Suite et fin du chapitre "la boîte", mais entièrement du point de vue de Riku cette fois-ci!
Suivi d'un chat noir au regard perçant qui lui narrait les bénéfices des arêtes de poissons sur la santé des éléphants, Riku marchait dans un couloir violet ondulant vers le bas et constata que ses cheveux avaient poussés et étaient désormais jaunes. Après une éternité sans changements, il rencontra une réceptionniste sans visage. Celle-ci les pria d'une voix monocorde de remplir un formulaire afin d'accéder au château Disney, devant lequel ils se trouvaient soudainement. Tandis que Riku levait la tête et voyait les tourelles de la bâtisse disparaître telle une brume noirâtre, il constata naturellement la présence d'Iwako à ses côtés. Puis, avant que cette dernière ne puisse s'exprimer, un bruit dans son dos arracha brutalement Riku au monde des rêves…
Son esprit semi-éveillé voulut se replonger dans ses songes sans tarder, afin d'entendre les paroles qu'Iwako avait été sur le point de prononcer, mais un frisson parcouru ses jambes et son torse découvert. Ayant la désagréable impression de décéder sur place et refusant son sort, il garda ses yeux obstinément clos – tout en tentant de récupérer le confort chaleureux de son sommeil, en se couvrant à nouveau de son duvet douillet. Celui-ci cependant manquait de coopérer : le drap, dans lequel la couverture s'était repliée sur elle-même, semblait retenu par une force mystérieuse. Difficilement, Riku se résolu enfin à ouvrir un œil et découvrit avec désenchantement le coupable de son dilemme : Hayate était allongée sur son lit, la tête posée sur sa main gauche, tandis que l'index de sa main libre sillonnait délicatement le bras exposé de Riku.
« Bonjour… », Lâcha-t-elle sur un ton aguicheur.
Mécaniquement, le Maître de la Keyblade leva le pied et poussa la défenseuse jusqu'au bord du précipice. Puis, avec une exclamation de surprise étranglée, la créature matinale tomba du lit en emportant la précieuse couverture de Riku avec elle.
« Sors de ma chambre", murmura le jeune homme d'une voix rauque.
« J'aurais essayé", soupira Hayate depuis le sol, sa voix emplie d'un dépit non dissimulé.
Gavé par les incessantes blagues dont il était la victime perpétuelle, Riku ne lui prêta aucune attention. En lieu et place, il roula nonchalamment jusqu'au bord du lit et s'apprêtait à récupérer sa couverture afin de retrouver la paix du sommeil, quand il entendit à nouveau la voix de la défenseuse s'exclamer :
« C'est quoi ça ? »
Las, Riku se retourna et vit l'objet entre les mains de Hayate : un long bâtonnet en bois se divisant en trois feuilles falciformes, ondulant autour de la tige centrale, et dont l'extrémité avait été sculptée en forme de Belle de Nuit semi close. Voyant cette image, l'esprit de Riku se réveilla immédiatement et, plus rapidement qu'il ne l'aurait voulu, il se retrouva debout à côté de la jeune femme et arracha l'objet de ses petites mains.
« C'est pas pour toi", interjecta Riku en glissant l'objet dans une poche de son pantalon de pyjama.
Haussant les épaules, Hayate s'empara nonchalamment du livre concernant la sculpture sur bois que Riku avait acheté à Corona. Sans la moindre gêne, elle se mit à feuilleter le volume avec désinvolture.
« Je suis venue parce que j'ai une question à te poser, » affirma-t-elle finalement en reposant le bouquin, apparemment satisfaite par sa découverte.
« Quelle surprise, railla le Maître de la Keyblade en croisant les bras. Tu n'es pas juste venue me harceler ? »
« Ah ça aussi et cela m'amuse énormément! admit sans retenue Hayate en lui lançant un clin d'œil. J'en ai simplement profité parce que j'avais une question à te poser… à propos de Sora.»
