Traduction : Tressym383
Relecture : Emiko Yure (AO3)
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Résumé : Aizawa décide de devenir l'adulte dont il avait autrefois besoin.
NP : J'ai créé un recceuil de recommandations de fanfictions MHA (souvent DkBk ou KrBk) sur mon compte. N'hésitez pas à aller y jeter un oeil, c'est des fics qui me tiennent autant à coeur que celle-ci et que j'aurai adoré traduire si TKWBAE n'avait pas été aussi longue. Et à défaut de pouvoir traduire celle que je lis en ce moment, je fais des fan arts dessus, aller checker mon compte dessin sur twitter : Lazy_TeaRex.
En règle générale, Aizawa détestait les réunions avec ses collègues. Elles étaient inutilement longues, péniblement ennuyeuses et, le plus souvent, n'apportaient rien. La seule chose qu'il détestait plus que d'y assister était d'en diriger une.
"Je vais être bref." il déclara aux autres enseignants. "J'enquête sur le Vampire Tueur en coopération avec la police. J'ai pris les devants sur cette affaire parce qu'un inconnu insinuant lui-même être le tueur a contacté et menacé Bakugo Katsuki la nuit où celui-ci a été hospitalisé. J'ai des raisons de croire que Bakugo est un survivant du même homme qui a kidnappé Yamamoto Haruki et assassiné trois autres enfants. Je vous demande à tous d'être indulgents envers mes fréquentes absences ainsi que celles de Bakugo."
"Aizawa bénéficie pour le moment d'un droit d'absences illimitées." ajouta Nezu. "Comme son implication dans cette affaire concerne la sécurité d'un élève, elle est considérée comme liée au travail."
"Un survivant de… quoi, exactement ?" demanda Midnight, le visage pâle.
"Vous avez tous fait carrière dans les forces de l'ordre." répondit froidement Aizawa. "Devinez."
Midnight le regarda dans l'expectative. Il soupira, maîtrisant sa colère avant de poursuivre.
"Abus physiques, psychologiques et sexuels sadiques."
Midnight tressaillit.
Bien.
"J'espère que je n'ai pas besoin de te le rappeler, mais je te conseille de ne pas l'assommer ou de l'enchaîner à nouveau."
"Ce n'est pas juste." elle protesta, non pas contre sa demande mais contre ce qu'impliquait son accusation.
"Pourquoi ça ?"
"Il était hors de contrôle !"
"Oui, tu ne pouvais pas le contrôler, j'en suis conscient." Aizawa refusa de céder. "Ce n'est pas une défense."
"Je ne savais pas."
Il ne voulait pas entendre ses excuses.
"Eh bien, c'est difficile d'exprimer « j'ai été violé et je fais une crise de panique » à travers une muselière devant plusieurs centaines de personnes."
Elle n'avait aucune réponse décente pour le contredire, alors il passa à autre chose.
"Si vous voyez ou entendez quoi que ce soit d'intéressant, signalez-le moi." il finit, en ayant plus qu'assez de cette conversation. "Essayez de ne traumatiser aucun élève pendant mon absence."
Chaque personne que Bakugo croisait en dehors de sa propre classe le fixait. Il finit cependant par en avoir assez de leur lancer des regards noirs et essaya simplement de tous les ignorer, les évitant soigneusement du regard.
Ils savent.
Pas les détails, mais toute l'école avait entendu dire qu'il avait essayé de se suicider. Les médias des réseaux sociaux avaient initialement affirmé qu'il avait été poussé à bout par le harcèlement en ligne, mais ils avaient finalement déterminé qu'il y était sensible en raison d'abus passés. Ce qui n'était pas nécessairement faux, mais ça l'énervait malgré tout.
Putain de vidéos stupides.
Heureusement, il intimidait encore suffisamment pour empêcher l'un des quelconques figurants d'essayer de lui parler.
Il était maintenant dans le cours qu'il aimait le moins, avec le professeur qu'il aimait le moins. Déjà, il se fichait de l'histoire de l'art, c'était un putain de sujet inutile. L'histoire sociale nécessitait beaucoup de mémorisations fastidieuses, mais c'était utile. L'art était inutile, mais c'était facile. Même plaisant parfois, il pouvait l'admettre. L'histoire de l'art était le pire des deux matières et il devait écouter cette femme en parler.
