Bonjour à toutes et à tous!
Une fois n'est pas coutume, nous avons décidé de publier un deuxième chapitre cette semaine. Quel meilleur cadeau de Noël à nos lecteurs qu'un chapitre qui s'appelle "La Boîte" en effet?
Sora avait mal. Sora avait mal partout.
Il avait un point de côté qui lui brûlait tout l'abdomen... ou était-ce l'une de ses côtes cassées? Il haletait et sentait un goût désagréable dans sa bouche. Il se passa la langue sur les lèvres. Du sang. Son sang.
En regardant autour de lui, il constata avec angoisse qu'il était à présent encerclé. Des dizaines et des dizaines de Sans-cœurs grouillaient tout autour de lui. Leurs yeux jaunes brillaient d'avidité. Ils désiraient lui dévorer le cœur.
Pris de panique, Sora releva la tête et cria en direction d'une haute falaise :
« Maître par pitié ! Je ne suis pas encore prêt ! »
Une voix rocailleuse lui parvint de loin:
« Si tu ne l'es pas aujourd'hui, jamais tu ne le seras ! Bats-toi ! »
Avec l'énergie du désespoir, Sora brandit une sorte de Keyblade vert eau à trois branches et contra l'attaque d'un assaillant. Mais les six adversaires suivants lui sautèrent dessus, le plaquant au sol, lui brisant une seconde côte. Une marée noire assombrit bientôt son regard : la couleur des Sans-cœurs ou la brume qui accompagnait son évanouissement ? Il tendit une main suppliante en dehors de ce tas de monstres et chuchota un dernier :
« Maître... pitié... »
Puis ce fut le noir absolu. Sora le sentait venir... ce froid. Ce froid qui lui rongeait le corps et lui glaçait le cœur...
Le froid de la mort.
Il allait mourir.
...
Sora sursauta et s'assit brusquement dans son lit. Haletant, plein de sueur, il regarda sa couverture tombée au sol en tremblant. Par réflexe, il mit la main à sa bouche : pas de sang. Son cœur tapait à ses tempes et sa respiration était saccadée.
Etait-ce vraiment un simple cauchemar ? songea-t-il en se levant. Cela avait l'air si... réel. Tout son corps le lui disait : c'était comme s'il avait vraiment failli mourir. Il avait besoin d'en parler de toute urgence à Hayate.
Le jeune homme partit en trombe dans le couloir mais s'arrêta net devant la porte de la cabine numéro 3 : le battant métallique était entrebâillé.
« Les filles... ? » Commença-t-il incertain.
Trop sur les nerfs pour se dire qu'il prenait une mauvaise décision, Sora passa le pas de la porte et pénétra dans la chambre obscure. La pièce, malgré sa pénombre, semblait encombrée du côté gauche : au toucher, Sora reconnut la douceur d'étoffes en tous genre. Il s'agissait sans aucun doute de la réserve de costumes de la magicienne. Il marcha sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Iwako qu'il devinait dans son lit, mais son pied se heurta à quelque chose qui tomba au sol dans un bruit mat : une pile de livres. Le jeune homme alla silencieusement jusqu'au lit de Hayate. Il se permit de lui toucher l'épaule. Elle remua dans son sommeil et grommela :
«...Sora ? Qu'est-ce qu tu fais ici... ? »
« Il faut que je te parle », chuchota le jeune homme insistant.
Compréhensive, la jeune femme s'assit dans son lit et demanda :
« Un rêve ? »
« Non, trancha Sora encore perturbé. Viens. »
Machinalement, le jeune homme lui prit la main pour l'emmener au salon avec lui : il n'avait pas envie de réveiller Iwako et il s'était enfin rendu compte qu'il était mal à l'aise à l'idée de se trouver dans la cabine des filles. Hayate se laissa entraîner sans rechigner. Elle paraissait tout à fait éveillée lorsqu'elle s'assit sur le canapé et se mit à dévisager Sora de ses yeux bleu cristallin.
