Traduction : Tressym383

Relecture : Emiko Yure

Résumé : Bakugo rencontre la témoin [CW].

NAO : Ça me rend extatique que les gens oublient que Six est un OC. Mon objectif quand je fais des OCs, c'est de les créer avec un but précis pour le scénario, puis seulement après je complète leur personnalité. Ils existent pour que les personnages canons puissent interagir avec, mais ils ne s'imposent pas dans l'histoire pour ne pas être envahissants. Enfin, j'espère.

NP : [Fealina07] En effet ! Katsuki était dans un état de "dissociation" dans les deux derniers chapitres. C'est un sentiment de détachement où la personne ne se rend plus trop compte de ce qu'elle fait et du temps qui passe (en très gros). C'est un peu comme l'hypnose en volant, je dirais (c'est lorsque les gens ne se rendent plus compte qu'ils conduisent et semblent comme se "réveiller" après parfois plusieurs km et heures parcourus). La dissociation est souvent liées à des troubles mentaux et causées par des traumatismes, par contre.

Merci beaucoup à Emiko Yure pour sa relecture !


"Hey Mic, j'ai laissé ma tablette ic- "

Shinso se figea sur le pas de la porte, fixant Kirishima et Bakugo sur son canapé.

"Hey, Mic ?" il appela. "Est-ce qu'Aizawa adopte encore des gosses errants ?"

"Aucune adoption officielle depuis toi." Mic répondit depuis la cuisine. "C'est juste une tutelle."

"Et vous ne me l'avez pas dit ?" Il accrocha son sac à dos à un crochet de la porte d'entrée.

"Tu n'as pas beaucoup été là depuis l'ouverture de l'internat." Mic protesta.

Shinso s'assit de l'autre côté de la table basse, semblant légèrement méfiant vis-à-vis des deux invités.

"T'es le gars qui contrôle les esprits, c'est ça ? Comment ça se fait que tu sois en filière générale ?" Bakugo interrogea. "Ton alter est putain d'effrayant."

"Il est pas très pratique pour combattre des robots géants."

"Ah." Bakugo devait l'admettre, bien qu'il avait adoré cette partie de l'examen, elle était un peu injuste.

Shinso était probablement la seule personne en filière générale pour laquelle il s'était donné la peine d'apprendre le nom. Simplement parce qu'il le terrifiait. Il ne serait pas la première personne à le forcer à faire quelque chose contre son gré, mais contrairement à ses prédécesseurs, Shinso n'aurait même pas à essayer. Certaines de ses vulnérabilités étant désormais connues de tous, il pourrait le détruire d'un simple mot.

"Tes parents t'ont laissé ?" Shinso demanda sans détours.

"Mon père, oui." il répondit. "On a pas laissé le choix à ma mère."

"Ah." Il acquiesça avec compréhension, comme si c'était une introduction normale.

"Tu peux pas juste demander ça et pas me dire ce qu'il en est pour toi." Bakugo exigea.

"J'en sais rien. Je ne me souviens de rien avant le placement en famille d'accueil."

Bakugo se souvint de l'expérience d'Aizawa avec le système de famille d'accueil et grimaça.

"Ça a l'air assez dur." Kirishima répondit lorsque Bakugo ne le fit pas.

"C'était pas une super période." Shinso répondit à la sympathie à la fois verbale et tacite. Peut-être que demander « est-ce que tes parents t'ont laissé ? » était normal en famille d'accueil.

"Mais je parie que les gens te faisaient pas chier." Bakugo présuma. "Comme tu pouvais leur faire faire ce que tu voulais."

"Pendant un moment, oui." il acquiesça d'un air distant. "Jusqu'à… Eh bien, tu sais ce que ça fait de porter une muselière. Je me suis tenu à carreaux après ça."

"Oh merde." L'estomac de Bakugo se tordit au souvenir.

"Les gens sont des cons." Il haussa les épaules. "Mais les autres enfants ne m'embêtaient pas vraiment. Il y avait juste un gars qui aimait soutenir que je l'obligeais à faire des trucs comme si j'étais le putain de diable, jusqu'à ce qu'il découvre que je peux ordonner aux gens de dire la vérité."

"Attends, c'est vrai ?"

C'est trop beau pour être vrai.

"Eh bien… ouais, je peux faire faire aux gens n'importe quoi."

"Mec, on a de la chance que tu sois gentil." Kirishima commenta.

"Okay, mais tu peux obliger les gens à dire la vérité." Bakugo insista. "Donc ça signifie que tu peux obliger Ito Daichi à dire la vérité, pas vrai ?"

