Trois petits coups timides se firent entendre contre la porte. Lyra ouvrit des yeux encore ensommeillés et se redressa avec difficulté. Pantalaimon, lové sur un fauteuil s'étira en baillant.
Après les retrouvailles aussi inattendues que rapides avec Will et Kirjava, tous les deux avaient discuté pendant de longues heures. Leurs retrouvailles avaient beau avoir été sincères et émouvantes, la réalité revenait au galop. Depuis le Pays des Morts et leur séparation éprouvante, leur relation avait évoluée. Les débats pouvaient rapidement devenir animés et virulents, leurs désaccords étant réguliers. Et bien que leurs disputes soient sources d'inquiétudes et de souffrances pour l'un comme pour l'autre, aucun n'arrivait encore à mettre son orgueil de côté pour faire un premier pas vers le pardon. Comme à l'accoutumé, leur discussion nocturne fut parfois le théâtre de discordes et de larmes. Pantalaimon lui avait expliqué les raisons de son départ, son périple à travers le continent, sa rencontre avec Nur Huda el-Wahabi*. Bien sûr, Lyra était heureuse et soulagée d'avoir retrouvé son dæmon mais l'amertume et la jalousie restaient tapies et surgissaient toujours au mauvais moment. Les mots, piquants et amers, sortaient sans qu'elle ne les contrôle vraiment. La discussion s'était achevée par Pantalaimon lui reprochant son égoïsme et regrettant de s'être donné tant de mal pour la retrouver. Il s'était roulé en boule sur l'oreiller. Lyra avait tenté de se confondre en excuses mais le dæmon refusait de lui porter attention. La jeune femme s'était allongée, résignée, et avait fini par s'endormir, le cœur lourd.
Par la fenêtre, le jour pointait son nez pendant que la jeune Nur entrait dans la pièce avec une théière en laiton dans une main et un sac en jute dans l'autre. Avec délicatesse, elle posa la théière sur la table tandis que Lyra s'asseyait sur le matelas en baillant. Pan sauta sur la table basse et salua Nur sans daigner jeter un regard à la jeune femme.
- En fouillant dans la maison, j'ai trouvé un peu de menthe sèche et des dattes, dit la jeune fille en déballant ses trouvailles. J'espère que ça vous ira.
Lyra marmonna un merci et prit la tasse fumante que lui tendait son interlocutrice. L'odeur entêtante de la menthe pénétra ses narines, réveilla ses sens et lui fit pousser un long soupir. Elle tenta un regard vers son dæmon. Ce dernier détourna hâtivement les yeux. Un mulot apparut sur l'épaule de Nur qui lui gratta le museau avec affection. Pan eu l'air surpris.
- Voici Ljubja, annonça Nur dans un rire timide, nous nous sommes rencontrées dans un placard ici même.
Sentant l'interrogation de Lyra, Pantalaimon prit les devants.
- Nur et son dæmon ont été séparés de force, expliqua t-il.
Enfin il lui adressait la parole ! Lyra fut soulagée un bref instant, sentiment rapidement remplacé par un long frisson d'angoisse qui lui parcouru l'échine.
- Que ... que s'est il passé ? demanda t-elle avec difficulté.
- Nous avons été enlevés dans une rue, en pleine journée, raconta Nur, Des hommes ... ils étaient trois. Ils se sont saisis de mon Issam, l'ont enfermé dans une cage, m'ont jetée dans une ruelle et sont partis. Ils n'en avaient rien à faire de la douleur et des cris d'Issam. Je crois ... que je n'ai jamais autant eu mal de toute ma vie... J'ai erré dans la ville en pleurant pendant de longues heures. J'ai cru mourir à chaque pas. Quand j'ai enfin retrouvé ma maison, mes parents m'ont rejetée. Une fille sans dæmon ? Autant avoir le diable à sa table ...
Le temps s'était suspendu. Chacun.e à la table écoutait Nur conter son histoire, la respiration coupée. Chacun.e à la table avait déjà expérimenté cette sensation et pouvait imaginer, ressentir avec précision la douleur de ce récit. Les histoires rapts de dæmons étaient donc vraies. Un trafic s'était installé dans plusieurs villes dans le monde. Ils enlevaient des enfants dont les dæmons n'étaient pas encore fixés pour les revendre à des personnes malhonnêtes. Les enfants sans dæmon mourraient de souffrance ou de faim. Lyra frémit. Dans sa mémoire, les souvenirs vivaces de Tony Markarios, errant, un poisson mort dans les bras, lui apparurent.
