NA : Si vous lisez cette fanfic en attendant la réunion de Lyra et Will, il faudra encore un peu patienter ;) N'hésitez pas à me donner vos avis ! / Starling = "étourneau" en anglais.
NA : Si vous lisez cette fanfic en attendant la réunion de Lyra et Will, il faudra encore un peu patienter ;) / Starling = "étourneau" en anglais.
Dans un appartement lumineux, situé sous les combles d'une petite maison berlinoise, Lyra soupirait d'aise. Le bain fumant dans lequel elle était plongée était plus que bienvenu. Elle avait replié ses coudes à l'extérieur de la baignoire et laissait ses doigts tremper mollement dans l'eau chaude. Elle devinait que chacun de ses membres se détendaient, dénouant les douleurs et crispations qui s'étaient accumulées depuis plusieurs jours. Jamais elle ne s'était autant sentie endolorie. Ses genoux étaient couverts de bleus, sa nuque était raide et sa lèvre tuméfiée restait sensible. Son corps était un amas lancinant qui la faisait grimacer à chaque mouvement. Malgré tout, elle se sentit glisser vers une somnolence aérienne provoquée par les sels de bains que lui avait proposé Louise. Sentir son corps se décontracter avec bonheur offrait à son esprit la possibilité de s'abandonner vers des pensées plus ... plaisantes. Elle pensait à Will, à sa voix comme une caresse, à son souffle chaud contre sa nuque. Lentement, ses mains remontèrent le long de ses cuisses et elle fermait les yeux. Mais dès que son esprit errait, le visage du garde revenait encore et le son de cette voix persiffleuse résonnait dans ses oreilles. Elle se crispa. De l'autre côté de la porte, on frappa. Louise lui proposa des vêtements. Lyra se redressa vivement, éclaboussant Pan qui se trouvait à proximité :
- N...non non, tout va bien ! J'ai ce qu'il faut !
- Je peux entrer ? demanda alors Louise.
Elle n'attendit pas la réponse de la jeune femme et, joignant le geste à la parole, entrouvrit la porte. Lyra resserra ses genoux contre sa poitrine. La française lui tendit une pile de vêtements.
- Tiens, je suis sûre que ça t'ira parfaitement.
Elle posa la pile sur un tabouret. Ses yeux passèrent du tas de vêtements, sales, roulés en boule au pied de la baignoire, à Lyra, assise dans l'eau fumante.
- Et très sincèrement Lizzy, continua t-elle, je ne suis pas sûre que tes vêtements retrouvent un jour une odeur et une couleur ... acceptables. Prends ça, ça me fait plaisir.
Lyra fronça le nez. Elle l'admettait, avoir jeté ses vêtements à Istanbul lui avait fait du bien et elle ne voulait qu'une seule chose : brûler le reste comme pour assainir encore plus son âme et son corps. Alors elle accepta la proposition de Louise qui sourit et referma la porte, lui rendant ainsi son intimité. Lyra s'allongea à nouveau dans la baignoire et observa la salle de bain dans laquelle elle se reposait. Des mosaïques bleues et blanches ornaient le mur et des esquisses de paysages et de nus étaient encadrés ici et là. Sous la fenêtre, une monstera immense tournait avidement ses feuilles vers la lumière. Un large miroir en paulownia doré surplombait le petit évier en faïence et devant lui se trouvaient une multitude de flacons de tailles et de formes différentes. En passant rapidement dans les pièces de l'appartement, Lyra avait pu constater que l'endroit était richement meublé en livres, tableaux et instruments de musiques exotiques. Elle avait entraperçu une pièce qui devait servir d'atelier à Tomas. Un chevalet, où trônait une toile en court de réalisation, était entouré de tubes à moitié vidés et de pots remplis d'une eau saumâtre dans lesquels trempaient des pinceaux de tailles variées. Le couple avait créé un cocon de douceur et de sensibilité à leur image. Lyra décida de sortir de la baignoire, posa ses pieds sur le tapis éponge moelleux, s'enveloppa dans une serviette et inspecta les vêtements que Louise lui avait donné : des sous-vêtements, une chemise en soie bleu pâle et un pantalon en toile vert paon. Lyra fit la moue, ce n'était pas vraiment son style habituel mais elle n'allait pas faire la fine bouche. Alors elle s'habilla. Le velouté de la soie effleura ses bras et son dos comme une caresse. Elle observa un instant son reflet dans le miroir. Il ne lui plaisait pas. Elle avait l'air exténué et espérait que sa lèvre allait vite cicatriser et la rougeur autour de son cou disparaître. La jeune femme entreprit de fouiner dans les flacons aux couleurs multicolores. Chacun renfermait une crème, une poudre ou un parfum floral.
- On pourrait peut être dormir ici ? suggéra Pantalaimon en grimpant sur le lavabo. Une bonne nuit nous ferait du bien non ?
