TW : Ce chapitre comporte la description d'une agression sexuelle.


Lentement, le soleil se dressa au dessus de la Citadelle d'Alep, caressant de ses rayons la ville encore endormie. Dans les rues, les marchands s'activaient déjà pour dresser leurs étals de tissus, d'épices et de fruits. Les volets s'ouvraient, les habitants se saluaient d'une bâtisse à l'autre. Au deuxième et dernier étage d'une maison blanche, Lyra se réveillait doucement. Douloureusement également. Elle se redressa en grimaçant. Certes le matelas était plutôt confortable, mais la longue marche de la veille avait endolori ses cuisses et ses mollets. Elle massa ses jambes. Le soleil traversait les persiennes, striant la pièce de ses rayons, et la jeune femme constata que Nur n'était plus à ses côtés. Sur les autres matelas dormaient deux femmes, les mains jointes. Lyra se leva avec prudence, saisit son sac et quitta la pièce. Le parquet des marches craqua sous ses pas alors qu'elle descendait l'escalier. Elle arriva dans la même pièce où elle avait rencontré la communauté la veille. Assise sur un banc, Nur sirotait une tasse fumante tout en discutant avec une femme d'une vingtaine d'année. En apercevant Lyra, la jeune fille lui fit signe de la rejoindre.

- Lyra, voici Amina, dit Nur en lui servant une tasse de thé, Elle parle anglais elle aussi.

Lyra salua Amina et accepta le thé fumant avec délectation.

- Nur m'a dit que vous cherchiez à quitter le pays pour le Nord ? la questionna la jeune femme.

Lyra hocha la tête. Elle observait Amina tout en soufflant sur son thé brûlant. Elle n'était pas sûre d'avoir déjà croisé une femme aussi belle. Sa chevelure obsidienne était semblable à un voile de velours qui reposait sur son épaule. De ses yeux acajous, soulignés d'un épais trait de khôl, elle sondait ceux de Lyra, qui baissa le regard, légèrement troublée.

- Je pense que je dois rejoindre Istanbul pour ensuite avoir une chance d'avoir un train qui m'emmène en Europe du Nord, précisa t-elle.

- Vous ne devrez pas trop traîner, répliqua son interlocutrice en caressant son dæmon assis à ses côté, un chat siamois au regard noble et froid. En arrivant tôt, vous trouverez des trains de marchandises qui vont à Istanbul entre autres. A deux vous aurez peut être plus de difficultés à vous faire discrètes mais il faudra quand même essayer.

Lyra regarda Nur d'un air interrogateur. Elle n'avait pas envisagé que la jeune fille quitte cet endroit elle aussi. Cette dernière bredouilla :

- Non... enfin... je ne suis pas sûre d'aller à Istanbul moi...

Elle se retourna vers Lyra :

- Je pensais t'accompagner à la gare et aviser ensuite de ce que je ferai. Je n'ai pas l'intention d'être un poids dans ton voyage mais il est sûr que je dois quitter ce pays qui m'a apporté tant de malheurs.

- Tu ne seras jamais un poids, assura Lyra avec bienveillance, Mais tu ne dois pas t'imposer de me suivre absolument.

Amina s'était levée et leur tendait des petits paquets.

- Tenez, annonça t-elle, il y a du pain, des fruits secs et du fromage, pour la route. Ce ne sera peut-être pas suffisant mais ça vous aidera.

Elle leur donna ensuite un petit collier à chacune, un pendentif en forme de main avec en son centre un large œil ouvert. Lyra observa le bijou avec curiosité en écoutant les explications d'Amina :

- C'est un khamsa. Une amulette qui vous protégera contre le mauvais œil.

Lyra enfila le collier et mit le paquet dans son sac. Alors qu'elle et Nur s'apprêtait à faire leurs adieux à Amina, une femme à la chevelure grise et au visage creusé de rides profondes entra. Dans sa langue, elle posa une question à Amina qui lui répondit. Alors la femme s'approcha de Lyra, lui prit les mains et, en lui parlant, lui glissa une paire de boucles d'oreilles dorées dans la paume. La jeune femme lança un regard affolé à Amina. Cette dernière lui traduisit :

- Elle veut te donner ces boucles, elles sont un signe d'appartenance au Refuge. Tu vois, chaque femme qui vit ou qui passe ici se voit remettre ces boucles. Ainsi, si tu te retrouve à Alep et que tu es perdue ou en danger, tu sais que tu peux revenir trouver une aide ici même, que notre porte te sera toujours ouverte.

