Traduction : Tressym383

Relecture : Emiko Yure (AO3)



Résumé : Bakugo découvre de nouvelles habilités d'adaptation, ainsi que leurs limites.

NAO : Pour les personnes qui ont exprimé leur inquiétude au sujet de mes dernière notes objectivement préoccupantes :

Je suis le plus jeune employé de mon travail, donc le fait que j'attrape le Covid n'est pas plus inquiétant que de le propager. En plus, je travaille avec des patients déjà malades/âgés. Donc ça ira pour moi, mais je n'en suis pas aussi sûr pour les gens autour de moi.

Mon lycée, par contre, et bien… c'est fini ? Je me console comme ça. Au départ je comptais baser le collège de Bakugo et Midoriya sur mon lycée de merde, mais ensuite j'ai réalisé que… le Japon se soucie de l'éducation.

Quand j'ai changé d'école au milieu de l'année en seconde, mon PREMIER JOUR, une nana a sauté par-dessus la table du déjeuner pour s'attaquer à la fille en face d'elle. Elle l'a chevauché et lui a empoigné les cheveux d'une main avant de commencer à la frapper au visage de l'autre. Et les gens… contournaient simplement tout ça. En mode, oh je suppose que ça se passe.

Il y avait tellement de putains de fuites dans le plafond qu'il fallait zigzaguer entre les seaux lorsqu'il pleuvait. À un moment, on devait sauter par-dessus une rangée des dits seaux pour entrer dans le foyer. J'ai dû partager un livre du programme avancé de chimie pendant un demi-semestre et la dame qui enseignait ce cours aimait bien frapper le premier rang avec une règle.

Les écoles au Japon vont-elles si mal ? Ce n'est pas normal, pas vrai ?

(Et si vous pensez que c'est des trucs un peu extrêmes, attendez juste que je vous parle de l'école mennonite).


"C'est peut-être quelque chose que tu pourrais explorer par toi-même."

Il n'était pas tout à fait sûr de ce qu'était son objectif, si ce n'est arrêter d'avoir peur.

D'accord, il pouvait le faire. La salle de bain était fermée à clef et sa chambre l'était à double tour. Il alluma le ventilateur, fit couler l'eau et mit un peu de musique pour faire bonne mesure. Quelle était la prochaine étape ? Chercher du porno ? C'est ce que les garçons faisaient, non ? PornHub était assez populaire, il le savait grâce aux memes. Ça ne réduisait cependant pas assez la liste des possibilités qui s'offraient à lui.

Bordel, il y avait tellement de catégories.

Japonais

Eh bien, il était japonais, mais ce n'était probablement pas vraiment le propos.

Adolescents

Était-ce légal ?

Gay

...Peut-être.

Vieux / jeune

Non, non, il avait fini de chercher.

Ce serait la catégorie gay.

Twink sexy sans capote

Honnêtement, il n'était pas certain de ce que signifiait twink. Il savait juste que les gens sur internet n'arrêtaient pas de le qualifier de ça.

Sportif hétéro rendu gay

C'était quoi ce délire.

Il parcourut à peine quelques titres supplémentaires avec des images de plus en plus graphiques avant de fermer la page, ressentant une combinaison déroutante d'excitation et de nausée.

D'accord, il se passerait de vidéos pour le moment. Il suffisait juste de penser à Kirishima. De se remémorer à quel point c'était agréable de se détendre sous ses papouilles et les légères caresses sur le côté de son corps. L'excitation commença lentement à le gagner alors que la peur s'estompait.

Il glissa une main en arrière, il fallait juste qu'il commence avec un doigt-

"Sois pas une telle tapette."

Putain, merde, il ne pouvait pas faire ça. Il cligna des yeux pour retenir ses larmes et détesta tout ce qui concernait cet instant.

Qu'est-ce que tu fais, même ?

C'était stupide. Des tas de gens ne voulaient rien avoir dans leur cul. En fait, c'était probablement plus bizarre s'il aimait ça.

Mais la plupart des gens ne pleurent pas pour ça.

Putain de pathétique.

Ce n'était même pas un problème, alors pourquoi essayait-il d'arranger ça ?

Pourquoi t'essayais de faire quelque chose d'aussi dégoûtant, pour commencer ?

Qu'est-ce qui ne va pas avec toi ?