Une soudaine tension emplit alors la pièce. Derechef aux aguets, Riku fronça les sourcils et accorda toute son attention à la jeune femme. Peut-être avait-elle découvert un indice quant à la prophétie sur le sacrifice de l'Elu ? Malheureusement, les bonnes intentions du jeune homme furent brutalement brisées par la question qui suivit :
« Sora…demanda-t-elle le plus sérieusement du monde. Il a vraiment 17 ans? » «Oui…répondit Riku, quelque peu sidéré. Sora a bien 17 ans. »
« ...Quoi?! s'exclama la jeune femme, abasourdie. Mais c'est inadmissible! »
« Pardon? »
« Et tu as quel âge toi ? », enquêta la jeune femme en ignorant sa surprise.
« Um… répondit le jeune homme en se grattant la mâchoire, réalisant alors qu'il méritait probablement un rasage. 18 ans je présume ? C'est un peu trouble suite à mon passage dans les ténèbres… »
« Je dois remédier à ça, murmura soudainement la jeune femme en se tournant, afin de quitter la chambre de Riku. Il en va de mon honneur...»
Interdit, le Maître de la Keyblade vit le dos de la défenseuse disparaître dans le couloir. Son esprit fatigué s'interrogea brièvement sur son incapacité à comprendre le fonctionnement de cet individu, après tant de mois en colocation, mais il abandonna rapidement sa recherche. Trop épuisé pour se poser d'avantage de questions, et soulagé d'être enfin seul à nouveau, Riku ramassa sa couverture et se laissa retomber mollement dans son lit. Ses yeux se fermèrent et il expira paisiblement afin de reprendre son précieux sommeil, si impitoyablement interrompu. Seulement quelques secondes plus tard, alors que sa conscience s'était déjà partiellement évaporée à nouveau, un nouvel intrus toqua contre la paroi de sa porte coulissante, restée béante. Frustré, il était sur le point d'exprimer son mécontentement quant à l'invasion irrespectueuse et répétée de son espace privé, lorsqu'une voix mélodieuse s'éleva dans les airs.
« Riku, est-ce que je peux te parler une minute? »
Le cœur de Riku se pétrifia sous le choc et il s'extirpa hâtivement de son lit afin de faire face à Iwako, qui se tenait à l'embouchure de la porte. Brièvement, il balaya l'entier de sa cabine de son regard, afin de vérifier si elle était présentable, et constata avec soulagement que seul son lit présentait des défauts de rangements.
« Oui bien sûr », répondit-il en se passant la main dans sa chevelure ébouriffée par son repos nocturne, avant de s'asseoir sur le lit inoccupé de sa cabine.
La jeune femme s'avança vers lui de sa démarche élégante, ses longs cheveux bleu nuit ondulants derrière elle au rythme de ses mouvements, emplissant la pièce d'une douce odeur de freesia.
« Je suis désolée de venir te déranger dans ta chambre comme ça, s'excusa-t-elle en s'asseyant à proximité du jeune homme. Mais dans le salon nous risquons d'être interrompus…»
Les yeux péridot de la magicienne se fixèrent sur lui et, immédiatement, l'esprit de Riku sembla momentanément quitter son corps. Il réalisa après quelques secondes de brouillard mental qu'il fixait avec fascination les trois grains de beauté formant un triangle sur la joue pâle de son interlocutrice - la perfection géométrique de leur positionnement était déroutante. Conséquemment, celle-ci sembla avoir une terrible réalisation.
« Je m'excuse, lâcha-t-elle hâtivement en s'apprêtant à se lever. Je n'aurais pas dû te réveiller si tôt et t'importuner avant ton déjeuner. »
« Ah non ne t'inquiète pas… s'empressa d'ajouter le jeune homme, la retenant dans sa fuite. C'est Hayate qui m'a réveillé tout à l'heure. D'ailleurs…en parlant d'interruption, j'ai le malheur de t'annoncer que tu ne seras pas en sécurité dans ma cabine non plus… »
Entendant ces paroles, la magicienne étira ses lèvres couleur corail en un sourire espiègle. Cependant, elle ferma soudainement les yeux, avant de crisper ses sourcils arqués et de porter une main laiteuse à sa tempe.
« Tu as mal à la tête?" demanda Riku, inquiété par le comportement étrange de son invitée.
