Traduction : Tressym383

Relecture : Emiko Yure (AO3)

Résumé : Le manque de contrôle sur ses impulsions conduit Bakugo à faire une sortie en extérieur.

NAO : Ce chapitre est vraiment long, donc le suivant sera plus court. En fait, j'ai écrit le prochain en premier, mais j'ai ensuite pensé que vous méritiez tous une putain de pause.

NP : Okokay, j'ai enfin regardé la saison 2 d'Euphoria. Sachez que je suis présentement obsédé par la musique Dead of Night de Orville Peck (que j'imagine d'ailleurs parfaitement sur la scène où Kiri et Bakugo rentrent après la soirée, fin chapitre 34), c'est donc naturellement que je l'ai ajouté à ma playlist de traduction. D'ailleurs j'ai enlevé/ajouté pas mal de musiques dedans et modifié l'ordre de celles-ci, n'hésitez pas à aller checker.

J'ai toujours voulu écrire une longue fic qui traite de sujets qui me touchent, mais sans jamais le faire par manque de compétences au niveau de l'écriture. Euphoria (par Drake) et cette fanfic sont les deux fictions qui collent le mieux à ce que j'ai toujours voulu lire et écrire. C'était et c'est si incroyable de les découvrir.


"Et bien, je crois pas qu'il est fâché contre moi." annonça Mina alors qu'elle se tapotait le visage avec un mouchoir. "Mais ça me fait pas vraiment me sentir mieux."

"Je ne savais pas non plus qu'une photo le mettrait autant hors de lui." répondit Kirishima. "Honnêtement, je crois qu'il s'est un peu surpris lui-même."

"Je me sens quand même mal." Elle s'enlaça. "Je veux dire… c'était un flashback, n'est-ce pas ?"

"Ouais." Kirishima confirma tristement.

"Il n'était… juste plus là, tout d'un coup. Et quand il est revenu à lui, on aurait dit que je venais de tirer sur un chiot ou quelque chose comme ça. Alors quoi que j'ai pu lui rappeler- ."

Elle sanglota à nouveau.

"C'était probablement vraiment horrible, ouais." Kirishima acquiesça. "Mais peu importe ce que c'était, tu ne lui as pas fait ça. Comme quand je l'avais plaqué au sol à l'entraînement. C'est moi qui avais causé cette crise de panique, mais j'étais pas vraiment celui qui lui a fait du mal. C'est dur de s'en remettre, je sais, mais ce n'est pas de ta faute."

"Aizawa ferait mieux d'attraper ce gars." marmonna Mina. "Il doit souffrir."

"Je suis d'accord."

Kirishima jeta un œil à la porte du balcon, où Bakugo s'isolait toujours, et remarqua Momo y glisser une tasse de thé.

"Je pense qu'il a apprécié ton cadeau d'excuses." Momo sourit doucement à Mina. "Je ne sais pas s'il en a mangé, mais il l'a au moins ramassé."

"Oh, bien." Mina répondit avec soulagement, comme si sa demande de pardon n'était complète que si elle le nourrissait. "J'espérais que le riz aux œufs serait assez facile à garder à l'estomac."

"En général il ne mange pas quand il est dans cet état." commenta Kirishima. Rien n'était facile à garder à l'estomac pour Bakugo lors de ses mauvais jours. "S'il y pense juste, c'est déjà une réussite."

Il était presque certain de l'avoir entendu vomir plus tôt, alors il doutait qu'il mange quoi que ce soit. Mina n'avait cependant pas besoin de le savoir. Il avait glissé une bouteille d'eau à travers l'embrasure de la porte pour qu'il puisse se rincer la bouche, donc c'était possible, juste peu probable.

"J'essaie de déterminer combien de temps je dois attendre avant que ce soit correct d'aller le voir." Kirishima chercha des avis.

"Je pense qu'il reviendra lorsqu'il sera prêt." suggéra Momo.

Elle avait probablement raison, mais le laisser seul était si difficile lorsque tout ce à quoi il pouvait penser était le souvenir du moment où il soulevait Bakugo hors de la baignoire pendant que celui-ci pleurait, sans force. Comment pouvait-il à la fois respecter son espace personnel et s'assurer qu'il était en sécurité ?

