Traduction : Tressym383
Relecture : Emiko Yure (AO3)
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Résumé : Le cours de littérature moderne en coalition avec la classe B dégénère un peu.
NAO : Mettez vos ceintures les enfants, c'est l'heure de l'homophobie intériorisée.
Chaque fois que sa classe joignait la classe B, la paranoïa de Bakugo redoublait. Ça signifiait à la fois qu'Aizawa était occupé par l'enquête, et qu'il devait faire face à Monoma. L'incident de l'entraînement avait été un coup dur pour sa fierté dont il ne s'était jamais vraiment remis. Non seulement il avait perdu contre l'autre crétin, mais il avait aussi pleuré devant toute la putain de filière héroïque de UA. Ça lui laissait deux options : faire mine de rien, ou y faire face avant que quelqu'un d'autre ne puisse en parler.
Il n'était pas du genre à compter sur la gentillesse des autres. Il s'élança donc vers Monoma, un air renfrogné collé par dessus la peur et les poings serrés pour cacher ses tremblements.
"T'as eu de la chance." il s'exclama à quelques centimètres du visage du connard, étouffant avec de la rage pure son instinct de reculer. "Tu m'as surpris une fois durant une mauvaise journée, mais ça n'arrivera plus, t'entends ?! La prochaine fois je te fais la misère !"
T'amuses plus jamais avec moi, espèce de-
"Je sais."
Attend, quoi ?
Bakugo lui lança un regard suspicieux.
Est-ce qu'il se fout de moi ?
"Je sais que je ne te battrais jamais dans un combat loyal." Monoma continua. "Je pensais que ça allait juste t'énerver un peu, puis que j'allais devoir courir assez vite pour que les profs arrivent avant que tu ne me rattrape. Je n'essayais pas de te faire du mal."
C'était presque plus embarrassant que la situation initiale. Il n'avait pas seulement été battu par Monoma, il l'avait été par accident. Il laissa échapper un grognement frustré.
"Alors tu sais que c'était de la putain de chance." il cracha.
"Je suis vraiment désolé." Monoma avait l'air abattu, comme s'il le pensait réellement. Bakugo n'avait aucune putain d'idée de quoi faire face à ça. "Je ne savais pas que tu avais des soucis, pas aussi graves du moins. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça."
"Surveille juste tes putain d'arrières, Mister Mim." il grogna maladroitement avant de s'éloigner en vitesse.
"Je ne savais pas que tu avais des soucis."
Putain, bordel ! Qu'est-ce que savaient les figurants de la classe B, exactement ? Simplement ce qu'il se disait aux infos ? Tout ?
Merde.
S'il était déterminé à jouer les durs avant, il avait désormais une putain de conviction religieuse.
"Asseyez-vous, Bakugo." Cementos ordonna. "Ce n'est pas une façon d'étudier la littérature moderne."
À en juger par la manière dont Cementos n'arrêtait pas de le regarder, il avait définitivement choisit d'étudier le roman « L'attrape-coeurs » avant de découvrir toute l'histoire du viol et du Vampire Tueur.
"Avant de commencer, vous devez tous être conscients que L'attrape-coeurs est une oeuvre qui divise et qui est profusément incomprise." Cementos commença. "Nous approfondirons pourquoi plus tard. Vos deux classes ont mené des discussions très différentes l'une de l'autre lorsque nous avons parcouru le livre, donc il va y avoir des opinions divergentes."
Bakugo avait dû poser ce putain de bouquin plus d'une fois durant sa lecture. L'instabilité emplis d'effroi qui imprégnait chaque tentative d'Holden Caulfield d'interagir avec le monde adulte l'avait secoué d'une manière qu'il détestait admettre.
"C'est un récit difficile à suivre. Le flux des pensées d'Holden est aussi déroutant que peu fiable. Maintenant que vous avez pu le lire en entier, quel était selon vous le propos ?"
