Une nouvelle prophétie embarque nos héros sur la piste de la Clé de l'Eau. Le monde Disney n'est pas inconnu à Sora... mais promet d'être plus noir que lors de sa précédente visite.
Comme à leur habitude, les quatre porteurs de keyblade s'étaient retrouvés ce matin-là à la table du petit déjeuner. Sora n'était pas peu fier de lui : depuis qu'il avait parlé à Hayate, sur les conseils d'Iwako, la jeune femme semblait avoir retrouvé son rythme normal de sommeil, ainsi que la plupart de ses interactions sociales. Peut-être même, songeait le jeune homme en la regardant parler de tout et de rien avec sa meilleure amie, qu'il avait été un peu trop efficace: Hayate semblait avoir totalement mis le Livre des Prophéties de côté. Résultat des courses : personne ne savait par où commencer la Quête des Souvenirs. Ce fut Riku qui le premier, après avoir observé du coin de l'œil les deux jeunes femmes d'un air indifférent, finit par lâcher en se servant une tasse de café :
« Hayate ? Tu as fini ta traduction ? »
La jeune femme tourna vers le jeune Maître de la keyblade des yeux bleu ciel sincèrement surpris.
« Ma traduction ? »
« Le mot, continua simplement Riku. Celui qui t'empêche de traduire ce poème... »
Reprenant son air sérieux habituel, Hayate se cala sur sa chaise en se massant une tempe.
« Je n'ai toujours pas réussi non », avoua-t-elle sans hésitation mais avec lassitude.
« Tu veux que je t'aide aujourd'hui ? » Proposa diligemment Riku.
Iwako lança un regard complice à Sora qui, à son tour, questionna Hayate du regard. Mais la jeune femme paraissait perdue dans ses pensées, honteuse quant à sa récente procrastination. Pour détourner l'attention, ce fut Sora qui lança donc:
« Et si c'était moi qui vous aidait aujourd'hui ? »
Riku ferma les yeux pour finir de siroter sa tasse de caféine avant de la reposer lentement sur sa coupole et de se moquer :
« Toi ? »
« Je sais, admit le jeune homme en soupirant, que je ne suis pas aussi intelligent que vous deux. Mais on sait jamais... un cerveau de plus vaut mieux que rien du tout ! »
Riku parut hésiter, cependant Hayate sourit gentiment à Sora et décida :
« C'est une bonne idée. Un esprit neuf saura peut-être trouver une alternative inattendue à notre dilemme... »
« C'est ce que je voulais dire... » dit Sora en se grattant la nuque, honteux de son langage basique.
« Bon, conclut Iwako en se levant gracilement pour débarrasser la table. Comme cela ne sert à rien que je propose mon aide, je vais faire la vaisselle. Mais je suis sûre que Sora va résoudre votre problème : il fait toujours des choses inattendues. C'est l'Elu, après tout ! »
Iwako avait dit ces mots sur le ton de la dérision, pourtant Hayate tourna lentement vers elle un visage médusé, presque choqué. Devant les yeux exorbités de sa meilleure amie, la magicienne parut mal à l'aise et demanda :
« Quoi ?...qu'est-ce que j'ai dit ? »
« ...l'Elu... » chuchota Hayate comme possédée.
Rapide comme l'éclair, la jeune femme sauta par-dessus le canapé du salon et ramena le Livre des Prophéties, qu'elle jeta pratiquement en travers des assiettes sales pour commencer à le parcourir du doigt, semblant de toute évidence chercher un passage en particulier. Quand ses yeux bleu céleste se figèrent dans leur lecture, ils se mirent à briller d'une soudaine passion et elle s'exclama :
« Mais bien sûr ! Si on traduit le mot par « Elu », toute la phrase prend un sens ! »
« Tu as réussi à traduire ? » S'étonna Riku.
« Oui, affirma Hayate. Peut-être que quelques mots ne sont pas exacts, mais voici la meilleure traduction actuelle :
Accompagné de l'Exilée alors l'Elu,
Pour retrouver l'étrange réceptacle,
Dans sa quête se lancera à cœur perdu,
Et bravera tous les obstacles.
