Après toutes sortes d'émotions concernant le trailer de l'opening de ce weekend, Npseris et Lirae vous proposent cette semaine un chapitre pleins de rebondissements! Nos héros se retrouvent mêlés à l'intrigue de Pirates des Caraïbes 3: actuellement perdus dans le monde des morts, qui vont-ils y rencontrer?

Dans l'au-delà, il n'y avait pas de vent. Mais un mystérieux courant avait emporté le Black Pearl loin de la mer de sable où avait erré Jack durant des mois. Au bout de quelques heures de navigation et de calme plat, la nuit était tombée et l'équipage, trop conscient de la bizarrerie de ce monde pour dormir, errait sur le pont, attendant l'aube avec impatience. Sora se baladait vers la poupe, en compagnie de Hayate, Iwako et Riku, lorsque la magicienne se stoppa net et fixa quelque chose devant eux. Sora suivit son regard et ne fut qu'à moitié étonné de reconnaître la figure sombre de Tia Dalma, observant quelque chose dans la noirceur des eaux de cet océan maudit.

« Cette femme... chuchota Iwako en frissonnant. Je ne sais pas si vous la sentez aussi... l'aura magique qu'elle dégage. »

« C'est déroutant, admit Hayate à voix basse. Je n'arrive pas à la cerner... d'habitude, lorsque je rencontre quelqu'un, je sais tout de suite si ses intentions sont bonnes, ou mauvaises. Mais avec cette femme... je ne sais pas quoi penser. »

"Elle n'est pas une créature des ténèbres, commenta Riku en fronçant les sourcils. Mais je ne sens rien de lumineux émaner d'elle non plus… C'est comme si elle était un être totalement neutre…"

Sora, intrigué par la chose que la sorcière fixait comme ça, décida de courageusement briser la glace et d'aller vers elle. Quand il fut assez proche, il vit qu'elle tenait fermement un médaillon dans son poing et qu'elle regardait, mélancolique, l'eau en-dessous d'elle. Le jeune homme se permit de jeter aussi un coup d'œil par-dessus bord et son sang se glaça instantanément dans ses veines : frôlant leur navire, tels de morbides algues, des corps flottaient à la surface de l'eau. Leur aspect laiteux et translucide lui faisait penser à des spectres...

« Dans le Pays où demeurent les Morts... » récita Hayate, solennelle, tandis qu'Iwako se tenait cachée derrière sa meilleure amie.

« Ils devraient être au soin de Davy Jones, commença Tia Dalma d'une voix rauque d'émotions. C'est là la charge qui lui a été confiée en échange de l'immortalité... Par la déesse, Calypso. Transporter ceux qui sont morts en mer, de l'autre côté. En échange, tous les dix ans, il pouvait revenir sur Terre, afin de revoir celle qu'il aime... de tout son cœur... »

La femme fit une pause et ouvrit lentement ses doigts, permettant à Sora d'apercevoir une petite boîte à musique en forme de cœur, qui chantait une triste comptine. Il se demanda soudain quelle était vraiment l'histoire de Tia Dalma... et quel lien l'unissait à Davy Jones.

« Mais cet homme est devenu un monstre, reprit la sorcière en refermant d'un claquement sec son médaillon. Le jour où il s'est arraché le cœur, et l'a placé dans une boîte. »

« Pourquoi faire une chose pareille ?! » S'étonna Iwako.

« Pour cesser d'aimer », expliqua Tia Dalma en se tournant vers les porteurs.

« Cet amour devait être douloureux dans ce cas…" commenta Hayate, compréhensive tout en baissant le regard.

« Il est donc devenu un monstre... répéta Sora pensif. Ou alors... un Simili ? Un être sans émotions. »

Un bruit de vagues sortit le jeune homme de sa méditation. À l'arrière du bateau, des dizaines non... des centaines de petites barques, éclairées par de faibles lanternes, étaient en train de dépasser leur embarcation.