"La société adulte est fausse et hypocrite, et tous les autres adolescents se prêtent au jeu." Juzo répondit. "Holden est le seul qui essaye d'être authentique."
"Il agit comme un putain de crétin." contredit brusquement Bakugo. "Il est pas moralement plus avancé, il est juste perdu parce que son frère est mort, que ce gamin a sauté par la putain de fenêtre et que personne en parle parce que les profs s'en foutent et que les gosses savent pas quoi en dire."
C'est à ce moment-là qu'il réalisa qu'il n'avait jamais pris la parole en cours de littérature auparavant et que tout le monde le fixait.
"Je suis d'accord sur le fait qu'une grande partie de la colère de Holden est mal dirigée." Momo vient à son secours. "Bien qu'elle provienne d'une raison légitime."
Momo était une sainte. Une putain de Sainte divinement bien envoyée.
"Je pense que ça a plus à voir avec la peur de grandir." Setsuna prit part. "Parce qu'il ne s'en sent pas capable. Il ne sait pas comment lier des liens avec les autres de façon mature, alors à la place il essaie juste de rejeter le concept d'être adulte dans sa globalité."
"Je suis d'accord, dans un sens." Todoroki semblait investi. "Il veut préserver l'innocence, ou peut-être plus l'ignorance, de l'enfance parce que ce qu'il a vu jusqu'à présent venant des adultes est horrible. Même le seul adulte qu'il appréciait, il finit par s'en éloigner en étant terrifié."
"À propos de ça... Qu'est-ce qui s'est passé avec monsieur Antolini ?" Kosei demanda. "Holden s'est levé et a pris ses distances, mais Antolini n'avait rien fait de particulier."
"Est-ce que tu continuerais à te détendre tranquillement sur place si quelqu'un te caressait dans ton putain de sommeil ?" Bakugo contesta.
Tais-toi, tais-toi, arrête de t'impliquer.
"Bah… ouais ?" Kosei répondit. "Il touche juste sa tête, c'est pas grave."
"Holden a peut-être mal interprété les intentions de son professeur." intervint Momo. "Ce n'est pas explicitement indiqué. Mais c'est tout de même un geste qui peut mettre mal à l'aise de manière légitime."
"Ça semble plutôt paranoïaque." Kosei haussa les épaules.
"Eh bien, il a une putain de bonne raison de l'être." répliqua Bakugo. "Les gens sont des ordures, surtout les connards de sa putain de prépa."
"Oh." Yosetsu intervint. "Oh, merde, est-ce qu'il s'est passé ce à quoi je pense pour que ce gamin se tue ? Je veux dire, Holden n'a même pas clairement dit ce que les autres garçons lui avaient fait. Il a juste déclaré que c'était « trop répugnant » avant de sauter par la fenêtre."
"Ouais, il semble bien." Bakugo grommela, mal à l'aise.
Ou t'as juste supposé qu'ils l'avaient violé parce que c'est pour ça que toi t'as essayé de te suicider ?
La voix dans sa tête ne le laissait pas tranquille aujourd'hui.
"Ça expliquerait pourquoi Holden supporte si peu qu'on le touche." songea Sen. "Et le fait qu'il soit un peu homophobe."
Mon dieu, j'étais pas le seul à tirer cette conclusion ?
Merde.
Sa propre classe semblait réticente à s'engager sur le sujet.
Parce qu'ils savent très bien pourquoi tu agis comme ça.
Il garda la bouche fermée.
Alors que le cours continuait sur le symbolisme des fameuses casquettes à l'envers des réceptionneurs de balle, au baseball, il retrouva le chapitre en question.
« Je me suis réveillé brusquement. Je savais pas quelle heure il était ni rien mais j'étais réveillé. Je sentais un truc sur ma tête. Une main. La main d'un type. Ouah, ça m'a foutu une de ces frousses… Ce que c'était, c'était la main de Mr Antolini. Ce qu'il faisait, il était assis sur le parquet, juste à côté du divan, dans le noir et tout, et il me tripotait ou tapotait la tête. Ouah, je parierais que j'ai bondi à mille pieds d'altitude. »
Était-ce vraiment une évidence seulement pour lui ?