« En quelque sorte, répondit-elle en laissant retomber sa main avant de se tourner vers lui. Mais rien de grave. C'est juste que…bien que nous ayons laissé la boîte dans la salle des machines, j'ai toujours l'impression de l'entendre… »
« C'est bruyant?»
« Je ne dirais pas bruyant, corrigera-t-elle en inclinant légèrement la tête, réfléchissant à ses mots. Juste insistant. Je ne sais pas comment l'expliquer mais, depuis que ce coffre est venu en notre possession, c'est comme si quelque chose en moi avait bougé. »
Riku devait reconnaître que la simple énonciation de ces paroles le rendit soucieux. En effet, il craignait les éventuels effets de la quête des souvenirs sur les deux filles, mais avait accepté ce risque au nom de leur mission. Il demeurait néanmoins effrayé à l'idée d'une disparition graduelle d'Iwako, telle qu'il la connaissait. Il appréciait la présente dualité de la jeune femme: dotée selon lui d'une grande sagesse, mais aussi d'une positivité innocente et d'une aura apaisante, malgré sa personnalité exubérante. Tendu comme à son habitude, le jeune Maître de la Keyblade observa la contenance de la jeune femme à ses côtés. A sa grande surprise, le langage corporel de la magicienne ne montrait aucun signe d'anxiété et il parvint à se détendre quelque peu à son tour.
« C'est peut-être un premier signe de résurgence de ta mémoire?» proposa-t-il enfin, réalisant qu'elle n'était certainement pas venue lui parler pour entendre ses inquiétudes.
« Peut-être bien… admit-elle en tripotant délicatement une des mèches cernant son visage opalin. En attendant, mes nuits sont toujours dénuées de rêves. Sauf que maintenant, je suis accompagnée par ce battement incessant, et je ne sais qu'en penser. Au début, ça me dégoutait mais maintenant, c'est presque… rassurant.»
« Attends, interjecta le jeune homme avant de poser une main alarmée sur le bras de la jeune femme. Je n'ai rien senti de mauvais venant de cette boîte, mais je ne sais pas si nous pouvons faire confiance à mes observations. Il se pourrait que je ne sois pas assez puissant pour sonder le contenu, sans parler du fait que nous ne savons même pas ce que signifient les inscriptions sur ce coffre. Et maintenant tu me dis que son contenu te poursuit en quelque sorte? Je ne vois pas en quoi c'est rassurant...»
Voyant que le masque de passivité habituel du jeune homme s'était misérablement effondré suite à son surplus d'inquiétude, Iwako se couvrit la bouche d'une main afin de cacher son sourire.
« Oh, ne soit pas si pessimiste Riku, rigola-t-elle. Tu es bien plus fort que tu ne le crois et je suis certaine que tu as raison.»
« Je te demande juste de rester vigilante, soupira-t-il finalement en baissant les épaules devant la légèreté de la magicienne. En tout cas, aussi longtemps que le contenu de ce coffre demeure un mystère… Personnellement, j'ai déjà été leurré dans les ténèbres parce que j'ai placé mon espoir en de fausses promesses. »
« C'est peut-être vrai, reconnut la jeune femme en joignant les mains. Mais j'ai envie de croire en ce que tu as dit et ce que je ressens maintenant: que le contenu de ce coffre ne dégage rien de malveillant. Je suis liée à ce coffre. Calypso me l'a donné, à moi. Donc si le contenu est positif, mon ancienne identité risque de l'être aussi. En revanche, si ce n'est pas le cas… »
«Quel pessimisme soudain, l'interrompit alors Riku en voyant la jeune femme s'agiter de plus en plus. Ça ne te ressemble pas… Apparemment, je suis contagieux.»
Sur ce, les yeux de la magicienne s'écarquillèrent et ses lèvres pulpeuses s'étirèrent en un sourire facétieux tandis que toute tension quittait son corps filiforme. Riku ressenti une vague de satisfaction face à l'amusement sur son visage ovale, car il devait l'admettre: il n'était sérieusement pas certain que son humour de seconde zone allait aboutir.