La femme âgée entreprit d'attacher les boucles aux lobes de Lyra, dont les yeux brillaient d'émotions. Elle se laissa étreindre.

- Elle te souhaite bonne chance, conclut Amina. Nous vous souhaitons toutes bonne chance. Soyez prudentes.

Nur, Lyra et leurs dæmons quittèrent le lieu et s'engouffrèrent dans les ruelles de la ville. Le jour n'était pas encore totalement levé mais déjà, la chaleur se faisait sentir. Les deux jeunes femmes avançaient d'un pas rapide, Lyra se laissant une nouvelle fois guidée. Cette fois, elle s'accorda à observer la ville qui s'éveillait autour. Déjà, les étalages des marchands débordaient de couleurs, d'odeurs et de textures qui l'émerveillaient. Elle aurait voulu rester ici à flâner, gouter, marchander mais les conseils d'Amina revenaient dans ses pensées : ne trainez pas, soyez prudentes. Alors elle se promit de revenir et pourquoi pas avec Will.

Elle et Nur arrivèrent à la gare ferroviaire qui les accueillait avec ses larges murs ocres et ses fenêtres sur arcades en fer. Elle était suffisamment vide pour ne pas se sentir oppressé et suffisamment peuplée pour ne pas se faire remarquer. Lyra chercha des informations mais les trains indiqués n'étaient que ceux pour voyageurs. La jeune femme préférait la discrétion d'un train de marchandise, elle se disait que ce genre de locomotion serait peut être plus rapide pour rejoindre les portes de l'Europe. Cependant, en analysant les destinations, elle eut une idée.

- Je sais où tu peux aller ! s'exclama t-elle à l'attention de Nur.

Elle se retourna, à la recherche d'un papier, quelque chose pour écrire. Apercevant un café, elle s'empressa vers une table vide pour prendre une serviette qui restait. Elle retourna vers son amie puis, griffonnant une adresse et un nom sur la serviette, lui tendit :

- Tu vas monter dans le train pour Kyiv. Là bas, je pense que tu pourras trouver un train pour la France et ensuite embarquer dans un bateau pour la Brytanie. Ensuite, va à Oxford, à Jordan College et demande Alice Lonsdale, c'est la gouvernante. Dis lui bien que tu viens de ma part, elle me connaît bien, trop bien même. Je pense qu'elle t'aidera à trouver un emploi à Jordan College ou ailleurs.

Nur essayait de mémoriser tout ce que lui disait Lyra. Elle rangea la serviette dans sa poche et serra Lyra dans ses bras.

- Merci pour tout Lyra, dit elle la voix tremblante.

La jeune femme l'étreignit avec force.

- Merci à toi, mille fois... Tu seras prudente hein ?

Nur ravala ses larmes et affirma :

- Maintenant que j'ai Ljubja, je me sens plus rassurée. Sois prudente toi aussi. A bientôt, j'espère.

Et Lyra regarda la frêle jeune fille s'éloigner vers un quai. Elle resta un instant plantée là, droite, à observer le va et vient des voyageurs dans la salle des pas perdus. Pantalaimon, à ses pieds, lui dit alors :

- Lyra ! Je crois que les trains de marchandises partent de ce quai là.

Il pointa un quai à l'extrémité de la gare. Lyra resserra les anses de son sac et s'approcha, déterminée mais au fur et à mesure qu'elle avançait, elle ralentissait lentement, assaillie de doutes. Et si c'était une mauvaise idée ? Et si c'était dangereux ? Un train de voyageur serait plus lent mais aussi plus prudent... Arrivée à proximité du train, elle s'assit sur un banc à l'écart et murmura à Pan :

- S'il te plait, va voir si tu peux connaître la destination de ce train.

La martre des pins s'exécuta et partit discrètement. Il revint quelques instants plus tard, confirmant à Lyra que ce train partait dans quelques minutes pour Istanbul.