Il savait qu'il était en train de plonger dans une panique irrationnelle, mais il n'arrivait pas à s'arrêter.

Je parie qu'il adorerait savoir que tu pleures toujours pendant les rapports sexuels.

Il empoigna ses cheveux et les tira jusqu'à ce que la douleur apparaisse-

"Maintenant tu es ruiné."

-mordit le dos de son poing, essayant de retrouver un peu de sa santé mentale.

Respire.

Il inspira lentement par le nez, les dents toujours plantées sur le dos de sa main. Il ne pouvait pas expliquer pourquoi la douleur aidait à calmer la panique. Peut-être que ça la brouillait juste, comme s'il pouvait étouffer le rythme cardiaque qui battait contre sa cage thoracique s'il étalait un peu de douleur par dessus.

"Lorsque tu as envie de faire quelque chose comme ça, c'est à ce moment-là que je veux que tu viennes me chercher."

Il avait promis à Aizawa qu'il essaierait. Avant de ravager ses bras, il devait au moins considérer de regarder son téléphone.

"T'as juste à me le dire et je peux énumérer un tas de choses."

Eh bien, Kirishima avait proposé d'être sa putain de pom-pom girl.

Moi :

Dis-moi que je suis joli.

La plaisanterie l'aida à émousser le poignard de l'insécurité. S'il pouvait faire rire Kirishima, peut-être qu'il se sentirait un peu moins pénible.

Peut-être que Kaminari tenait un truc.

Tête d'orties :

Tu es un exquis spécimen d'homme, un trésor à contempler.

Le ton exagéré et jovial était une voie plus sûre, il devrait continuer là-dessus.

Moi :

Je me déteste.

Ou pas.

Tête d'orties :

Ça va ?

Non.

Tête d'orties :

Tu veux que je vienne ?

Moi :

Rien de mal. J'ai juste l'impression d'être une merde.

Tête d'orties :

Alors il y a quelque chose de mal. T'as l'impression d'être une merde.

Moi :

C'est juste ce que je suis.

Tête d'orties :

Je peux venir ?

Moi:

Attends une seconde. Je viens de sortir de la douche.

Tête d'orties :

Ça n'a pas l'air d'être bon signe.

Non, en effet. Il devrait vraiment aller se rhabiller et arrêter d'être nu. C'était définitivement un jour pour enfiler un sweat. Son apparence avait changé ces derniers temps, il était plus grand et plus musclé, mais il évitait toujours le miroir.

"Regarde-moi, putain !"

Il enfila le sweat-shirt qu'il venait d'attraper avec un frisson.

Review finale : ça ne s'était pas bien passé.

Moi :

Ok, viens quand tu veux.

Où est ce stupide marqueur rouge ?

Il griffonna sur son avant-bras quelques lignes emplies de colère et de haine jusqu'à ce que la poignée de sa porte de chambre s'abaisse et qu'il ne tire sa manche vers le bas. Kirishima jeta un coup d'œil aux couches de tissus épais surmontées du sweat-shirt noir le plus surdimensionné que Bakugo possédait et sut immédiatement que ce n'était pas un bon jour.

"Qu'est-ce que je peux faire ?" il demanda. Bakugo se contenta d'hausser les épaules.

Tu ne peux pas réparer la folie.

"Okay. Okay." Il répéta le mot comme si la situation s'y conformerait. "Tu as mangé aujourd'hui ?"

Il secoua la tête de gauche à droite.

"Tu penses que tu en es capable ?"

Il secoua à nouveau.

"D'accord. Du thé alors ?"

Il hocha la tête de manière hésitante.

"Tu veux rester dans ta chambre ?"

Il acquiesça de manière beaucoup plus certaine cette fois.

Il n'était pas sûr de savoir pourquoi le truc du thé fonctionnait. Peut-être que c'était juste parce que ça lui occupait les mains, le fait de siroter rendant aussi son silence moins gênant. Au moment où Kirishima revint, Bakugo était remonté dans son lit pour se cacher.

"Hey." Kirishima s'accroupit à côté de lui. "Je sais que tu ne te sens pas bien, mais tu penses que tu pourrais t'asseoir ?"

D'accord.

Il prit la tasse à deux mains, et recroquevillé sur lui-même, il fit onduler le thé avec la même énergie que celle qui l'habitait ces derniers temps.