« Tu as raison. Je m'excuse platement pour l'emploi de ce mot, ajouta subséquemment la jeune femme en faisant un geste inutilement grandiose avec l'une de ses mains. Je voulais dire : pragmatique. Tu es pragmatique, alors que je suis… émotionnelle. C'est pourquoi j'avais envie de ton avis sur cette question. »
« Si ça peut t'aider, déclara le jeune homme en souriant d'une manière qu'il voulait rassurante. Je me charge de m'inquiéter de l'option négative. Parce que si ce coffre cache réellement quelque chose de mauvais, j'ai confiance en notre équipe pour le surmonter. »
« Riku, affirma-t-elle finalement sur un ton de plaisanterie, je ne vais tout de même pas te refiler tout le sale boulot. Sora le fait déjà suffisamment et puis… je ne veux pas te torturer plus que nécessaire.»
"Comment ça me torturer plus que nécessaire?", s'enquit le jeune homme subitement mal à l'aise.
«Et bien, hésita la magicienne en baissant ses yeux péridot vers ses paumes ouvertes, comme si elle lisait un pense-bête inexistant. Je sais que tu es déjà excessivement préoccupé par la quête, sauver le monde, tes propres problèmes et ceux de Sora à l'occasion. Tu es si préoccupé en permanence avec ton devoir et tout ça, c'est presque du masochisme! C'est pourquoi je ne veux pas t'imposer encore les miens. J'avais juste besoin de parler pour faire un peu d'ordre dans mon esprit. »
« Pourtant, ne put s'empêcher de plaisanter Riku devant l'étrangeté du terme, ça ne me dérangerait pas de mettre mon masochisme à ton service.»
Iwako l'observa un instant en exorbitant ses yeux en amande de surprise puis, comprenant l'humour, elle laissa apparaître un discret sourire au coin de ses lèvres corail avant de reprendre:
« Dans ce cas, je vais te poser la question qui me tracasse réellement: est-ce que l'utilisation du pouvoir des ténèbres fait de toi une personne mauvaise?»
Devant la soudaineté de la question, ainsi que son caractère sensible, Riku resta un instant sans voix. Le jeune homme était toujours mal à l'aise lorsqu'il s'agissait de s'épancher sur ses sentiments personnels, il devait le reconnaître. Iwako, quant à elle, tortillait nerveusement une mèche bleutée vers sa joue droite, attendant sans doute sa réponse salvatrice. Il décida donc, stratégiquement, de contourner l'interrogation par une question rhétorique:
« Est-ce que tu penses que je suis quelqu'un de mauvais? J'utilise les ténèbres, c'est vrai, même si c'est plutôt à contrecœur… en partie parce que Hayate me sermonne suite à chaque utilisation.»
« Non, avoua la jeune femme en balançant son visage fin d'un côté et de l'autre tout en évitant de le regarder à présent. Je pense que tu as trouvé un équilibre. Et c'est justement ce que j'admire chez toi."
Sous le coup du compliment, Riku dut mettre tout son stoïcisme à l'épreuve pour ne laisser transparaître aucune trace émotionnelle sur son faciès. Comme le jeune homme restait muet, Iwako reprit, le regard perdu dans la contemplation du sol devant elle:
"Tu vois…je crois que je suis comme toi. Mes téléportations sont un peu différentes d'un sort normal…C'est comme une capacité indépendante de ma Keyblade et...je ne peux me téléporter que dans l'ombre. S'il y a trop de lumière, je suis bloquée. »
Riku repensa rapidement à leur évasion de la prison avec Rider à Corona et saisit enfin pourquoi la magicienne avait été incapable de les téléporter hors des murailles: de nombreux projecteurs titanesques étaient pointés sur eux à ce moment-là! Néanmoins, ne sachant pas réellement comment réagir devant l'aveu de la jeune femme, il tenta encore une fois de la rassurer:
« Ca ne signifie pas forcément que tu utilises les ténèbres… après tout, ce ne sont pas des portails comme les miens que tu utilises…»