- Je me suis cachée, continua la jeune fille, ne sortant que la nuit pour chercher à manger où je pouvais, volant dans les réserves et les poubelles. Est-ce que tu peux l'imaginer ? Mes parents sont professeurs, nous sommes cultivés, bien élevés ... Et j'étais là, sans dæmon, à faire les poubelles... J'ai cherché Issam partout où je pouvais. Quand j'ai compris que c'était peine perdue, j'ai préféré fuir pour de bon et chercher un ailleurs où je pouvais avoir un semblant de vie ou bien trouver un autre dæmon ... J'ai rencontré Pantalaimon en Germanie... Il avait l'air aussi perdu que moi.
Lyra regarda la marte des pins, une boule dans la gorge.
- Je vais être sincère avec toi Lyra Parle-d'Or, ajouta Nur avec sévérité, j'ai voulu que Pan devienne mon dæmon, que l'on s'adopte lui et moi. Le sentiment semblait réciproque. Mais j'ai vite compris qu'il n'avait que toi en tête. Il voulait te retrouver malgré toutes vos disputes. J'ai été en colère contre toi. Je me disais que tu ne le méritais pas. Pourquoi est ce que des gens qui n'ont pas d'amour pour leurs dæmons pouvaient les garder alors que des gens qui avaient été séparés de force, comme moi, devaient devenir des parias ?
Lyra se sentit confuse, elle baissa les yeux, n'osant pas regarder la jeune fille et les dæmons. Nur continua :
- Au fil de nos rencontres, nous avons compris qu'il existait un lieu comme celui-ci où les dæmons abandonnés ou arrachés viennent rôder. Alors nous sommes venus et nous voilà ici, dans cette pièce.
Un silence pesant s'installa à la table. Pantalaimon tenta un pas vers Lyra. A sa vue, le regard de la jeune femme se brouilla. Le dæmon posa sa patte sur la main de Lyra. Elle leva son autre main et l'approcha du corps de la martre. Pan eu un mouvement de recul et finalement, il accepta la caresse. Les yeux de Lyra se remplirent de larmes.
- Pan ... je ...
Elle bafouillait comme une enfant, gênée, émue, épuisée par toutes les émotions qui la transperçaient.
- Le pardon peut être long à chercher, à avouer et à accepter, dit Pantalaimon avec sérieux, Pour toi comme pour moi. Je ne peux pas encore totalement te pardonner et tu ne peux pas encore me pardonner. Ce sera difficile de changer mais je sais qu'on peut y arriver toi et moi, comme on l'a toujours fait. Malgré toute l'amertume que je porte, je tiens beaucoup trop à toi pour abandonner.
Lyra sentit son cœur enfler. Depuis quand Pan, si espiègle, était-il devenu si philosophe ? La jeune femme se ressaisit.
- Et Ljubja ? demanda t-elle à Nur.
Le dæmon mulot lui répondit d'une voix aigüe:
- Mon humain m'a rejetée. Nous avons eu trop de différents en grandissant. J'ai préféré le quitter avant que les choses ne dégénèrent ... En fouinant ici, j'ai rencontré Nur. Je crois que nous avons vite compris que nos caractères pouvaient s'entendre.
De nouveau, Lyra regarda Pantalaimon, le cœur serré. Nur bu une gorgée de thé puis la questionna :
- Qu'allez vous faire ensuite ?
Un regard à son dæmon pour confirmer son intention et Lyra répondit :
- Nous avons des personnes à retrouver ... à Bodø ...
- Bodø ? Où est-ce ?
- En Nordland je crois ... Ou bien au Nouveau Danemark...
- C'est à l'opposé ! siffla Nur avec stupeur.
Lyra acquiesça. Ils avaient un long chemin à parcourir, ils ne devaient pas perdre trop de temps. Elle poursuivit :
- Je pense que l'on va aller à Alep, c'est à quelques heures de marche d'ici. Là bas, on devrait pouvoir trouver un train pour nous rapprocher ... Et vous deux ?