- Oui mais on doit remonter dans le Nord le plus tôt possible pour retrouver Will et Kirjava, rappela Lyra en s'appliquant l'une des crèmes sur les joues.
- Si ils sont en bateaux, ils sont forcément moins rapides que nous ... répliqua le dæmon. Tu pourrais peut être interroger l'aléthiomètre ?
Lyra reboucha le flacon, brusquement maussade par la remarque de la martre. Elle gardait en tête leur quête commune vers la réconciliation, aussi elle se rattrapa, essayant de cacher sa moue dubitative pour ne pas vexer son dæmon. Elle saisit son sac pour prendre son aléthiomètre mais ... elle ne le trouva pas. Elle fouilla encore, soulevant ses vêtements à ses pieds, regardant sous la baignoire, sous les meubles : rien. Sa gorge se serra. Où était il ? L'avait-elle perdu ? Non impossible, elle y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Peut-être l'avait elle laissé dans sa veste ? Elle ouvrit la porte de la salle de bain et se figea. Penchés au dessus d'une table en chêne, Tomas et Louise étaient plongés dans une observation minutieuse et chuchotaient avec frénésie. Entre eux, Lyra vit l'aléthiomètre, ouvert. Son sang ne fit qu'un tour.
- Lâchez. Ça. Immédiatement. siffla t-elle, les dents serrées.
Tomas sursauta, faisant tomber la tasse de thé qu'il tenait à la main sous le glapissement affolé d'Anke. Louise se redressa, les bras en l'air en signe de paix et dans sa main la boussole d'or.
- On ne va pas te le voler Lizzy, dit-elle avec une voix prudente. On a aperçu la boîte qui dépassait de ta veste et Tomas s'est laissé emporté par sa curiosité maladive...
- Hého ! s'esclaffa Tomas.
Louise ne lui laissa pas le temps de se défendre, elle continua à parler en s'avançant lentement vers Lyra, lui tendant l'aléthiomètre avec précaution.
- On ne te veut aucun mal Lizzy, ou devrais-je plutôt dire ... Lyra ?
Cette dernière se pétrifia. Elle cligna des yeux plusieurs fois en regardant la française qui observait sa réaction. Près d'elle, le dæmon martre couinait d'inquiétude. Elle récupéra son aléthiomètre et soutint le regard de le femme sans perdre son sang froid.
- Louise ... chuchota Tomas les yeux traversés par un éclair de panique. Qu'est-ce que tu fabriques ?!
- Tu es bien Lyra Parle-d'Or ? demanda Louise avec réserve.
Lyra ne répondit rien, sa respiration s'était accentuée. La française continuait :
- Tu es bien Lyra Belacqua ? La fille d'Asriel Belacqua ? Celui qui a tué l'Autorité ?
- Mon père n'était pas seul, répliqua immédiatement la jeune femme, ma mère était à ses côtés ! Pour votre gouverne, ce n'était pas l'Autorité mais son Régent. L'Autorité est morte quand Wi...
Elle s'arrêta, mortifiée par ce qu'elle venait de dire. Elle saisit son sac, sa veste et rangea son aléthiomètre.
- Ç'en est trop, grinça t-elle.
Louise lui saisit le bras.
- Attend, attend ! Lyra ...
Lyra se dégagea d'un coup sec, le regard dur.
- Je ne sais pas ce que vous me voulez mais je ne resterai pas une minute de plus ici. Laissez moi !
Mais Louise avait de nouveau saisit son bras. Sur son épaule, Adolias sautillait nerveusement.
- Lyra, s'écria la française, nous savons pour les mondes, pour la grande guerre, pour le Porteur, pour la prophétie !
Lyra s'immobilisa, le cœur battant à tout rompre dans ses tempes. Elle se retourna avec colère. Une rage sourde inondait son corps.
- Vous ne savez rien ! rugit-elle, Vous ne connaissez en rien mon histoire ! Lâchez moi !
- Lyra, continua Louise en baissant la voix, Lyra regarde autour de toi... nous sommes du même côté ...
Alors la jeune femme parcouru le salon d'un regard lent. Les livres qui couvraient les étagères avaient des titres évoquant des études sur l'Église, les mythologies anciennes, la sorcellerie, la nature... sur la Poussière... Autant de livres interdits par le Magisterium... Et sur la table, des feuillets noircis de textes écrits à la main, des schémas... Lyra cherchait à comprendre. Louise l'invita à s'assoir à ses côtés sur le canapé en la tirant doucement par la main. Tomas et Anke, toujours silencieux, les suivaient du regard, les traits tirés par l'appréhension.
- Qui êtes vous au juste ? finit par dire Lyra en reportant son regard méfiant sur la femme à la mésange.