« Tu as de la fièvre ? S'inquiéta-t-elle. Tu es trempé de sueur... »
« Est-ce que tu penses que c'est possible, commença directement Sora sans répondre, de rêver que l'on meurt et de le ressentir réellement au réveil ? »
Hayate fronça ses sourcils roses avant de lâcher, sérieuse :
« Raconte-moi tout. »
Après son récit, sans doute assez chaotique car il s'agissait d'émotions plus que d'images, la défenseuse enquêta tout de suite :
« Ce...maître ? Tu as pu voir son visage ? Qui il était ? »
« Non, admit Sora en frissonnant. Mais sa voix me faisait...peur. Qu'est-ce que tu penses de tout ça Haya ? »
La jeune femme posa un doigt sur ses lèvres, réfléchissant, avant de répondre :
« Naminé avait parlé de « souvenirs enfouis » et... je pense que c'est ce que tu as vécu : un souvenir. Mais tu l'as vécu comme si tu y étais... cependant, ce n'était pas vraiment toi qui l'as vécu. C'est exactement ce qu'il m'arrive, parfois. C'est une sensation assez désagréable au réveil qui me prend. »
« Alors... en conclut Sora étonné que la défenseuse se confie si ouvertement à lui. Je vois les souvenirs... de quelqu'un d'autre ? »
« C'est une simple théorie, avoua Hayate. Mais... comme tu avais déjà rêvé de Roxas et que lui et toi êtes très liés vu qu'il était ton Simili... »
« Je serai en train de revivre le passé de Roxas ? » S'étonna Sora.
« C'est tout à fait possible, se défendit Hayate. Tu m'as dit qu'il était revenu en toi à Illusiopolis et que tu lui avais même parlé durant ton test de Maîtrise, dans le monde des rêves... je pense qu'il ne faut pas écarter cette possibilité... »
La jeune femme s'arrêta de parler pour bailler à s'en décrocher la mâchoire. Sora nota alors la fatigue qu'elle tentait de cacher avec son air sérieux, et s'en inquiéta :
« Tu n'as pas bien dormi Haya ? »
« Pas moi, expliqua la défenseuse. C'est Iwako. Elle... elle n'était vraiment pas bien... »
«C'est à cause de la boîte. »
Quelqu'un avait lâché la phrase dans le dos de Sora. Le jeune homme fit volte-face et sauta sur ses jambes en apercevant Riku, dans l'ombre de la cuisine.
« Riku... ? » S'étrangla Sora.
Il remarqua alors enfin que la jeune femme était vêtue d'une simple chemise de nuit blanche relativement courte et que lui-même portait pour tout vêtement un caleçon sombre rudimentaire. Mal à l'aise à l'idée que son meilleur ami l'ait surpris avec Hayate dans cet accoutrement et espérant qu'il ne les ait pas entendu parler de ses rêves, Sora se racla bruyamment la gorge et prit une pause décontractée, tentant de paraître le plus naturel possible dans cette situation gênante.
« Tu étais en train de l'examiner ? » Comprit directement Hayate en se levant à son tour, sur ses gardes.
Riku hocha lentement la tête avant d'allumer la lumière : Sora fut étonné de le voir porter un bandeau noir cachant ses yeux. Les traits de son visage étaient tirés. Son meilleur ami semblait terriblement inquiet et Sora en ignorait totalement la cause.
« Comme j'ai... admit le jeune Maître de la Keyblade en retirant son bandeau, révélant ses iris turquoises brillantes. Une certaine affinité avec les ténèbres, je voulais vérifier que le « réceptacle » n'était pas un piège. »
« Et... ? » insista Hayate tout à fait éveillée à présent.