- Je ne veux pas rester dans ce pays ... C'est à la fois douloureux et dangereux. Je ne sais pas encore ...
Nur jouait nerveusement avec des noyaux de dattes. Lyra s'essuya les mains sur les pans de son pantalon et déclara :
- Venez avec nous. Ensemble, nous passerons plus facilement inaperçues. Vous pourrez peut être prendre un train et remonter en Germanie ou Syracuse à défaut ? Il paraît que le soleil y brille quasiment toute l'année et que l'on trouve de quoi travailler et se nourrir sans problème.
Nur eu un large sourire et elle accepta la proposition de Lyra. Cette dernière se sentait étrangement soulagée d'avoir quelqu'un avec qui faire un bout de chemin. Elle appréhendait de se retrouver en tête à tête avec Pan.
Le petit groupe se mit rapidement en route. Leur objectif était d'atteindre la citadelle le plus tôt possible et la route était longue. Avec un peu d'espoir et de force, ils atteindraient la ville au couché du soleil.
Nur et Ljubja marchaient en tête, emportées par une discussion animée qui semblait passionnante. Lyra et Pantalaimon eux, avançaient en silence. La jeune femme semblait songeuse.
- Tu penses à Will et Kirjava ? demanda son dæmon.
Lyra acquiesça :
- Ça paraît incroyable qu'ils soient vraiment là, dans notre monde, en chair et en os, tu ne trouves pas ? Qu'est ce que ça signifie ? Qu'une fenêtre est ouverte quelque part ?
Le cœur de Lyra battait plus vite en ayant cette pensée. Instinctivement, elle se baissa pour prendre Pantalaimon dans ses bras et le poser sur son épaule pour discuter correctement. Comme avant. La martre des pins ne protesta pas.
- Et tu as entendu ce marin ? continua t-elle, absorbée par ses pensées, il l'a appelé "Doc".
- Will doit être devenu docteur dans son monde ... réfléchit le dæmon.
- Un docteur ... mais pourquoi sur un bateau ? La route n'est elle pas plus sure par la terre ? Et Bodø ? Pourquoi le Nord ?
- C'est peut être là où se trouve la fenêtre ? Tu te souviens, la Poussière est plus dense sous les lumières du Nord.
Lyra approuva cette idée d'un hochement de tête. Oh, comme elle avait hâte de rejoindre le Nord ... Devant elle, Nur et Ljubja s'arrêtèrent sous un arbre et la jeune fille sortit une gourde en peau de son baluchon. Après avoir bu une longue gorgée, elle la tendit à Lyra qui accepta avec soulagement. La soif l'avait saisie sans crier gare et le soleil, au zénith, l'avait accentuée dangereusement. Nur tira ensuite une miche de pain et un petit morceau de fromage de son sac.
- Vous êtes de vrais chercheurs de trésors ! s'exclama Lyra, admirative.
Nur eu un petit rire flatté et se coupa un morceau de fromage avant de le tendre à Lyra. Pantalaimon sauta de son épaule pour rejoindre Ljubja. A ce moment, lui et Lyra se rendirent compte du rapprochement physique qu'il y avait eu un instant plus tôt. Ils se regardèrent et Lyra tenta un sourire timide. Puis elle s'assît aux côtés de Nur.
- Vous avez l'air de bien vous entendre, dit elle en pointant du nez le dæmon mulot.
- Oui, répondit son interlocutrice visiblement ravie, je suis vraiment soulagée. Ça me fait bizarre d'avoir un dæmon déjà fixé mais bon ... ça ne remplacera pas Issam ...
- Depuis combien de temps es-tu ... sans dæmon ?
- Trois ans, sept mois et huit jours.
Nur avait répondu instantanément et le petit dæmon vient s'assoir sur son genoux. Lyra baissa les yeux sur son morceau de pain, ne sachant quoi dire. Un long silence s'installa, troublé seulement par les bruits de mastication et les chuchotements des dæmons, silence que Nur brisa :
- Et cet homme qui est venu à votre rencontre la nuit dernière ? C'était qui ?