« Et aussi je transpirais. Chaque fois qu'il m'arrive comme ça quelque chose de pervers je fonds en eau. Et ce genre d'emmerde m'est arrivé au moins vingt fois depuis que je suis môme. Je peux pas m'y faire. »
Holden ne se rebellait pas contre la société. Il essayait sans y arriver de s'en sortir dans un monde où les adultes étaient des connards manipulateurs. Ce n'était pas vraiment quelque chose qu'on pouvait écrire de façon explicite dans les années cinquante, mais tout semblait l'indiquer.
Il n'y avait pas moyen qu'il le dise à haute voix. Pas sans faire savoir à tout le monde quel était son propre problème.
"C'est quoi un inverti ?" demanda soudainement Kaminari, provoquant les rires de quelques-uns de ses voisins.
"Mon Dieu, Kami, il y a indices de contexte." ricana Sero.
"Quoi ?" Kaminari demanda avec sincérité. "Je suis débile, tu te souviens ? Aidez-moi !"
"C'est un terme des années cinquante pour pédé." répondit Bakugo sans détours.
Silence.
"Je ne pense pas que tu puisses dire ça." critiqua Ibara.
"Si, je peux." il se défendit en désignant Kirishima. "Je sors avec lui."
Continue de le dire jusqu'à ce qu'on ait l'impression que tu t'en fiches.
"C'est comme le N-word, t'as le droit de dire pédé si tu en es un."
Bordel, il creusait sa propre tombe depuis le début du cours, pourquoi ne pouvait-il pas se taire ?
"Ce n'est… pas très gentil de te qualifier ainsi." elle le contempla tristement.
Il souffla du nez avant d'éclater de rire.
"Te fou pas de moi." Pourquoi était-ce si drôle ? "Tu penses que j'ai jamais entendu pire ? Aucun qualificatif positif m'est attribué depuis le festival sportif."
Arrête de parler, putain.
"Et bordel, tu devrais savoir comment ma mère me qualifie."
Le regard triste qu'Ibara lui lançait se transforma en inquiétude.
Tu ne peux pas prétendre que ça va, crétin. Ils savent tous que t'as essayé de te tuer.
"Arrête de me regarder comme ça, putain." il ordonna sèchement. "J'ai pas besoin de ta putain de pitié."
"Désolé." elle s'excusa. Merde.
Elle s'excusait parce qu'elle se sentait mal pour lui.
Ça craint.
D'accord, peu importe ce qu'il se passait durant le reste de ce cours, sa mâchoire resta fermée. Des conneries sur l'hypocrisie ? Il s'en fichait. Quelqu'un suggéra même que monsieur Antolini représentait le fait de rester authentique à l'âge adulte. Il ne dit rien, se contentant juste de serrer les dents au point que ça lui fasse mal.
Monsieur Antolini est un putain de pédophile, il fait seulement le type cool pour obtenir ce qu'il veut.
Il enfonça ses ongles dans son avant-bras pour soutenir la douleur de sa mâchoire.
Ils comprennent que dalle. Ils captent pas ce qu'il y a de problématique dans ce putain de bouquin.
J'imagine que c'est notre petit secret, J. D. Salinger.
Kirishima avait commencé à lui lancer des regards inquiets à partir du moment où il s'était tu, et ce jusqu'à la fin des cours de la journée, lorsqu'il fit finalement irruption dans sa chambre. Bakugo n'avait pas pris la peine de fermer la porte, il savait de toute façon que ce n'était qu'une histoire de secondes avant que Kirishima ne vienne toquer. Ce gars avait un sixième sens pour savoir quand est-ce qu'il broyait du noir.