« Ce sont tous ceux qui sont morts en mer... expliqua Tia Dalma. Certains trouvent leur chemin vers l'au-delà. Mais les autres... sans l'aide de Davy Jones, ils errent dans ce monde, pour l'éternité... »

Sora tourna sa tête vers l'horizon obscur et commença à scruter les visages pâles et sans émotions éclairés par la lueur froide des lampes. Secrètement, il y cherchait quelqu'un...son père... Cependant, ce qu'il espérait par-dessus tout, c'était bien de ne pas voir son visage parmi eux. Contre toute attente, ce fut Elisabeth, sur le pont, qui se mit à crier :

« Père ? Père ! »

Sora se pencha par-dessus la rambarde et aperçut un homme, portant une perruque, qui semblait se réveiller d'un long rêve. Du bout des lèvres, en regardant la jeune femme qui lui faisait signe depuis leur navire, il demanda :

« Elisabeth ? Tu es morte ? »

« Non ! Cria la jeune femme dont les larmes lui montaient aux yeux. Papa, viens ! Viens vers moi ! »

« Je crois que je suis mort...admit tristement le fantôme en baissant la tête. C'est si difficile de se souvenir... il y avait ce coffre... sur le moment, ça m'a paru important... j'ai appris que si tu embroches le cœur, le tien doit prendre sa place. Et tu vogueras à jamais sur les flots. Le Hollandais Volant doit avoir un capitaine... mais c'est idiot de mourir pour ça, je m'en aperçois maintenant. »

Tia Dalma s'était approchée de Will, qui retenait Elisabeth, l'empêchant de sauter à l'eau. Elle le fixa intensément avant que la jeune femme ne se mette à se débattre en hurlant :

« Papa ! je t'en prie ! Prends ma main ! Reste, ne pars pas ! »

Sora, devant cette scène tragique, ne put s'empêcher de se comparer à Elisabeth et, sentant une boule d'émotions lui remonter du ventre jusqu'à la gorge, des larmes se mirent à perler aux coins de ses yeux bleu océan. A sa place, il aurait déjà plongé pour rejoindre son père. Mais il savait, au fond de lui, que si elle tombait dans ces eaux, plus jamais elle ne pourrait revenir dans le monde des vivants...

« Je t'aime Elisabeth, lui dit encore le fantôme du Gouverneur Swan en disparaissant progressivement dans la brume. Je suis si fier de toi... »

« Noooon... gémit encore une fois la jeune femme en se laissant glisser contre la balustrade du Black Pearl. C'est pas vrai, non... »

Tandis que Will prenait sa fiancée dans ses bras pour apaiser ses sanglots, Sora renifla bruyamment en se frottant les yeux contre son avant-bras, tentant de camoufler ses propres pleurs. Il sentit bientôt une main chaleureuse se poser sur son épaule et il tourna la tête : Hayate le regardait de ses yeux bleu ciel brillant. Il eut, l'espace d'un instant, l'envie de se jeter dans ses bras et de se blottir contre elle. Mais il se retint : Hayate lui avait jadis conseillé de ne pas retenir ses larmes, et c'est ce qu'il faisait à présent. Cependant, il ne voulait pas que la jeune femme le considère comme quelqu'un de vulnérable. S'il s'écroulait émotionnellement à chaque scène douloureuse lors de leurs voyages, il finirait par avoir honte de se présenter devant la défenseuse, toujours si forte.

Pour lui faire silencieusement comprendre qu'il allait bien, il lui sourit en chassant la dernière larme au coin de son œil. Elle lui fit un signe de tête complice avant de rejoindre Iwako, qui parlait gentiment à Elisabeth, afin d'essayer de la consoler. L'Elu sentit alors Riku s'approcher de lui.

"Tu l'as vu?" lui demanda-t-il avec inquiétude.

"Non, avoua Sora qui savait exactement à qui il faisait référence. Du coup je ne perds pas espoir."

"Oui je sais, fit Riku en souriant, le contraire m'aurait étonné."

Son meilleur ami parut hésiter, avant de reprendre:

"N'y pense plus. Tu as des gens qui sont là pour toi. Il n'est pas bon de s'accrocher aux fantômes du passé, tu sais…"

Sans un mot de plus, Riku alla rejoindre Hayate et Iwako auprès de l'équipage. Le jeune homme fixa un instant ses trois amis avant de se tourner vers le large.