Bakugo se méfiait de Midnight depuis le festival sportif, mais durant tous ces mois passés à l'éviter, elle n'avait jamais semblé en être gênée. Jusqu'à aujourd'hui. Désormais, elle n'arrêtait pas de lui lancer des regards préoccupés, et l'un d'eux s'intensifia lorsqu'il s'écarta instinctivement d'elle alors qu'elle passait devant sa table.
C'était évident que le personnel de UA allait finir par savoir ce qu'il se passait, il avait été hospitalisé et Aizawa enquêtait sur des putains de meurtres. Mais désormais, Midnight et lui devaient se regarder avec une compréhension mutuelle de ce qu'elle lui avait fait. Elle l'avait attaché et regardé paniquer sans reconnaître ce qu'elle voyait avant des mois et bien trop tard. Alors cette fois, lorsqu'elle fit un geste trop près et qu'il tressaillit, elle s'arrêta au milieu de sa phrase avec une expression d'horreur abjecte. Il réagissait comme ça lorsqu'elle était près de lui depuis des mois, mais apparemment elle ne l'avait jamais remarqué auparavant. Elle récupéra assez rapidement et s'éloigna en continuant son explication, mais une tension dans sa position resta pour le reste du cours.
"Bakugo." Elle l'aborda alors qu'il jetait son livre dans son sac, se dépêchant pour échapper à cette conversation précise.
"En quoi puis-je vous aider ?" il demanda sarcastiquement.
"Je suis désolée."
Au moins, elle était directe.
"Peu importe."
"Je suis sérieuse." elle insista. "Je te dois des excuses et- "
"Je veux pas de vos excuses !" il cria. "Je veux que vous me laissiez tranquille."
"D'accord." elle soupira, se dégonflant tristement tel un ballon. "Okay."
"Écoutez, ça va." Les larmes qui le piquaient au coin des yeux ne firent que l'énerver davantage. "Je viens en cours, vous faites votre truc, et tout va bien. Du moment que vous me touchez plus jamais."
Le craquement de sa voix n'était qu'un détail parmi d'autres concernant son échec de feindre l'indifférence.
"Tout va bien."
Merde.
Il passa avec colère sa manche sur ses yeux.
"Je suis tellement désolée." Elle avait l'air sincèrement bouleversée et il détestait ça parce qu'il ne voulait pas lui pardonner. Alors il s'enfuit à la place. Au cas où il n'y aurait pas eu assez de monde pour le fixer ce jour-là, quelques membres de sa propre classe s'ajoutèrent.
"Bakugo, ça v- "
"Je vais bien, Tête d'orties." Il bouscula Kirishima. Aussi vulnérable qu'il ait appris à l'être lorsqu'ils étaient seuls, il ne pouvait pas se laisser pleurer dans ses bras ici. Il se précipita dans le couloir pour s'échapper.
Reprend-toi, crétin, les gens pensent déjà que tu es taré-
"Bonjour, jeune Bakugo !"
All Might. Merde, il ne voulait parler à personne actuellement. Il se sentait fragile, pathétique et à peu près tout ce qu'il ne voulait pas qu'All Might voie en lui.
"Qu'est-ce que vous voulez ?" S'il ne pouvait pas enlever l'émotion de sa voix, il la déguiserait.
"Je voulais simplement te parler."
Bordel, ils venaient tout juste d'avoir une réunion à propos des conneries le concernant, pas vrai ?
"À propos de ?"
"Je voulais m'excuser." Son ton jovial chuta. "Pour ce que j'ai fait lors de la cérémonie de remise des prix."
Il voulait repousser les platitudes, mais All Might s'était soucié de lui bien avant de ressentir l'inconfort de la culpabilité. Assez pour l'écouter crier, lui dire que Kamino n'était pas de sa faute et le ramener après le couvre-feu. Il avait même dissuadé Aizawa de lui botter le cul. Il ne pouvait pas se convaincre de considérer ses excuses comme vides et égoïstes. Elles ne l'étaient pas.