Dans le monde toujours empli de brume,
Jusqu'au Pays où demeurent les Morts,
Il naviguera sur la sombre écume,
En suivant l'Etoile du Nord.
Hayate redressa triomphalement la tête, tandis que Riku s'était plongé dans une intense réflexion interne. Sora et Iwako se regardèrent, perdus, et ce fut la magicienne qui se lança à dire tout haut ce que l'adolescent pensait tout bas :
« Et c'est... sensé nous dire où commencer ? C'est très vague, non ? »
« C'est sans aucun doute la description d'un monde, expliqua Riku en fixant un hublot étoilé du vaisseau gummi. Mais lequel ? »
« Sora ? appela Hayate. Est-ce que « le monde toujours empli de brume » ou « le pays où demeurent les morts » te dit quelque chose ? »
L'Elu se prit le menton et réfléchit intensément : son premier réflexe aurait été de penser aux Enfers, domaine de Hadès au Colisée de l'Olympe. Il y avait tout le temps une espèce de brouillard là-bas et les morts y vivaient sous la garde du dieu. Mais cela n'allait pas avec « la sombre écume » et le fait de « naviguer » en suivant une étoile. Le Pays Imaginaire s'atteignait en suivant une étoile, mais nulle trace de morts ou de brume chez Peter Pan... Finalement, ce fut le verbe « naviguer » qui orienta Sora vers la réponse : des morts, de la brume, des navires...
« Je sais ! » hurla soudain le capitaine du vaisseau en partant en courant vers le cockpit.
Ses trois compagnons sur les talons, l'Elu s'empressa de rentrer des coordonnées dans le tableau de bord avant de se tourner, amusé, vers ses amis et de lâcher mystérieusement :
« Les filles ? Ça vous avait plu les histoires de pirates ? »
...
Le rayon de téléportation ne les matérialisa pas sur les murailles de Port Royal, comme Sora s'y attendait. Contre toute attente, le petit groupe de porteurs avait atterri sur une embarcation asiatique. Une jonque, sans doute. Fasciné par le paysage qui s'offrait à lui, Sora courut jusqu'à la balustrade et se pencha par-dessus bord : il faisait nuit noire, cependant les étoiles brillaient d'un éclat envoûtant et glacial, se reflétant, tel un miroir exact, sur la surface huileuse de l'océan sous leur navire. Perdu dans la contemplation de cette mer d'astres étincelants, Sora sursauta lorsqu'une voix cassée de femme retentit dans son dos :
« L'océan est magnifique, n'est-ce pas ? »
L'Elu fit volte-face et dévisagea, non sans peur, l'étrange inconnue devant lui : elle possédait tous les traits d'une sorcière. Vêtue de peaux et de vêtements déchirés, les cheveux noirs et crépus, sa peau sombre avait été tailladée au niveau de joues et du menton. Elle lui souriait étrangement, de toutes ses dents noires de salissure.
« Mais c'est Sora ?! »
Un jeune homme d'une vingtaine d'années s'était précipité à sa rencontre, suivi d'une belle jeune femme blonde, habillée en pirate : Will Turner et Elisabeth Swan. Sora soupira d'aise en reconnaissant ses anciens compagnons, ravi d'échapper au regard oblique de la sorcière.
« Tia Dalma ? appela Will en direction de la sombre femme. C'était Sora et ses compagnons que tu avais senti arriver il y a une heure ? »
« Possible... » répondit-elle mystérieusement avant de s'éloigner sans un bruit sur le pont.
« Excusez-la, lâcha William avec un sourire gêné, elle n'est pas très sociable... mais elle a des talents incroyables et elle est de notre côté. »
Sans crier gare, Elisabeth sauta dans les bras de Sora en s'exclamant :
« Oh ça fait tellement plaisir de te revoir ! Tu vas bien ? Ça fait déjà deux ans non ? Qu'est-ce que tu as grandi ! »
L'adolescent se contenta de lui sourire en guise de réponse avant de déclarer :
« Ça fait plaisir de vous revoir aussi ! Et voici mes amis, Riku, Iwako et Hayate. Mais... où est Jack ? »
Les deux amants s'échangèrent un regard gêné avant que Will ne commence :
« Il... il s'est passé beaucoup de choses pendant ton absence... J'ai retrouvé mon père, prisonnier d'un bateau maudit et dont le capitaine, Davy Jones, avait des comptes à régler avec Jack...»