- C'est notre chance, ajouta t-il, Ne perdons pas une minute.

Il grimpa sur l'épaule de Lyra et la jeune femme s'approcha doucement du train. Il fallait d'abord s'assurer que les employés de la gare, les gardes du train et le conducteur n'étaient pas dans les parages. Alors qu'elle étudiait les possibilités qui s'offraient à elle, une voix lente et hostile l'interpella :

- Vous cherchez quelque chose, miss ?

Lyra se retourna et fit face à un garde. Il la dépassait facilement d'une tête, son visage, sévère, orné d'une fine moustache brune, était rivé sur le sien. A ses côtés, un dæmon corbeau fixait Pantalaimon d'un regard acéré. Cachant tant bien que mal son effroi, elle répondit d'une voix blanche :

- Non non, je ... j'ai du me tromper de quai...

Elle s'écarta rapidement sous le regard acerbe du garde et se cacha derrière un pilier pour l'observer alors qu'il faisait les cent pas devant le train.

- Qu'est ce qu'on fait ? demanda Pantalaimon, préoccupé.

- On va devoir courir, répondit Lyra.

Le garde disparu de leur champ de vision et la jeune femme estima qu'il était monté à bord du train. Elle entendit le chef de quai siffler et alors elle se mit à courir vers le train qui démarrait en soupirant. De justesse, elle atteint la plateforme à l'arrière du train et grimpa. Elle ouvrit la porte et entra dans le premier wagon.

Lyra laissa quelques instants ses yeux s'habituer à l'obscurité de l'endroit. Sous ses pieds, le sol tremblait au rythme de l'accélération du train. Elle examina le contenu du wagon. Plusieurs cartons et larges boîtes en bois s'empilaient les unes sur les autres en piles inégales. Au fond, une nouvelle porte, sans doute pour communiquer avec le reste du train. Au niveau du toit, elle constata la présence d'une trappe qui laissait s'échapper un filet d'air tiède et quelques rayons de lumière. Elle choisit un recoin, posa son sac et s'installa tant bien que mal, s'accordant un soupir.

- Et s'ils n'étaient pas au Nord, Pan ... se lamenta t-elle. Et s'il leur était arrivé quelque chose et qu'on ne les retrouve jamais ...

- Tu sais à qui tu peux demander, rétorqua son dæmon.

Elle le savait et tira l'aléthiomètre de sa poche. Elle n'avait pas eu l'occasion récente de l'interroger et craignait avoir perdu dans son analyse et sa compréhension. Elle tenta de faire le vide dans son esprit mais le train cahotait sous ses fesses et la ballotait d'une manière déplaisante. Elle sentait son dos se contracter, aussi elle essaya de se concentrer sur le rythme régulier des roues sur les rails et inspira longuement.

- Will et Kirjava sont-ils bien dans notre monde ? demanda t-elle en tournant les aiguilles.

La jeune femme se sentait stupide de poser cette question. Malgré le fait qu'elle gardait le souvenir tenace et réel du contact du corps de Will contre le sien, de son odeur, de sa voix, de ses lèvres, elle avait encore du mal à accepter cette vérité. Les aiguilles de l'aléthiomètre se déplacèrent lentement. L'homme sauvage, le griffon, la pomme ... Cette fois, c'était évident, Will et son dæmon étaient bel et bien là. Lyra eut un soupir de soulagement mais l'aléthiomètre commença à s'affoler : le serpent, l'ancre, la bougie, l'éclair et le griffon encore. Elle fut décontenancée et n'arrivait pas à traduire ce que voulait lui révéler l'objet. Elle appuya sa tête contre la paroi vibrante du train. La lecture de son aléthiomètre lui demandait une grande constance et rigueur afin de maintenir un niveau d'analyse et de compréhension suffisants. Ces derniers temps, elle avait laissé de côté ce travail fastidieux pour se concentrer sur la recherche de Pantalaimon. Un bruit sourd résonna dans le wagon, quelqu'un avait ouverte la porte et était entré. Lyra et Pantalaimon se figèrent et tendirent l'oreille. Des pas s'approchaient avec pesanteur et ils retenaient leurs respirations, l'anxiété perlant sur le front de la jeune femme. Soudain, un large corbeau se posa au dessus d'eux. Il les vit et lança un croassement lugubre. Les pas se hâtèrent, Lyra s'agrippa à Pan qui plantait ses griffes dans son épaule. Le garde, qu'elle avait croisé quelques instants plus tôt, apparu dans l'étroit couloir entre les cartons.