"Peu importe." il marmonna, mal à l'aise.
"J'étais présent lorsque le vilain boueux t'a attaqué." il lui rappela. Pourquoi All Might devait toujours être là pour le voir échouer ? "J'ai vu à quel point tu étais effrayé à l'époque et je les ai malgré tout laissés t'enchaîner. J'ai mis quelque chose dans ta bouche, c'était incroyablement peu professionnel."
Non, non, non-
Il avait vraiment essayé d'oublier cette dernière partie. Il réalisa avoir visiblement tressaillit seulement lorsqu'il releva les yeux sur le visage d'All Might.
"Je suis sincèrement désolé, Bakugo."
Il était déjà au bord des larmes à cause de sa confrontation avec Midnight. Ce n'était pas juste. Il ferma vivement les yeux, les dents douloureusement serrées.
"Le refaites juste pas."
"Bien sûr." il assura. "Mais je ne sais pas comment me rattraper pour la première fois."
"J'ai juste besoin que les gens respectent mon putain d'espace personnel." Il déglutit malgré la boule dans sa gorge.
"Alors je promets de le faire." l'adulte déclara. "Et je te remercie de m'avoir appris un aspect du travail de héros que je n'avais pas bien compris. Je me dois d'utiliser mon erreur comme une opportunité pour m'améliorer."
"Super, on a fini ?" il marmonna, mal à l'aise.
"Je ne vais pas te retenir plus longtemps." All Might répondit. "Je suis sûr que ça fait parti de ce que nous venons d'établir."
Bakugo leva les yeux au ciel, mais ne put retenir un léger sourire en se détournant.
Aizawa ignora ostensiblement Midnight lorsqu'elle s'approcha de lui dans la salle des professeurs.
"J'ai parlé à Bakugo après mon cours aujourd'hui."
"Oh ?" Il n'avait pas encore fini d'être caustique. Bien qu'il ne puisse pas glaner beaucoup de satisfaction au fait d'avoir raison, compte tenu de la situation.
"Je me suis excusée." Elle avait sincèrement l'air dépitée, il ne savait pas qu'elle le pouvait. "Il a essayé de me crier qu'il s'en fichait et il s'est mis à pleurer."
Ça résumait à peu près la méthode qu'avait Bakugo pour gérer les situations qui le dépassaient.
"Admettre qu'il a été blessé lui semble dangereux, ça lui donne l'impression d'exposer une faiblesse. C'est courant chez les survivants de traumatismes. Surtout chez les garçons." Une méchanceté mesquine frémit en lui. Il voulait qu'elle se sente mal. "Je ne sais pas comment il a fait pour réussir à te duper aussi longtemps cependant. Nous savions déjà qu'il avait failli mourir d'asphyxie lors d'une attaque de vilain avant même qu'il ne vienne ici."
"Je n'étais pas au courant." Elle grimaça d'un air coupable. "Quand j'ai appris ses antécédents, j'ai regretté l'incident. Mais je n'ai réalisé qu'aujourd'hui qu'il avait toujours peur de moi."
Il avait passé tout le briefing à les regarder, elle, Cementos et All Might, s'assurant qu'ils avaient tous les trois l'air convenablement honteux. All Might avait obtenu son pardon le plus rapidement, étant immédiatement dévasté par la réalisation. C'était un homme qui se souciait des autres, Aizawa le savait. Il était juste idiot. Les deux autres étaient passés par plusieurs étapes de déni et d'inconfort avant de suivre l'exemple d'All Might.
"Bien sûr qu'il a toujours peur de toi." Ce n'est pas professionnel, arrête ça. "Tu as le pouvoir de le rendre impuissant à tout moment et tu l'as déjà utilisé pour l'enchaîner et le museler afin que quelqu'un puisse pousser des choses qu'il ne voulait pas dans sa bouche."
Le frisson qu'il gagna fut si satisfaisant qu'il continua sur sa lancée.
"Sans parler de ton délire de dominatrice coquine, ça n'aide probablement pas. Il n'est pas vraiment à l'aise avec l'idée d'être sexuellement dominé."