''Oui, songea Sora en serrant les poings tout en levant les yeux vers le ciel d'encre, une brise salée faisant voleter ses cheveux dans l'air nocturne, je dois devenir plus fort...''

...

Enfin, après une interminable odyssée silencieuse dans la nuit froide de ce monde fantomatique, les passagers du Black Pearl aperçurent avec soulagement les premières lueurs de l'aube naissante. Sora, que la mystérieuse langueur de ce monde spectral avait comme assoupi, se sentit soudain gonflé d'espoir. Il se précipita vers Barbossa, toujours à la barre, et demanda :

« Et maintenant ? Comment on sort d'ici ? »

Le pirate ne répondit rien et se mit à fixer le ciel sans nuages, attendant quelque chose. Iwako s'approcha à son tour du capitaine et s'inquiéta :

« Que... se passerait-il si nous devions rester plus d'une journée...ici ? »

« Nous serions piégés à jamais dans l'au-delà, répondit machinalement Tia Dalma, cachée dans l'ombre d'un mât. Condamnés à errer pour l'éternité. Prisonniers, entre la vie et la mort.»

Sora déglutit de travers tandis que la magicienne perdait toutes ses rares couleurs faciales.

Après encore une interminable attente, durant laquelle tout l'équipage se mit à scruter les cieux à la recherche d'une quelconque échappatoire, Sora entendit subitement un bruit court et sec mais qu'il aurait reconnu entre mille : c'était le cliquetis d'une clé qu'on tourne dans une serrure. Et, au-dessus de leur tête, un étrange rayon vert traversa brusquement le ciel matinal, telle une étoile filante.

« Enfin... se réjouit Barbossa en ricanant. Notre porte de sortie... »

Jack Sparrow, jusque-là resté le plus loin possible de son ancien ennemi, s'avança alors et se mit à dévisager Sora comme s'il attendait de lui un discours cérémoniel. Le jeune homme, perturbé, lui rendit son regard interrogateur, en levant un sourcil brun perplexe.

« Heu moussaillon ? S'exprima enfin le pirate. Je... pense qu'il est temps d'utiliser ta clé magique, non ? »

Mais oui ! Qu'il était bête ! Se maudit intérieurement Sora en faisant apparaître la Keyblade dans sa paume tout en fermant les yeux. Bien sûr !

Que mon cœur, soit le clé qui me guide.

Ces paroles récitées dans son esprit, il rouvrit les paupières et s'étonna de voir un tout autre décor devant lui à présent : la mer calme et glaciale de l'au-delà avait été remplacée par une baie obscure et éclairée d'une étrange lueur rougeâtre. De ce côté du monde, il devait être le crépuscule. Au centre de ce lieu secret se dressait une imposante forteresse faite de divers styles de masures, construites à la hâte. Au fil des siècles, ce qui devait être un simple port de contrebandiers s'était peu à peu mué en un véritable bastion de défense : tours de garde et passerelles en bois reliaient les différentes parties de cette improbable alliance chimérique de pirates de tous horizons. Une odeur de poisson et de fumée âcre agressa les narines de Sora tandis que le Black Pearl avançait doucement en direction d'un débarcadère où des hommes allumaient des lampes à huiles qui se balançaient mollement au bout de mâts de bois bancals.

« La Baie des Naufragés, murmura Elisabeth, impressionnée. La légendaire cachette des pirates. »

Barbossa quitta enfin la barre, stoppant le navire à mi-chemin du port par la même occasion. Toute plaisanterie avait quitté son visage balafré et c'est avec une expression dure, presque effrayante, qu'il se tourna vers Tia Dalma.

« Il est temps... »

Sans crier gare, le vieux capitaine attrapa un poignet de la femme et la tira sauvagement vers la cale du bateau. Tia Dalma poussa un petit cri de surprise et tenta de se débattre, mais la poigne de Barbossa était trop puissante : d'un même réflexe, Sora, Riku, Hayate et Iwako sortirent leurs keyblades dans une gerbe d'étincelles.