- Alors ? fit-il d'une voix sinistre, On s'est encore trompé miss ?

Le sourire sardonique qu'il affichait sur son visage glaça le sang de Lyra. La jeune femme se redressa brusquement, les poings serrés. Elle devait trouver une issue de toute urgence ou alors ...

Elle n'eut pas le temps d'agir que l'homme se précipita sur elle, la poussant contre la cloison du wagon. Lyra étouffa un cri. Elle se débattait mais le garde, plus grand, plus fort qu'elle, l'appuyait de toutes ses forces. Elle chercha a atteindre ce visage déformé par un rictus répugnant pour le griffer. L'homme, anticipant ce geste, plaqua son avant bras musclé contre la gorge de la jeune femme. Lyra, coincée, se cramponna à cet avant bras qui coupait sa respiration. Il approcha son visage du sien, si proche qu'elle pouvait sentir son haleine chaude et repoussante.

- Shhhh, siffla l'homme, si tu te laisse faire, je ne dirai rien et tu pourras terminer ton voyage, ne t'en fais pas.

De force, il plaqua ses lèvres contre celles de Lyra. Le contact fut si brusque que la jeune femme sentit une douleur vive et un goût métallique commença à se répandre dans sa bouche. De sa main libre, il chercha un accès à la boucle de ceinture de Lyra. Tous ses membres se crispèrent alors qu'elle sentait qu'il accédait aux boutons de son pantalon. Il réussit à se créer un accès et commença à glisser sa main dans sa culotte. Lyra tremblait, suppliait mais en échange, l'homme lança un rire gras à l'haleine fétide.

Brusquement, il hurla et relâcha son emprise. Pantalaimon s'était dégagé des serres du corvidé, s'était rué sur l'homme et lui avait mordu l'oreille. Le garde tenta de se dégager de la martre pendant que Lyra refermait son pantalon et récupérait son sac. Elle flanqua un coup de pied dans l'entrejambe de l'homme qui s'agenouilla en gémissant. Pan sauta dans ses bras et elle escalada les cartons à toute vitesse. Elle atteignit la trappe mais eut beau pousser, celle ci ne s'ouvrit pas. Le dæmon corbeau lui volait autour en croassant et tentant de la pincer avec son bec acéré. En contrebas, elle entendait l'homme pousser une succession de jurons. Prise par l'adrénaline de la peur, Lyra poussa de toute ses forces et la trappe céda. Elle se hissa sur le toit mais une main puissante lui saisit la cheville.

- Petite garce, hurla le garde en tirant sa jambe, je vais t'apprendre moi !

De son pied libre, Lyra lui lança son talon en plein nez. L'homme lâcha sa prise et chuta de la pile de cartons. Elle grimpa et se retrouva sur le toit du wagon lancé à toute vitesse. Elle referma la trappe et Pantalaimon cria :

- Lyra ! Les autres wagons ! Là bas !

Lyra saisit la martre et avança avec prudence. Autour d'elle, le paysage défilait rapidement et le vent foutait son visage. Arrivée au bord, elle prit un peu d'élan et sauta pour atteindre le second wagon. Elle atterri sur ses genoux et grimaça. Elle avança vite, les jambes pliées pour éviter de basculer, jusqu'à une nouvelle trappe. Celle ci s'ouvrit plus facilement et une forte odeur monta aux narines de la jeune femme. Elle jeta un coup d'œil et devina que le wagon contenait un troupeau dense de moutons et brebis. Un bruit métallique se fit entendre et Lyra compris que le garde avait ouvert la première trappe. Son sang ne fit qu'un tour et elle se glissa dans le wagon, Pantalaimon à sa suite qui s'assura de fermer l'accès. Elle tomba au milieu du troupeau qui eut un mouvement de recul. En rampant, elle se glissa sous des animaux laineux et se tut, serrant son dæmon contre elle. Essoufflée, elle guettait les bruits suspects. Ils ne se firent pas attendre. Des pas lourds résonnèrent au dessus d'elle. Ils s'arrêtèrent au niveau de la trappe qui s'ouvrit avec fracas. Le grand corbeau entra en volant et Lyra baissa la tête pour se cacher. Le corvidé se posa sur le dos d'un mouton et sonda le troupeau quelques minutes, mais il ne vit rien d'autre que des ruminants qui l'observaient d'un œil interdit. Il ouvrit ses larges ailes et, d'une impulsion, remonta vers le garde. Ce dernier pesta et referma la trappe.

