Traduction : Tressym383

Résumé : Bakugo fait face à son passé [CW].

NP : Aujourd'hui ça fait tout pile un an que je poste la traduction ! Environs 155 600 mots publiés, ohlala. Je suis assez fière d'avoir pu tenir jusque là le rythme de quasiment un chapitre par semaine, j'espère pouvoir le continuer pour cette prochaine année. Merci beaucoup à toutes les personnes qui suivent cette histoire et laissent des reviews ! Et encore énormément merci à ceux qui m'aident, particulièrement Zodiaaque et Emiko Yure.

NAO : Ce chapitre va être assez dur. Du genre, j'ai dû faire des pauses en l'écrivant parce que je me mettais MOI-MÊME en PLS. Tous les TW sont présents.

Comme vous l'aurez sûrement deviné, c'est la séance de thérapie. Je la poste seule pour que ce soit facile de l'ignorer. Je qualifierais toujours pas ce chapitre de "graphique", mais vous pourrez facilement deviner ce qu'il se passe. Vous savez comment j'écris depuis le temps, les pires parties sont en italique. Si vous voulez ne rien lire, les notes de fin expliquent ce qu'il se passe, thématiquement parlant.


Le bureau de Six avait finalement l'air de vraiment appartenir à quelqu'un. Le noir et le gris accentués de bleu vif ne concordaient certainement pas à l'ambiance relaxante de la plupart des cabinets de thérapie, mais ils correspondaient à l'étrange thérapeute que Six était en général.

"Ça fait du bien de te voir, Katsuki." elle le salua chaleureusement.

"Les gens arrêtent pas de dire ça." il marmonna.

"Et tu ne les crois pas ?"

"Je pense qu'ils me prennent avec des pincettes parce qu'ils veulent pas se sentir mal si jamais je me fou en l'air." Il essayait de contenir le cynisme constant autour de ses amis, mais c'était le travail de Six de l'écouter être un connard pessimiste.

"Je sais que tu te méfies naturellement des gens qui sont gentils avec toi," Ouais, elle le connaissait plutôt bien désormais. "Mais je te le promets, tes camarades de classe se soucient vraiment de toi."

"Comment tu le saurais ?" il défia.

"J'ai un don d'empathie." elle rappela. "Je le ressens, littéralement."

Le contraste entre sa propre interprétation et ce que Deku ressentait réellement pour lui vint s'insinuer de manière agaçante parmi ses pensées. Apparemment, il était merdique pour deviner ce que ressentaient réellement les autres, alors peut-être qu'il devait au moins considérer le fait qu'elle pouvait avoir raison.

"Ça pourrait être une bonne idée d'explorer pourquoi tu trouves si difficile de croire que les gens se soucient de toi."

"T'es thérapeute, t'es pas censée remettre la faute sur ma mère ou une merde de ce genre ?" il dévia.

"Pas nécessairement, mais cette réponse semble bien venir de ta mère."

Merde, elle avait raison.

Toute sa vie il avait vu Mitsuki saboter ses amitiés une à une, les terminant dans des ouragans de cris et de reproches avant d'en former de nouvelles et de répéter les mêmes erreurs encore et encore... Tout ça ressemblait à un aperçu de ce que serait sa propre vie. S'il s'y attendait, peut-être que perdre ceux avec qui il s'était lentement rapproché ces derniers mois ferait moins mal.

"Si je vais finir par foutre en l'air toutes les relations que j'ai jamais eu, pourquoi attendre qu'ils se lassent de moi ? Peu importe si c'est vrai ou non à l'heure actuelle, ça va finir par l'être."

"Tu penses que si les gens finissent par trop bien te connaître, ils te laisseront tomber." elle interpréta.

"J'imagine."

"Pense aux relations que tu as construit au cours de l'année écoulée." Six invita sur un ton professionnel. "Beaucoup de tes camarades de classe ne t'aimaient pas au départ. Ils pensaient que tu étais arrogant et superficiel. Ce n'est qu'en apprenant à mieux te connaître qu'ils se sont attachés à toi. Cette évolution semble contredire ta prédiction."

D'accord, peut-être que ce qu'il ressentait n'était pas logique, mais ça ne changeait rien. Il l'éprouvait quoi qu'il en soit.

"Tu as peur que les gens voient quoi en toi, Katsuki ?"

Des années passées à refouler toutes émotions autre que la colère l'avaient laissé complètement incapable d'identifier ce qu'il ressentait, et encore moins pourquoi. Tout était déformé et chaotique, telles des abeilles furieuses piégées dans un ballon, et il n'avait aucune capacité pour nommer ou déchiffrer quoi que ce soit de tout ça.