« Hé camarade ! Intervint Jack en sortant lui aussi son sabre de boucanier. Depuis quand brutalises-tu les femmes ? »

« Elle et moi avons passé un marché, expliqua Barbossa après avoir attaché la sorcière avec de nombreuses cordes. En échange de ma nouvelle vie, je lui ai promis de la libérer. Mais ce n'est pas parce que nous sommes des alliés circonstanciels que je lui fais pleinement confiance... il vaut mieux qu'elle ne vienne pas au Tribunal. »

« Mais pourquoi l'attacher ? S'insurgea Iwako. Vous pourriez juste lui demander de rester sagement sur le Pearl, non ? »

« Ca me rassure de la savoir au fer, admit Barbossa en fermant la porte de la cale à double tour. Sachant les Pièces de 8 toutes rassemblées en un même endroit... »

« Mais c'est quoi ces pièces ? S'exclama alors Sora agacé. Barbossa ! Qu'est-ce que tu mijotes à la fin ?! »

« Ça... ricana le capitaine. Vous allez le savoir bien assez vite... mais hâtons-nous ! »

Bon gré mal gré, les quatre porteurs de Keyblades, Jack, Will et Elisabeth suivirent Barbossa dans un dédale de quais malodorants, d'escaliers branlants et de couloirs lugubres. Il les mena jusqu'à une grande salle de conseil, éclairée par une lumière blafarde et dont le centre était encombré d'une longue table en chêne massif. La pièce était déjà bondée : pirates à la peau hâlée, blanchâtre, aux yeux noirs ou bridés et aux habits allant du chatoyant au miteux se tenaient debout autour de la table. Seuls six personnages s'étaient autorisés à s'asseoir sur des sièges majestueux mais dépareillés, tout comme leurs occupants. Vue la richesse des bijoux d'une vieille femme asiatique et de la beauté des habits d'un homme hispanique à la moustache soignée, Sora devina qu'il était en présence de Seigneurs de la Piraterie. A l'entrée du groupe dans la pièce, toutes les conversations se turent instantanément et les têtes se tournèrent vers eux. Barbossa, nullement intimidé, ouvrit de grands bras accueillants et prit place, sans hésitation, devant le trône vide en bout de tablée. Jack, plus hésitant, alla se placer derrière le dossier d'une chaise plus petite que les autres, mais ne s'assit pas. Sora constata alors qu'il ne restait plus qu'un seul des neuf sièges, libre.

« Mes très chers collègues ! S'exclama Barbossa. Merci d'avoir répondu à mon invitation ! Comme c'est moi qui l'ai convoqué, permettez-moi de présider à ce quatrième Tribunal de la Confrérie... et afin que chacun reçoive le droit à la parole, et pour légitimer son droit à siéger à cette table, veuillez présenter vos Pièces de 8... »

Joignant le geste à la parole, le vieux capitaine plaça l'œil en verre qu'il avait toujours sur lui dans une coupole en fer que venait de lui présenter un pirate. Chaque Seigneur sortit alors de ses vêtements des objets hétéroclites, plus improbables les uns que les autres : morceaux de fourchettes brisées, pipe en bois, colliers d'os...

« C'est ça les Pièces de 8 ? » s'étonna Iwako à côté de Sora.

« Les pirates étaient ruinés lors du Premier Tribunal, expliqua Barbossa. Ils ont fait avec ce qu'ils avaient... »

Avec intérêt, Sora aperçut Jack décrocher une petite pièce de 5 cens de son bandana rouge et la jeter dans la coupole. Ainsi c'était vrai : Sparrow était bien un Seigneur des Pirates ! Cependant ce fut avec avec un franc étonnement que l'Elu de la Keyblade vit Elisabeth Swan s'approcher, en bout de table, du dernier siège sans occupant et jeter nonchalamment un bibelot dans le plat que le pirate lui présentait. Des murmures outrés s'élevèrent de toute l'assistance et, au vu des visages crispés de Barbossa et de Jack, ils ignoraient aussi tout de la véritable identité d'Elisabeth. Mais le plus choqué fut sans aucun doute son fiancé, Will.

« Elisabeth comment... ? » S'étrangla-t-il.