Elisabeth baissa la tête, attristée, avant que Will ne continue :
« Il n'est pas...mort. Mais il est dans un autre monde... et nous sommes partis à sa recherche. »
« Un autre monde ? » répéta Sora perplexe en jetant un coup d'œil à ses compagnons.
La sorcière, réapparue de nulle part, le fit encore sursauter lorsqu'elle lâcha de sa voix brisée :
« Jack a été puni corps et âme. Condamné à errer pour l'éternité dans ce que l'on nomme l'Antre de Davy Jones. C'est un lieu au-delà du monde des vivants, au-delà du bout du monde... »
« ...au-delà du monde des vivants ? » répéta encore l'Elu de la Keyblade.
« Dans le monde toujours empli de brume, se mit à réciter Hayate par cœur d'une voix mystérieuse. Jusqu'au Pays où demeurent les Morts. Il naviguera sur la sombre écume, En suivant l'Etoile du Nord. »
« C'est ça ! s'exclama Elisabeth abasourdie en dévisageant la jeune femme aux cheveux roses avec curiosité. Vous savez alors pour l'Etoile ? Vous savez comment vous y rendre ? »
« Pas vraiment, admit Sora en se grattant la nuque, mais je crois que l'objet que l'on cherche s'y trouve aussi... mais j'ignore comment on s'y rend. »
« Croyez-moi, ce n'est pas dur d'aller dans l'au-delà, c'est d'en revenir ! »
Sora fit volte-face et son cœur s'arrêta net devant le fantôme d'un ancien capitaine pirate à la barbe sale et broussailleuse.
« Barbossa ?! S'étrangla l'Elu en sortant sa keyblade par réflexe. Mais tu n'es pas... ? »
« Mort ? ricana le boucanier. Si, je l'étais. Mais l'ensorcelante Tia Dalma, ici présente, m'a ramené à la vie, en échange de mon aide dans le sauvetage de Jack... aider mon meurtrier n'était pas vraiment une idée réjouissante, mais c'est toujours mieux que de rester mort, non?»
Sora ne savait pas ce qui le choquait le plus : que Barbossa soit de retour ou que Tia Dalma ait le pouvoir de ressusciter les morts ?
« Qu'est-ce qui nous dit que vous n'allez pas essayer de le tuer une fois que vous l'aurez retrouvé ? » lâcha sèchement Riku, bras croisés, en le toisant de ses yeux turquoise brillant.
« Rien du tout, admit Barbossa le sourire toujours aux lèvres. Mais j'ai besoin de lui, malheureusement... car il possède une des neuf Pièces de 8 et il doit participer à la cérémonie. »
Sora se tourna vers ses camarades, mais ils paraissaient tous aussi perdus que lui. Barbossa continua donc en boitant en direction du gouvernail :
« La piraterie est menacée. Les Anglais ont pris le contrôle des mers. Ils massacrent nos confrères et pendent toute personne soupçonnée de piraterie. Il n'y a qu'une solution : il faut que les neuf Seigneurs des Pirates se réunissent et se battent, ensemble, contre l'ennemi. Pour cela, il nous faut rassembler tous les Seigneurs à la Baie des Naufragés, un lieu secret et imprenable... mais Jack est l'un d'eux, ce qui complique notre affaire... »
Il avait pris un ton sérieux pour leur expliquer la situation. Et pour la première fois, en le regardant à la lueur froide des constellations, fixant l'horizon de son œil fier et faisant glisser d'un geste sûr le gouvernail sous ses mains rugueuses, Sora lui trouva tout le panache d'un Seigneur Pirate. Il avait sans aucun doute plus de prestance que Jack Sparrow n'en aurait jamais. Prenant le risque de le croire, l'Elu de la Keyblade fit disparaître son arme de légende dans une gerbe d'étincelles et lança :
« Alors on va vous aider. Nous sommes à la recherche d'un objet, et un poème nous a dit d'aller au pays où vivent les morts pour le trouver. »
« Un poème ? » se moqua Barbossa.