"On peut le voir à travers la porte, Kiri." Mina lut dans ses pensées.

"Je sais... Je sais que je suis parano." il soupira. "Je veux juste… qu'il aille bien."

"Nous le savons." lui assura Momo. "Mais tu ne peux pas faire de ta responsabilité personnelle le fait qu'il aille bien."

"Je peux essayer." il marmonna, ne plaisantant qu'à moitié.

Lorsque la porte s'ouvrit enfin, Bakugo avait l'air infiniment mieux.

"Hey." Kirishima ne put à peine contenir le soulagement écrasant.

"Je vais bien." Ça avait l'air d'être peut-être vrai, étonnamment.

"Ça me rassure."

"Le Xanax est un putain de médoc."

Ah.

Eh bien, au moins il ne buvait pas.

"Je les emmène à l'étage." Bakugo désigna les cadeaux de Mina et Momo.

"Je vais y aller aussi." Kirishima tenta d'avoir l'air désinvolte, mais les deux filles lui jetèrent un regard suspicieux lui criant « on sait ce que t'es en train de faire ». Qu'est-ce que ça faisait s'il allait dans sa chambre pour écouter les potentiels bruits de détresse à travers le mur ? Ce n'était pas un crime.

"Kiri." Mina insista.

"Oh non, je traverse un tunnel, je capte mal."

Il monta les escaliers trois par trois.


Bakugo tombait à court d'excuses pour éviter sa chambre. Il alla directement à son bureau, ne regardant minutieusement rien sur le chemin. Celui-ci avait toujours le même arrangement de notes et de feuilles de devoirs que lorsqu'il l'avait quitté pour la dernière fois. Il n'y avait aucune raison de penser qu'il en serait autrement, mais ça le troublait tout de même.

C'était presque « la chambre du mec mort ». Et Kirishima allait devoir vivre à côté.

Il brancha son téléphone, ne l'ayant toujours pas complètement chargé depuis qu'il l'avait récupéré.

« Me fais pas chier, Katsuki. »

Même le Xanax ne put pas parer ce frisson. Il se demanda brièvement s'ils ne lui avaient pas donné seulement cinq comprimés pour qu'il ne puisse pas se suicider avec.

Concentre-toi.

Les notes de Deku n'arrêtaient pas de se brouiller et s'entrecroiser. Il lisait la même ligne encore et encore et ça n'avait toujours aucun sens. Il était juste tellement fatigué.

Putain de pathétique.

Il semblait que la seule chose qui l'empêchait de paniquer le rendait également inutile. Il ne pouvait cependant pas se résoudre à regretter de l'avoir pris. Lorsque les flashbacks le frappaient, la sensation dans ses poumons était semblable à celle qu'on éprouvait au sommet d'une montagne russe, mais au lieu de durer quelques secondes, elle ne s'arrêtait pas. Seulement vingt minutes plus tôt, le bourdonnement dans sa poitrine l'étouffait. Désormais, il se sentait simplement… endormi ? Ou peut-être que c'était juste ce qu'était réellement une sensation de calme. Peut-être qu'il ne s'était jamais relaxé auparavant.

Non, il y avait définitivement de la fatigue dans tout ça. Il ne pouvait cependant pas se permettre de s'endormir à nouveau, il avait trop de choses à rattraper.

Tu vas bien.

C'était devenu son mantra par défaut. Heureusement, les médicaments l'aidaient à le croire actuellement.

D'accord, donc les navires noirs. La fin de l'isolationnisme du Japon vis-à-vis de l'ouest. Fondamentalement, les États-Unis s'étaient présentés à Edo, qui était désormais la baie de Tôkyô, et avaient menacé les gens jusqu'à ce qu'ils obtiennent ce qu'ils voulaient. Donc assez standard pour les américains. Il se souvenait vaguement que sa mère avait mentionné que son arrière grand-père était un soldat allié durant l'occupation. Il n'avait jamais pensé aux implications lorsqu'il était enfant, mais désormais il se demandait si c'était aussi une caractéristique typique des américains de se présenter et prendre ce qu'ils voulaient.