Encore cachée sous les moutons, Lyra reprit sa respiration. Son corps était secoué de violents tremblements, elle se mit à vomir. Autour d'elle, les moutons s'écartèrent. Elle s'appuya contre le mur du wagon, la main sur la poitrine, cherchant à se calmer alors que des larmes d'angoisse ruisselaient sur ses joues. Pantalaimon se blottit contre son cou en gémissant mais de nouveau, le son de voix et de pas arrivèrent à ses oreilles. A nouveau, elle plongea sous les animaux laineux. L'odeur âcre de foin, d'excréments et de laine lui soulevait le cœur mais elle se tut. Le garde était là, accompagné d'une femme.

- Tu es sûr de toi ? demanda la femme d'une voix aigre.

- Tu penses vraiment que je me suis fait ça tout seul ? répondit le garde agacé.

La femme se mit à rire.

- C'est vrai qu'elle ne t'a pas loupé ! Tu auras l'air malin quand tu devras justifier l'état de ton nez à ton épouse.

Le garde grommela. Les pas s'arrêtèrent à proximité de la cachette de Lyra qui plaqua sa main sur sa bouche.

- Bon, fit la femme, très sincèrement je pense que ta petite copine a sauté du wagon. Tu as dû lui faire bien trop peur. Et si c'est bien le cas, je ne donne pas cher de sa peau.

De nouveau, le garde grommela. Tous les deux quittèrent le wagon et Lyra remonta à la surface. Elle prit une grande inspiration et toussa. A ses côtés, une brebis leva la tête pour l'observer. Lyra caressa la laine rêche de l'ovin d'une main tremblante.

- Merci de m'accorder l'hospitalité, dit-elle au ruminant. Je vais tâcher de ne pas vous déranger.

Et l'animal retourna à ses occupations, à savoir ruminer le foin. Lyra s'assit dans le coin du wagon et serra ses genoux contre son torse. Les tremblements continuaient impulsivement, secouant son corps tandis que les larmes coulaient sans discontinuer. La brebis, à qui elle avait parlé, poussa ses congénères et vint s'installer à ses côtés, ce qui dessina un sourire sur le visage de Lyra. Pantalaimon se lova contre elle et elle ferma les yeux, cherchant à calmer ses membres et son esprit. La nausée revenait encore alors elle sortit une gourde de son sac et avala une longue gorgée d'eau. Puis, resserrant un peu plus ses jambes, elle enfouit sa tête dans ses bras.

Le voyage dura plusieurs heures. Quand elle compris que le train ralentissait en approche de la gare, Lyra dénoua ses membres. Chaque parcelle de son corps était ankylosée, douloureuse, et elle se leva avec grande peine. Il fallait élaborer un nouveau plan. D'une part, le garde devait être encore dans les parages et elle ne devait pas se faire remarquer, d'une autre, et bien, elle arrivait dans une gare inconnue. Elle enfila son sac, guettant les signes d'arrêt du train. Ce dernier freina brutalement, toussant, crachant et très vite, elle entendit des éclats de voix qui s'approchaient du wagon contenant le bétail. La large porte coulissante s'ouvrit et la lumière, éblouissante, pénétra dans l'enceinte. Lyra se plaqua contre la paroi, se cachant ainsi de la vue des hommes qui appelaient les moutons. Elle attendit que tout le troupeau soit sorti pour jeter un coup d'œil discret à l'extérieur. Au loin, elle aperçut le garde et sa collègue qui aidaient des femmes à charger une carriole de caisses de fruits. Il avait le nez écarlate, des tissus imbibés de sangs étaient enfoncés dans ses narines. Lyra ne put s'empêcher de sourire. Furtivement, elle se glissa hors du wagon, ne quittant pas l'homme des yeux. Elle avança à reculons sur quelques mètres puis se retourna et pénétra dans la gare. Elle se pressa sans pour autant courir, pour ne pas attirer l'attention sur elle.