"Est-ce que c'est okay si je te rejoins ?"

Bakugo s'avança pour faire de la place. Les couches de vêtements facilitaient toujours le contact. Après quelques minutes à siroter pendant que Kirishima traçait des cercles sur son épaule, il réussit à parler.

"Six m'a donné un mauvais conseil."

Kirishima lui embrassa la tempe.

L'enfoiré sait que j'ai un faible pour ça.

"Tout ce que tu essayes en thérapie ne fonctionnera pas toujours." Kirishima raisonna.

"Horrible." La plainte étouffée fut à peine audible. "Le pire absolu."

"Quel était le conseil ?"

C'était bien trop embarrassant pour être partagé.

"Elle a aussi suggéré d'autres trucs que j'ai pas encore essayé." il dévia.

"Ah ?" Kirishima abandonna. "Comme quoi ?"

"Elle a dit que je devrais essayer de me remettre à la musique."

"T'aimais bien faire de la musique ?" Kirishima demanda avec curiosité.

"J'imagine." Il haussa les épaules. Le sujet fournissait une bonne distraction, l'éloignant de l'horreur intrinsèque d'être quelqu'un qui existait. "J'ai arrêté d'en faire quand mon audition est devenue merdique. L'autre sorcière me criait dessus quand je mettais le volume trop fort."

"Quel genre de musique ?"

"Surtout du rock. J'ai pendant longtemps été à fond sur un genre bizarre de métal alternatif." il se remémora alors qu'il oubliait heureusement peu à peu qu'il avait une enveloppe physique. "Dans beaucoup de rocks plus classiques, les parties les plus cools sont des solos super aiguës que je peux pas du tout entendre. Mais la plupart des musiques du groupe Tool sont composées sur un riff* de basse, associé avec une bonne guitare et une batterie d'enfer que je peux ressentir à travers le putain de sol. Au lieu d'un solo de guitare, la chanson « Forty-Six and Two » a une putain de minute entière dédiée à un solo de batterie."

"Et t'imagines que t'aimais bien la musique ?" Kirishima le fixa.

"Pas toutes." il clarifia, ne sachant pas pourquoi Kirishima le regardait comme si une seconde tête lui avait poussé dessus. "Je peux pas entendre les flûtes, les violons ou ces trucs aiguës des musiques commerciales."

"Comment tu fais pour être doué dans tout ?" Kirishima resta bouche bée.

"Je le suis pas." il marmonna. "Je dois rattraper mon retard sur le fait d'être émotionnellement stupide."

"Tu joues de quels instruments ?" Kirishima demanda avec enthousiasme.

"Comme j'entends plus trop les aigus, la basse et la batterie sont plus faciles à jouer pour moi. J'opte pour des trucs avec un rythme compliqué parce que ma fourchette d'audition est pourrie."

"C'est tellement viril." Kirishima s'émerveilla.

"C'est juste taper sur des trucs au bon moment." Il haussa les épaules.

"Non, c'est pas juste ça, c'est super cool !" Kirishima se redressa soudainement. "Et UA a une salle de musique, tu pourrais me montrer !"

Avant qu'il ne puisse réagir, Kirishima le tirait par la main.

"S'il te plaît ?" il demanda, cherchant sur son visage une réelle détresse au-delà de son expression grincheuse habituelle.

"D'accord." il soupira. Le carmin prit ça pour son feu vert, entraînant Bakugo avec lui.

"La salle de musique va aller nulle part, Tête d'orties." il protesta.

"Tu m'as déjà caché ça trop longtemps !"

UA était une école pétée de thune, donc il ne devrait pas être surpris de constater que leur équipement était à la pointe de la technologie. Il n'y avait cependant pas été tout à fait préparé.

"C'était quoi le titre que tu as dit plus tôt ? Threes and Sevens ?"

"Ça c'est une musique de Queens of the Stone Age." il corrigea. "J'aime bien le rythme, mais j'entends plus vraiment la mélodie principale. La chanson de Tool c'est Fourty-six and Two."

"Tu peux la jouer ?" il demanda.

"Ce sera pas super avec un seul instrument."

"C'est pas grave." Kirishima assura. "Je sais pas à quoi c'est censé ressembler de toute façon."

