Traduction : Tressym383

Relecture : Emiko Yure (AO3)



Résumé : Pendant que sa classe s'éduque avec Aizawa, Bakugo apprend des choses de son côté.


Aizawa frappa furieusement contre la porte. Ce connard savait qu'il avait un mandat de perquisition, donc il ne pouvait plus l'ignorer.

"Mon Dieu, pas encore vous." se lamenta Ito dès qu'il ouvrit la porte.

"J'ai vérifié la date de la réinitialisation. Vous l'avez fait dès que je suis parti le premier jour où nous nous sommes rencontrés."

"Et ?" il demanda, obtus.

"Vous ne vous êtes pas contenté de supprimer deux-trois messages." Aizawa fulmina face à la réponse intentionnellement évasive. "Vous, un étudiant avec des devoirs, des exposés et la majeure partie de sa vie enregistrée sur son ordinateur, vous avez tout effacé. Ça me porte à croire que vous cachez quelque chose de plus sérieux qu'un ami qui vend de l'herbe."

"Préserver sa vie privée n'est pas un crime." Ito répliqua. "Vous n'allez quand même pas dire qu'on n'a pas besoin de vie privée si on n'a rien à cacher, Big Brother ?"

"N'essayez pas de jouer la carte de la liberté." il cracha. "Je suis allé voir un juge pour obtenir un mandat avant de toucher à quoi que ce soit. Ce qui apparemment était une erreur."

"Je n'ai rien fait de mal."

"Plusieurs témoins déclarent vous avoir vu vous disputer avec votre belle-mère. Quel était votre arrangement avec l'homme que je cherche ? Vous l'aidez à se planquer et il tue votre belle-mère en échange ?"

"Vous êtes putain de culoté !" Ito grogna.

"Je sais que vous cachez quelque chose, espèce de putain de sociopathe." le tempérament d'Aizawa s'enflamma.

"Vous n'avez aucune preuve contre moi !" il proclama. "C'est du harcèlement."

"Le harcèlement, c'est ce que quelqu'un a fait à Bakugo Katsuki via votre téléphone." Aizawa profita au maximum de son léger avantage de taille, se dressant dangereusement. "Et vous savez qui c'est."

"Vous ne pouvez pas le prouver."

"Je peux." il grogna. "Attendez juste."


Six était à nouveau en train de lui poser des questions dont elle connaissait déjà les réponses.

"J'ai entendu dire que tes parents étaient passés hier." elle déclara d'un ton neutre.

"Ils m'ont demandé ce que je voulais qu'ils fassent et j'en ai aucune putain d'idée." il répondit sans ambages.

"Tu as fait beaucoup de progrès avec ta mère." Elle glissa vers lui un mochi au sésame emballé, l'une de ses nombreuses tentatives pas si subtiles de lui faire prendre des collations lorsqu'il était stressé. "Mais je comprends si jamais tu as besoin d'une pause après tout ce qu'il s'est passé."

Dis-moi juste ce que je suis censé faire.

"Est-ce que toute la putain de classe est de mèche pour laisser de la nourriture que j'aime dans tous les coins ?"

Il était quasiment certain que seul Sero connaissait son faible pour les mochi aux sésames, et c'était le plus discret du groupe. Kaminari lui avait donné un sac de pois chiches grillés au sriracha quelques jours auparavant, affirmant qu'il n'avait pas réalisé à quel point ils étaient épicés lorsqu'il les avait achetés. Un jour il avait laissé entendre à quel point il aimait cette étrange version lattée du matcha que Mina buvait et une tasse l'attendait sur sa table de classe tous les jours depuis.

"Tu n'es pas obligé de décider quoi faire avec tes parents dans l'immédiat." Six continua. "Ça m'amène cependant à quelque chose dont je voulais te parler."

Youpi.

"Tu as beaucoup de mal à organiser tes pensées et tes émotions." elle déclara de manière factuelle. "Pour la plupart des patients qui vivent quelque chose de similaire, on recommande de tenir un journal personnel."

Oh bordel, je déteste déjà l'idée.

"Tu n'es pas une personne très verbale cependant. Ce n'est pas une mauvaise idée de t'entraîner à exprimer tes sentiments avec des mots, mais je crains que l'expérience ne s'avère plus frustrante qu'utile. Tu as déjà eu des passe-temps qui t'aident à t'exprimer ?"

"Tu frappes des trucs avec des bâtons et ça fait de la musique !" sa mère rayonna. "C'est parfait pour toi, Katsuki."