"Je ne pense pas que ça se passera comme tu le souhaites." Shinso répondit.

"Pourquoi pas ? Tu peux littéralement lui faire avouer."

"On ne peut pas obliger les gens à se soumettre à un polygraphe." Aizawa répondit en entrant dans le salon. "Ni à un alter de vérité. S'ils n'ont pas donné leur consentement, ça ne sera pas recevable au tribunal."

"C'est n'importe quoi !" Bakugo s'exclama.

"Tu comptais me le dire quand que t'avais recueilli quelqu'un d'autre ?" Shinso interrogea Aizawa.

"Ce n'était pas un secret."

"Donc t'as juste oublié de le mentionner ?"

"Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Que je t'achète un t-shirt « super grand frère » ?" Aizawa proposa d'un air impassible.

"Et c'est qui lui ?" Shinso demanda en désignant l'homme derrière Aizawa.

"Takahashi." l'avocat répondit. "L'homme de loi, le beau diable et le fléau de l'existence de ton père."

"Je pense que Joke détient toujours ce titre." Aizawa marmonna. "Maintenant, sors de chez moi."

"Tu es un terrible hôte." l'avocat réprimanda.

"Dehors."

"À plus tard, Baby Bomber !" Il salua son client en partant.

"Comment est-ce qu'il vient de m'appeler, là ?" Bakugo avait toujours du mal à suivre ce qu'il se passait autour de lui, les sourcils froncés lui donnant un air mécontent et confus.

"Je l'aime plutôt bien." Kirishima gloussa.

"Bakugo, suis moi." Aizawa ordonna en lui faisant signe vers le bureau. "Je dois te parler."


Dire que Toga et Dabi ne s'entendaient pas ces derniers temps serait un euphémisme grossier. Depuis le jour où la vidéo de Toga était devenue virale, Dabi menaçait de séparer ses mains de ses bras régulièrement. La tension avait enfin commencé à se calmer un peu, puis Todoroki Fuyumi était passé à la télévision en direct.

"Quand la justice pénale le laissera tomber, il reconsidérera peut-être notre offre." Shigaraki souleva.

"Il aurait pu." Dabi grogna. "Si Toga ne l'avait pas sexuellement agressé."

"T'es tellement dramatique." Toga leva les yeux au ciel. "Je l'ai à peine touché."

"Conneries."

"Ne recommencez pas." Shigaraki soupira.

"Oh, je suis désolé, est-ce que ça te gêne ?" Dabi répliqua. "Est-ce que le fait que je me plaigne de l'agression d'un mineur victime de viol gâche ta belle journée ?"

"On est des vilains." Shigaraki rappela avec exaspération. "On tue des gens. C'est littéralement toi qui a kidnappé le gamin !"

"C'est exactement pour ça que je suis énervé !" Dabi cria. "J'ai jamais accepté d'être impliqué là-dedans !"

"Donc l'enchaîner contre son gré, c'était okay, mais l'attouchement, c'est trop pour toi ?" Twice demanda avec scepticisme.

"On- On lui offrait un moyen de sortir d'une situation abusive. Je pensais que c'était justifié." Dabi raisonna. "Mais ça, ça ne l'était pas."

"Tu tues littéralement des gens en les brûlant." Toga se plaignit.

"Pas des enfants." il souligna.

Dabi était étrange. Il semblait complètement dépourvu d'émotion jusqu'à ce que ça concerne un enfant. Puis soudain, il avait des standards.

"Écoute, quel que soit le problème personnel que tu as avec ça, tu dois passer à autre chose." Shigaraki en avait assez.

"Tu veux bien répéter ?" Dabi demanda dangereusement, les flammes grandissant autour de lui.

Merde.

"Tu m'as bien entendu." Il refusa de revenir sur sa parole. Dabi se rapprocha, la chaleur émanant de lui sous vagues de rage. Puis l'atmosphère redevint froid tout aussi rapidement.

"Ne me suivez pas." Il se dirigea vers la sortie. "Qu'aucun d'entre vous ne me parle jusqu'à ce que je revienne. Si vous essayez, je vous mets en cendre."


L'estomac de Bakugo se tordit tel une boule de serpents entremêlés tout le long du trajet jusqu'aux quartiers Est. Takahashi avait dit que ce serait « plus efficace » pour elle de le voir « en personne ». Quoi que ça veuille dire.

L'avocat était sur le siège passager, échangeant avec Aizawa à voix basse, ce qui signifiait qu'ils espéraient qu'il n'écoutait pas.