Peut-être que t'étais prédestiné à ça.

Okay, arrête ça, concentre-toi sur les notes. Il passa environ une heure à relire avec frustration chacune des autres phrases malgré le brouillard dans son esprit avant de s'endormir sur le bureau. Le point positif : il se réveilla avec un esprit beaucoup plus clair et réussit finalement à travailler un peu.

Au fur et à mesure que sa concentration revenait, il en était de même pour l'anxiété sous-jacente qui commençait à faire partie de sa vie. Il commença à faire les cent pas en lisant, essayant de donner à l'agitation quelque part où aller. Un angoissant sentiment d'appréhension le prit alors qu'il jetait un coup d'œil curieux dans la salle de bain.

"Je suis tellement désolé pour ce que je vais faire."

Il grimaça au souvenir de ses membres lourds combattant inutilement un Kirishima terrifié.

"L'ambulance est en route."

Tout était tellement confus.

"Ça va, tu vas t'en sortir."

Il avait été honnêtement beaucoup plus effrayé à l'hôpital, mais au moins les souvenirs de l'hôpital ne le faisaient pas se sentir coupable.

Une boîte vide de Nyquil qui avait dû être manquée lors du nettoyage roula de sous le placard.

C'était putain de ridicule. T'es tellement stupide, toujours à te mettre dans-

Arrête.

Il jeta le cahier de Deku contre le mur. Ce qui était vraiment un pas en avant par rapport au fait de le faire exploser, Six devrait être fière.

Qu'est-ce qui ne va pas avec moi ?

Il avait manqué une semaine entière d'école, il ne pouvait pas se permettre de se morfondre. Surtout avec ses notes en baisse avant même son premier craquage de merde. Habituellement, c'était si naturel d'être studieux, pourquoi était-ce soudainement devenu difficile ? Pourquoi son cerveau ne voulait-il pas juste fonctionner, putain ?

Il avait aussi manqué l'entraînement pendant qu'il était hors service. Des jours perdus à s'affaiblir au lieu de se renforcer pendant que son vio- Que le Vampire Tueur était toujours quelque part dehors.

Soudainement, les murs étaient trop proches. Il avait besoin de sortir.


Kirishima ne savait pas trop à quoi s'attendre lorsque Bakugo fit irruption dans sa chambre. À beaucoup de choses, certainement, mais définitivement pas à ça.

"Tu vas b- ?"

"Je veux faire une randonnée." Bakugo annonça.

...Quoi ?

"Genre, maintenant ?"

"Oui."

"Tu es sûr de pouvoir ? Tu viens d'être hospitalisé."

"Exactement." il argumenta. "J'ai été coincé entre quatre murs pendant des jours."

Une randonnée. Dehors, dans la nature. Hors du campus, hors de la protection des héros, avec littéralement un tueur qui le traquait.

"Il va faire sombre dans quelques heures." La cascade préférée de Bakugo n'était qu'à quelques kilomètres du campus, mais ça semblait tout de même être une excuse valable.

"Je connais mon chemin." il rejeta.

"Je sais pas si c'est vraiment sans danger." Kirishima argumenta avec autant de douceur qu'il le pouvait.

"Oh bordel, très bien, si t'as peur du noir, on prendra une lampe torche."

C'est pas ce qui m'inquiète.

"Je veux dire, je sais pas si sortir du campus en ce moment est sûr."

Bakugo leva les yeux au ciel.

"Y a pas de falaises vraiment dangereuses là-bas. Tu penses que je vais faire quoi, sauter d'un arbre ?"

"Je m'inquiète pas que tu fasses quelque chose. Enfin, pas à la base, c'est- " Kirishima ne voulait pas lui ramener la peur qu'il avait pu apercevoir, il ne le voulait pas, mais... "Et si le Vampire Tueur essayait de te recontacter ?"

"Je suis plus un putain de gamin." Bakugo haussa la voix avec une anxiété à peine déguisée en colère. "S'il se montre, j'aurai ma putain de revanche."