Il aimait bien la musique, avant qu'elle ne commence à s'estomper à ses oreilles. Il n'avait cessé d'augmenter le volume de plus en plus fort à mesure que les aigus disparaissaient. Il pouvait bien entendre les basses, il pouvait les sentir avec les percussions, mais les paroles et les sons aiguës étaient étouffées, disparaissant même parfois complètement. Lorsqu'il pouvait enfin tout distinguer, sa mère lui criait de baisser le son.

"Pourquoi tu portes pas juste des putains d'écouteurs ?!"

Il n'avait jamais expliqué qu'il ne supportait pas l'idée de ne pas entendre quelqu'un arriver. Il ne pouvait plus entendre la sonnette ou le grincement de la porte d'entrée lorsqu'il se trouvait à l'étage, mais la plupart du temps il pouvait encore distinguer les bruits plus bas comme des pas. S'il ne pouvait même pas faire ça… L'anxieuse paranoïa serait trop intense.

"C'est devenu plus difficile de faire de la musique quand mon audition est devenue merdique."

"Est-ce toujours le cas avec tes appareils auditifs ?"

"J'ai pas vraiment testé."

J'étais quelque peu distrait ces derniers temps.

Il s'agissait de prothèses auditives sur mesure à écouteur déporté. Elles n'affectaient pas vraiment les sons graves qu'il pouvait encore entendre, mais elles lui permettaient de bien distinguer à nouveau les consonnes aiguës comme les « s » et les « t », qui avaient jusqu'alors complètement disparu.

"Ça ne te dirait pas de t'y remettre ?"

"Je veux pas trop m'investir si mon audition fait qu'empirer." Il haussa les épaules.

"L'audiologiste ne t'a-t-elle pas donné des conseils pour éviter ça ?"

Si.

"Ton déficit auditif est induit par l'exposition aux bruits importants, tu devrais donc pouvoir éviter qu'il ne s'aggrave. Je sais que l'armée a travaillé sur de très bons équipements anti-bruit."

"Je suis censé porter des bouchons d'oreilles ou quelque chose du genre quand j'utilise mon alter." il admit.

"Et tu ne le fais pas." elle déduit. "Pourquoi ?"

"Parce que… Si j'entends pas, je peux pas réagir assez vite si quelqu'un vient m'attaquer."

Bordel, arrête d'être aussi paranoïaque.

"Tu es un garçon intelligent, Katsuki." Six répondit d'un air entendu. "Tu n'as pas besoin que je te dise que tu te tires une balle dans le pied sur le long terme."

"Je sais." il grommela.

"Il est rationnel de vouloir garder tes sens en alerte." elle continua avec sympathie. "Tu veux être prêt à te défendre. Mais si tu ne protèges pas ton ouïe maintenant, tu n'auras pas le choix plus tard."

"Je sais."

C'était juste putain de difficile, d'accord ? Il supportait à peine de retirer ses aides auditives. Empirer volontairement son audition minable était terrifiant. Peu importe à quel point il essayait de garder le dos contre un mur et une carte mentale de son environnement, il finissait toujours par arracher les bouchons d'oreille dix minutes après les avoir mit.

"Peut-être que tu pourrais d'abord essayer de porter un équipement de protection dans une situation moins intense." elle proposa. "Peut-être pendant que tu fais tes devoirs ou quelque chose comme ça. Vois si tu peux le supporter seul ou juste avec Kirishima."

Pas seul, je ne peux pas le supporter seul.

Avec Kirishima donc.

"Bien." Il se renfrogna.

"Comment ça se passe avec Kirishima, d'ailleurs ?"

"Bien." Merde, il rougissait définitivement.

"Oh ? Juste bien ?" elle demanda avec un sourire curieux.

Il était gêné de le dire, mais avec ce que Six avait vu dans sa tête… Ouais, il n'avait vraiment plus de honte à lui cacher.

"On s'est bécoté. Un peu." Il ne savait pas vraiment comment définir ça. S'il disait sexe, ça impliquait autre chose. Quelque chose pour lequel il n'était pas prêt.

Voulait-il l'être ? Voudrait-il essayer un jour ? Était-ce même possible pour lui s'il le voulait ?

"Tu n'as pas à me dire quoi que ce soit si tu ne le veux pas." elle lui rappela. "Mais c'est un sujet vraiment compliqué et difficile pour toi, alors j'aimerais t'encourager à en parler. En plus, je trouve que Kirishima est un garçon superbe, donc j'adorerais savoir comment vous allez tous les deux."