« Zao Feng a fait de moi un capitaine juste avant de mourir, expliqua la jeune femme, sûre d'elle. C'était à Singapour, pendant l'attaque de son repaire par les Anglais. »

« Mensonge ! Hurla la Seigneur Pirate japonaise. Tu l'as sans doute assassiné, garce ! »

Des cris de colère montèrent du public mais Barbossa frappa la table avec un crâne posé à ses côtés et demanda le calme.

« Cette femme n'est pas pirate ! S'insurgea un autre Seigneur, avec un turban. Elle est la fille d'un Gouverneur anglais ! »

« Nécessité fait loi ! Cria Barbossa agacé. Dois-je vous rappeler que les nôtres sont pendus par centaine ? Et que les Anglais auront bientôt le contrôle exclusif des mers ? Et depuis quand l'origine des Seigneurs des Pirates vous importe-t-il autant ? »

Les murmures se calmèrent et Elisabeth se permit d'intervenir, avec passion :

« Vous avez raison : j'étais proche des Anglais. Assez proche pour savoir qu'ils ont découvert votre repaire ! A l'heure qu'il est, ils doivent déjà être à nos portes. »

Certains regards intéressés se posèrent sur la jeune femme, qui reprit :

« Nous devons réagir. Nous devons entrer en guerre ! »

Là, ce fut un véritable cataclysme de cris, jurons et autres plaintes dans la salle du conseil. Tous les Seigneurs Pirates se levèrent et commencèrent à argumenter pour ou contre la proposition d'Elisabeth. Montant sur la table pour attirer l'attention, ce fut Jack qui proposa alors, au-dessus des acclamations de ses confrères :

« Tout le monde sait que les pirates ne sont pas très...doués... pour s'unir dans l'adversité. Alors je vous propose plutôt... la fuite ! »

Certains approuvèrent l'idée, mais le Seigneur Espagnol s'irrita :

« Toujours aussi lâche, Jack. Mais pourquoi fuir ou nous battre ? La Baie des Naufragés n'a encore jamais été prise ! Restons-là et attendons qu'ils se fatiguent à essayer de percer nos défenses ! Nous avons des canons, et des navires ici. Et bien assez de rhum pour tenir un siège ! »

Des cris acclamèrent ses paroles mais Barbossa intervint, calmement :

« En réalité il y a encore une solution... en des temps reculés, la Première Confrérie s'est réunie ici-même et a enfermé la déesse des Mers, Calypso, sous forme humaine, afin de domestiquer les océans et d'en devenir les seuls maîtres... »

Il fit une pause dramatique et jeta un coup d'œil à son auditoire, qui était pendu à ses lèvres à présent.

« Ils n'auraient pas dû faire ça... reprit le Capitaine. Car à présent les Anglais sont en train de nous décimer ! Avez-vous entendu les cris de nos frères, pendus, devant les côtes anglaises ? Avez-vous vu leurs corps sans vie gisant devant les ports, avertissement macabre contre la piraterie ? Messieurs... mesdames... nous devons libérer Calypso ! »

Il y eut une bonne minute de silence absolu. Sora se demanda même si les pirates avaient compris ce que Barbossa venait de proposer. Puis, telle une déferlante en pleine mer, les Seigneurs se levèrent tous à nouveau et commencèrent à vociférer des « qui nous dit qu'elle sera de notre côté ? C'est une déesse cruelle ! » ou des « Moi je suis d'accord avec Barbossa ! Les Anglais ne pourront rien faire si nous avons la déesse avec nous ! ».

Barbossa, sans doute fatigué par le comportement de ses pairs, s'assit mollement sur son trône et soupira. Mais, contre toute attente, Iwako tira un sort de Foudre au-dessus de sa tête, ce qui fit taire instantanément toute l'assemblée.

« Mesdames et Messieurs les pirates... vous êtes neuf Seigneurs. Je vous propose de voter pour ou contre la libération de Calypso, si cela vous convient à tous. »

Après des échanges de regards dubitatifs, tous les Seigneurs se rassirent et se mirent à voter gentiment. Sora était estomaqué : comment Iwako faisait-elle pour toujours se faire obéir par les groupes les plus disharmonieux du monde ? Etait-ce son pouvoir secret ?