"Je vais le faire." il lâcha. Six eut l'air confuse, alors il élabora. "Ton truc stupide avec ton alter. Je vais le faire."

"C'est très courageux de ta part." Elle commençait toujours par un compliment, comme si ça adoucissait à quel point son cas craignait. "Je pense que ce sera utile pour travailler sur des problèmes que tu ne sais pas exprimer. Si tu veux que j'arrête, n'hésite pas à le dire. Je t'écouterai."

"Tu ferais mieux." C'était la chose la moins douloureusement vulnérable qu'il pouvait penser à dire.

"Tu veux qu'on commence à quel moment ?"

"Ça sert à rien de tourner autours du putain de pot." Peut-être que s'il jurait et grognait suffisamment, il n'aurait pas l'air effrayé.

"Si tu en es certain." Alors qu'elle respirait profondément les yeux fermés, la faible lueur rouge-violet qui l'entourait s'intensifia et ondula.

"Je ressens rien."

"Ce n'est pas encore censé être le cas pour toi." elle répondit. "Mais moi si."

Ça ne fit qu'intensifier son anxiété.

"Ce sera peut-être plus facile de commencer par les parties dont tu peux parler à haute voix. Ça n'a pas d'importance si je les connais déjà."

"D'accord." De quelles parties il s'agissait, exactement ? Celles dans lesquelles il ne se passait rien de trop grave ? "Je l'ai rencontré à un arrêt de bus pendant un orage, après une mauvaise dispute avec ma mère. Il m'a proposé un endroit où m'abriter."

"Tu as quelque part où aller ?"

Banc fissuré, désespoir causé par le froid glacial. Le soulagement que quelqu'un prenne la peine de l'aider.

Les bougies, les bonbonnes d'eau, la fenêtre barricadée... Des signes précurseurs qu'il avait ignoré.

"Donc tu l'as suivi et tu n'as pas remarqué les signaux d'alarme jusqu'à ce qu'il soit trop tard." elle parcourut le souvenir avec lui. "Que s'est-il passé après ça ?"

Obscurité. Peur et confusion. Sa punition pour avoir fait confiance à quelqu'un, pour avoir été assez faible pour.

Il essaya d'y réfléchir dans un ordre chronologique, mais tout était si confus.

La pomme se dessèche en une forme sans vie et emporte ses espoirs avec elle. La confusion laisse place à la compréhension, le faisant réaliser à quel point il est proche de la mort.

Il entend au loin Six retenir son souffle. Les souvenirs et les émotions deviennent soudainement plus nets.

"Vaut mieux pas me mordre, tu sais ?"

Il ne peut plus respirer. Il est quasiment certain qu'il est sur le point de mourir lorsque ça s'arrête enfin. Son soulagement ne dure que quelques secondes avant qu'il ne soit poussé malgré son pleur désespéré dans les coussins miteux du canapé.

"Allez gamin, te fou pas de ma gueule. Je pensais que t'étais un dur à cuir."

Il essaie de l'être et se mord la lèvre jusqu'à sentir le goût du sang. Peut-être que s'il se comporte assez bien, ça s'arrêtera.

Son poignet est maintenu par une poigne de fer qui lui fait mal. Des douleurs aiguës le transpercent alors que l'autre main le pince d'une manière que son agresseur semble trouver ludique. Il a apparemment tort de ne pas le ressentir de cette façon.

"Arrête de pleurer ! Tu penses que ça me fait me sentir comment ?"

Pas bien, mauvais. Pleurer est mal. Peut-être que faire le moindre bruit était mal ? Il ne sait même pas ce qu'il a fait pour rendre cette personne si en colère, alors comment était-il censé arrêter ?

"À te morfondre en public à la recherche de pitié. T'espérais que quelqu'un te rendrait juste service gratuitement ? Je supporte pas les gens comme toi. Ces connards qui pensent que tout leur est dû."

Il essaie de se défaire de son corps, de bloquer le présent, de simplement endurer, mais-

"Non non non, arrêtez, vous pouvez pas- Je peux pas- "

"Tu peux." la voix le condamne. "Ça ira. Sois pas une telle tapette."

Un rire cruel gronde contre lui.

"Enfin, j'imagine que je t'en donne pas vraiment le choix actuellement, mais tu vois ce que je veux dire."

Ça ne peut pas arriver. Il n'y survivra pas.

