toi !"
Ignorer les crises constantes de Bakugo était une compétence nécessaire pour coexister avec une telle tête brûlée, mais ça allouait aussi une sorte de permis social de l'ignorer même lorsque celui-ci avait raison. Mineta avait complètement manqué de respect aux limites et à l'autonomie de Momo. Apparemment, ça touchait suffisamment Bakugo pour le mettre dans une colère dans laquelle Ojirou ne l'avait jamais vu.
Au festival sportif, Ojirou avait lui-même refusé de continuer parce qu'il ne s'en sentait pas digne et tout le monde avait respecté ce choix. Lorsque Bakugo avait refusé la médaille… ça l'avait aussi agacé, mais après avoir été témoin de la peur désespérée que le blond avait ressenti pendant qu'il était retenu par les vilains… avec le recul, ça lui donnait la nausée. Bakugo était un crétin, mais il méritait tout de même les droits humains fondamentaux.
"Tais-toi juste et assieds-toi, Mineta." il continua. "Avant qu'il ne t'expulse dans l'espace comme tu le mérites."
À quel point cette rage défensive découlait-elle d'indifférences passées ? Bakugo était très souvent dramatique, mais cette attitude l'avait conduit à se faire enchaîner et museler parce que personne ne respectait suffisamment son opinion pour le laisser dire non. C'était le garçon qui criait au loup.
"Merci, Bakugo." reprit timidement Momo.
"Ça va ?" Son volume chuta d'environ trente décibels.
"Je vais bien, j'y suis habituée. Mais j'apprécie tout de même ton intervention."
" Y « être habituée » veut pas dire que tu devrais avoir à supporter cette merde." il grogna. "Ce petit bâtard pervers mérite pas d'être dans la même putain de pièce que toi."
"Tu es adorable." Momo sourit doucement.
Bakugo est adorable ? ? ?
"Je le suis vraiment pas."
"Ce qu'il t'a dit à propos des filles." Momo baissa davantage sa voix. "C'était déplacé."
Le blond haussa les épaules, se rapetissant sur lui-même.
"C'est rien." il marmonna.
"Non, c'était méchant et faux. Nous savons tous les deux que ce n'est pas ce que signifie cette vidéo."
"Ça va." il répondit, mal à l'aise. "Je me fous de ce que ce crétin de raisin a à dire de toute façon."
"À moins que ça me concerne." elle souligna.
"Eh bien… ouais, j'imagine." il balbutia.
Momo n'insista pas. Sachant que ça le dérangeait clairement plus qu'il ne l'admettrait, continué n'était pas dans son caractère.
"Tu es un bon ami, Bakugo." elle maintient.
"Ouais, peu importe." Il rougit en s'éloignant, provocant un rire chez Momo.
Si Bakugo allait continuer à être une pile de rage et de nitroglycérine hurlante, il utilisait au moins sa capacité à effrayer les gens à bon escient.
"Hey, Bakugo." il appela.
"Qu'est-ce que tu veux, Le marsupial ?"
"C'était plutôt cool de ta part."
Il eut l'air étonné, puis méfiant, avant d'être embarrassé.
"Peu importe."
Momo se mit à nouveau à rire et Ojirou l'imita.
Kirishima n'était pas sûr de ce qui avait suscité le changement exactement, mais Bakugo avait fait un revirement à cent-quatre-vingts degrés. Contrairement à avant où il maintenait constamment un certain espace personnel, il s'accrochait désormais à Kirishima dès que possible.
Actuellement, Bakugo était assis contre lui sur le canapé de la salle commune et leurs mains étaient entrelacées aussi subtilement que possible. Nichées entre leurs cuisses et les coussins du canapé, personne ne semblait s'en apercevoir pour le moment. Il ne pouvait qu'espérer que Bakugo ne serait pas trop embarrassé lorsque quelqu'un le leur ferait inévitablement remarquer. Le blond était totalement en manque d'affection et ne montrait aucune hésitation pour en avoir lorsqu'ils étaient tous les deux, mais il se renfermait dès que d'autres personnes étaient dans les alentours. Comme si l'idée de toucher volontairement une autre personne était un secret honteux.
Bien sûr qu'il ne voudrait pas être vu avec toi, tu es qui même, à côté de lui ?
Non, stop. Les problèmes de Bakugo n'avaient rien à voir avec lui personnellement (avec un peu de chances).
Donc oui, il n'était pas gêné, mais un peu inquiet.
"Qu'est-ce qu'on dira si quelqu'un le remarque ?" il demanda, le visage enfuit dans les cheveux blonds. Il s'attendait à une réponse du style « va te faire voir et crève », mais le concerné resta silencieux.
"Bakugo ?"
"Tu veux vraiment le dire aux autres ?"