D'accord, désormais il était juste définitivement méchant, mais comment Cementos et elle pouvaient-ils être si stupides ?
"D'accord, Aizawa, j'ai compris." elle grimaça. "J'ai merdé."
"Vraiment ?" il interrogea. "Ça ne s'avère pas mal simplement parce que Bakugo a des antécédents d'abus. C'était une chose horrible à faire dans n'importe quel contexte. Tu lui as enlevé le choix et le contrôle sur son propre corps. Tu l'as rendu impuissant devant des centaines de personnes et tu as supposé que tout allait bien parce qu'il n'a pas exprimé sa peur comme tu l'attendais. Même s'il n'avait jamais été blessé auparavant dans sa vie, attacher quelqu'un devant tout un public parce qu'il refuse de participer à une cérémonie stupide sera toujours déplacé."
"Tu t'es bien fait comprendre." Elle s'enlaça en fixant ses chaussures. Le discret reniflement suivi du frottement de sa manche sous ses yeux atténua finalement la colère d'Aizawa. "Je ne voulais pas lui faire de mal."
"Je sais." il s'adoucit. "Je ne comprends juste pas comment tu as fait pour ne pas le réaliser plus tôt."
"Je ne l'ai pas attrapé et plaqué au sol ou quoi que ce soit de ce genre, j'ai juste utilisé mon alter."
Sa colère bouillonnante s'était suffisamment apaisée pour qu'il hésite. Son désir de la blesser s'était estompé, mais elle avait tout de même besoin de comprendre.
"Il a été drogué avant d'être violé, Nemuri."
"Oh mon Dieu." Elle enfouit son visage dans ses mains. "Pas étonnant qu'il me déteste. Mon Dieu, mon alter en lui-même lui évoque probablement un viol."
"Il n'est pas non plus un grand fan du mien." il compatit. "J'ai aidé le personnel de l'hôpital à le retenir avec."
"Mais tu essayais sincèrement de l'aider."
Ouais, c'était une nette différence.
"Il m'a demandé de lui laisser de l'espace, alors c'est ce que je vais faire." elle déclara. "La prochaine fois que tu le verras, s'il te plaît, dis-lui juste que je suis vraiment désolée."
"J'ai prévu de lui parler plus tard dans la journée. Je lui dirai que tu es sincèrement désolée, mais pas qu'il devrait te pardonner."
"Ça me va."
Il avait tellement de choses à dire à Bakugo à ce stade, il devrait probablement écrire une liste.
Bakugo se força à quitter la chambre de Kirishima malgré les insistances de ce dernier sur le fait qu'il n'y avait aucun problème s'il restait. Il ne savait que trop bien à quel point il pouvait être bruyant et agaçant de manière générale, et il voulait au moins retarder le moment où Kirishima en aurait marre de lui.
Il sursauta lorsqu'on frappa à sa porte.
"Je te l'ai dit, je vais bien, je dors tout seul comme un grand depuis quinze putains d'années." Il ouvrit la porte d'un coup sec.
Oh.
Définitivement pas Kirishima.
"Aizawa, qu- "
"Je dois de te parler." l'homme coupa la question.
"Ça n'a pas l'air d'être bon signe." Il essaya sans succès de dissimuler l'anxiété dans sa voix.
"Il ne s'est rien passé." l'adulte assura. Son ton suggérait pourtant le contraire.
"Alors qu'est-ce qu'il y a ? Vous êtes là pour me demander de projeter mon âme sur un panneau publicitaire ?" il demanda mesquinement, ne plaisantant qu'à moitié.
"J'ai parlé à Six."
Il se raidit involontairement.
"J'ai pas besoin de votre pitié." il cracha, sur la défensive. "Donc pourquoi pas aller vous faire voir et v-"
"Un jour ma mère m'a presque battu à mort parce qu'elle a eu une intoxication alimentaire et a supposé que j'avais essayé de la tuer."
Bakugo se figea. Il y avait trop d'informations dans cette phrase, et aucune ne correspondait à l'adulte devant lui.
"Quoi ?"