"Mais tu es encore un enfant." argua Kirishima. "Et des adultes comme Aizawa essaient de nous protéger."

"Je sais, mais je- " Sa voix se brisa. "Je suis plus fort désormais. Et je sais qu'il est quelque part, si je le croise je serais prêt pour l'affronter. Je le laisserai pas à nouveau faire."

Évidement. Avec Bakugo, il s'agissait toujours de ne pas être assez fort.

"Ce n'est pas ce qui m'inquiète." Kirishima essaya de garder l'émotion hors de sa voix, ne voulant pas que la tristesse brute soit interprétée comme de la pitié. "Ça n'a pas d'importance que tu puisses l'affronter ou non. La dernière fois qu'il t'a contacté il n'était même pas dans les environs, mais il t'a quand même fait du mal."

"Je…" Bakugo pataugea. Il regarda autour de lui comme s'il avait besoin d'une sortie de secours, puis son visage devint résolu. "Je peux pas le laisser me prendre toute ma vie."

Il sortit de la chambre.

"Bakug- "

"Fais comme tu veux, mais moi j'y vais."

Bien sûr qu'il allait venir. Il se précipita pour mettre ses chaussures et attraper son téléphone, tapant un texte sur les messages communs de leur groupe d'amis.

Moi :

Cascade ?

Ils y étaient tous allés une fois auparavant, après avoir harcelé Bakugo pendant des mois pour savoir où il disparaissait toujours.

Plus on est nombreux, plus ce sera sûr.

Ruban Adhésif :

Maintenant ?

Moi :

Apparemment.

"Attend !" Il rattrapa Bakugo avant qu'il ne puisse s'en aller. "Attend une minute."

"C'est toi qui craignais qu'il fasse nuit."

"Juste le temps que les autres mettent leurs chaussures et s'habillent."

"Les autres ?"

"Notre belle équipe, pardi !" Mina bondit à leurs côtés.

Bakugo lui lança un regard suspicieux, mais ne protesta pas.

Même avec eux cinq, ça ne semblait toujours pas être une bonne idée. Laisser Bakugo partir seul était cependant une bien pire idée.

Il se souvenait que la dernière fois qu'ils avaient fait ce chemin, ça n'avait été qu'entre Bakugo et lui.

"On fait la course jusqu'en bas !"

"C'est pas juste ! Tu peux voler !"

Est-ce que la situation depuis semblait aussi différente pour Bakugo que pour lui ? La plupart des choses horribles qu'il connaissait désormais s'étaient déjà produites à l'époque.

"Je le laisserai pas à nouveau faire."

Était-ce ce qui l'avait tant brisé à Kamino ? La prise de conscience qu'il pouvait revivre cette situation, même aujourd'hui. Tous les réflexes de Bakugo, ses habitudes et même sa personnalité criaient ne jamais vouloir être pris au dépourvu. Il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour rendre son attitude colérique et ses actions redoutables. Mais peu importe à quel point il travaillait dur pour être le plus fort, ça pouvait toujours se reproduire. Il ne sera jamais trop fort pour être blessé, parce que personne ne l'était. Pas même All Might.

Même s'il pensait toujours que toute cette excursion était une terrible idée, voir une partie de la tension disparaître des épaules de Bakugo valait un peu plus les risques.

"Ça fait des lustres qu'on est pas venu ici." observa Mina.

"Après Kamino je pouvais pas vraiment faire beaucoup de randonnées en résidence surveillée." déclara Bakugo avec un dégoût évident.

"C'est vrai. J'avais oublié ça."

"Cool pour toi." il grommela. "J'aimerais oublier le fait d'avoir été enfermé dans une maison vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept avec ma putain de mère."

"Ouch." Kaminari grimaça avec sympathie. "Je peux pas l'imaginer. Enfin si, en fait. C'est pourquoi ouch."

"Je pensais que les voisins allaient appeler les flics le temps que les dortoirs ouvrent." Bakugo émit un sourire vide d'humour alors qu'il escaladait une pente raide de rochers irréguliers. "La plupart d'entre eux vivaient à côté de nous depuis assez longtemps pour l'ignorer, mais c'était quand même une sacrée semaine de disputes."