« J'ai compris ce qui a dérangé Iwako, affirma le jeune Maître de la keyblade. Venez. »
Sora, perdu, fut surpris que son meilleur ami les conduise à la salle des machines : il était pourtant sûr que la boîte avait été entreposée dans la chambre des filles à leur retour du monde de Jack. Hayate parut voir sa perplexité car elle expliqua, en descendant les escaliers de métal qui menait à la chaudière :
« On a dû déplacer le coffre cette nuit. Il dérangeait Iwako dans la chambre... elle semblait terrorisée. »
Cette révélation provoqua un étonnant phénomène à l'intérieur du ventre de Sora: une puissante émotion s'y déversa brusquement, mélange entre de la colère et de l'incompréhension. N'y tenant plus, et un peu malgré lui, Sora s'arrêta en haut des marches de métal et lâcha d'une voix sans timbre:
"Et je peux savoir pourquoi personne ne m'a réveillé?"
Riku et Hayate se figèrent dans leur descente et échangèrent un regard perplexe. Devant leur mutisme, Sora, qui tentait de garder son calme malgré le feu qui le rongeait, reprit:
"Je peux savoir pourquoi vous êtes allées chercher Riku mais pas moi?"
Hayate, clairement mal à l'aise à présent, tenta de se justifier:
"Iwako s'est sentie mal… j'ai réagi instinctivement. Riku avait sa cabine juste à côté de la nôtre et… et on ne voulait pas t'inquiéter…"
L'Elu de la Keyblade gonfla le torse et en expulsa dans une profonde expiration toute colère, afin de pouvoir expliquer à ses deux compagnons son point de vue sur la situation:
"Vous croyez que je ne m'inquiète pas aussi pour Iwako? Pourquoi je ne pourrais pas être là pour l'aider quand elle a besoin de nous? Arrêtez de penser à me protéger de je ne sais pas quoi: je suis tout autant capable que vous de transporter un coffre ou de remonter le moral à Iwa. Et je vous rappelle que je fais autant partie de cette équipe que vous. Si le coffre avait été une espèce de piège, vous auriez été seulement trois pour vous en charger, parce que personne n'est venu me prévenir…"
Au fur et à mesure de sa tirade, Sora avait remarqué que ses deux amis avaient progressivement fui son regard ou baissé subrepticement la tête. Le jeune homme ne voulait pas volontairement leur faire honte, mais juste leur faire comprendre qu'il n'avait pas aimé le fait d'être laissé sur la touche pour quelque chose d'aussi important. Enfin, ce fut Riku qui lâcha, après un soupir défaitiste:
"Tu as raison. C'était stupide de notre part et le coffre aurait effectivement pu être dangereux."
"Excuse-moi, enchaîna Hayate en remettant nerveusement une mèche rose derrière une oreille. J'aurais dû te réveiller… et t'en parler toute à l'heure."
Sentant qu'il avait tout de même jeté un froid, et peu habitué à provoquer ce genre d'effet, Sora se racla la gorge et proposa d'une voix un peu plus joviale:
"Pas grave. Mais du coup je propose d'aller chercher Iwako si on va examiner cette boîte. Comme ça on sera tous là si, au cas où, elle s'ouvre."
"Soit, accepta Riku, mais j'aimerais quand même vous faire voir quelque chose avant. La boîte ne va pas s'ouvrir, ça je peux vous l'assurer…"
Parvenus devant l'étrange réceptacle, le jeune Maître de la Keyblade passa sa main sur les crochets argentés qui maintenaient fermé le couvercle noir obsidienne, avant d'admettre :
« Je n'ai pas senti de réelle marque des ténèbres sur cet objet... mais, je ne ressens pas non plus de lien avec la lumière. En revanche... je suis sûr que ce coffre n'est pas vide. »
Le jeune homme aux cheveux argentés se redressa et pointa le mystérieux récipient du doigt en lançant :
« Allez-y. Collez votre tête dessus. »
D'abord hésitant, Sora jeta un coup d'œil à Hayate. Celle-ci fit la moue, sans doute gênée de devoir plaquer une partie de son corps aussi vulnérable sur un objet non identifié, mais finit par s'exécuter. Lorsque Sora se baissa à son tour pour se mettre en position, il fut dans un premier temps gêné par la proximité de son visage avec celui, concentré, de la jeune femme, et ne put s'empêcher de rougir. Il lui semblait, de là où il était, qu'il pouvait entendre les battements du cœur, lents et réguliers, de la défenseuse. C'est alors qu'elle ouvrit de grands yeux surpris et se redressa brusquement. Néanmoins, comme Sora percevait toujours le pouls régulier, il eut une dérangeante réalisation : le son ne venait pas de Hayate, mais bien de l'intérieur de la boîte.