"Tu vas bien ?" le carmin demanda depuis la porte.
"Je vais bien, Tête d'orties."
Il s'assit à côté de l'endroit où Bakugo s'était affalé sur son lit.
"Si être dans une relation gay te mets toujours mal à l'aise… C'est pas grave si tu as besoin d'un moment pour toi."
"Nan, non, c'est pas ça." Il soupira, frustré, avant de s'assoir pour parler comme une putain de personne normale. "C'est pas toi. C'est juste que... j'aime pas ce que les gens vont penser de moi. Et je sais que c'est stupide et superficiel, peu importe ce qu'ils pensent, mais- "
L'idée que des gens qu'il connaissait à peine l'imaginent en train de se la prendre dans les fesses le faisait grincer des dents. Et il savait que c'était la première chose à laquelle ils allaient penser, il avait reçu plus qu'assez de commentaires pervers après le festival sportif pour en être certains.
"C'est bon, je comprends." Kirishima lui serra la main. "L'intimité entre deux personnes du même sexe a des associations vraiment désagréables pour toi. Et les gens sont toujours plus envahissants dans ta vie sexuelle quand t'es queer, pour une raison qui m'échappe."
"T'es la meilleure chose qui me soit jamais arrivée." Bakugo lui serra la main en retour. "Je suis juste un cas désespéré."
Kirishima plaça lentement un bras autour de lui et l'attira doucement contre sa poitrine.
"Je suis désolé." Il lui embrassa le dessus de la tête. "Ça ne devrait pas être si difficile. C'est injuste."
Kirishima le berça comme un putain de gosse, avec une main lui caressant les cheveux comme à son habitude. Il était désormais suffisamment habitué au geste pour qu'il ne soit plus accompagné de la piqûre d'anxiété. Ça, et ses réactions de panique avaient sensiblement diminué depuis que son traitement médicamenteux avait commencé à faire effet. Désormais, c'était tellement apaisant qu'il pourrait bien se mettre à pleurer.
"Ils comprennent rien." il murmura avant de vraiment comprendre pourquoi il le disait.
Holden le comprenait. Il connaissait la paranoïa. Celle qui lui soufflait que tout le monde avait les pires intentions et que personne ne le croirait lorsque ses craintes se réaliseront. Personne ne voulait évoquer la mort, les professeurs pédophiles ou quoi qu'aient pu faire ces connards riches et coincés d'Elkin Hills à James Castle. Holden ne supportait pas que les autres le touchent, mais continuait d'essayer de se rapprocher des gens malgré tout.
Si je déteste ça, pourquoi est-ce que je le veux quand même ?
Un jour il avait découvert cette vieille et étrange étude psychologique réalisée sur des singes, faite avant que l'éthique ne devienne plus importante et puisse l'empêcher. Les scientifiques avaient retiré les bébés de leurs mères et avaient remplacé celles-ci par deux leurres. L'une en métal froid accompagnée de nourriture, et une autre en peluche chauffée artificiellement, ressemblant à un vrai singe, mais sans rien. Les bébés singes n'avaient laissé la maman en tissu que quelques minutes pour manger et étaient revenus tout de suite après, prouvant que les câlins étaient plus importants pour eux que l'alimentation*. Il détestait cette vidéo. L'attachement désespéré à la moindre once d'affection avait fait écho à un désir qu'il détestait. Il refusait d'admettre qu'il ait un jour voulu la tendresse dont il manquait cruellement.
Jusqu'à aujourd'hui. Désormais, il refoulait ses larmes à cause d'un putain de câlin. Kirishima était tellement patient et gentil, c'en était ingérable. Et maintenant il pleurait.
"Ça va." Kirishima murmura dans ses cheveux. "Ça va aller, laisse tout ça sortir."
Pourquoi il me supporte, putain ?