"Mes parents se sont séparés lorsque ma mère a commencé à développer des délires paranoïaques." Le masque neutre couvrait tout son visage à l'exception de ses yeux. "J'ai vécu avec mon père jusqu'à ce qu'on lui propose un meilleur emploi dans une autre ville. Leur accord de visite dictait que quitter la région signifiait qu'il renonçait à la garde. Il a accepté. J'avais sept ans."
Cette histoire allait trop vite, il n'arrivait pas à suivre.
"Je sais à quel point c'est dangereux d'être un enfant sans personne pour s'occuper de soi. Il a fallu quatre années à mes grands-parents pour intervenir, trois autres pour qu'ils m'adoptent."
Ça signifiait que…
"Qu'est-ce que vous insinuez quand vous dites que vous savez à quel point c'est dangereux ?" Il détestait le craquement de sa voix.
"J'ai eu un bref passage en famille d'accueil où…" L'effusion rapide de mots ralentit. "Je n'ai pas été violé, mais ça partait définitivement dans cette direction. J'ai été épargné grâce à une chance hasardeuse lorsque mes grands-parents ont demandé la garde."
Son cerveau ne fonctionnait pas, mais il s'accrocha à cette dernière information.
Aizawa avait aussi un jour été sans défense.
"Au moment où je suis allé vivre avec eux, j'avais quatorze ans et je ne faisais depuis longtemps plus confiance à personne pour veiller sur moi."
Bakugo avait du mal à former des mots à travers sa stupéfaction.
"Pourquoi vous me dites tout ça ?"
"Parce que ce qu'il t'est arrivé n'est pas plus de ta faute que de la mienne à l'époque."
C'était comme une fenêtre qui se brisait, les murs de cette putain de ville de Jericho* s'effondraient parce qu'Aizawa, son protecteur, son héros, venait de lui dire je suis comme toi.
"Tu n'as pas à avoir honte de ce que tu as vécu." Aizawa avait l'air si certain de ce qu'il disait. "Je suis désolé de ne pas te l'avoir dit plus tôt."
Bakugo plaqua une main tremblante sur sa bouche pour tenter d'étouffer l'inspiration brusque qui précéda un sanglot étranglé. Les couches de vêtements amples d'Aizawa ressemblaient presque à une couverture lorsqu'il l'attira contre lui, le convainquant qu'il était peut-être encore possible pour lui de se sentir en sécurité. Assez pour admettre que la plupart du temps il ne l'était pas.
"J'ai tellement peur." il murmura.
"Tu as parfaitement le droit de l'être." Aizawa assura.
"Je me sens tellement stupide." il marmonna contre la poitrine d'Aizawa. "J'ai tout le temps peur, et ça n'a aucun putain de sens. J'ai peur de conneries débiles, comme des bruits forts, des gens qui me touchent ou encore de ce putain de Monoma."
"Ma mère pèse quarante-cinq kilos et est sans alter. Elle prend des médicaments efficaces depuis quinze ans. Pourtant, même aujourd'hui je ne la laisserai pas entre une porte de sortie et moi, parce qu'au fond, elle me terrifie toujours."
Bakugo empoigna le vêtement lâche dans une tentative de garder les pieds sur terre.
"J'ai peur et suis énervé tout le temps. Je sais pas quoi faire." il avoua désespérément.
Aide-moi.
"Je sais." Aizawa le serra contre lui un instant. "Ne pas être en sécurité pendant la majeure partie de son enfance donne ce genre de résultat."
"Comment faire pour que ça s'arrête ?"
"Il faut du temps." Aizawa répondit honnêtement en reculant à une distance plus conventionnelle. "Il faut beaucoup de temps à ton esprit pour accepter que les choses ont changé. Je n'ai pas reçu d'aide durant mon adolescence, alors je n'ai commencé à aller mieux que durant ma vingtaine. Hizashi a dû supporter beaucoup de conneries dans le processus."
"Lui et Kirishima devraient traîner ensemble." Bakugo suggéra avec un sourire narquois malgré ses larmes. "Vos grands-parents… ils ont rien fait ?"