« Un cœur ?! S'étrangla l'Elu de la Keyblade en reculant précautionneusement. Comme... comme dans le coffre de Davy Jones ? »
« J'ai fait la même corrélation, admit Hayate. Mais la taille n'est pas la même... le coffre de Jones était bien plus petit que celui-ci... ce qui veut dire que potentiellement... »
« Quelque chose de vivant est enfermé là-dedans, trancha Riku en lui ôtant les mots de la bouche. Ou quelqu'un. »
Sora regarda encore une fois le mystérieux artefact et frissonna : il ne savait pas si c'était le mot vivant ou enfermé qui l'avait le plus dérangé dans la phrase de son meilleur ami. Pour lui, cette hypothèse lui faisait penser aux histoires d'épouvante de son enfance, où il était question de momies maudites, criant vengeance après avoir été emprisonnées vivantes, dernier supplice d'un pharaon criminel... Sora sentit les poils sur sa nuque se hérisser en s'imaginant lui-même enfermé à l'intérieur de ce coffre… Par conséquence, il n'avait plus du tout envie de garder "cette chose" sur leur vaisseau et comprenait parfaitement que cela ait dérangé Iwako.
« Tu as essayé de l'ouvrir ? » enquêta Hayate qui avait déjà sorti Crépuscule Ailé, pas effrayée le moins du monde.
« Non je ne voulais pas le faire seul », admit Riku avec bon sens.
« Il n'y a qu'un moyen d'être fixés sur ce qu'il y a là-dedans, intervint Sora en faisant apparaître Ame de Roi dans une gerbe d'étincelles. Mais allons chercher…"
« Attendez-moi. »
Sora tourna rapidement la tête pour apercevoir Iwako, en chemise de nuit, brandir Cristal de Givre tout en descendant souplement les marches de la passerelle, ses longs cheveux traînant de marche en marche derrière elle.
« Iwako... la prévint Riku sceptique. On ne t'oblige pas à le faire, si cette boîte te fait si peur»
« Le bruit d'un cœur qui bat dans une boîte me dégoute profondément, avoua sans résistance la magicienne avec une grimace de dégoût. Mais c'est encore plus dérangeant de ne pas savoir ce qu'i l'intérieur. Et... »
La jeune femme hésita, posa sa main fine sur son cœur, avant de continuer :
« Calipso me l'a remise, à moi. D'une manière ou d'une autre, et même si cela ne me plaît pas du tout, je sens... que cet objet est lié à mon passé. J'ai comme l'impression... qu'il en va de ma responsabilité, d'être là s'il est ouvert. »
« Alors finissons-en », décréta courageusement Sora en lançant un faisceau lumineux sur le récipient noir.
La plupart des objets déverrouillés grâce à une keyblade émettaient un caractéristique son de crochetage. Or, un grand silence s'installa durant une bonne minute dans la salle des machines, figé par l'inefficacité de l'acte.
« Essayons tous ensemble », proposa Hayate.
Leurs quatre keyblade combinées envoyèrent un puissant rayon de magie heurter de plein fouet la boîte.
Rien. Elle n'avait même pas bougé d'un centimètre.
« Et si... ? » supposa Iwako en cherchant quelque chose dans son décolleté (ce qui perturba grandement Sora).
La magicienne en sortit la petite clé de l'eau, que la magie maintenait dans une forme semi-liquide. Elle s'agenouilla ensuite avec grâce devant le coffre et se mit à le tâter de toutes parts, sous le regard intrigués de ses compagnons. Enfin, elle se releva et mit ses mains sur ses hanches en déclarant :
« Il n'y a pas de serrure. »
« Il y a peut-être un autre moyen de l'ouvrir... » supposa Riku en commençant à examiner la chose sous toutes ses coutures.