« Une prophétie, clarifia Hayate. Nous sommes à la recherche de nos souvenirs. Et un «réceptacle » pourrait nous en apprendre d'avantage. C'est très obscur, je vous l'accorde, mais c'est tout ce que nous possédons pour l'instant. »
« Quel verbe ! s'exclama théâtralement Barbossa. Je t'engage, même si tu n'es pas très avenante... Ton amie en revanche, peut partager mon humble cabine, si tel est son bon plaisir... »
Tandis que Sora et Riku se lançaient des regards choqués, Iwako, le visage outré, retira l'un de ses gants pour gifler le pirate en plein visage avec celui-ci.
« Ce sera donc la cale tant pis, soupira le capitaine. Monsieur Turner ! Montrez à ces deux-là comment se repérer dans les cordages ! Ils m'ont l'air un peu plus éveillés que les autres.»
Il parlait de Riku et Hayate, que Will s'empressa d'emmener avec lui. Hayate, qui semblait vexée des commentaires de Barbossa, lui lança un regard acéré avant de sauter, l'air de rien, quatre mètres au-dessus d'eux, pour aller se fourrer dans le nid de pie. Riku l'accompagna dans son bond de géant et Will, resté seul sur le pont, gémit alors :
« Hé attendez-moi ! »
Sora leva la tête et observa Riku rejoindre Hayate. Il ne put s'empêcher, l'espace d'un instant, de lui envier sa place auprès de la défenseuse.
« Il me semble que tu savais tirer au canon moussaillon ? » fit Barbossa en lançant un clin d'œil à Sora.
« Et comment, se réjouit malgré sa méfiance l'adolescent, qui adorait les batailles navales. J'y vais de ce pas, mon capitaine.»
« Et emmène ta charmante amie avec toi, reprit Barbossa. Elle a l'air un peu faiblarde, mais Mlle Swan lui trouvera sûrement quelque chose à faire... »
Une fois hors de portée des oreilles indiscrètes, soit à l'autre bout du navire, Iwako perdit tout son calme de façade et explosa :
« Quel mufle ! Si nous n'étions pas coincés au beau milieu de l'océan sur le seul bateau à des kilomètres à la ronde, j'aurai refusé tout net qu'on s'acoquine avec ce...ce pirate pouilleux ! Et je ne parle pas seulement pour moi : il a quand même dit à Haya qu'elle n'était pas belle. Je ne sais pas comment elle a fait pour ne pas réagir ! »
« C'est ça qu'il a dit ?! » s'insurgea Sora qui n'avait initialement pas compris, soudain outré du comportement de Barbossa.
« Il n'est pas le meilleur allié qu'on puisse avoir, admit Elisabeth, mais c'est tout ce qu'on a pour l'instant. Et il est l'un des neuf Seigneurs, on n'a pas le choix. Mais croyez-moi : pour avoir fréquenté Zao Feng, Barbossa est un pirate raffiné avec les femmes...»
« Hmmm... fit Iwako peu convaincue en croisant les bras sous sa poitrine. Me voilà rassurée. »
« Je me demandais, reprit Elisabeth sur un ton plus jovial, où sont passés Donald et Dingo?»
« Ils avaient une autre mission dans un endroit lointain, expliqua Iwako, alors notre Maître nous a envoyées avec Sora. »
« Donc il y a d'autres personnes capables de manier les keyblades ? » Comprit la jeune femme blonde intriguée.
Sora n'écoutait qu'à moitié la conversation. La mer et l'océan l'avait toujours attiré. Or l'endroit où ils se trouvaient à présent semblait hors du temps et de l'espace : le fait que le ciel se confonde totalement avec l'eau en-dessous d'eux le fascinait. Il laissa son regard errer sur les flots sous le parapet, se penchant par-dessus bord, comme hypnotisé par le clapotis régulier des vagues. Dans son état second, il perçut soudain une chanson s'élever dans l'air nocturne. Il tendit l'oreille. Un air lent et grave chantait ces paroles :
Le roi et ses pairs
Ont enfermé la reine,
A bord d'un bateau de plomb.
Nous naviguerons, et par ses pouvoirs,
Moi et mes frères vogueront.