- Tu as entendu ? balbutia Lyra.
- Oui, enfin quelques morceaux ...
Lyra se releva en s'étirant. Elle lui répondit en l'aidant à se redresser :
- C'est ... quelqu'un d'important. C'est une longue histoire ...
- J'aime bien les longues histoires, répondit la jeune fille en souriant, Et puis je crois que nous avons encore du chemin.
Une bourrasque sablonneuse vint balayer leurs visages. Nur éternua et se mit à rire. Lyra sourit. Pourquoi pas après tout ? Elles se mirent en marche et Lyra lui raconta. Elle lui raconta Jordan Collège, Roger, les Gitans, les Enfourneurs et son voyage jusqu'au Nord. Elle lui raconta Ma Costa, Lord Faa, Iorek et Lee. Elle lui raconta Bolvangar, Billy Costa, la terreur et l'effroi. Elle raconta la fuite, Cittàgazze et les enfants perdus. Elle lui raconta Will, les spectres et le poignard subtil. Elle avait soif de raconter, de faire revivre ces moments. Elle narrait, n'omettant aucun détail si ce n'est ses parents et la prophétie. Et Nur buvait ses paroles pendant que le soleil déclinait lentement à l'horizon. Bien vite, trop vite pour la jeune fille, les larges portes de la citadelle se dressèrent devant elles. Lyra cessa son récit, réfléchissant à la suite. Nur lui prit la main et déclara :
- Je connais cette ville. Je sais où aller pour trouver un refuge pour la nuit. Viens, suis moi. Il faudra être discrètes.
Le petit groupe s'élança. Elles passèrent le long de ruelles animées, frôlant les murs, telles des ombres. Aux centres des rues de dressaient des échoppes aux parfums enivrants d'épices et de fleurs. Les habitants étaient attablés, partageant un plat ou un thé. Les discussions étaient vives, joyeuses et transportées. Cette éclosion soudaine de vie, de joie, de voix donna le tournis à Lyra qui recentrera son attention sur le rythme vif de Nur. Après une énième ruelle bondée, elles arrivèrent dans une autre déserte. Un silence feutré enveloppait leurs pas. Nur allait vite. Elle s'arrêta devant une petite porte en bois sombre. Elle prit une longue inspiration et frappa rapidement, une succession de coups rythmés. La porte s'entrouvrit et Nur murmura un mot avant de pénétrer à l'intérieur, Lyra à sa suite. Elles montèrent un escalier en pierre et débouchèrent dans un couloir où résonnaient des éclats de voix venant d'une une pièce voisine. Nur s'y dirigea d'un pas décidé. Elle entra dans la pièce et les voix se turent un bref instant avant de reprendre de plus belle. Lyra entrait à son tour. Un petit groupe de femmes entouraient Nur. Elles enlaçaient et embrassaient la jeune fille, s'exclamant, riant à gorge déployée. Elles parlaient une langue que Lyra ne connaissait pas. Chaque mot était musical, mélodieux, rieur. Leurs dæmons entourèrent Ljubja en s'exclamant également. Chats, rouge-gorges, papillons grands monarques, corneilles et autres moineaux s'agitaient avec emphase autour du mulot. Chaque parole était une chanson aux oreilles de Lyra. Nur, qui partageait cette langue, la désigna de la main. La jeune femme fit un salut timide et les femmes s'attroupèrent autour d'elle. Elles la serraient contre elles, lui pressaient le bras, caressaient les cheveux, lui embrassaient les joues. Lyra eut un léger vertige de toutes ces marques d'affections soudaines. Elle se mit à rire et hochait la tête sans comprendre un mot de ce que lui disaient les femmes autour d'elles. L'élan des rencontres s'acheva et une femme, plus âgée, la prit par la main et la fit s'assoir sur une banquette. Elle lui tendit ensuite une assiette fumante garnie de semoule et de légumes parfumés ainsi qu'un morceau de pain pita moelleux. Le ventre de Lyra se mit à grogner bruyamment. Elle n'avait avalé que quelques dattes, un morceau de pain et de fromage, aussi était elle affamée.
- Tu peux leur dire « Choukran », ça veut dire « Merci », expliqua Nur, installée à ses côtés.