Alors que la main de son meilleur ami passait sur le couvercle, Sora discerna un bref éclat rougeoyant.
« Là ! S'exclama-t-il en se jetant à terre. Il y a une espèce d'inscription recouverte ! »
Conjointement, Riku et lui commencèrent à frotter de leur poing une plaquette rouge sang cachée par une épaisse couche de crasse. Des mots finirent par apparaître.
« X-Super... lut Riku. Cela te dit-il quelque chose Iwako ? »
Mais la magicienne et sa meilleure amie avaient toutes deux pâli, immobiles telles des statues de marbre devant leur découverte. Enfin, après hésitation, Iwako chuchota, impressionnée :
« Ce coffre... il... il pourrait venir de l'époque de la Guerre des Keyblades. Maître Yen Sid nous en avait vaguement parlé, une fois. »
Hayate, sa stupeur passée, observa encore un instant la relique de ses yeux bleus acier avant de froncer ses sourcils roses à la limite de ses paupières. Sora la connaissait assez maintenant pour savoir qu'elle avait trouvé une réponse à leurs questions. Mais que cette réponse ne lui plaisait guère.
« Haya ? » Tenta-t-il.
« Il n'y a qu'une seule clé qui puisse ouvrir ce coffre à mon avis... affirma-t-elle gravement. La clé que recherche Xehanort... »
Elle tourna son visage sévère vers ses compagnons avant de lâcher :
« La X-Blade. »
« Quoi ?! S'exclama Sora abasourdi. Mais c'est pas l'arme qui permet aussi d'ouvrir... ?! »
« Kingdom Hearts », trancha Riku en ouvrant de grands yeux turquoise surpris.
Les quatre porteurs lancèrent de nouveaux regards interloqués en direction de la boîte avant qu'Iwako n'intervienne, d'une voix fluette:
« Vous... vous pensez que Xehanort le cherche ? Ce coffre ? »
« Je n'en ai pas la moindre idée, admit Riku en jetant un drap par-dessus pour le cacher à la vue de tous. Mais quoi que ce soit, c'est précieux. J'aurai tendance à même le considérer comme une arme. Mieux vaut le garder caché. »
« Mais je ne comprends vraiment pas... avoua la magicienne en agrippant son corps fin de ses bras. En quoi cette... chose... est liée à moi ? »
Riku dévisagea les deux jeunes femmes avant d'avouer sa pensée :
« Il va nous falloir commencer à sérieusement envisager la possibilité que votre passé... soit bien plus ancien que ce qu'on pourrait imaginer. »
Sora, Hayate et Iwako dévisagèrent le jeune Maître de la Keyblade avant qu'il ne reprenne :
« Trop d'indices me mènent à penser que vous êtes liées, de près ou de loin, au temps de la Guerre des Keyblades.»
…
Comme il fallait s'y attendre après tant de questions laissées sans réponse par l'examen infructueux de la boîte mystérieuse, Riku et Hayate ne se permirent que de déjeuner du bout des lèvres avant d'aller se replonger, corps et âme, dans l'étude du Livre des Prophéties. Au fond de lui, Sora sentait comme une étrange impression... comme si, plus ils cherchaient la vérité, plus ils se heurtaient à des choses qui les dépassaient complètement. Au bout d'une demi-journée de traductions laborieuses, Hayate, ayant appris de ses erreurs, décida d'aller prendre une pause dans sa cabine. Sora, sa curiosité ayant été piquée, s'approcha de son meilleur ami affairé devant une pile de papiers gribouillés. L'Elu se savait tout à fait inutile, mais il pensait que le jeune Maître de la Keyblade avait peut-être besoin de soutien moral.
« Ça avance ? » Demanda Sora en s'asseyant en tailleur au milieu de la paperasse.