« Non c'est vrai, admit Iwako en cherchant avec ardeur le contact visuel direct avec les yeux de Riku cachés derrière sa frange argentée en bataille. Je n'utilise aucun portail mais je ne suis pas moins liée aux ténèbres pour l'utiliser! Ils sont comme... un voile. Un voile qui me sépare d'une autre zone, dans laquelle je me déplace. Mais je vois tout ce qui se passe autour de moi quand je m'y trouve. C'est juste comme si le temps et l'espace n'y avaient pas la même valeur … »
Le jeune homme était à présent dérouté: non seulement parce que les pouvoirs qu'Iwako mentionnaient pouvaient, en effet, être tout à fait apparentés aux ténèbres, mais aussi parce que c'était la première fois que la jeune femme s'ouvrait aussi volontairement à lui sur ses craintes. A tort, aux yeux du jeune homme, la magicienne avait toujours incarnée une figure raisonnable et optimiste. Il réalisait à présent qu'elle cachait, avec brio, certains doutes à la vue de tous. Désirant tout de même enquêter sur cette nouvelle forme de "téléportation", le jeune Maître de la Keyblade reprit, d'une voix douce tout en posant une main apaisante sur l'épaule gracieuse de la jeune femme:
« Et lorsque tu utilises cette capacité, comment te sens-tu ? »
« Je me sens à ma place, avoua-t-elle en levant vers lui ses yeux péridot vibrants d'émotions. Comme si en réalité, c'est de ce côté-ci que je ne devrais pas être… »
Iwako fit une pause, cherchant ses mots et fronçant soudainement ses sourcils arqués de tristesse. Puis elle planta à nouveau son regard embrumé de quelques larmes vers le sien et demanda d'un timbre calme, presque consterné:
"Riku, comment je saurais où est réellement ma place? Je ne sais pas si je pourrais trouver la bonne réponse. Et si les souvenirs qui me reviendraient n'étaient pas les miens, ou ceux d'une personne que je ne suis plus? "
Soudainement, le maître de la Keyblade fut envahi par une étrange sensation de déjà-vu. En regardant les yeux brillants de la magicienne qui lui faisait face, sa propre main sur son épaule fine, il entendait ses paroles résonner dans une mémoire enfouie. Il ne saurait dire qui les avait énoncées la première fois cependant, mais il était sûr qu'une personne les avait déjà prononcées une fois devant lui. Au même instant, il ressentit un pincement au cœur - une sensation de perte qu'il refusait d'accepter, et déclara:
"Personnellement, je n'ai aucun doute sur la réponse. Ta place est parmi nous."
"J'aimerais le penser aussi, avoua en soupirant Iwako. Tout ce que je veux, c'est de ne pas disparaître en retrouvant mes souvenirs perdus."
Face à ces paroles, Riku eut une terrible réalisation: l'image d'un garçon blond, aux yeux bleu océan, se volatilisant tel un rêve qui s'évapore au lever du jour.
Roxas. Un simili voué à disparaître au réveil de Sora.
Le cœur lourd, il fixa Iwako avec une intensité effrayante, se souvenant de l'amnésie du jeune homme et de son refus de retrouver la mémoire en raison de son passé obscur dans l'Organisation XIII. Les similarités étaient déconcertantes, et une crainte profonde s'éveilla dans l'esprit de Riku tandis que tous les éléments s'imbriquaient ensemble: la boîte contenait un cœur et la boîte était liée à Iwako par un battement continu la poursuivant. Mais de quel cœur s'agissait-il? Celui d'une "originale", qui causerait la perte de la magicienne? Alarmé, il posa sa seconde main sur l'épaule encore libre d'Iwako.
"Je dois vérifier quelque chose!"
Hors de lui en raison de la peur, il attrapa le poignet de la jeune femme, avant de la tirer contre lui et de poser une oreille à l'endroit de son cœur, espérant de toute son âme y entendre un son vital rassurant.
Tu-tum… tu-tum, tu-tum, tu-tum!
Alors qu'un battement qui s'accélérait graduellement lui parvint depuis la poitrine de la jeune femme, il sentit sous son doigt la pulsion des veines dans son poignet. Instantanément, la terreur qui le narguait s'évapora et son corps se détendit. Le buste entre ses mains cependant lui parut extrêmement immobile et il leva lentement la tête vers le visage pâle de la jeune femme.
"Euh…", ne parvint qu'à balbutier le jeune homme, parfaitement mal à l'aise devant son propre acte.