Bakugo fouilla parmi un désordre de câbles et d'amplis jusqu'à tomber sur un pedalboard* d'apparence assez chère. Peut-être qu'il pourrait faire en sorte que le résultat soit pas mal finalement.

Kirishima le regarda avec perplexité brancher un réseau de câbles entre les instruments, les amplis et le pedalboard.

D'accord, il allait devoir faire le riff de basse en premier. Ça faisait un moment qu'il n'avait pas touché aux cordes, mais il en jouait suffisamment lorsqu'il était plus jeune pour garder le coup de main. Il devait juste les manipuler un peu jusqu'à ce qu'il s'en souvienne. Il gratta rapidement les cordes en staccato. D'accord, maintenant comment enregistrer ça pour que ça fasse un loop* ?

Il espérait que c'était la bonne pédale. Il le découvrirait bien assez tôt.

Ensuite la guitare. Les notes n'étaient pas aussi interdépendantes dans cette musique que dans d'autres du groupe. Comme Schism, où les guitares aiguës et la basse avaient presque l'air d'être un seul et même riff qui semblait incomplet lorsqu'elles étaient séparées l'une de l'autre.

La batterie était le point culminant de ce morceau. Bakugo ne jouait pas les instruments dans leur réel ordre et il ne pouvait faire qu'une partie relativement courte avec la basse et le lead en boucle, mais il pouvait tout de même jouer suffisamment pour faire une démonstration. C'était l'une des chansons les plus dures qu'il connaissait. En espérant qu'il puisse encore réussir à la jouer après ces quelques années sans pratiquer.

Merde, il aurait dû essayer d'y aller plus lentement avant de directement jouer à vitesse normale pour se synchroniser avec la mélodie. Enfin, c'était trop tard désormais.

Le résultat n'était pas parfait, mais c'était tout de même plutôt cool.

"Ta-da." Il appuya quelques fois de plus sur les pédales jusqu'à ce que la pièce soit à nouveau silencieuse. "Alors ? Heureux ?"

"Oh bordel." Kirishima s'exclama avec admiration. "Punaise, depuis quand tu peux faire ça ?"

"Depuis toujours, espèce de nerd." il sourit. L'arrogance était tellement plus confortable que toute cette vulnérabilité brute.

"T'es doué en tout !" Kirishima rayonna tel un soleil. "Comment tu fais ?"

"C'est le talent."

La façade d'arrogance semblait étrange avec Kirishima désormais. Il avait l'impression qu'elle pouvait s'effondrer à tout moment, simplement parce que Kirishima savait où se trouvaient toutes les failles. Sa manière habituelle d'interagir avec le monde extérieur était comme une veste cool qu'il aimait toujours, mais qui ne lui allait plus tout à fait.

"Qu'est-ce que signifie « Fourty-six and Two » ?" Kirishima demanda soudainement.

"Certains mecs suisses décédés avaient avancé une théorie selon laquelle les Hommes auraient vingt-quatre paires de chromosomes au lieu de vingt-trois dans la prochaine étape de l'évolution. Avec tout ce qui se passe avec les alters, ça pourrait bien finir par être le cas."

"C'est sûr que l'évolution a pris une tournure bizarre." Kirishima acquiesça. "Je pense que Dieu a encore déconné. Tout comme quand il a créé l'Australie."

"Mais je pense pas que ce soit censé être aussi littéral." Bakugo repensa à l'époque où il était encore passionné par la musique, -par tout ce qui l'entourait-. "Je pense que ça à plus à voir avec le fait de surpasser ses limites et toutes ses conneries du quotidien pour être un moins gros déchet que les gens ne le sont actuellement."

I've been wallowing in my own chaotic, insecure delusion*.

Merde. Il n'avait pas vraiment pensé aux paroles lorsqu'il l'avait évoqué, il aimait juste la batterie. Mais désormais, ça ressemblait à une attaque personnelle qu'il avait lui-même engagé.

"C'est qu'une musique." il ajouta rapidement.

"Et toi qui disais que tu t'intéressais pas aux trucs philosophiques." Kirishima fit un sourire en coin.

"C'est qu'une musique." il insista.

"Sur la prochaine étape de l'évolution humaine comme métaphore du fait d'aller de l'avant et de devenir une meilleure personne."

"La ferme."