Yo ho sur l'heure,
Hissons nos couleurs,
Hissez haut, l'âme des pirates,
Jamais ne mourra.
Il y a les morts il y a les vivants,
On ne peut fuir le temps.
Grâce à la clé de la cage,
Il faut payer le diable
et piller le levant.
Les Morts ne peuvent pas
Faire voile vers les mystères
Du funeste océan.
Et soyons forts,
Et rentrons au port...
Yo ho.
Sora frissonna lorsque son regard croisa celui de Tia Dalma : la sorcière se tenait, droite et fière, sur la figure de proue, tel un étrange rapace nocturne.
« Quelle est cette chanson ? » Lança Iwako à la volée, ôtant les mots de la bouche à Sora.
« C'est une simple chanson de pirates, expliqua Elisabeth. Beaucoup la chantent en naviguant, ou juste avant d'être pendus. »
« Non... fit Iwako dans un souffle. Il y a de la magie dans ce chant... »
« Et ça parle d'une clé ! se souvint Sora, fier de son cerveau en cet instant. Iwa tu te souviens de ce qu'a dit Enna Kros ? Il faut qu'on trouve les quatre clés des éléments! »
« Vous cherchez la Clé de l'Eau n'est-ce pas ? »
La voix caverneuse de Tia Dalma glaça le sang de Sora: le ton qu'elle avait employé ressemblait à une mise en garde ou une accusation, plus qu'à une vraie question.
« Vous... tenta Iwako estomaquée. Vous sauriez où elle se trouve ? »
« La Clé devrait être là où repose le Coffre... » chuchota mystérieusement la femme en passant devant eux, avant de disparaître dans les sombres escaliers de la cale.
« Qui est-elle exactement ? » demanda Iwako, intriguée, à Elisabeth.
« Personne ne le sait... admit la jeune femme. Mais on raconte qu'elle a été torturée... d'où les marques, sur son visage. »
Iwako et Sora, déjà effrayés par les révélations d'Elisabeth, ne purent s'empêcher de se lancer un regard attristé lorsque Hayate, sans crier gare, sauta devant eux pour les rejoindre: bien que personne n'en parlât jamais, le souvenir de ce qu'il était arrivé à la défenseuse à Corona était encore bien vivace dans leurs esprits. Ignorant tout du sujet de leur conversation avec Elisabeth néanmoins, Hayate leur lança sur un ton sérieux:
« Cette femme, Tia Dalma, elle nous cache quelque chose. Je me méfie plus d'elle que de Barbossa, pour tout vous dire. »
La jeune femme avait pris son air grave et fixa Sora de ses yeux d'acier en ajoutant :
« Je vais la surveiller de près. Mais restez sur vos gardes.»
Riku, tel un faucon fondant sur sa proie, atterrit brusquement aux côtés de Hayate et compléta:
« Je suis d'accord avec Hayate. Mais selon moi, aucune personne sur ce navire n'est vraiment honnête... Les seuls sur qui nous pouvons réellement compter, ce sont nous quatre, souvenez-vous en. »
« Riku ? S'étonna Sora. Tu fais enfin confiance à Iwako et Hayate alors ? »
« Il me semble qu'elles ont prouvé leur valeur lors de nos précédents périples... » répondit le jeune homme de manière détournée.
Hayate ouvrit la bouche, prête à lancer une pique à Riku, mais elle n'en eut pas le temps : du haut du nid de pie, Will se mit à crier :
« Barbossa ! La boussole s'affole ! Et je ne vois plus l'Etoile du Nord ! »
« Parfait ! S'extasia contre toute attente le capitaine toujours à sa barre. Nous nous sommes enfin perdus ! »
« Quoi ? » paniquèrent Elisabeth et Iwako.
« Oui, expliqua Barbossa avec un rictus satisfait. Car il faut se perdre pour trouver ce qui est introuvable ! »
« Barbossaaaa ! Hurla encore Will au-dessus d'eux. Barre à Bâbord, toute ! »
« Monsieur Turner, s'irrita Barbossa. Ce n'est pas vous, le capitaine, ici. »
« Mais regardez devant vous ! »
Sora se tourna vers ce qui aurait dû être l'horizon mais à la place... il n'y trouva que du vide. L'océan semblait s'y arrêter soudainement, se déversant sous la forme d'une gigantesque cascade dans le néant infini.