« Nous avons trouvé le prochain poème qui nous mènera à la seconde clé des éléments... » expliqua calmement le jeune homme en tapotant son crayon sur le Livre des Prophéties. Hayate a fini de le traduire et je m'occupe du sens... »
« Elle a déjà fini ?! S'étrangla à moitié l'Elu de la Keyblade. Elle est vraiment incroyable... »
Riku ne releva pas son visage fin du grimoire, cependant Sora nota que ses yeux turquoise se posèrent sur lui avec insistance. Mal à l'aise, le jeune homme se racla la gorge et demanda :
« Ça donne quoi en français ? »
Après un soupir indéterminable, Riku récita à voix haute :
Afin d'obtenir la seconde clé,
L'Avatar devra faire le vœu,
De retrouver ce qui fut oublié,
Devant l'autel du Premier Feu.
Les paliers de la gloire,
Juchés au sommet des cieux,
Des Héros seulement la victoire,
Sera accordée par les dieux.
Le jeune homme se passa la main dans ses cheveux argentés et commenta :
« Il paraît à peu près certain que l'on va trouver la clé du Feu. Mais je n'arrête pas de me demander...qui peut être « l'avatar » ? Et l'avatar de quoi ? »
Les yeux de Riku se posèrent fugacement sur son meilleur ami avant qu'il ne marmonne dans sa barbe :
« Hayate pense que c'est toi, l'avatar. Sans doute de la lumière. Pour ma part, je pense que si tu devais être l'avatar de quelque chose, ce serait de l'insouciance... ou de la stupidité, à choix»
« Hey ! » Se plaignit Sora devant tant de sarcasme.
« Après, reprit Riku en l'ignorant. On ne parvient pas à situer le monde... ça te dit quelque chose ?»
L'Elu de la Keyblade demanda à son meilleur ami de relire deux fois encore la prophétie. Un autel, des paliers... ce décor lui semblait étrangement familier... Le jeune homme fronça tant ses sourcils en V à cause de la concentration qu'il dut prendre une terrible expression faciale, car Riku commenta :
« C'est presque effrayant de te voir réfléchir tu sais... »
« Maintenant tu sais pourquoi tout le monde a peur de toi... » lança du tac au tac Sora.
Riku dérida totalement son visage et, contre toute attente, pouffa de rire, vite imité par son meilleur ami, qui l'avait expressément provoqué. Ce fut à ce moment que Sora eut une étonnante idée :
« Les Héros... attends ce serait possible que la clé soit... au Colisée de l'Olympe ? »
« C'est pas là que tu as été récupérer tes pouvoirs ? S'étonna Riku. Tu aurais loupé la clé ?»
« Ce monde est complexe... expliqua Sora en prenant une feuille pour faire un schéma. Le monde des hommes se trouve au milieu. En-dessous de lui, il y a le monde des Morts, dirigé par Hadès, un dieu à moitié cinglé mais sacrément dangereux... Hercule m'a expliqué qu'il désirait devenir un véritable Héros pour atteindre le monde des cieux, celui des dieux, qui se trouve au-dessus des hommes... je n'y ai jamais été, mais je sais qu'il existe. »
« ...Tu saurais comment t'y rendre ? » S'enquit le jeune Maître après avoir analysé le terrible gribouillage à trois étages de son meilleur ami.
« Les dieux m'ont officiellement reconnu comme un Héros il y a deux ans, affirma Sora du ton le plus désinvolte du monde malgré sa fierté, je pense que Phil saura me dire comment les contacter... »
Riku se contenta de sourire en lâchant un petit rictus avant de se lever et de se diriger vers la cabine de pilotage en déclarant :
« Je vais entrer les coordonnées dans l'ordinateur de bord. Tu devrais aller prévenir les filles. »
L'Elu de la Keyblade sauta sur ses jambes et ne tarda pas à se retrouver devant la troisième cabine. Il leva le bras pour toquer, mais se figea dans son mouvement lorsqu'il crut entendre son nom. Il voulut dans un premier temps faire demi-tour, mais finit par se mordre la lèvre inférieur et, rongé par la curiosité, il finit par coller son oreille contre la paroi métallique pour écouter la conversation :
« ... coïncidences. Il y a forcément un rapport. »
C'était la voix de Hayate. Elle paraissait étrangement hésitante. Celle d'Iwako, en revanche, sonna clairement :
« Je ne sais pas... j'ai plutôt l'impression qu'on s'enfonce dans des eaux de plus en plus troubles. Et que plus on essaie de comprendre ce Livre, plus on est perdus... »
« Il nous manque peut-être une clé de lecture... » murmura presque Hayate.