Alors Lyra les remercia. Un seul mot semblait bien pauvre mais c'est tout ce qu'elle pouvait dire. Les femmes s'étaient rassemblées en cercle et continuait leurs conversations enthousiastes. En dégustant son assiette, Lyra questionna sa jeune amie sur ce lieu formidable.
- Quand j'ai été arrachée à Issam, raconta t-elle, et après avoir été chassée de chez moi, j'ai trouvé un refuge ici. Il n'y a que des femmes. Toutes ont une histoire particulière mais elles ont en commun d'avoir un jour été chassées de leurs maisons par leurs familles. Certaines parce qu'elles ont eu un enfant hors mariage, ou bien parce qu'elles ont avortées, d'autres parce qu'elles aimaient les femmes ou encore parce qu'elles ont été abusées et répudiées... Alors elles ont créé cet endroit qu'elles ont appelé « le Refuge ». Elles accueillent les parias, celles qui sont rejetées. Elles t'accueillent sans te juger, te donnent à manger, un matelas, te laissent le temps de reprendre des forces avant de continuer ton chemin. Sans elles, je crois bien que je serai morte au fond d'un fossé...
Lyra observa avec émerveillement cette assemblée de femmes qui s'échangeaient des paroles rapides dans un concert harmonieux. Elle n'avait jamais goûté à la sororité pure. Elle se laissa couler contre le mur avec délice, remplissant son estomac des mets savoureux préparés et regardaient ces femmes parler avec une bienveillance infinie à Nour et Ljubja. Ne pas comprendre n'était pas important, l'amour absolu irradiait autour d'elles comme une aura puissante et lumineuse. Peu à peu, elle se sentit très lourde, ses yeux piquaient et elle éprouva une grande envie de dormir. Pantalaimon baillât longuement. Nur leur proposa d'aller trouver un endroit où dormir un peu, ce qu'elle accepta avec plaisir. La jeune fille remercia vivement les femmes. Après avoir monté un escalier raide, Nur montra une petite chambre vétuste où s'entassaient plusieurs matelas.
- C'est modeste, déclara t-elle, mais ça fera l'affaire pour se reposer.
Elle s'allongea en baillant, suivie par Ljubja. Lyra s'installa sur le matelas voisin et Nur se retourna vers elle pour lui demander, les yeux avides :
- Qu'est ce que vous avez fait après Cittàgazze ?
Lyra sourit, ravie que l'intérêt de la jeune fille ne se soit pas tari. Elle reprit son récit, lui racontant les sorcières, le chaman, Will, encore et toujours Will. La respiration lente et apaisée de Nur se fit entendre et Lyra se tut. A travers le plancher de la chambre, elle percevait les voix des femmes dont les éclats s'étaient allégés. Le sommeil, pourtant espéré, ne venait pas. Quand elle fermait les paupières, elle ne voyait que Will, n'entendait que Will... Elle et Pantalaimon avaient un long voyage inconnu à parcourir. Le découragement s'abattit lentement, comme une masse, sur son corps. Ses yeux lui brûlaient et elle sentit sa poitrine devenir pesante et sa respiration pénible. Les murs semblaient s'écarter puis se resserrer autour d'elle comme une étreinte épaisse et poisseuse. Elle eu l'impression de s'enfoncer lourdement dans le matelas. Le souffle lui manquait, son cœur battait avec violence dans ses tempes. Elle voulut se raccrocher aux bords du matelas mais son corps restait figé. C'est alors que Pan vint se blottir contre sa poitrine.
- Tout ira bien, murmura t-il, Nous allons les retrouver, ensemble, ne t'en fais pas.
Lyra posa une main tremblante sur la martre. Son esprit se calma, sa respiration reprit peu à peu un rythme normal et elle laissa s'échapper de grosses larmes chaudes.
- Tu es fatiguée et inquiète, ajouta son dæmon. Il ne peut rien nous arriver ici. J'ai confiance en ces femmes. Demain nous irons prendre un train pour le Nord.
Lyra prit une grande inspiration puis, fermant les yeux, elle expira avant de se laisser entraîner dans un sommeil lourd et sans rêve.
*Je vous laisse le plaisir de lire « La Communauté des Esprits ».