"Je trouve que c'est cool." il continua. "Et je suis d'accord avec Six, je pense que ça pourrait être un très bon exutoire, comme t'es pas très bavard."

"Super, un musicien sourd." Il leva les yeux au ciel. "Ça ressemble à une histoire à l'eau de rose pour les Oscars avec un tas de références à Beethoven."

En vérité, il se sentait vraiment un peu mieux. Mais s'il se mettait à se reposer sur ça et finissait par perdre complètement son audition… Il avait déjà connu assez de déceptions.

"Ça rend juste le truc plus impressionnant." Kirishima répliqua. "Mon ouïe est correct, mais je serais incapable de faire ce que tu viens de faire. En plus... Bakugo, sois sérieux avec moi une minute."

Mon Dieu, c'est parti.

"T'as besoin d'un exutoire. T'as toute cette rage et cette douleur qui ne cessent d'exploser, mais ça ne se résout pas vraiment. Je suis content que tu en parles un peu plus, je suis vraiment fier de toi pour ça. Mais parfois tu te renfermes juste sur toi-même et tu n'arrives pas à parler. Je ne veux pas que ta seule autre option soit de te faire du mal quand ça arrive."

"Eh bien, c'était fun." il grommela, se préparant à repartir dans sa chambre. Il savait que Kirishima avait peur et essayait d'aider, mais il était tellement fatigué.

"Katsuki."

C'était de la putain de triche d'utiliser son prénom.

"Quoi ?! "

"Je pensais qu'on était sur la bonne voie." Kirishima sembla soudainement dévasté. "Je pensais juste qu'il y avait peut-être un moyen de faire en sorte que tout ça soit un peu plus facile."

"J'ai juste besoin d'une putain de pause." Ça avait plus l'air d'une supplication qu'une exclamation furieuse. "J'en ai marre d'avoir l'impression d'être sans arrêt disséqué."

"D'accord." répondit doucement Kirishima. "D'accord, on parle plus des sentiments. On est juste ici pour pour s'amuser."

Merci.

"Tu penses que tu peux m'apprendre quelque chose de plus facile à la batterie ?" il demanda, regagnant son enthousiasme amical.

"Ouais, bien-sûr." Bakugo s'empara à nouveau des baguettes. "Neuf chansons sur dix suivent un schéma assez basique en quatre temps."

"J'ai aucune idée de ce que ça veut dire."

"Ça fait rien." Il s'installa sur le tabouret, désignant chaque élément de l'instrument en les nommant. "Cymbales, caisses claires et grosse caisse. T'occupes pas des partitions et des autres trucs pour le moment."

Il régla le métronome sur un rythme facile.

"Frappe la cymbale à chaque battement." Il compta les coups. "Un, deux, trois, quatre."

Kirishima acquiesça, totalement captivé.

"Frappe la caisse claire sur le un." Il lui fit plusieurs fois la démonstration. "Puis ajoute la grosse caisse sur trois."

Il tendit les bâtons à Kirishima, qui les regarda comme s'ils étaient des serpents.

"Ils mordent pas, Tête d'orties." il taquina.

"Je suis pas sûr d'avoir tout suivi." il déclara avec appréhension.

"Tu pigeras pas le truc tant que tu l'auras pas fait." Bakugo libéra le tabouret et y poussa Kirishima. "Utilise ta main droite pour la cymbale. Met ton pied gauche sur la pédale pour la fermer et la maintenir là. Un, deux, trois, quatre."

"On doit forcément croiser les bras ?" Kirishima se plaignit. "C'est plus déroutant."

"Oui."

"Pourquoi ?"

"J'en ai aucune putain d'idée, c'est juste comme ça que ça se fait." Il plaça ses mains sur celles de Kirishima et les positionna correctement. "Cymbale pour la main droite, caisse claire pour la main gauche."

"Attends, qu'est-ce que je fais déjà avec la caisse claire ?!" Kirishima paniqua.

"Ugh. D'accord, oublie ça pour l'instant. Frappe juste le putain de truc en métal avec ta main droite en rythme avec moi." Bakugo commença une rythmique en comptant jusqu'à quatre.

"Okay." Kirishima suivit. "Et après ?"