- Je m'appelle bien Louise et il s'appelle bien Tomas. Je suis bien française mais je suis ici comme réfugiée politique, répondit Louise de but en blanc sans lâcher la main de Lyra. Dans mon pays, je suis recherchée car j'ai voulu inculquer à mes élèves la liberté de pensée, en remettant en cause l'autoritarisme du Magisterium. Là bas, l'Église a un pouvoir considérable sur la population, beaucoup plus qu'en Brytanie où il s'essouffle. On a mis ma tête à prix, on a incendié mon appartement et l'école où je travaillai, tout ça car j'ose assumer mes opinions et je contredis des lois qui ne sont ni justes, ni naturelles, ni justifiées. J'ai fuis à Berlin. Bien que le Magisterium ait une influence en Germanie, Berlin reste une ville à part, un îlot de sécurité pour les gens comme toi et moi. J'ai rencontré Tomas rapidement.
Le débit de parole de Louise était lent et assuré. Lyra l'écoutait attentivement, mutique, les sourcils froncés. La française continua :
- Nous faisons partie d'un réseau clandestin de résistance qui s'appelle le Réseau Starling. Nous nous regroupons en assemblée et nous discutons, montons des plans d'actions pour déstabiliser ce régime tyrannique. Notre réseau est de plus en plus influent, nous comptons de nombreux membres ici, en Germanie, mais aussi en France et dans plusieurs pays d'Europe. Peut-être as-tu entendu parler récemment de l'attentat du Quai Jules Courmont, à Lyon ?
Lyra hocha lentement la tête. Cet attentat avait fait grand bruit dans la presse. Il visait clairement un bâtiment du Magisterium en France. On comptait de nombreuses victimes mais les autorités avaient pointé du doigt les sorcières et non un groupuscule.
- Et bien c'est notre organisation qui est derrière, poursuivit Louise. Et d'autres actions de ce type ont eu lieu et auront lieu. Oh Lyra, comme ce serait une chance de t'avoir à nos côtés...
Lyra sursauta et retira vivement sa main de celle de la française.
- Qu'attendez-vous de moi ? lui demanda t-elle, la voix ferme teintée de colère. Je n'ai pas l'intention de rejoindre une organisation terroriste ! Je dois monter au Nord, c'est mon seul objectif.
Tomas, qui était resté attentif depuis le début, eut un rire sans joie. Il s'assit auprès de Louise.
- Ce n'est pas uniquement une organisation terroriste, dit-il avec le plus grand des sérieux. Viens avec nous. Nous pouvons te prouver que c'est bien plus qu'un groupe de poseurs de bombes.
Lyra le regarda, puis ses yeux passèrent sur Louise qui la dévisageait avec espoir. Elle se leva, piquée par la curiosité, maudissant au fond d'elle ce caractère qui prenait toujours l'avantage.
- C'est d'accord, déclara t-elle, je vous accompagne mais seulement si vous ne me forcez en aucun cas à prendre parti.
Louise et Tomas, ragaillardis, lui firent la promesse. Ils s'activèrent pour prendre quelques affaires : des feuillets, un sac ...
- Lyra ! l'interpella Pantalaimon. Lyra ! Ce n'est pas une bonne idée ! Ce n'est pas ce que nous devons faire !
- Tu l'as dit toi même, répondit la jeune femme d'une voix qui se voulait rassurante, Will et Kirjava ne seront pas tout de suite dans le Nord comme ils voyagent en bateau. J'ai envie de savoir ce qu'est vraiment cette organisation, Pan...
Face à cet entêtement, le dæmon abdiqua. Résigné, il suivit Lyra, Tomas et Louise qui passaient la porte de l'appartement. Anke, la chienne Border Collie, trottinait à ses côtés, Adolias perché sur sa tête.
- Tu verras, lui dit-elle, ça vaut vraiment le coup. Il y a une belle énergie qui circule parmi les participants, ça redonne de l'espoir.
Le dæmon martre ne répondit rien. Il savait que Lyra n'oublierait pas leur objectif premier. Il la connaissait trop bien pour douter. Mais une nouvelle fois, elle suivait son impulsion sans l'écouter et cela le peinait.