"On doit vraiment l'emmener ici ?" Aizawa demanda d'un air tendu alors qu'il conduisait. "Il n'y a aucune garantie que son témoignage vaudra quelque chose."

"Tu étais encore tout enthousiaste à l'idée d'essayer tout à l'heure." Takahashi répliqua. "Soutenir votre dossier va impliquer de le mettre mal à l'aise et de le blesser. Je te suggère de te faire à l'idée."

"Je peux quand même essayer de le minimiser." il grommela alors qu'il se garait, un complexe d'appartements insalubres les surplombant.

Bakugo fit de son mieux pour ignorer ce qui l'entourait alors qu'il suivait Aizawa dans le bâtiment. Il tint le coup jusqu'à ce qu'ils sortent de la cage d'escalier.

Lorsqu'il se réveille, il est seul. Il passe un moment angoissant suspendu dans la terreur alors qu'il reconnaît son environnement. Il est toujours au même endroit. C'est là que la mauvaise chose s'est produite. Mais le danger est parti. Il attrape frénétiquement ses vêtements, désespéré de couvrir les hématomes, les souillures, tout, avant de se précipiter dans le couloir.

"Bakugo." Aizawa le ramena au présent.

"Je veux pas être ici." il déclara dans un gémissement essoufflé.

"Je sais."

Ils arrivèrent au même point dans un couloir identique. Il avait l'impression qu'il allait s'évanouir le temps que quelqu'un ouvre la porte.

"Madame Sasaki." l'avocat la salua. "Pouvons-nous entrer ?"

Bakugo resta en retrait, essayant de se cacher derrière Aizawa le plus longtemps possible. Il fit tout le chemin jusqu'au salon avant d'être finalement forcé à lui faire face.

Les ecchymoses autours de son cou étaient une arme efficace si on se fiait à l'expression de Sasaki Rio.

"Oh mon Dieu." elle s'exclama, se mettant immédiatement à pleurer.

T'aurais dû voir la dernière fois.

Bakugo s'assit face à elle, les bras croisés, le visage neutre. Il n'avait pas encore décidé s'il la détestait ou pas. Quoi qu'il en soit, ça lui donnait l'occasion de crier sur quelqu'un. Une soudaine bouffée de rage vindicative lui criait blesse-la.

"S- salut, Bakugo. Je suis Sa- "

"Je sais qui t'es."

"D'accord." Elle détourna à nouveau nerveusement les yeux.

"Alors t'étais là tout le long." Il jeta un œil au plafond, sa proximité avec l'endroit où ça s'était produit surréaliste. Il se demandait quelle partie avait été la plus bruyante. Les cris furieux ? Le claquement d'une main sur son visage ? La rythmique écœurante ?

Moi ?

"Depuis combien de temps il vivait là-dedans ?" il demanda à la place. "C'est un endroit bizarre pour un gosse de riche."

"Seulement quelques jours." elle répondit.

"Juste le temps de servir son dessein, j'imagine..." Bakugo constata d'une voix traînante. Sasaki se repositionna, mal à l'aise. Elle avait l'air de préférer sauter par la fenêtre plutôt que de lui parler.

"Je voulais juste dire que je suis désolée. Pour ne pas l'avoir arrêté."

"Tu l'as pas seulement « pas arrêté »." Sa vieille amie la rage s'enflamma et il se sentit un peu plus vivant. "T'as même pas essayé. T'as rien fait d'autre qu'écouter- "

-que l'écouter me violer.

"Je suis désolée." elle murmura à travers ses pleurs.

Pourquoi c'était elle qui pleurait, bordel ? Rien ne lui était arrivé. La colère éclata et il ne pouvait qu'espérer qu'elle dominerait et avalerait ses regrets.

"J'étais qu'un enfant, j'étais- Comment t'as pu faire ça ?" Enfin, enfin, il avait quelqu'un d'autre que lui à blâmer pour son inaction. "Comment t'as pu juste l'écouter faire ça ? T'as entendu des détails. Tu savais qu'il m'étouffait. Qu'il me frappait. Tu le savais, tu savais que j'étais qu'un gamin et qu'il- "

"Je sais." elle sanglota. L'envie de pleurer était contagieuse. Il ne voulait pas pleurer, il voulait être en colère.

"Tout ça a duré une putain d'heure !" La rage perdait sa cohérence, cédant au désespoir. "T'avais tellement de temps pour faire quelque chose."

"Je sais."

"Je voulais riposter." Il cacha ses yeux larmoyants derrière sa main. "Mais je pouvais pas, il- J'avais pas le choix."

"Je suis désolée."