"Après tu ajoutes la caisse claire au un." Il enveloppa à nouveau ses mains sur celles de Kirishima pour les diriger. "Un, deux, trois, quatre. Un, deux, trois, quatre."

"Okay." Kirishima continua à suivre le rythme après que Bakugo ait lâché prise. "D'accord, c'est pas trop mal. Je fais quoi avec mon pied ?"

"Ton pied droit va alterner avec ta main gauche." il expliqua. "Continue avec la caisse claire au un, mais ajoute la grosse caisse sur le trois."

Kirishima essaya aussitôt de synchroniser son pied et sa main, mais perdit rapidement le rythme, qui finit par devenir un ensemble de sons chaotiques.

"C'est impossible." il déclara. "C'est de la sorcellerie."

"C'est littéralement le rythme le plus simple qui soit." Bakugo ricana.

"T'es un sorcier."

"Nan, tu dois juste t'entraîner." Il passa une main dans les cheveux relâchés et sans gel de Kirishima pour le taquiner.

"Mon cerveau peut pas faire trois choses à la fois !" Kirishima protesta. "Je suis pas aussi coordonné."

"Tu dois pratiquer."

"Ça t'a pris combien de temps pour maîtriser ça ?"

"...Genre, quinze minutes max."

"Évidemment." Kirishima marmonna d'un air vaincu.

"Par contre j'ai dû pas mal bosser pour apprendre l'autre."

"Oh, tu dois parfois faire quelques efforts pour être absolument incroyable dans tout ce que tu fais." Ça semblait plus être de l'admiration qu'une plainte. Alors que le silence s'étirait, Bakugo réalisa que Kirishima était probablement en train de réfléchir et c'était la dernière chose qu'il voulait.

"T'attends quoi pour réessayer ?" il questionna.

"T'es pas obligé de me dire ce qui s'est passé ce matin." Kirishima croisa son regard avec un sérieux brut. "Mais je te le redemande juste au cas où t'ais changé d'avis."

"Je retourne dans ma chambre." Il partit sans attendre la réponse.


Aizawa entra dans le bureau de Six, prêt à la soudoyer, mendier ou marchander.

"Je sais que tu as dit que tu avais besoin d'un mandat." il commença prudemment.

"C'est exact." Six haussa un sourcil suspicieux.

"J'ai tout essayé." S'il voulait convaincre quelqu'un doté d'empathie, il devait être honnête. "J'ai fais tout ce que j'ai pu, mais ça n'a pas suffit. Il a un père riche et j'ai un juge lâche. Il sait qui est l'homme que je cherche et il a violé une fille de son école. Mais elle a trop peur pour officiellement l'attester. Je suis à court d'options et j'ai besoin de ton aide."

Six poussa un long soupir.

"Laisse-moi d'abord le rencontrer et voir ce qu'il m'inspire." elle concéda. "Je déciderai ensuite."

Il s'attendait définitivement à plus de résistance, mais il n'allait pas s'en plaindre.

"Merci."

"Tu as cependant une autre option." elle corrigea.

"Et qu'elle est-elle ?"

"Tu n'as pas pu tirer grand chose de Yamamoto, n'est-ce pas ?" Elle n'attendit pas qu'il réponde. "S'il y a bien quelqu'un à qui il serait prêt à parler, c'est Katsuki."

Ça… pourrait fonctionner. Il avait pu glaner la majorité des informations seulement lorsque le petit avait reconnu Katsuki. Honnêtement, il aurait probablement pu y pensé lui-même s'il n'était pas si déterminé à garder Katsuki aussi loin de l'affaire que possible au point que même son subconscient refusait d'associer les deux garçons.

"Donc si j'emmène Katsuki rencontrer Yamamoto et que tu obtiens ce que tu peux de Ito avec l'état passif de ton alter lors d'un interrogatoire, tu y réfléchiras ?"

"C'est le marché, oui."

"Il ne va pas aimer l'idée."

"Ito ou Katsuki ?"

"Les deux." il répondit. "Mais j'emmerde Ito, je me fiche de ce qu'il en pense. Ça va être dur pour Katsuki."

"C'est vrai. Mais ça pourrait lui être utile sur le long terme." Six considéra.

"Comment ?" Aizawa demanda, pas convaincu.

"Aider Yamamoto pourrait lui être thérapeutique de la même façon que Katsuki l'est pour toi."