« A quoi tu penses ? » S'enquit la voix d'Iwako, curieuse.
Il y eut un silence puis Sora entendit la voix étrangement faible de la défenseuse chuchoter :
« Iwako je... dois te demander un service important. Je pense qu'inconsciemment... j'ai peut-être écrit des informations sur les prophètes ou le Livre dans mon journal intime... mais là est tout le problème... c'est dans mon journal intime. J'ai besoin d'un avis externe, je ne suis pas assez objective... »
Sora ne put s'empêcher de sourire sous sa frange en bataille : il n'aurait jamais pu imaginer que Hayate tenait un journal intime. C'était tellement féminin... il aurait mieux vu Iwako dans ce rôle. La magicienne sembla quant à elle mal à l'aise lorsqu'elle demanda :
« Tu es sûre ? Je veux dire... je vais essayer d'être le moins subjective possible et de respecter tes pensées les plus intimes mais... »
« Il le faut... soupira Hayate. Pour la quête. Et tu es la seule qui puisse le faire... »
« Je suis extrêmement flattée par ce que tu viens de dire... roucoula Iwako. Très bien ! Donne-le-moi... »
Des bruits de papier froissés résonnèrent un instant dans le silence de la cabine. Puis Sora sursauta lorsqu'Iwako s'écria :
« Tu penses vraiment ça sur Sora ?! »
Le jeune homme en question écarquilla les yeux et écrasa un peu plus son lobe olfactif auditif contre la porte.
« Iwa ! Se courrouça Hayate. Tu m'as promis d'être objective ! »
« Pardon, se reprit la magicienne. Mais avoue que c'est assez perturbant... »
« Rends-moi ça... ordonna la défenseuse sous le rire de sa meilleure amie. Tu as raison, c'était une idée stupide... »
Il y eut un claquement de tiroir et des bruits de pas. Sora, retenant sa respiration afin de passer en mode ninja, se colla de tout son long dans un angle obscur du couloir pour observer depuis sa cachette les deux jeunes femmes sortir de leur chambre pour se diriger vers la cuisine. Une fois hors de sa vue, le jeune homme baissa les yeux et réfléchit à la vitesse de la lumière : une règle interdisait de rentrer dans la chambre des deux porteuses... mais il l'avait déjà enfreint ce matin sans conséquence. Cependant, aller fouiller dans les affaires privées de quelqu'un était un acte plus grave que le simple fait de pénétrer en territoire illégal sans la moindre arrière-pensée... Il esquissait un pas en direction de sa chambre quand il sentit une dévorante curiosité lui piquer le ventre : qu'est-ce que Hayate avait bien pu écrire sur lui ? Cédant finalement à ses plus viles pulsions, Sora se faufila dans la cabine interdite et ne tarda pas à mettre la main sur le fameux cahier vert rangé dans un petit bureau vers le lit de droite. Le cœur battant la chamade à cause de la conscience de son mauvais acte, le jeune homme parcourait les dizaines de pages gribouillées à la recherche avide de son propre prénom.
« La main dans le sac ! »
Le souffle coupé par la stupeur, Sora lâcha le livre illicite et fit volte-face, toutes couleurs ayant vraisemblablement déserté son visage. Iwako se tenait dans l'encadrement de la porte, les bras croisés sous sa poitrine et le fixant de ses yeux péridot accusateur.