"Riku, répondit une voix fluette et tremblante. Est-ce que tu peux me lâcher..."
Et il s'exécuta. Une sensation de honte le submergea tel un tsunami inévitable et son esprit voulut s'enfuir de cette chambre - non, de ce vaisseau, à travers les confins de l'espace. Il se leva du lit et se mit à faire les cents pas, meilleure alternative à une fuite désespérée, et tenta une explication, évitant de regarder la figure svelte sur son lit, qui réajustait ses vêtements avec un visage empourpré.
" Désolé je voulais vérifier si ton cœur battait."
"Tu aurais pu me le demander aussi", le réprimanda la jeune femme en levant un sourcil bleu peu convaincu.
"J'ai paniqué."
"Je vois ça…", lâcha-t-elle en ne pouvant cacher son amusement face au désarroi du jeune homme.
"J'avais une théorie, continua-t-il dans sa frénésie explicative et maladroite. Mais je me rends compte qu'elle était absurde! Après tout, cette boîte est immense! La taille de ce cœur serait monstrueuse, ou la boîte excessivement petite par rapport à son contenu. Quoiqu'il en soit, tout va bien, tu as un cœur!"
"Me voilà rassurée", s'exclama-t-elle joyeusement avant de laisser libre court à son hilarité.
Avec des inspirations bruyantes, elle semblait être asphyxiée par la gaieté tandis que des sons aigus, difficile à décrire s'échappaient de sa bouche. Riku était étonné: il n'avait jamais vu Iwako rire de manière si… inélégante. Etait-ce là une victoire, ou une défaite? Il n'en était pas certain.
"Oh Riku, parvint-elle à dire entre deux soubresauts de joie. Je devrais venir plus souvent vers toi pour me remonter le moral! Sous tes airs de taciturne dépressif, tu es tellement drôle."
"Merci…? Je crois."
Avant qu'il ne puisse rétorquer cependant, un bruit sinistre de métal brisé suivi d'un hurlement terriblement grave et plaintif retentirent dans le couloir. Tout amusement se volatilisa alors immédiatement des visages de Riku et Iwako, alors que les deux guerriers de la Keyblade se ruaient dans le couloir, armes au poing. La scène qu'ils découvrirent sur les lieux du crime - la chambre de Sora en l'occurrence - était, contre toute attente, honteusement ridicule: Hayate tenait un t-shirt rose à moitié déchiré entre ses mains d'un air halluciné, alors que des débris de métal difformes jonchaient le sol devant elle. Sora, lui, était posé devant elle à genoux, les mains jointes à l'image d'un fidèle implorant miséricorde par une prière.
"Pitié, c'était un accident! J'avais oublié que je l'avais!"
"Il était sur une de tes… choses! Ça fait des mois que je le cherche, il ne te serait pas venu à l'idée de juste me le rendre?!"
Riku, en profitant pour faire le tour de la mystérieuse pièce interdite du regard, comprit alors que par choses la défenseuse faisait allusion aux nombreux amoncellements de métal qui ornaient la chambre de Sora. Des statues difformes, caricatures d'un art hideux, étaient disposées en labyrinthe grotesque tout autour du lit de l'Elu. Contre les murs recouverts de miroirs gigantesques, dont certains brisés, de nombreuses machines de musculations étaient recouvertes de divers pièces de vêtements sales. Comme dans un labyrinthe de glaces, ce paysage cauchemardesque continuait à l'infini dans les reflets juxtaposés des différentes perspectives. Iwako, quant à elle médusée par l'horreur, repéra un tas de nourriture qui trainait dans un coin de la chambre et s'exclama avec outrance:
"C'était donc toi le voleur de vivres!?"
Elle voulut pénétrer dans la cabine mais sembla marcher sur quelque chose qui la fît reculer hâtivement, avant de s'échapper en direction de la cuisine, se plaignant de la répugnance de la situation tout en abandonnant sa chaussette souillée sur le champ de bataille nauséabond. Riku tourna la tête afin de regarder son meilleur ami, toujours affalé devant Hayate qui brandissait son t-shirt telle une arme de destruction massive.