Tout en marchant, Lyra analysa l'environnement nouveau qui s'offrait à elle. La gare était haute de plafond et résonnait des pas des voyageurs, des sifflets des contrôleurs et des cris des marchands à la sauvette. De larges fenêtres en arc offraient une lumière douce et diffuse. Ici, un joueur d'orgue de barbarie faisait danser des enfants et applaudir leurs parents ; là, une vendeuse de café apostrophait les passants et servait des tasses fumantes et odorantes ; là encore un groupe d'adolescents proposaient leurs services de cireurs de souliers aux hommes pressés ; et ici, des voyageurs épuisés dormaient sur leurs valises. Lyra aperçu au loin une pancarte indiquant des sanitaires et elle s'y rendit à grands pas. Elle laissa une pièce à l'homme chargé de l'entretien et se dirigea vers les lavabos. Arrivée devant un miroir, elle constata avec épouvante son reflet. Ses cheveux étaient en bataille, sa lèvre enflée à un coin et son cou rougeâtre portaient les stigmates de l'agression qui avait eu lieu quelques heures plus tôt et les larmes qui avaient coulées le long de ses joues poussiéreuses avaient laissé de longues rigoles claires. Elle faisait de la peine à voir. Elle repoussa ses cheveux, ouvrit le robinet et se rinça le visage. Le contact de l'eau froide lui fit l'effet d'une claque. En séchant sa figure, elle fut de nouveau prise de nausées et se rua dans les toilettes les plus proches. La jeune femme eut du mal à reprendre son souffle, son cœur battant vivement dans ses tempes.

- Tout va bien ? dit une voix dans un anglais approximatif de l'autre côté de la porte.

Lyra sortit des toilettes et se retrouva face à face avec une femme de petite taille, la peau pâle et les yeux en amandes, qui la fixait avec inquiétude. A ses côtés, un dæmon lapin les regardait.

- Oui oui, répondit la jeune femme. Le voyage a été long et m'a un peu brassée, c'est tout.

La femme lui tendit tout de même un mouchoir en pointant sa lèvre et prit congé. Lyra retourna devant le miroir. Elle mouilla le mouchoir et tamponnant sa bouche en grimaçant. Elle se sentait sale, si sale. Constatant que les sanitaires étaient vides, elle décida de retirer sa blouse et son pantalon pour essayer de se laver sommairement. Elle aurait voulu se plonger dans un bain brûlant et frotter sa peau jusqu'au sang pour retirer toutes les traces de l'attaque qu'elle avait subit mais à défaut, elle se contenta de frotter vivement chaque centimètre de peau avec le savon des sanitaires. Après s'être séchée, elle enfila une chemise et un pantalon propres qu'elle gardait dans son sac, fourra ses affaires sales dans la poubelle la plus proche et se dirigea vers le guichet le plus proche. Elle questionna la femme au poste :

- Le prochain train pour l'Europe du Nord s'il vous plait ?

- Un train part pour Berlin dans une trentaine de minutes, répondit la femme. C'est un train de nuit. Il me reste quelques tickets mais vous ne serez pas en couchette, il faudra vous débrouiller.

Lyra accepta. Tout ce qu'elle voulait c'était quitter cette gare au plus vite et sentir qu'elle se rapprochait de Will. Elle paya son billet et se rendit au niveau du quai. Là, un long train rouge et or attendait patiemment son départ. Lyra inspecta à son billet qui indiquait « Voiture 12, compartiment 8 ». Elle jeta un dernier coup d'œil à la gare grouillante d'Istanbul et grimpa à bord du wagon.


Le fandom His Dark Materials n'est pas le plus important. Mais si jamais vous lisez ce récit, n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me donner votre avis :)