« Fuis tant qu'il en est encore temps... le prévint-elle en sifflant entre ses dents. Mais sache que ton acte ne restera pas impuni... »
Sora, pétrifié, ne comprit pas tout de suite qu'Iwako lui laissait une chance de partir avant le retour de Hayate. Lorsqu'il saisit, il prit ses jambes à son coup et alla s'enfermer dans sa chambre. Il se laissa tomber sur son lit, se maudissant pour sa bêtise et priant pour que la magicienne ne dise rien à sa meilleure amie. La panique au ventre, Sora imagina toutes sortes de scénarios funestes pour son futur en présence de la défenseuse : le meilleur était qu'elle l'ignore pendant un certain temps et le pire... résultait en la fin de l'existence de Sora.
Se sentant terriblement fautif, l'Elu de la Keyblade décida de camper sagement dans ses quartiers durant deux bonnes heures.
Pris par l'ennui, Sora se décida à faire quelques exercices: il retira son t-shirt, se sachant seul et à l'abri des regards, et se saisit d'un haltère. Au fil de leurs voyages, le jeune homme avait récupéré diverses pièces métalliques et s'était construit sa propre salle de musculation. Il devait l'admettre : l'idée était partie de son obsessive compétition avec Riku. Lentement mais sûrement, Sora avait développé de plus en plus de complexes quant à son propre physique, plus petit et plus frêle, que celui de son meilleur ami. Il avait donc décidé d'y remédier. Progressivement toutefois, le jeune homme était devenu accro à ses exercices physiques réguliers, qui l'aidaient à présent à évacuer sa dose de colère, ou de stress, plus efficacement. Et le résultat physique commençait à se voir. Cependant, il était souvent affamé après une séance intensive. C'est pourquoi il avait dû commencer à subtiliser des vivres...
Il lâcha l'altère au sol en expirant et prit un poids d'une main.
Il devait devenir plus fort.
Mentalement, et physiquement. Il ne pouvait prétendre au titre de Maître de la Keyblade s'il ressemblait toujours à un gamin hystérique... L'Elu de la Keyblade savait qu'il n'aurait jamais la maîtrise de soi de Riku ni son esprit analytique. Pourtant, il savait à présent que la quête dans laquelle ils s'étaient lancée était dangereuse... il ne pouvait plus se permettre d'être aussi « insouciant » et tête en l'air que par le passé.
Le jeune homme se redressa et se passa l'avant-bras sur son front ruisselant de sueur. C'est alors que ses yeux croisèrent ceux de son reflet dans la glace : il ne put s'empêcher de caresser du bout des doigts la cicatrice sur son épaule.
Non... il ne pouvait plus se permettre d'erreurs…
Son ventre ne tarda pas à le rappeler à l'ordre. Heureusement, il avait toujours des réserves de survie dans sa chambre. Il mordit avidement dans une pomme en fixant un t-shirt rose abandonné nonchalamment sur son lit... il faudrait vraiment qu'il songe à le rendre à Hayate, se dit-il amèrement. Il l'avait trouvé un jour dans sa pile de vêtements propres : sans doute Iwako l'y avait-elle mis par inadvertance. Depuis, Sora n'avait jamais trouvé l'occasion de rendre le vêtement à sa propriétaire... mais plus le temps passait, plus cela devenait gênant d'avoir l'objet en sa possession. Secrètement, le jeune homme espérait que la défenseuse finirait par oublier l'existence de cette pièce de sa garde-robe…
Ses yeux océan se déplacèrent encore dans sa chambre et il sourit en observant ses "œuvres d'art": Sora avait pris l'habitude d'utiliser les restes de boulons et autres bouts de métal inutiles pour en faire… des sculptures. Bon il devait l'admettre, il n'était pas très doué. Les créatures qu'il créait, noirâtres et informes, ressemblaient plus à de l'art moderne paradoxal qu'à de véritables statues grecques. Néanmoins, sa dernière création, buste humanoïde de taille humaine, commençait à ressembler à quelque chose.
Sora se prit soudain le menton, inspiré: il prit délicatement le t-shirt de Hayate et le plaça sur le buste en métal. Puis il se recula et, mains sur les hanches, admira le résultat.
Les mystères s'épaississent autour de la Boîte, mais aussi autour des rêves de Sora ainsi que du journal de Hayate!
Suite la semaine prochaine et... Joyeux Noël à toutes et à tous!