Il ne pensait pas que ses nerfs pouvaient supporter que leurs expériences physiques deviennent quelque chose de régulier. Mais depuis la fois où Kirishima avait touché des parties de son anatomie qui lui procuraient normalement une honte paralysante et que ça c'était avéré supportable, il trouvait plus facile de se détendre à ses côtés. Un contact accidentel avec sa peau n'était plus une terreur potentielle et il ne ressentait plus le besoin de crier lorsqu'une main s'approchait trop près d'un endroit sensible, car les mains de Kirishima l'avaient déjà touché à tous les endroits possibles et qu'elles ne lui avaient pas fait de mal.
Presque à tous les endroits-
Non. Ferme-la.
Il était certain que Kirishima pouvait entendre ses reniflements étouffés et probablement sentir la tache humide se former sur sa chemise alors que Bakugo pleurait contre sa poitrine pour une raison peu discernable.
"Cette année a été difficile, t'as le droit de pleurer."
Pourquoi je suis comme ça ?
La théorie de l'importance des « trois premières années » et de la « relation primaire » avec la figure maternelle que les psychologues merdiques adoraient tant l'énervait tellement. Si la vie était façonnée selon le développement du cerveau durant l'enfance, il était baisé. Son enfance lui avait appris à être sur la défensive, violent et méchant. Sa « relation primaire » avec sa mère était imprévisible, instable et remplie de rage et de peur. Et il ne se souvenait absolument pas des trois premières années de sa vie, alors comment pouvaient-elles être si importantes ?
Il avait un vague souvenir de Mitsuki complètement perdue qui n'arrivait pas à le faire arrêter de pleurer, donc elle lui avait simplement crié de se taire. Ça semblait correspondre au reste de son enfance. Elle le serrait cependant encore dans ses bras à l'époque, avant qu'il ne l'énerve de manière constante, alors était-ce pour cette raison que ça lui manquait tant ? Ou aurait-il quand même désespérément envie de cette version sécurisante de l'affection et de l'attention, peu importe la façon dont il avait été élevé ?
C'est pas elle qui va décider qui je suis.
Il refusait de croire que sa vie était prédéterminée. Les gens pouvaient changer. Aizawa l'avait fait. Il devait y avoir de l'espoir pour aller mieux, peu importe à quel point l'enfance de quelqu'un était merdique. Si ce n'était pas le cas, à quoi bon continuer ?
Il changea de position dans les bras de Kirishima de manière à ce que tout son poids repose sur lui. Kirishima se laissa basculer sur le dos, amenant Bakugo avec lui. Il se retrouva à moitié allongé sur sa poitrine. Peu importait s'il était pédé, personne ne pouvait les voir ici. Il allait simplement se fondre dans la chaleur et la sécurité dont il n'avait jamais pensé avoir besoin.
"Hey, Katsuki ?"
Oh bordel, il n'était Katsuki que lorsqu'ils étaient sur le point d'avoir une conversation sérieuse.
"Ouais ?"
"C'est pas grave si t'es toujours gêné d'être gay. Ou bi, ou quoi que tu sois. En classe aujourd'hui, j'ai en quelque sorte compris que c'était plus difficile pour toi de surmonter la stigmatisation. Ta première expérience homosexuelle était quelque chose de terrifiant et d'affreux. Ça t'a été imposé et t'a fait honte avant même que tu ne saches vraiment ce que tu aimais. Donc tu n'es pas encore au stade ou tu peux être ouvertement gay et fier de l'être."
"Ouais." il souffla, sa vision se brouillant à nouveau de larmes.
"Mais s'il te plait, ne te traite pas de pédé." Kirishima lui embrassa la tempe. "Je sais que ce n'est pas qu'une blague pour toi, que tu le penses réellement parfois. Je ne pense pas que tu me traiterais de ça un jour, alors ne le fait pas pour toi non plus."
Bien-sûr que je ne traiterais jamais Kirishima de pédé.