Le bout du monde, comprit-il, ils y étaient arrivés.
« Accrochez-vous bien marins d'eau douce! les prévint leur capitaine, hilare. Ça risque de secouer un peu ! »
« Vous êtes un grand malade ! » l'insulta Iwako tandis que Will descendait quatre à quatre de son perchoir pour venir encorder les quatre porteurs de Keyblades.
« Attends de rencontrer Jack ...», plaisanta Sora en se laissant attacher au mât.
« Si on ne meurt pas avant... » lâcha Riku du ton le plus impassible du monde.
« Riku, soupira Hayate en voyant sa meilleure amie, fixée au mât, au bord de la syncope. Laisse-moi te complimenter pour ton puissant manque de tact... Vraiment bravo.»
Dans les secondes qui suivirent cet échange stupide et qui aurait très bien pu être leur dernier, Sora entendit dans un premier temps les cris des filles, puis, dans un deuxième temps, il vit les cheveux d'Iwako, attachée à ses côtés, se mettre à voler en tous sens autour de lui, tels des serpents fuyants un danger imminent. Enfin, il sentit son estomac remonter rapidement vers son cœur, signe qu'ils étaient en pleine chute libre.
Puis ce fut le noir absolu.
...
Sora s'extirpait tant bien que mal d'un filet poisseux tout en tentant de sortir de l'eau afin de rejoindre la rive proche. Bien que leur embarcation eût été réduite à l'état de brindilles, ils avaient tous miraculeusement survécu. Se débarrassant d'une dernière touffe d'algues coincées dans ses cheveux en pics, le jeune homme se redressa pour observer avec curiosité à quoi pouvait ressembler « le bout du monde » et « l'antre de Davy Jones ». Il s'attendait à voir un royaume de cauchemars, aussi fut-il étrangement déçu de se retrouver sur une simple plage devant une immense colline de sable chaud, signe annonciateur d'un gigantesque désert. Il rejoignit ses compagnons, déjà tous autour de Barbossa.
« Et maintenant ? » S'impatientait Riku détrempé tandis qu'Iwako tentait d'essorer ses longs cheveux en lui lançant un regard mauvais.
« Aucune idée », admit le capitaine, souriant de toutes ses dents cariées.
« Rah les pirates... » soupira seulement Hayate en se détournant de lui.
« Ne vous en faites pas, les rassura Tia Dalma en surgissant de nul part, le plaisant Jack est proche. Mes petits me l'ont dit... »
Reculant de surprise, Sora constata alors la présence de dizaines de petits crabes en train de se faufiler incognito sous les jupes de la sorcière... pour y disparaître. Le jeune homme ne put s'empêcher de pincer son nez de dégoût : il ne tenait plus du tout à savoir ce qu'était réellement cette femme...
« Tiens, ironisa Iwako dans son dos, on a trouvé plus sale que toi Sora. »
« Hey ! » Se vexa l'Elu clairement choqué qu'elle se permette de le comparer à...ça.
« Regardez ! » S'écria soudain Elisabeth en montrant quelque chose du doigt.
Du haut d'une dune, cachant momentanément le pâle soleil de ce lieu maudit, l'ombre d'un bâtiment noirâtre naviguait sur le sable, comme s'il s'agissait de vagues houleuses, en leur direction. Sora aurait reconnu ce bateau entre mille...
« Le Black Pearl ! » S'exclama Will.
« Pour ce que l'on désire le plus... intervint sans crier gare Tia Dalma en fixant le jeune homme. Il y a un prix, qu'il faut bien payer un jour... »
Après avoir énoncé cette mystérieuse phrase, la sorcière observa intensément Sora, puis Iwako, avant de se diriger vers la plage. L'Elu échangea un regard perturbé avec la magicienne, qui paraissait aussi perdue que lui.
Derrière le groupe, le navire était retourné à la mer et une fine silhouette se jeta à terre. La compagnie hétéroclite se rua vers elle et l'Elu de la Keyblade sourit en reconnaissant les cheveux sales retenus par un bandeau rougeâtre, la barbichette perlée et les yeux soulignés de noir du capitaine Jack Sparrow.