"Je suis surtout surpris qu'ils ne l'aient pas fait, ton quartier est si pompeux." remarqua Kirishima.

"Oooh, est-ce que la maison de Bakugo est chic ?" Mina demanda avec enthousiasme.

"C'est carrément une demeure." confirma Kirishima.

"Je savais pas que Bakugo était riche !" s'exclama Kaminari.

"Je le suis pas." il nia. "C'est mes parents qui le sont."

"...C'est pas la même chose ?" Kaminari demanda avec confusion.

"Pas avec mes parents." il grommela. "Ma mère a grandi dans la pauvreté alors maintenant elle est vraiment du style « tu dois te débrouiller tout seul pour le mériter ». Puis de manière générale c'est une grosse obsédée du contrôle."

"Ta vie est tellement bizarre."

"Tu peux parler, monsieur Je-trouve-des-seringues-dans-des-piscines-à-boules." intervint Sero.

"Tu marques un point."

"Comment ça se passe entre vous, d'ailleurs ?" Mina demanda en sautant sur un arbre tombé parallèlement au bord de leur chemin. "Je veux dire, avec ta mère."

"Mieux, j'imagine."

Quelques mois auparavant, il lui aurait probablement crié que ce qui concernait ses parents n'était pas ses putains d'affaires. Il n'aurait certainement pas donné de réelle réponse.

"Je l'ai pas vu depuis… Et bien, depuis quelques semaines."

"Tu veux la voir ?" Elle fit un pas en pointant son orteil telle une gymnaste alors que le tronc se rétrécissait.

"J'en sais rien." Il grimaça. "Ça allait un peu mieux depuis peu, mais après ce qui s'est passé… elle est probablement déçue."

Mina se figea à mi-chemin de son rondin, perdant presque son équilibre.

"Pourquoi serait-elle déçue ?"

Bakugo haussa les épaules alors qu'il s'arrêtait avec elle.

"Bakugo ?" elle essaya à nouveau. Il fourra ses mains dans ses poches, voutant défensivement ses épaules.

"Je pense qu'elle commençait à avoir espoir. On aurait dit que j'étais peut-être pas un cas aussi désespéré qu'elle le pensait."

Le cœur de Kirishima se serra. Après tout ce qu'il avait vécu avec la police, l'hôpital et le fait d'avoir frôlé la mort, Bakugo craignait de décevoir ses parents.

Son parent toxique, en particulier.

"Tu ne lui dois rien." Il le prononça de façon plus amer qu'il ne le pensait.

"Elle s'est améliorée." défendit instinctivement Bakugo.

"Ouais, après qu'Aizawa ait obtenu la tutelle." Il n'avait pas réalisé à quel point il était en colère contre Bakugo Mitsuki jusqu'à cet instant. "Elle a finalement arrêté de te frapper maintenant qu'elle peut littéralement pas être seule avec toi."

"Tu la connais pas." Bakugo avait l'air moins énervé qu'il ne s'y attendait, plus triste. "Ma mère aussi a traversé beaucoup de choses merdiques."

"Ça ne rend pas ses actes acceptables."

"Eh bien, t'es toujours ami avec moi alors que je suis exactement comme elle."

"C'est faux." Kirishima nia avec énergie. "Je sais qu'il s'est passé des trucs pas cools entre Midoriya et toi, mais vous étiez des enfants. C'est pas la même chose."

"Je comprends désormais." Il avait l'air étrangement anxieux, mais résigné. "Pourquoi elle a fait tout ça et... et c'est pas comme si je savais pas ce que c'était de vouloir..."

"De vouloir quoi ?"

Bakugo mordilla sa lèvre inférieure, semblant à la fois acculé et perdu.

"Parfois, je m'énerve tellement que je veux juste faire du mal à quelqu'un." il avoua doucement. "Et j'ai peur qu'un jour cette personne soit l'un d'entre vous."

"Je voulais pas lui crier dessus."

"C'est à propos de ce qu'il s'est passé plus tôt, c'est ça ?"

Bakugo fixa le sol, les poings serrés.