Parvenu au vote d'Elisabeth, cependant, le Conseil fut dans une impasse : les voix étaient à égalité. Mais un Seigneur n'avait pas encore donné son avis. Toutes les têtes se tournèrent ainsi vers Jack, qui parut choqué qu'on lui porte soudainement tant d'attention. Mais enfin, après réflexion, il lâcha :

« Je propose de libérer Calypso...car ça nous permettra de fuir plus vite ! »

Quelques rires suivirent cette déclaration mais la décision fut tout de même prise à la majorité: le Tribunal de la Confrérie allait libérer la déesse des Mers qu'il avait jadis emprisonné sous forme humaine. Barbossa sourit de triomphe, mais cela fut de courte durée. Will en effet courut vers lui et s'écria, effrayé :

« La marine anglaise ! Elle est devant la Baie ! Nous sommes pris au piège ! »

...

Le Black Pearl se tenait aux côtés des huit autres navires des Seigneurs pirates, devant la Baie des Naufragés. Le pâle soleil de l'aurore pointait à l'horizon, dévoilant à Sora un spectacle terrifiant : des milliers de navires aux armoiries de la royauté anglaise leur faisaient face. Le jeune homme jeta un coup d'œil derrière lui, jugeant leur propre flotte : les pirates n'avaient aucune chance de victoire.

Des boucaniers asiatiques venaient de remonter Tia Dalma, toujours ligotée, des fers, et l'amenaient à Barbossa, qui tenait d'une main la coupelle remplie des étranges Pièces de 8 et de l'autre, une mèche allumée.

Ce fut seulement à ce moment-là que Sora réalisa.

Tia Dalma était la forme humaine de Calypso, la déesse des Mers ! Elle avait été sous leur nez depuis tout ce temps, et pas à une seconde Sora n'avait compris ! Voilà donc pourquoi sa présence le mettait si mal à l'aise et qu'il avait toujours trouvé la femme aussi bizarre...

« Cela explique ses étranges pouvoirs... lâcha Hayate à ses côtés. Qui pourrait ramener les morts à la vie si ce n'est une déesse ? »

« Je comprends mieux aussi pourquoi je sentais une aura si puissante émaner d'elle... comprit Iwako songeuse. Même emprisonnée sous forme humaine, Calypso devait encore posséder une fantastique puissance... »

Barbossa s'approcha de Tia Dalma et lui présenta les Pièces de 8. La femme sombre recula, effrayée à la vue des objets responsables de son si long emprisonnement.

« Y a pas une espèce d'incantation ? » demanda Sora à voix haute.

« Si ! Répondit Barbossa qui l'avait entendu. Les neuf Pièces de 8 doivent être brûlées... »

Joignant le geste à la parole, il utilisa sa mèche pour mettre le feu aux bibelots et reprit :

« Et il faut qu'un homme prononce les mots : Calypso, je te délivre enfin de ta prison humaine... »

« Et c'est tout ? » S'étonna encore Sora, qui s'attendait à quelque chose de plus spectaculaire.

Barbossa éclata de rire mais répondit, amusé :

« Il faut tout de même les prononcer comme si l'on était amoureux... »

Le vieux boucanier retira son chapeau à plumes et s'agenouilla aux pieds de Tia Dalma, qui le regarda alors avec espoir. Puis il prononça la formule d'une voix étrangement tremblante :

« Calypso, ô Calypsooo... je te délivre enfin de ta prison humaaaine... »

Tous attendirent, mais comme rien ne se passait, Tia Dalma lança un regard haineux à Barbossa tandis qu'il se redressait, mal à l'aise.

« Ce n'est pas comme ça qu'il faut le dire... »

Sora fit volte-face pour regarder qui avait dit cela mais fut estomaqué de voir son meilleur ami fendre la foule des pirates en direction du lieu de rituel. Sora jeta un coup d'œil à Hayate et Iwako, mais elles semblaient aussi déroutées que lui : qu'est-ce que Riku pouvait bien connaître à l'amour ?