"Ils en avaient assez d'essayer de convaincre ma mère de prendre son traitement." Des émotions mitigées que Bakugo ne pouvait pas déchiffrer apparurent sur le visage de l'homme plus âgé. "Ma maladie mentale était d'un autre genre. Plus calme, plus discrète. Beaucoup plus facile à ignorer. J'utilisais le sarcasme et le silence de la même manière que tu utilises les cris et la colère. Je me protégeais de la seule manière que je connaissais."
"Ce que vous avez dit à propos de la famille d'accueil…" Il ne devrait pas demander ça, c'était bizarre. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher, il avait besoin de savoir. "Qu'est-ce qui s'est passé ?"
Aizawa hésita, jetant un coup d'œil le long du couloir.
"Je peux fermer la porte ?"
Après une brève et mesquine envie de se plaindre de la raison pour laquelle il devait être le seul à avoir la réputation d'avoir été abusé, Bakugo hocha la tête. Aizawa s'assit sur la chaise de bureau alors que Bakugo se laissait tomber sur son lit.
"Ma mère adoptive avait commencé de manière subtile. Après des années de violence imprévisible de la part de ma mère biologique, j'étais… vulnérable à son genre de manipulation. J'étais tellement désespéré que quelqu'un se soucie de moi, j'ai ignoré des choses qui étaient avec le recul clairement inappropriées. Elle me disait à quel point j'étais beau ou quel bon petit ami je ferais. Elle me frottait le dos et me caressait les cheveux. Elle a été mon premier baiser..." Il s'interrompit et Bakugo reconnut la déconnexion qui scellait les détails sensoriels d'un souvenir dans une boîte qui n'était pas accessible à la partie de votre cerveau qui pouvait parler. "Lorsque mes grands-parents sont venus me chercher, j'étais en fait en colère contre eux. Je ne me rendais pas compte d'à quel point tout ça était malsain. Je ne me souciais pas qu'elle m'utilise. Je voulais rester avec elle parce que personne ne m'avait jamais aimé auparavant."
Bakugo avait du mal à lier l'histoire de cet enfant désespéré et de l'homme qu'il connaissait. Ça n'avait aucun sens.
"Je suis sûr que tu t'attendais à ce que ce soit une histoire violente en raison de ta propre expérience." Aizawa revint à lui, faisant disparaître l'enfant fantôme qu'il avait entrevu. "Ce n'était pas le cas pour moi. J'ai laissé ça se produire. Je l'ai même encouragé vers la fin. Mais ce n'était tout de même pas de ma faute. J'avais treize ans et j'étais complètement seul. J'essayais juste de survivre."
J'essayais juste de survivre.
"J'ai mis du temps avant d'arriver à cette conclusion. Je n'avais même jamais considéré ça comme un abus jusqu'à ce que je le mentionne accidentellement à Hizashi. J'ai d'abord nié, puis j'ai été furieux. Je me suis détesté pour ce que j'avais fait. Je ne m'étais pas battu, je m'étais juste laissé faire. Pendant des années, je n'ai ressenti que du dégoût et de la colère à l'idée d'avoir été si stupide. Je ne me suis autorisé à être triste qu'à l'âge de vingt-deux ans."
"Qu'est-ce que vous voulez dire ?" Bakugo s'accrochait au moindre mot, comme si son salut était caché dans cette histoire.
"Toutes ces choses que j'étais censé avoir et que je n'ai pas eu. Des parents qui m'aimaient et me protégeaient, des relations adolescentes innocentes à explorer, la capacité de me sentir en sécurité, de me sentir décent. J'ai tout perdu. J'ai raté tellement de choses que mes camarades de classe tenaient pour acquis. Ça fait mal d'y penser, mais la seule manière de me débarrasser de la colère était de me laisser pleurer."
Était-ce vraiment la réponse ? Pourrait-il calmer la rage apparemment sans fin juste en se laissant pleurer pour les choses qui lui avaient été prises ?
"J'étais tellement désespéré que quelqu'un se soucie de moi."