"Ça va, t'es vraiment qu'une chialeuse. Tiens, je vais m'assurer que t'es prêt."

Le poids sur lui s'abaisse plus bas pendant un moment. Il ne comprend pas ce qui lui est fait et il veut mourir.

"S'il vous plait, je peux pas- "

"Arrête de dire ça !"

La voix est furieuse et ça le terrifie.

"Juste, ferme-là !"

Il obéit. La haine et la honte le brûlent, mais il obéit.

"Ça devrait aller maintenant."

Ça commence lentement, puis la douleur devient atroce, puis il ne ressent plus rien. Il n'est plus là, il n'est plus une personne. Il n'est rien.

"Hey, fait pas l'impoli." la voix exige alors qu'une main se resserre autour de son cou.

Il n'arrive pas à comprendre ce qu'il pourrait possiblement faire de mal alors qu'il n'existe pas.

"Regarde moi."

Il essaie, mais tout est flou et distant.

"Regarde-moi, putain !"

La gifle le cogne assez fort pour le sortir de sa stupeur, seulement pour l'enfermer dans une terreur paralysante qui est si atrocement consciente des sensations. Le poids sur lui et la proximité le font à nouveau suffoquer, l'odeur et le contact moite le rendent nauséeux, la douleur le terrifie et il ne comprend toujours pas ce qu'il lui arrive. Il ne sait pas si c'est temporaire ou s'il est vraiment en train de mourir car rien n'a de sens et l'intérieur de son corps lui fait mal.

"Très bien, si t'as décidé d'être comme ça, je veux plus te voir !"

Il ne pensait pas que ça pourrait empirer, mais la nouvelle position dans laquelle il est tourné lui prouve le contraire. Son visage est enfoncé dans le tissu rugueux du canapé par une violente poigne dans ses cheveux alors que le rythme s'accélèrent avec plus de force.

Il ne se sent pas comme un être humain. Il ne se sent pas vivant. Il est un fantôme qui s'attarde dans un corps qui ne lui appartient plus.

À la fin, la mort le nargue d'en avoir eu peur.

"Katsuki !"

Faites que ça s'arrête.

"Katsuki, s'il te plait, regarde-moi."

"Regarde-moi, putain !"

Il s'éloigne brusquement, sa chaise se renverse alors qu'il trébuche hors de portée.

"Merde." il entend une voix douce et féminine jurer.

Arrête arrête arrête arrête arrête-

Il ne distingue rien et il pleure comme il le faisait à l'époque, rendant alors plus difficile de séparer le passé du présent.

"Katsuki."

La voix pleure aussi, il réalise, et cette constatation le ramène un peu au moment présent. Seulement lui pleurait dans ses souvenirs. Il se frotte les yeux avec des mains libres de toutes contraintes et parvient finalement à regarder la personne en face de lui.

Il aperçoit des cheveux noirs qui s'arrêtent au-dessus des épaules par vagues de mèches, ça lui rappelle la fois où Mina l'avait convaincu de l'aider à coiffer sa tignasse rose. Des yeux larmoyants, plus sombres que ceux de ses souvenirs, rencontrent les siens avec une compréhension dévastée.

"Tu as vraiment tout ressenti ?" il demande, pas certain de la réponse qu'il espérait.

"Oui, je l'ai fait."

Que restait-il alors à dire ?

"Je suis tellement désolée, Katsuki." Sa voix se brisa.

"Ouais."

Que pouvait-il dire d'autre ?

Elle prit une profonde et minutieuse inspiration avant de reprendre la parole.

"Ce qu'il a fait, te blâmer pour ses propres actes, c'est un comportement courant chez les agresseurs." Elle retrouva un semblant de sa personnalité professionnelle. "C'est absolument faux. Rien de ce que tu aurais pu faire n'aurait rendu cette expérience moins horrible. Les gens comme lui veulent que leur victime se remette la faute sur elle-même. Mais tu n'as rien causé ou mérité."

Rationnellement, ça semblait évident que rien durant cette nuit d'agonie ne s'était produit parce qu'il avait pleuré ou n'avait pas établi de contact visuel. Il ne l'avait pas non plus mérité en ayant l'air triste à un arrêt de bus. Six releva sa chaise et il s'y laissa retomber, étourdi.

"J'ai essayé de lui donner ce qu'il voulait pour qu'il me fasse moins de mal." La honte, aussi pernicieuse qu'un poison, lui brûla la gorge à l'admission.