"Devenir impulsif à cause d'un flashback n'est pas la même chose que ce que ta mère t'a fait."

"Ça revient pourtant au même." La voix de Bakugo tremblait presque autant que ses mains. "Il s'avère qu'elle pensait pas la moitié des conneries qu'elle m'a dit, elle avait juste peur de me perdre comme elle a perdu son frère. Ça s'est exprimé de manière violente parce que c'est dans ce genre d'environnement qu'elle a grandi, comme moi. Son père l'a battu, elle m'a battu, puis j'ai battu Deku. On est juste… des putains de gens méchants parce que c'est comme ça qu'on a appri à survivre."

"Les familles, c'est compliqué." Kirishima céda. "Et c'est probablement sain que vous essayez de vous comprendre l'un et l'autre."

Il se tourna pour faire entièrement face à Bakugo et ajouta d'un air rancunier :

"Mais je vais quand même resté énervé contre elle."

"Ah oui ?" Bakugo sourit.

"Elle t'a fait du mal et je lui en voudrai jusqu'à ma mort pour ça." il affirma. Le sourire narquois de Bakugo se transforma en un véritable sourire sincère cette fois.

"Comme tu voudras."

Le chemin devient un angle de près de quarante-cinq degrés sur les derniers mètres avant qu'ils n'atteignent la cascade. Bakugo sautait facilement par-dessus les parties les plus escarpées à l'aide d'explosions occasionnelles. Sero était carrément fait pour ça, Kirishima ne pouvait même plus le voir. Même son propre alter était quelque peu utile, lui permettant de mettre du poids sur des surfaces plus irrégulières que les autres.

"Attendez juste qu'on redescende." haleta Mina. "Vous allez tous manger ma poussière."

"Mon alter est aussi inutile pour la descente que pour la montée." souffla Kaminari derrière elle.

Lorsque Kirishima atteint le sommet, Sero frimait sur un rocher surélevé au sommet des chutes. Au lieu de rivaliser avec lui comme prévu, Bakugo s'était assis sur l'un des points d'observations plus en bas.

"Ça te dérange si je te rejoins ?"

"Oui. C'est mon rocher. Va trouver le tiens." Le sarcasme monotone semblait fatigué. Kirishima s'installa, laissant quelques centimètres entre eux. Il ne savait pas s'il allait obtenir une réponse, mais il devait demander, l'interrogation le rendait fou.

"Qu'est-ce que tu sous-entendais plus tôt en disant qu'il t'enlevait toute ta vie ?"

S'il te plaît, ne pense pas à nouveau à la terminer, pitié.

Bakugo tendit la main dans l'eau qui coulait le long d'un rocher voisin sur le côté des chutes principales.

"Je peux pas me concentrer. Et j'ai ces énormes faiblesses dans les combats que Monoma a si généreusement dévoilé à tout le monde. Parfois, je peux même pas manger ou dormir, et je peux pas- " Il fit un geste frustré vers Kirishima, l'éclaboussant accidentellement. "Être une putain de personne normale avec toi !"

D'accord, il comprenait désormais. Lui aussi était énervé pour le fait que Bakugo devait faire face à tous ces symptômes invalidants à cause de ce que ce connard avait fait.

"J'ai l'impression que…" Bakugo enlaça ses genoux. "Que je peux rien faire, et je déteste ça."

Il pourrait essayer de lui dire à quel point il était incroyablement talentueux, mais ça donnerait simplement l'impression qu'il ne prenait pas le problème au sérieux.

"Est-ce que les médicaments aident un peu ?"

"En quelque sorte, je pense ? Je sais pas encore. Mais ça va pas me réparer. Toutes ces conneries basiques comme le fait de sortir du lit et prendre un putain de petit-déjeuner devraient être faciles, mais ça l'est pas. Je suis comme, putain d'handicapé ou quelque chose du genre."

Oh mec.

Il va falloir y aller prudemment.

"Ton SSPT est techniquement un handicap."

"Merde." Bakugo souffla, empoignant ses cheveux. Des respirations saccadées bordèrent un rire hystérique. "Bordel, en fait je suis vraiment ruiné, hein ?"