Aussi différentes qu'aient été leurs situations, elles avaient eu la même origine. Ils avaient été abandonnés, avaient reçu de l'espoir, puis avaient été trahis. Ça semblait honteux et faible d'admettre qu'il était une cible facile parce qu'il voulait que quelqu'un se soucie de lui. Mais si Aizawa était aussi dans le même cas… peut-être qu'il pourrait mettre de côté la haine qu'il avait envers lui-même et qu'il pourrait s'autoriser à être triste à la place.
"Vous… vous l'avez juste laissé faire ce qu'elle voulait ?" Il s'agrippa à l'étrange forme d'espoir qu'offrait Aizawa.
"Oui." il confirma. "Elle ne m'a pas blessé ni menacé de mort. Je l'ai laissé faire. Et ce n'est toujours pas de ma faute. Les enfants ne sont pas censés être en charge de leur propre protection."
Sa vision se brouilla à nouveau. Il sursauta légèrement lorsqu'il sentit une main sur son épaule, mais posa rapidement la sienne par-dessus. Aizawa patienta silencieusement, le laissant assimiler la conversation pendant quelques minutes avant de reprendre la parole.
"J'ai dit à Hizashi que j'allais le rejoindre." il l'informa. "Mais je ne veux pas non plus te laisser seul actuellement."
"Je peux venir ?" il demanda. Il détesta à quel point sa voix semblait faible et timide.
"Bien sûr."
Quelques traînards dans la salle commune semblaient vouloir poser des questions lorsqu'ils y passèrent, mais ils renoncèrent rapidement.
Probablement parce que tu as l'air d'avoir pleuré.
Il suivit Aizawa jusqu'au logement de Mic qui ressemblait plus à un appartement. Lorsqu'ils arrivèrent devant la porte, Aizawa… sortit une clé ?
"Hizashi." il salua. "J'ai un invité."
"Hey, salut petit auditeur !" il l'accueillit chaleureusement. "Bienvenu dans notre humble logement fabriqué à la chaîne."
"Vous êtes, genre… des colocataires ou quelque chose du syle ?"
Mic se figea avec un étrange regard d'incrédulité.
"Tu n'en as jamais parlé à ta classe ?" il accusa Aizawa.
"Je ne sais pas de quoi tu parles." Un sourire malicieux se dessina au coin de sa bouche.
"Vous êtes en couple ?!" Bakugo voulait tellement que la réponse soit oui.
Dites-moi qu'il y a de l'espoir pour moi.
"On pourrait dire ça." Le sourire d'Aizawa s'agrandit.
"C'est sérieux ?"
Comment on a fait pour ne pas le remarquer ?
"Eh bien, je ne sais pas si j'irais jusque là..." Aizawa finit à peine sa phrase avant que Mic ne lui jette sa veste dessus.
"On est mariés depuis sept ans !"
"Ça fait vraiment si longtemps ?" Aizawa feint l'étonnement.
"T'es pas croyable." Mic bredouilla avec exaspération. "Je ne sais même pas pourquoi je te parle."
Tout semblait décousu, comme des pièces de puzzle assemblées à partir de différentes boîtes. Aizawa comprenait la colère incontrôlable, la peur paralysante et la honte suffocante. Il avait été abusé, manipulé et s'était fait voler sa dignité. Et pourtant il était là. C'était un enseignant, un héros, rentrant chez lui malgré tout.
Peut-être que Bakugo pourrait y parvenir un jour. Ce serait dur, ça ferait mal, mais peut-être, peut-être qu'il finirait par s'en sortir*.
•* Les murs (ou les murailles) de Jericho : dans la bible, Jericho serait la première ville de Terre Sainte qui serait tombée sous les ordres de Josué.
•* Dans la VO ce passage est une référence au titre. "It would be hard, it would hurt, but maybe, maybe he would be alright eventually."
NAO : Et Aizawa oublie totalement Midnight, car ses sentiments sont sans importance en comparaison.
NP : L'une des (très nombreuses) raisons pour lesquelles j'aime autant cette histoire, c'est qu'elle ne se contente pas d'aborder un seul et unique genre de traumatisme, mais une multitude, et c'est fait avec justesse et réalisme. Que ce soit avec Bakugo, Aizawa, Mitsuki, Kirishima, Momo, Kaminari, Todoroki et bien d'autres personnages.