"Je dois partir, finit par lâcher Riku devant ce pitoyable spectacle. C'est trop tragique."
Impuissant, le jeune Maître de la Keyblade partit à son tour en direction de la cuisine, abandonnant son meilleur ami à son triste sort. Derrière lui, les cris retentissaient tandis qu'il avançait au rythme d'une procession funéraire, le cœur lourd de compassion. En plus de sa pitié pour l'Elu, il devait cependant reconnaître aussi ressentir une sorte de de joie malsaine. Après tout, cette chambre méritait une bonne admonestation qui effacerait quelque peu la honte de son propre geste disgracieux avec Iwako. Quelques minutes plus tard, tandis que la magicienne et Riku avaient décider de s'affronter dans une partie d'échec pacifique en attendant la fin de la tempête, ils virent la silhouette confuse et le visage enflammé par la gêne de Hayate passer dans le couloir avant de claquer bruyamment la porte de la chambre des filles derrière elle. Iwako et Riku avaient brièvement levé la tête de leur jeu, avant de fixer à nouveau leur attention sur le plateau.
« Au fait, lança la magicienne en déplaçant nonchalamment sa reine noire de plusieurs cases. Ça fait plusieurs nuits que ces deux-là se consultent. Ils pensent que je ne suis pas courant, mais ils se trompent : je sais tout ce qui se passe dans ce vaisseau, la nuit. »
« C'est drôle, ajouta Riku en s'emparant du cavalier de son adversaire. Je les ai vus aussi. Ils sont assez mauvais, je dois le dire. Pour se cacher.»
…
En haut d'un promontoire rocheux et sombre, surplombant une sinistre rivière verdâtre où des esprits en peine flottaient à sa surface huileuse, une porte de ténèbres s'ouvrit en silence. Une silhouette féminine se détacha bientôt de sa noirceur. Des langues de brumes léchèrent encore un instant son corps fin tandis que son visage anguleux et fier observait avec condescendance le monde où elle venait de pénétrer. Ses lèvres rouges sang rehaussaient l'effrayant jaune de ses yeux mi-clos, tandis que les cornes sur sa coiffe lui conféraient une étrange aura diabolique. Les iris de la mystérieuse femme se fixèrent soudain sur une forme se déplaçant dans les ombres de la caverne sépulcrale.
« ... l'hospitalité du dieu des morts laisse à désirer... », commenta-t-elle d'une voix suave.
L'homme qui fuyait se stoppa net et se retourna dans un rictus nerveux. Son corps, drapé dans une tunique noire, était entièrement bleu. Ses dents ressemblaient à de fins rasoirs et un feu bleuâtre brûlait timidement sur le haut de son crâne. L'homme soutint le regard accusateur de la femme avec dédain et lança, ironique :
« C'est bizarre... il ne me semble pas t'avoir invitée, Maléfique... »
« Dois-je te rappeler notre ancienne alliance, Hadès ? » Le menaça la sorcière en levant le menton d'une manière inquisitrice.
« C'est marrant que tu en parles justement, railla le dieu d'un ton désinvolte. Parce que je ne me souviens pas avoir reçu de quelconques faveurs de ta part... »
Il sourit à son interlocutrice de toutes ses dents de scie et pointa un endroit de la caverne de son long doigt cadavérique :
« Allez ma cocotte... tu vas me faire le plaisir de sortir de chez moi. La sortie c'est par là ! »
« Je ne désire pas m'attarder... », expliqua Maléfique sans broncher.
« Heu... hésita le dieu des morts. Qu'est-ce que tu fais là alors ? »
La sorcière marcha lentement vers Hadès, qui recula par sécurité. Malgré son statut divin, il ne faisait pas le poids devant la Reine des Ténèbres. Une fois parvenue sous le menton pointu du dieu, Maléfique murmura, les yeux étrangement brillants :
« Je cherche un objet... une grande boîte noire... pourrais-tu la localiser pour moi ? »
Les dès sont jetés: nos héros ne savent pas comment ouvrir la boîte, ni même ce qu'elle contient. Leur seule piste: elle est liée à Iwako. Mais un autre personnage veut la posséder: Maléfique.