"...Je suis si transparent ?"

"Absolument." elle taquina, avant d'ajouter un peu plus sérieusement, "Je n'ai pas besoin de super pouvoirs pour te voir te soucier de ce garçon avec tout l'amour que tu n'as pas eu quand tu étais enfant."

"Calomnie." il nia. "Parle-en encore et je te poursuivrai en justice pour diffamation."

"Vous n'encaissez pas la vérité*." elle déclara avec une vigueur soudaine.

Il se souvient soudainement d'une scène d'un film dans un tribunal, avec beaucoup d'hommes en uniformes militaires et Tom Cruise.

"…C'était une référence à Jack Nicholson ?"

"Évidemment." elle plaisanta. "Je suis une psychologue agréée, donc forcément, j'ai vu toute la filmographie de Jack Nicholson."

"J'espère que tu n'as pris aucune de notes de Vol au-dessus d'un nid de coucou."

"Mon dieu, ne me le rappelle pas. C'était dur à visionner." Elle grimaça, puis son inconfort ne fit qu'empirer. "Honnêtement, je suis encore un peu inquiète du séjour à l'hôpital de Bakugo. Il est revenu à nouveau... sur ses gardes. Tout est revenu à la normale assez rapidement, mais ça m'inquiète toujours. Il est si fragile en ce moment, il ne faudrait pas que la maltraitance flagrante des patients le fasse reculer. Simplement que ça se limite à une mauvaise expérience."

"Je pense que j'ai déjà assez à faire sans me battre avec l'hôpital local."

"Je sais, je suis juste…" elle essaya de trouver une formulation adéquate. "Très déterminée à l'empêcher d'y retourner. Cette perte totale d'autonomie est vraiment traumatisante pour lui."

"Je sais." Dieu, qu'il le savait. "C'est la raison pour laquelle j'hésite à l'impliquer dans tout ça. Regarder une fois le personnel des urgences l'immobiliser alors qu'il hurlait était plus que suffisant."

Et il ne pouvait pas détourner le regard. S'il voulait éviter que le personnel se fasse exploser les bras, il devait assister à la moindre seconde.

"Il a de la chance que ce soit toi qui mène cette enquête." Six déclara sérieusement. "On sait tous les deux que la police ne serait pas aussi bienveillante."

"Et pourtant tu veux que je le fasse rencontrer un autre gamin traumatisé dans un poste de police." il se plaignit mesquinement.

"Aizawa."

"Je sais, je comprends ton raisonnement. Je n'en suis juste pas fan."

Ça ne servait à rien de gagner du temps. Il devait replonger les deux survivants dans cette expérience. Au moins cette fois, ils ne seraient pas seuls.


•* Un riff : mélodie simple au rythme marqué, répétée en boucle comme instru lors d'un morceau.

•* Pedalboard : il permet d'enregistrer des sons/séquences qu'il répète ensuite en boucle, de modifier sa voix ou de créer d'autres effets. Avec les artistes peuvent notamment faire une superposition d'instruments pour que la musique se compose petit à petit (ce que fait Bakugo dans ce chapitre. Il me semble que ça s'appelle le looping). Honnêtement je suis nul pour décrire le truc, je pense que le plus simple est d'aller voir des vidéos sur YouTube (je recommande l'artiste Sam Perry).

•* Un loop : ici c'est justement ce qui a été enregistré par le pedalboard et qui va être ensuite répété en boucle.

•* I've been wallowing in my own chaotic, insecure delusion : « Je me suis vautré dans ma propre illusion chaotique et insécure ».

•* « Vous n'encaissez pas la vérité » : réplique du film Des hommes d'honneur (1992).

NAO : Regardez ce t-shirt tête de mort et dites-moi que ce garçon n'est pas un métalleux.

Je me débrouille bien à la batterie et je suis un très bon guitariste, mais je n'arrive absolument pas à lire une partition. Je le fais à l'oreille, ce qui n'est… pas la méthode qu'un enfant qui prend des cours de musique serait obligé d'apprendre, mais peu importe. De toute façon de nos jours personne n'utilise de partitions pour la batterie.

Je peux désormais dire avec toute honnêteté que j'ai ouvert PornHub pour mes recherches.

Mes sources, tout le monde : publication de revues psychiatriques, littérature classique et PornHub.