Il se battrait avec quiconque le ferait. Enfin, il se battrait aussi contre ceux qui le traiteraient de pédé, mais ce serait pour empêcher les gens de penser qu'ils pouvaient se foutre de lui et s'en tirer. Pas parce qu'il n'était pas d'accord.
"D'accord." il accepta. Kirishima le serra davantage et le laissa tranquillement être une merde pendant quelques minutes avant de reprendre la parole.
"Tu sais que ma mère est ouvertement bisexuelle, donc elle se fiche de qui j'aime. Mais mon père a déjà dit des trucs vraiment pas cools. Au début c'était juste sur les personnes LGBT en général, mais après c'était sur ma mère en particulier et… c'est à ce moment là que j'ai arrêté de lui répondre au téléphone. Il peut pas juste l'insulter et toujours espérer avoir une relation avec moi." il lui confia calmement, malgré le fait que ça lui faisait clairement mal. "S'il savait que j'étais bi, je suis sûr qu'il ferait la même chose avec moi."
"Je vais me battre contre ton père." Bakugo grommela.
"Tu gagnerais sans aucun doute." Kirishima sourit à cette pensée.
"Tu lui as pas parlé depuis combien de temps ?"
"Environ trois ans, je pense. Trois ans et demi, peut-être ?" Kirishima essaya de se souvenir. "Mais ma mère avait la garde exclusive bien avant ça. Il a perdu son droit de visites quand j'avais huit ans, donc c'était que des appels téléphoniques. Et de temps en temps ma mère me laissait le voir quelques heures."
"C'est vraiment un connard." Bakugo commença à tracer un chemin sur l'avant-bras enroulé autour de lui.
"Ouais." souffla tristement Kirishima. "Ouais, vraiment."
"Est-ce que ça te dérange ?" Bakugo demanda avec curiosité. "De savoir quel genre de conneries il dirait sur toi ? Ou est-ce que tu te fiches complètement de ce qu'il pense ?"
"Je veux penser que je m'en fiche s'il le découvre." il répondit lentement. "Mais il reste mon père. Même quand je pense vraiment le détester, une partie stupide de moi veut toujours l'impressionner."
"Ouais, je comprends." Bakugo mourrait probablement en cherchant toujours secrètement l'approbation de Mitsuki. Kirishima lui embrassa le front alors qu'il essayait de s'enfoncer davantage contre sa poitrine. Il ressentit la prochaine question contre sa peau autant qu'il l'entendit.
"Tes parents en penses quoi ?"
Il a treize ans et regarde Mel Gibson défendre l'Ecosse. Le film Braveheart est empli de rébellion et de violence et il adore ça. Jusqu'à ce que le prince se présente. Celui-ci est pathétique et faible, et lorsque le roi pousse son petit ami par la fenêtre, Mitsuki rit.
"On en a jamais vraiment parlé."
"T'as quand même sûrement une idée." Kirishima insista.
"Pas super bien." fut tout ce qu'il put répondre. Son père ne comprendrait pas et penserait probablement que c'était bizarre, mais il continuerait à l'aimer malgré tout. Masaru le laissait généralement faire ce qu'il voulait sans trop d'histoires. Sa mère en revanche…
Elle va penser qu'avoir été violé t'as rendu gay.
Bien qu'il détestait le fait que le grand public fouine dans sa vie privée, le monde entier lui faisait malgré tout moins peur que sa mère. Il connaissait sa manière de penser et savait qui elle écoutait à la télé. Elle le regarderait et essayerait de comprendre à quel moment il s'était dit qu'il aimait les bites lorsqu'il s'était fait baiser. Elle penserait qu'elle savait mieux que son fils manifestement malade et fou, et elle voudrait le soigner.
"Je suis désolé." murmura Kirishima. "C'est pas cool."
Il lui embrassa à nouveau la tête et la douce sensation stupide revint.
"Elle va être comme ce putain de psychiatre débile."
"Quel psychiatre ?" Kirishima demanda.