« Jack ! » S'écria Elisabeth en voulant se jeter dans ses bras, sous le regard jaloux de Will.
Contre toute attente, Jack évita la jeune femme dans un étrange mouvement de danse et lâcha :
« Oh non ma belle ! Je ne me ferai pas avoir une seconde fois ! »
Elisabeth perdit alors toutes ses couleurs et baissa la tête, honteuse.
« Quoi ? S'étonna Will. Qu'est-ce qu'il s'est passé durant la bataille avec Davy Jones ?! »
« Et toi ne fais pas ton innocent... le menaça de l'index Jack. Je sais la vérité... »
Il fit un tour de tous les personnages présent, plissant ses yeux de manière étrange, comme s'il était en train de se réveiller, avant de lancer :
« Mlle Swan... c'est elle qui m'a lancé dans la bouche de cette horrible monstre puant ! Pourquoi est-elle là ? Mauvaise conscience ? Et Turner... c'est le Pearl qui t'intéresse? Ce vieux poulpe te l'a demandé en échange de la liberté de ton paternel, c'est ça ? Oh ! Tia Dalma ! Toi je ne sais pas vraiment ce que tu fais là... mais de voir Barbossa à tes côtés ne me donne pas vraiment confiance... Tu es venu te venger de mon coup d'épée, Hector? »
« A l'occasion... avoua Barbossa en sortant un immonde œil de verre de sa poche. Est-ce que ça te dit quelque chose, Jack ? »
« Je le savais ! Se plaignit contre toute attente Sparrow. Aucun de vous n'est là parce que je lui manquais ! »
« Jack ! S'exclama alors Sora en venant à lui. Content de voir que tu n'as pas changé ! »
Le pirate regarda l'Elu de bas en haut, puis jeta un coup d'œil à Riku, Hayate et Iwako avant de murmurer :
« Ils se multiplient ma parole... »
« Jack ? S'inquiéta Sora. Tu te souviens de moi j'espère ? Tu sais, l'Ile de la Muerta, il y a deux ans bientôt ? »
« Mais oui c'est Dora ! S'écria Jack en ouvrant les bras. Où sont passés ton chien et ton canard ? »
« Mon nom c'est Sora, soupira le jeune homme. Et Donald et Dingo sont partis en mission. Avec mes amis on cherche quelque chose dans ces mers, mais quand Will nous a expliqué la situation, on a décidé de venir t'aider. »
« Enfin une âme charitable ! Explosa Jack en lui tapotant la tête comme à un gosse. Toi je te crois moussaillon... Tu as le droit de monter sur mon bateau ! »
« Aurais-tu déjà oublié Jack... intervint Barbossa d'une voix mielleuse. Que le Pearl est MON bateau ? »
« Ah bon ? Minauda Jack en posant la main sur le manche de son sabre. C'est étrange... je ne me rappelle pas t'avoir vu passer un accord avec Davy Jones pourtant ? Qui était-ce déjà... Ah oui ! C'était moi. »
« Tu as raison, admit Barbossa en se caressant la barbe. Tout compte fait, garde-le. Une malédiction m'a déjà suffi. »
« Ah oui tiens ! Se souvint Jack. Si je te pousse sous un clair de lune, est-ce que tu ressembles toujours à un vieux tas d'os ? »
« Non, se réjouit Barbossa en croquant à pleines dents dans une pomme juteuse. Tia Dalma a fait des miracles... »
« Toujours aussi macabre... » commenta Jack en dévisageant la sorcière qui lui souriait de ses dents noires.
« Désolé d'interrompre ces charmantes retrouvailles, intervint Riku, mais est-ce que quelqu'un sait comment sortir d'ici ? »
« Il nous faut attendre le lever du jour, expliqua Barbossa en se dirigeant vers le Black Pearl. Lorsque nous verrons un rayon vert traverser l'aurore, alors nous serons sur le chemin du retour. »
« Alors qu'est-ce qu'on attend ! » S'impatienta Sora en sautant contre la coque du Black Pearl pour commencer à grimper.
Le monde des morts est plus facile à atteindre qu'à quitter... que vont découvrir nos héros sur leur retour vers le monde des vivants?