Le groupe traversa rapidement une large avenue. Ils suivirent quelques ruelles puis, descendant quelques marches à l'abri des regards, passèrent une petite porte en fer rouillée. Ils marchèrent le long d'un couloir et Lyra entendit un grand brouhaha venir d'une des pièces. Passant une porte puis un épais rideau sombre, elle découvrit une foule compacte, entassée dans une salle sans fenêtre, éclairée par des néons blafards qui pendaient au plafond. Une centaine de personnes était là et discutait bruyamment, l'inquiétude et l'irritation se lisaient sur les visages. Louise et Tomas fendirent la foule suivis par leur dæmons. A leur passage, les voix se baissaient pour ne devenir qu'un chuchotement inaudible. Au fond de la salle, une estrade de fortune constituée de caisses en bois se dressait. Tomas aida Louise à prendre place à son sommet. Lyra s'adossa contre un mur, un peu à l'écart et observa l'étrange manège qui se mettait en place. Autour d'elle, des personnes de tout âge et tout genre. Ils murmuraient en anglais, français, germains, leurs yeux rivés sur Louise qui prenait place. Quelques uns jetaient des regards méfiants à Lyra et Pan. Louise leva la main et le silence s'installa. Adolias vint se poser sur son épaule. Elle sonda la foule d'un regard perçant, les sourcils froncés. Sa combinaison vert vif détonnait avec les murs bétonnés bruts qui servaient de décor. Les femmes et hommes attroupés la fixaient, concentrés.
- Mes sœurs, mes frères, commença Louise, nous sommes rassemblés en ce jour funeste pour commémorer la mémoire de notre camarade Tobias, tombé la semaine dernière sous la torture des agents du Magisterium.
La foule agglutinée bruissait d'un murmure ému. Louise laissa un ange passer puis reprit la parole :
- Des membres de notre réseau ont repêché son corps inerte dans la Spree et les actes commis sont ... innommables.
La voix de Louise se brisa une fraction de seconde mais elle reprit de plus belle d'un timbre plus positif.
- Mais si nous sommes réunis aujourd'hui c'est que nous avons de bonnes nouvelles ! Des nouvelles qui vont redonner un souffle d'espoir dans ces heures sombres.
Elle marqua une pause, la respiration lente et profonde.
- Tomas et moi revenons d'Istanbul où nous avons assisté à un rassemblement d'étourneaux. Oui ! Je vous le dis, mes camarades, notre mouvement s'étend bien au delà de nos frontières. Nous sommes des centaines, des milliers, peut être même des millions à travers le monde !
La foule frissonna, Lyra avec elle. Louise captivait son auditoire par son éloquence et son charisme. Ses mots étaient mesurés, clairs, et résonnaient sous le plafond bas de la pièce. Chacun présent buvait ses paroles. Lyra retenait sa respiration, attendant les prochains mots de Louise qui continua.
- On nous rapporte des actions perpétrées en Orient, en Occident. On nous rapporte des rebellions dans le Nord robuste mais aussi dans le Sud. Dans mon propre pays, des personnes s'organisent. Oh, le Magisterium tente de nous arrêter, oui il essaye ! Il nous espionne, nous emprisonne, nous prive de sommeil, de nourriture, d'eau. Il nous torture, il nous mutile, il nous tue. Mais ce qu'il ignore, c'est que nous ne sommes pas des oisillons isolés et fragiles, non ! Nous sommes une nuée gigantesque, qui grossit de jour en jour, prête à ruiner ces champs où il sème ses mensonges et sa terreur. Oh ils peuvent essayer de nous briser, nous nous relèverons toujours plus nombreux et plus forts. Car notre cause est noble et juste ! Pour la liberté de pensée et de vivre !
La foule acclamait chaque mot, galvanisée.
- Pour Tobias ! tonna Louise en brandissant le poing.
De nouveau, la foule criait.
- Pour Anita, Katarin, Martin et tous les camarades tombés !
La masse brandissait des poings, frappait dans ses mains, criait justice et vengeance. Lyra en avait les larmes aux yeux. Cette énergie puissante qui se propageait entre ces murs faisait vibrer tous ses membres. Louise reprenait son souffle et leva la main pour demander un peu de calme.
- Mes amis... continua t-elle d'une voix plus posée, Tomas et moi avons fait une rencontre qui confirme tout ce qui se raconte depuis ces dernières années.
Elle sonda la foule du regard. Ses yeux se posèrent sur Lyra et ne la quittèrent plus. La jeune femme tressailli. Elle secoua la tête, les sourcils froncés. Qu'avait Louise en tête ?
- Nous avons la confirmation que le Magisterium agonise dans certains endroits, qu'il est diminué, qu'il a peur ... nous avons la confirmation que l'Autorité est bel et bien morte !
L'assemblée fut traversée par une vague de murmure. Louise, les yeux toujours rivés sur une Lyra pétrifiée, prit une longue inspiration :
- Je ne peux vous exprimer l'honneur et la joie profonde qui s'agitent en moi à cet instant ! Oh mes amis, si vous saviez ... parmi nous, aujourd'hui, dans cette même salle, nous avons le privilège d'av...
Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'une violente explosion fit voler en éclat les caisses sur lesquelles elle se trouvait. Une nouvelle détonation plus loin et des cris se succédèrent. La foule s'agitait, Lyra cherchait du regard Pantalaimon. Une troisième explosion. Elle sentit un choc violent contre le haut de son front et s'écroula.