"Ce connard de l'hôpital." il développa. "Il a dit que j'essayais de donner un sens au traumatisme en le rejouant. En étant avec toi."
"Oh." Kirishima semblait aussi surpris qu'horrifié.
"Comme si je voulais être avec toi qu'à cause de ce qui m'est arrivé." Il pouvait sentir la colère monter rien qu'en le mentionnant. "Pas parce que t'es patient, fort et le meilleur être humain que je connaisse. Nan, je t'aime seulement parce que je suis mentalement malade et que j'essaie de me faire du mal."
"Oof."
"Ouais, oof."
Au moins, il n'était désormais que purement en colère à ce sujet. Dans les bras de Kirishima, se sentant pour une fois et finalement en sécurité, il n'avait plus le moindre doute sur ce que ce connard affirmait.
"J'essaie vraiment de ne pas te rappeler des trucs traumatisants." Kirishima balbutia. "Punaise, j'y avais même jamais pensé, mais- Ça pourrait faire sens si c'était pas du sérieux entre nous. Mais c'est pas le cas. Je t'aime et je veux que tu te sentes mieux. En plus, on fait même pas- On ne- "
"On fait pas de trucs qui vont me traumatiser à nouveau, ouais." Bakugo conclut pour lui. "T'es vraiment très prudent avec ça. Peut-être que ça pourrait être le cas si j'essayais toujours de le faire avec des inconnus en étant bourré. Mais toi, tu me laisserais pas me faire ça. Parce que t'es le putain de meilleur."
"Je suis vraiment content que tu dises ça." s'émeut soudainement Kirishima. "Parce que parfois je me demande si ce ne serait pas plus facile pour toi d'être avec une fille à cause de ce qui t'est arrivé. Genre, est-ce que je suis nocif pour toi parce que mon anatomie est comme celle de ce type ? Mais quand tu le dis comme ça… Juste- Merci."
"Tu t'inquiètes trop." il marmonna en serrant le bras de Kirishima.
"Quelqu'un doit s'inquiéter pour toi." Kirishima se reprit. "Dieu sait que ta mère a laissé tomber ce rôle là, donc j'ai quinze années d'inquiétude à rattraper."
•* Cette expérience est celle de Harry Hallow pour prouver la théorie de l'attachement, si jamais vous êtes intéressés. C'est une théorie qui porte sur les conséquences qu'un manque d'affection durant l'enfance peut avoir (notamment chez les orphelins ou les enfants délaissés).
NAO : J'ai aucune idée de si les lycéens au Japon lisent L'attrape Cœur, mais je ne connais absolument pas la littérature japonaise moderne, donc voilà. Je donne mon interprétation à Katsuki parce que je suis convaincu que 90% des gens qui l'ont lu pensent que c'est une sorte d'hymne révolutionnaire, alors que c'est juste super triste. Que vous soyez convaincu que Holden Caulfield ait été sexuellement agressé ou non, ça reste un livre sur la mauvaise gestion d'un traumatisme qui se termine dans un hôpital psychiatrique.
NP : Concernant le fait de vouloir "rejouer" le traumatisme (dans un contexte où la personne contrôle la situation), c'est quelque chose qui peut arriver chez les victimes de viol et agressions sexuelles. C'est ce qui explique l'hypersexualité, voir des "fantasmes" du viol chez CERTAINES des victimes. C'est un sujet délicat, donc je vous encourage à vous renseigner. Et si vous êtes concerné.e, ne vous inquiétez pas, ce n'est pas pour autant que vous étiez consentant ou alors que ça signifie que vous voulez que ça arrive à nouveau. C'est juste votre cerveau qui essaye de comprendre le trauma et tente de "l'intégrer à votre vie". Ça fait d'ailleurs écho à ce qu'explique Six au chapitre précédent. Le point important ici, c'est de savoir que c'est pas quelque chose qui s'applique à tout le monde, dans n'importe quel contexte et/ou tout le temps.