"Tu essayais juste de survivre." Six déclara gravement, la nouvelle profondeur de sa compréhension liant ses mots. "Et tu l'as fait. Si tu n'avais pas coopéré, il y aurait de fortes probabilités que tu sois mort."

"Peut-être." Il enfonça ses ongles dans son genou.

"Dans tous les cas, tu n'aurais pu le savoir par aucun moyen." elle continua. "Tu ne pouvais pas prédire comment il réagirait, alors tu as fait ce que ton instinct te dictait pour te protéger."

Il avait survécu au prix de se faire arracher le moindre lambeau de sa dignité. Il ne pouvait pas l'endurer sans honte parce que la profanation faisait partie intégrante de l'acte. Rien de ce qu'il aurait pu faire ne changerait cela. Aussi désespéré que ça puisse paraître, ça l'aida à se convaincre que l'obéissance terrifiée était un moyen tout à fait valable de ne pas mourir. Il le savait déjà dans ses moments les plus rationnels, mais d'une manière ou d'une autre, les accusations selon lesquelles il aurait dû être plus fort, aurait dû faire mieux et devrait avoir honte de son rôle dans cet acte laissaient toujours une blessure sanglante qu'il ne pouvait pas affronter.

Il avait entendu le slogan qui lui disait que ce n'était pas de sa faute une douzaine de fois, mais désormais… désormais il pourrait réellement y croire. Parce que Six venait de vivre le moindre détail de ce qui le hantait, ceux pour lesquels il se condamnait, et elle ne le blâmait toujours pas.

Ce n'était pas de ma faute.

Il trouvait enfin un abri contre la rage et la haine qu'il avait dirigé contre lui-même pendant des années.

Je l'ai fait pour survivre.

Il ressentait toujours une honte écrasante, se souvenant de la violation faite à son corps, mais au moins il pouvait accepter qu'il ne méritait pas de la ressentir. La honte était une réaction normale à quelque chose qui lui avait été fait, pas un résultat qu'il méritait.

Ce n'était pas de ma faute.

Il devait avoir l'air assez misérable parce que Six insista pour le raccompagner à l'internat. Lorsqu'il aperçu Kirishima dans la salle commune, il attrapa sa main et le traîna à l'étage.

"Ça va ?" Kirishima ferma la porte de sa chambre derrière eux. Bakugo secoua simplement la tête de gauche à droite. Il ne pensait pas être en mesure de parler pour le moment, alors il se contenta de taper le mot de passe sur l'ordinateur de Kirishima et de lancer l'une des stupides vidéos de catch que Kiri aimait.

"Je suis un peu confus." Kirishima admit.

Ça ne fait rien.

Il laissa l'ordinateur portable ouvert en vue, juste assez près pour qu'il soit à portée de main. Il retira la couette du lit de Kirishima et s'y enveloppa avant de se laisser tomber sur les genoux de son oreiller préféré.

"C'est difficile, j'imagine."

Il hocha la tête, enfouissant son visage dans la chemise et la couverture. Le tissu épais empêchait le contact d'être invasif. Presque rien de lui n'était exposé à l'air libre.

"Tu penses que ça a aidé ?"

Un autre hochement de tête, plus hésitant.

"Qu'est-ce que Six a dit ?"

Bakugo retrouva finalement sa voix, aussi petite et rauque soit-elle.

"C'était pas de ma faute."

Il sentit Kirishima se raidir, son bras autour de lui se resserrant.

"Bien-sûr que ce n'était pas de ta faute." Sa voix devint presque un murmure. Bakugo se recroquevilla davantage en boule, le visage bien caché pour pouvoir pleurer en paix.


NAO : Les souvenirs dans ce chapitre illustrent à quel point la tête de Katsuki s'est sabotée à force de se tenir pour responsable. Ses mécanismes de défense dysfonctionnels étaient influencés par le dialogue extrêmement abusif qui accompagnait ce qu'il se passait physiquement au moment où il se faisait abusé.

Si vous n'avez pas lu, le principal point à retenir ici est que même si vous connaissez consciemment la réponse toute faite qui dit que ce n'était pas de votre faute, c'est difficile de vraiment l'accepter jusqu'à ce que quelqu'un en dehors de l'influence de l'agresseur passe en revue les détails de ce qu'il s'est passé et mette en avant que vous ne méritez pas le blâme que vous vous êtes attribué.

Je crois qu'on a atteint le maximum de ce que je vais faire niveau descriptions explicites, donc si vous avez survécu jusqu'ici, c'est super. Le pire est derrière vous. En partie.