Comment on a fini par être le couple gay mignon, bordel ?

"C'était juste des trucs avec les mains." Il haussa les épaules, la désinvolture insensible lui fournissant un faible retour de sécurité.

"Ce n'est pas « juste » ça pour toi, Katsuki." Elle le fixa avec un regard perçant.

Arrête d'essayer de la berner, elle sait déjà, putain.

"On l'avait déjà fait une fois, mais c'était juste moi qui le lui faisais." il répondit, mal à l'aise. Pour tout ce que Six réagit, il aurait pu parler d'un rendez-vous dans un café. "Je l'ai laissé me toucher cette fois."

"Et comment ça s'est passé ?"

"Pas super au début. Mais on a réessayé plus tard, et… c'était bien."

Quel putain d'euphémisme.

"Je suis contente pour toi." Elle lui sourit comme s'il venait de lui remettre un vingt sur vingt.

Un adolescent a eu une relation sexuelle, quel exploit. Pourquoi elle a l'air si fière de moi, bordel ?

"J'ai fait foirer le truc plusieurs fois avant ça." il marmonna.

"La première fois ne se passe sans problème pour personne." elle le consola. "Et je suis sûre que Kirishima comprend que c'est compliqué pour toi."

Bien-sûr qu'il le faisait. Kirishima était si ridiculement compréhensif, s'en était à peine supportable.

"Je me suis fait peur." il confia. "Pendant une seconde quand j'étais au-dessus de lui, j'ai eu cette pensée- J'avais l'impression que- Comme si je voulais juste- "

Il ne pouvait pas le dire.

"Je sais pas s'il voudrait, euh, aller jusqu'au bout avec moi." Son visage brûlait d'embarras, mais il avait besoin de parler de ce qui le préoccupait. "Mais si c'est le cas… J'ai peur d'avoir l'impression... d'être à nouveau à ce moment là, mais avec le rôle inverse."

"C'est difficile de réinterpréter quelque chose qui t'a fait tant de mal comme un acte d'amour." Six avait ce regard qui signifiait qu'elle pouvait voir directement dans sa putain d'âme. "Il n'y a rien de mal à vouloir avoir des relations sexuelles avec ton petit copain. Le problème, c'est que tu associes cet acte à quelque chose de violent à cause de ton passé."

"Je veux pas lui faire de mal." il avoua, craintif.

"Tu as les impulsions d'un adolescent normal, mais à cause de ton passé, ces impulsions t'évoquent la douleur. Ça ne signifie pas que tu vas faire du mal à Kirishima." elle expliqua lentement, comme si elle expliquait la physique à un enfant de maternel. "Tu veux avoir des relations sexuelles avec lui. Tu veux peut-être même avoir un rôle dominant avec lui. Mais tu ne veux pas le violer. Ce n'est pas ce que ces sentiments signifient."

Il n'avait même pas pu admettre dans son propre esprit que c'était ce qui l'inquiétait jusqu'à ce que ce soit dit à haute voix.

"Ça a l'air malsain." Il lutta contre l'appréhension. "De désirer les choses qui apparaissent parfois dans ma tête."

"C'est parce que tu as été exposé à ces choses dans un contexte horrible." elle rationalisa. "La domination n'est pas intrinsèquement violente lorsqu'elle est consentie. Ton pouvoir t'a été retiré. C'est normal de vouloir te le réapproprier."

"Vraiment ?" il demanda, incrédule.

"Tu n'es pas le seul survivant d'agression qui veut désespérément retrouver le contrôle." elle promit. "Tu pourrais avoir des impulsions violentes enracinées dans la colère que tu ressens encore à l'idée d'avoir été violé. Tu pourrais avoir l'impression d'avoir envie d'être agressif. Mais avec ce qu'il t'est arrivé, tu es extrêmement conscient de ce que le non-respect des limites de Kirishima pourrait lui faire. C'est pourquoi je pense qu'il est en sécurité à tes cotés."

Il hocha la tête alors que le soulagement l'envahissait.

Je ne vais pas lui faire de mal.

"D'accord." il murmura.

Il avait enfin une explication pour le balancement chaotique entre la peur de ne serait-ce que toucher Kirishima et les images explicites à moitié formées qui accompagnaient son désir d'autorité sur ce qu'il se passait.

"Y a-t-il quelque chose en particulier que tu voudrais essayer ?"