"Bien sûr que non, n'y pense même pas !" C'est pas bon, c'est pas bon, mission annulée. "Certaines choses vont être plus difficiles pour toi et tu as parfaitement le droit d'en être énervé. Mais tu vas quand même être génial."

Et lui qui pensait que Bakugo avait du mal à supporter sa perte d'audition, punaise.

"Peux-tu même imaginer comment je serais si j'étais pas si perturbé ?" il demanda avec un sourire vide et distant qui essaya sans y parvenir à couvrir son chagrin pour l'identité qu'il avait autrefois imaginé. "Je botterais le cul de Double-face."

"Pour être juste, imagine si Todoroki n'avait pas non plus eu une vie traumatisante."

"...Tu marques un point."

Quelque chose changea dans l'expression morose de Bakugo lorsqu'il réalisa que Todoroki faisait face à des revers similaires.

"Je lui ai crié dessus parce qu'il y allait pas à fond." Il secoua la tête face à son propre comportement, mais le regret atone s'était atténué. "J'ai crié sur Deku parce qu'il était trop anxieux pour me combattre, et maintenant je suis celui qui suis derrière parce que je peux pas gérer ma merde."

"Je ne sais pas si tu l'as remarqué." Kirishima lui donna un petit coup affectueux dans le genou. "Mais le plus grand changement que moi j'ai vu depuis que tout ça a commencé, c'est que t'es devenu beaucoup plus gentil."

"Berk." grogna Bakugo, lui provocant un rire.

"T'es diabolique, Bakugo !" cria Kaminari alors qu'il arrivait finalement à leur hauteur.

"C'est probablement vrai, mais pour quelles raisons ?" cria Bakugo en retour.

"Seuls les démons- " il haleta, en manque d'oxygène. " -feraient ça par plaisir."

"Allez, Kami." Kirishima sourit. "Même Sero profite du plein air, pourtant il est à deux doigts de connecter son cerveau directement à son ordinateur."

"Sero est un Spiderman Discount, il a pas à escalader cette merde."

"Un Spiderman Discount." gloussa Bakugo. "Plutôt bien trouvé, Duracell."

"C'est pour ça que je suis là." Il fit une révérence, puis s'effondra rapidement sur le sol en une masse épuisée.

"Ça va, Kami ?" Mina semblait s'en être beaucoup mieux sortie, son cardio probablement plus résistant grâce à la danse.

"Tu va devoir me ramener sur ton dos." il gémit.

"Sans façon."

"Dites à ma mère que je l'aime."

"Juste à ta mère ?" elle interrogea.

"Dites à mon père que c'est un peu un connard. Et je lègue ma switch à ma sœur."

"Noté."

"Dites à Hatori de faire de meilleurs choix de vie."

"Je suis presque sûr que tu l'as déjà fait." commenta Sero en atterrissant à proximité.

"Il pourra supporter de l'entendre à nouveau." marmonna Kaminari face contre terre.

"T'es bien bavard pour un mourant." se moqua Bakugo.

"Je serai empli d'ironie et de sarcasme jusqu'à mon dernier souffle."

"Vous voulez faire une photo de gr- " Mina s'interrompit brusquement, remettant son téléphone dans sa poche. "Laissez tomber."

"Mina." reprit fermement Bakugo. Son attention se tourna vers lui. "Ça va, on peut en faire une."

"T'es… t'es sûr ?"

"Je vais certainement pas sourire pour, mais ouais."

Sero accrocha le téléphone de Mina à une branche pour qu'ils puissent tous les cinq être sur la photo sans trop s'entasser tout en ayant une cascade en arrière-plan.

"Merci, Bakugo." elle murmura alors que le compte à rebours de la caméra diminuait.

"Si quelqu'un demande, j'ai été soudoyé."

Malgré le fait que c'était une idée absolument terrible à la base, la journée s'était plutôt bien déroulée.


NAO : En gros l'intrigue est en pause, voici 4200 mots d'amitié.

NP : En relisant ce chapitre, je me suis rendu compte que Kirishima ressemble beaucoup à Masaru dedans.