Cependant, contre toute attente, le jeune homme à la chevelure argentée se pencha vers l'oreille de la sorcière attachée et lui murmura quelque chose, de manière à ce que personne ne puisse l'entendre. La mystérieuse femme ferma lentement les paupières en soupirant et Sora se sentit alors clairement mal à l'aise tandis qu'Iwako se plaquait une main pudique devant la bouche : qu'est-ce qu'il avait bien pu lui dire pour qu'elle réagisse comme ça ?!

Cependant, Riku fit un brusque saut en arrière lorsque la fumée émise par la combustion des Pièces de 8 entra dans les narines de Tia Dalma, la mettant dans une sorte de transe, révulsant ses yeux et jetant sa tête en arrière dans un râle rauque. Sora n'en croyait pas ses yeux : sous les cordes qui la retenaient encore, le corps de Tia Dalma se mit soudain à grandir, et grandir encore, à tel point qu'elle fut bientôt une géante et que Sora se sentit alors comme un vulgaire lilliputien à ses pieds. Barbossa leur fit signe à tous de s'agenouiller et il demanda, humblement :

« Calypso... j'ai respecté ma part du marché. Et je te demande à présent tes faveurs... épargne-moi, ainsi que mon équipage, et déchaîne ta fureur contre nos ennemis ! »

La déesse, le visage dur, le dévisagea un instant, avant de poser son regard sur la foule des pirates prosternés. Un son terrible sortit de ses lèvres : sorte de bruit sourd, à la fois bourdonnant et assourdissant. Sora et ses compagnons durent mettre leurs mains sur leurs oreilles devant la puissance de la voix de la déesse tout en levant les yeux vers son visage : tous ses traits crispés et ses yeux exorbités n'exprimaient que la rage et la colère. Sa vocifération probablement insultante terminée, Calypso sembla se décomposer. En réalité, son corps tout entier se changea en une marée de crabes blanchâtres et, telle une petite armée dotée d'un seul cerveau, ils allèrent se jeter à l'eau, de chaque côté du pont du navire.

« Je pense... intervint Jack. Que ça veut dire « non » ».

Sora ne put s'empêcher de sourire devant la plaisanterie mais fut soudain perturbé par les mèches de cheveux de sa frange : elles voletaient en tous sens, comme affolées. Il leva la tête en direction des cordages : les voiles se mirent à claquer sur les mâts, tendant les cordes qui les maintenaient à la limite de la déchirure.

Un vent de tempête se levait.

« C'est Calypso, expliqua Iwako en s'accrochant préventivement au grand mât. Elle est en colère contre les humains qui l'ont retenue si longtemps prisonnière...»

La pluie ne tarda pas à se joindre à la bise et, de simples gouttelettes, elle se changea en quelques secondes en rafales d'eau qui s'empressèrent de détremper intégralement tout l'équipage.

« En effet, admit Riku dont les cheveux argentés lui collaient au front, cet orage n'est pas naturel... les éléments ont l'air bien trop instables. »

Une dizaine de nuages s'étaient massés au-dessus de la Baie des Naufragés et plongeait à présent leur flotte dans une semi-obscurité, transformant le jour nouveau en nuit grisâtre. L'obscurité ambiante alliée au rideau de pluie qui les frappait avec hargne empêchait Sora de voir précisément ce qu'il se passait à l'avant de leur navire. Il aurait été incapable de situer la marine anglaise par rapport au Black Pearl. Néanmoins, ses oreilles entendirent très clairement le bruit d'un tir de canon terriblement proche d'eux et les hurlements de pirates soufflés par le boulet qui venait de briser une partie de la poupe du navire.

« Le Hollandais Volant nous a pris pour cible capitaine ! » Hurla le marin du haut du nid de pie.

« Nous sommes perdus... » murmura alors Jack Sparrow en fixant l'ombre menaçante d'un bâtiment, les yeux exorbités par la peur.

Comment vont-ils s'y prendre pour récupérer la boîte afin de vaincre Davy Jones? Suite la semaine prochaine!
PS: on est vraiment super contents d'arriver à publier ce monde avant la sortie de KH3 officielle, sachant qu'on risque de toucher aux mêmes thématiques, mais on espère de manière différente!