"J'en sais rien." il répondit honnêtement. "J'ai essayé de le sucer et il a dit que j'étais pas prêt."

Je n'étais pas assez doué-

"Il avait raison ?" elle demanda.

"...Oui."

Ce qu'il voulait vraiment, c'était retrouver le soulagement écrasant que la veille lui avait procuré. Au-delà de ça, il n'en était pas sûr. Que Kirishima le soutienne, l'empêche de sombrer dans la peur et la douleur, c'était mieux que ce qu'il aurait pu imaginer. Mais il voulait que Kirishima aussi se sente bien. Il voulait atteindre cette sensation ensemble, mais ça signifiait-

Il ne pouvait pas le faire. Il voulait être désirable, l'idée que Kirishima veuille coucher avec lui apportait un chaleureux sentiment de confiance. Mais le faire réellement... Ça lui était impossible.

"Katsuki." Six attira son attention. "À quoi tu penses ?"

"Je réfléchissais juste à ce que je voulais éventuellement essayer. Ce que je pense pouvoir essayer."

"Eh bien, je ne vais pas prétendre que le sexe avec pénétration ne sera pas un défi pour toi. Tu as bien plus de mémoire sensorielle traumatique concernant cet endroit qu'avec ceux que tu as essayé jusqu'à présent. Même si tu es le partenaire qui pénètre, rien que les sons et les mouvements vont probablement t'ébranler, ne serait-ce qu'un peu."

Il avait déjà expérimenté une partie de ce qu'elle décrivait. Lorsqu'il avait été horrifié par le son que lui-même produisait. Il n'aurait pas pu supporter d'entendre ses propres gémissements si Kirishima ne lui avait pas constamment rappelé que personne n'allait lui faire de mal.

Ajoutez le rythme des corps en mouvement, ainsi que les sons que produisaient une peau humide contre une autre et… Ouais, ça allait poser problème. Et c'était sans considérer toutes les similitudes qu'il ressentirait.

"Si tu veux être le partenaire pénétré, il vaudrait peut-être mieux que ce soit quelque chose que tu explores d'abord par toi-même."

Il ne pouvait plus rester de marbre face à cette conversation.

"Est-ce que tu viens juste de me donner une prescription pour que je me masturbe ?"

Elle éclata d'un rire surpris et incontrôlable.

"Mon Dieu, Katsuki." Elle essuya une larme qui se formait au coin de son œil. "Ça pourrait bien être la chose la plus drôle qu'un patient m'ait jamais dit."

"Tu devrais commencer à voir Kaminari." il suggéra.

"C'est une blague ou tu es sérieux ?"

"Les deux." il déclara en réalisant la validité de la suggestion. "Il a aussi des problèmes familiaux plutôt merdiques."

"C'est noté." Elle avait encore une légère secousse dans les épaules à cause de son rire étouffé. "Mais plus sérieusement, Katsuki, Kirishima a raison. Ne te force pas à faire des choses dont tu n'es pas prêt."

"Okay, d'accord. Mon Dieu, j'avais entendu la première fois !"

"Alors j'aurai plus qu'à le dire environ sept fois de plus avant que tu l'assimiles." elle taquina.


Eh bien, ça s'était avéré être une perte de temps. Aizawa fulmina l'entièreté du trajet depuis le dortoir d'Ito jusqu'à la station de métro.

"Dois-je installer un lit de camp pour vous, Eraser ?" demanda le juge Sato de manière ironique.

"Six insiste pour que je mette les points sur les i et les barres sur les t." Aizawa répondit sombrement. " Donc voici un affidavit* écrit."

Sato accepta le document offert, lui jetant un coup d'œil avec une incrédulité croissante.

"Vous en êtes toujours après le jeune Ito."

"Il sait quelque chose." Aizawa insista. "Et j'ai plus qu'assez de preuves pour le relier à l'affaire."

"Vous réalisez qui est son père ?" Ce n'était pas vraiment une question. "Ce n'est pas un ennemi que vous voulez vous faire. Et moi non plus."

"Il est ma meilleure piste pour le moment."

"J'espère que vous savez ce que vous faites, Eraser."


•* affidavit : déclaration sous serment que les faits énoncés sont véridiques (le juge a l'obligation de prendre en considération le contenu).

NAO : Je vis avec une personne malentendante, donc j'espère que c'est assez correct. Je ne suis cependant pas audiologiste, juste un gars qui lit des trucs parfois.