"On est pas obligé."
"Mais tu le veux ?"
"Eh bien... j'aimerais le dire à ma mère- "
"Espèce d'idiot."
" -et Mina. Mina serait ravie, elle a dit qu'on était son OTP il y a quelques semaines."
"Son quoi ?"
"Je sais pas vraiment ce que ça veut dire, mais ça signifie qu'elle pense qu'on est un couple mignon et qu'elle nous soutient."
"Oh." Son visage se tordit dans une brusque confusion. "Alors elle serait d'accord avec ça ?"
"Bien sûr qu'elle le serait." Quelque chose le tracasse. "Pourquoi ne le serait-elle pas ?"
"Eh bien... Je- je suis..." Il se blottit contre son épaule. "Merde."
"Tu sais que Mina est bisexuelle, hein ?" Il donna un léger coup de coude à la forme qui se cachait contre lui.
"Vraiment ?" il demanda avec espoir.
"Ouais, donc t'as pas à t'inquiéter de ce qui concerne l'homophobie."
Il hocha la tête, toujours perdu dans ses pensées.
"Il y a autre chose qui t'inquiètes ?"
Un autre hochement de tête.
"Dis-moi."
"Je suis pas juste un autre gars, je suis... moi !"
"...Je te suis pas."
Bakugo se redressa avec un grognement frustré.
"Je suis un connard ! Je suis méchant, colérique et un cas perdu alors que toi t'es une bonne personne !"
Ah.
Je vois.
"Tu n'es pas méchant avec moi." nia Kirishima.
"Si !" il contredit. "Je t'appelle Tête d'orties plus que ton vrai nom !"
"Mais ça ne me blesse pas." Kirishima haussa les épaules. "Si je te demandais d'arrêter, tu arrêterais, n'est-ce pas ?"
"J'imagine." il grommela.
"Alors aucun soucis."
Il ne semblait pas entièrement convaincu, mais il se rassit malgré tout, fermant les yeux alors que sa tête se posait à nouveau sur son épaule. Il espérait qu'il s'endormirait bientôt. La nuit avait été agitée, à en juger par l'odeur de fumée et les bruits de détresse qui l'avaient réveillé vers trois heures du matin.
Il pleurait dans son sommeil.
C'était plus difficile à écouter maintenant qu'il avait une image plus vive de ce qu'il se passait dans ses cauchemars. Ce n'était plus des bruits abstraits et sans sources, mais des échos d'appels à l'aide auxquels personne n'avait jamais répondu. Normalement, il l'aurait appelé sur son téléphone pour le réveiller, mais celui-ci avait dû être éteint la nuit dernière.
Il jeta un coup d'œil au blond, soulagé de le trouver avec les yeux fermés. Incapable de se concentrer sur ses devoirs d'anglais pour le moment, il fixa la télévision de la salle commune, bloquée avec le son coupé sur les informations, comme toujours. La banderole en bas de l'écran attira cependant son attention.
Deuxième corps retrouvé, la rumeur d'un « Vampire Tueur » prend de l'ampleur.
Il déverrouilla son téléphone avec le bras qui n'était pas monopolisé par Bakugo endormi et rechercha « Vampire Tueur », faisant apparaître une série d'articles centrés sur les meurtres. Il semblait qu'il n'était pas le seul à se demander si les corps et l'enfant retrouvé vivant avaient un lien.
Yamamoto Haruki a-t-il vu le Vampire Tueur ?
Nous savons peu de choses sur la disparition du garçon, mais l'état de déshydratation sévère dans lequel il a été retrouvé amène certains à théoriser que son kidnappeur et le tueur ne font qu'un.
"Les humains sont composés à quatre-vingts pourcents d'eau."
Le poids sur son épaule se releva du canapé.
"Quoi ?" Bakugo se tourna vers lui, les yeux écarquillés par la panique.
"Hm ? Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"Qu'est-ce que tu viens de dire ?!" il demanda, la voix s'élevant d'un air désespéré et emplie de terreur.
"Juste un truc qu'a dit l'enfant qui avait disparu. Il ne parlait pas beaucoup quand ils l'ont retrouvé. Apparemment, il aurait juste dit : « les humains sont composés à quatre-vingts pourcents d'eau »."
Le peu de couleur qui restait sur le visage de Bakugo disparut.
"Ça va ?"
"Non." Il ne pouvait pas dire si c'était une réponse ou une déclaration sans rapport avec la conversation.
"Bakugo ?"
Le choc et la terreur déformèrent ses traits alors qu'il secouait la tête avec incrédulité.
"Bakugo, qu'est-ce qu'il se passe ?"
Il partit de la salle en trombe.
NAO : Au moins, je vous aurai donné quelques bons moments avant que la nouvelle catastrophe n'arrive.