"T'es juste restée assise là à l'écouter me violer." Sa voix se brisa, sa façade s'effondrant. Les mots commencèrent à se transformer en un charabia sanglotant, mais il continua malgré tout. "Si seulement tu m'avait aidé- Mais t'as rien fait et je pouvais pas- "

"Je suis désolée."

"J'avais tellement peur." il pleura de manière hystérique. "Je voulais me battre, je voulais pas le laisser faire. Je voulais pas abandonner."

Il releva les yeux face au silence pour s'assurer qu'elle était toujours .

"Oh mon Dieu, petit cœur, non." Alors que tout dans sa posture indiquait jusque là qu'elle voulait se trouver loin d'ici, elle se penchait désormais pour lui tendre les bras. "Ce n'était pas de ta faute."

"Quand je pense à ce que je l'ai laissé faire, j'ai pas l'impression d'être une putain de personne." Il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il disait ça à une femme quelconque qui l'avait laissé tomber.

"Tu ne l'as pas laissé faire quoi que ce soit." elle affirma. "Je- Mon Dieu, je suis tellement désolée, je t'ai entendu le supplier pour qu'il arrête et il t'a frappé pour ça. Tu as essayé, petit cœur, je sais que tu as essayé. Tu as dû finir par te laisser faire pour survivre parce que quoi que tu aurais fait, il n'allait pas s'arrêter.

Il n'allait pas s'arrêter.

Il n'allait pas s'arrêter il n'allait pas s'arrêter s'arrêter s'arrêter-

"Que ça s'arrête." il souffla dans un murmure rauque. "Je veux juste que ça s'arrête."

"C'est fini." elle essaya de l'apaiser. "Tu es en sécurité et tu vas bien maintenant."

"C'est faux." il sanglota. "Je vais pas bien, putain ! C'est pas fini, c'est jamais fini. Pas pour moi."

Elle, elle pouvait simplement oublier, mais lui non. Ce n'était pas parce que l'agression physique sur son corps avait cessé que c'en était de même dans sa tête. Des années étaient passées et il ne pouvait toujours pas faire la paix avec lui-même.

"Je suis tellement désolée." elle répéta tel un disque rayé. Ça n'arrangeait rien.

"Ça ne partira jamais." Il s'empoigna les cheveux et posa son front contre la paume de sa main. L'admission le faisait se sentir tellement brisé.

"Le moins que vous puissiez faire est de vous assurer que cet enfoiré ne s'en prenne pas à nouveau à lui." C'était la première fois qu'il entendait Takahashi paraître sérieux. "Si vous êtes vraiment désolée."

"Je…" Elle regarda Bakugo avec une expression de dévastation désespérée. "D'accord."

C'était pour ça qu'ils étaient venus, n'est-ce pas ? Pour la pousser à faire… quelque chose ? Il ne s'en souvenait pas vraiment. Quoi qu'elle venait d'accepter, il n'avait pas l'impression que c'était une victoire. Il se sentait juste vide.

Il resta près d'Aizawa sur le chemin du retour, faisant de son mieux pour ne rien regarder autours de lui.

Il court, désespéré de s'éloigner avant que le monstre ne revienne. Courir fait mal. Ça fait mal à des endroits qu'il ne veut même pas reconnaître comme faisant parti de lui. Les escaliers sont une torture, mais ils ne le ralentissent pas. Il court jusqu'à ce qu'il soit finalement arrêté par la peur que ses parents remarquent les dégâts.

Il est dans la voiture, Takahashi se retourne sur le siège passager pour lui parler.

"C'était superbe, gamin." il félicita. "Fantastique performance."

"C'est pas une putain de pièce de théâtre." il grogna.

"Bakugo ne faisait pas semblant." Aizawa informa l'avocat.

"O- oh, tu pensais tout ça..." Takahashi grimaça. "C'est- Mon Dieu, gamin."

Bakugo se recroquevilla et s'allongea sur le siège arrière pour être misérable en paix.


NAO : J'ai décidé de donner aux alters de vérité les mêmes normes juridiques qu'un vrai polygraphe. Et comme j'écris ça en grande partie juste parce que l'audience de Ford contre Kavanaugh m'a énervé, ça fait chier. Docteur Ford s'est soumise à un polygraphe et a grosso-modo prouvé qu'elle ne mentait pas, tandis que Kavanaugh a refusé de le faire. Et le parti républicain s'en foutait simplement.

Dans les affaires criminelles, les plaignants le font volontairement pour gagner en crédibilité, mais les accusés ne peuvent pas y être forcé.