Dernier chapitre dans le vaisseau, promis! après c'est direction le prochain monde!
C'est que depuis la nouvelle sur l'état d'Iwako et la réalisation des 2 garçons concernant les filles, il fallait qu'on prenne encore un peu de temps pour traiter et montrer l'évolution des rapports entre les personnages...
On espère que vous apprécierez lire ce chapitre comme on a eu du plaisir à l'écrire!
C'était aberrant. Depuis le vol de la boîte, Riku ne parvenait pas à quitter Iwako du regard. Tragiquement, ses iris turquoise étaient systématiquement attirés par l'immobilité affligeante des jambes de la jeune femme, emprisonnées par la chaise qui la transportait. L'humeur morose du jeune homme se reflétait certainement dans ses yeux et par conséquent, il tentait d'éviter le regard interrogateur de la magicienne, afin de ne pas l'affliger. Cependant, cette évasion systématique semblait au contraire provoquer une détérioration exponentielle de l'humeur de la jeune femme. Alors qu'ils étaient réunis dans la cuisine autour du petit déjeuner, Riku encore somnolant, celle-ci exprima son mécontentement en déposant violemment une tasse de café face au Maître de la Keyblade, le liquide noir se déversant partiellement sur la table. Elle lui lança subséquemment un regard empli de reproches, avant de se détourner et de l'ignorer complètement. Face à cette scène, la tête de Hayate s'enfonça imperceptiblement dans ses épaules tandis qu'elle fixait avec fascination la crêpe dans son assiette et Sora regardait fixement ses jambes en se mordant nerveusement les lèvres. Perturbé, Riku n'osa pas toucher la tasse dégoulinante devant lui et resta figé, couteau et fourchette en l'air. Hayate toussa subitement, comme si elle avait avalé sa bouchée de de travers.
« Tu ne bois pas ? » demanda Iwako sur un ton monocorde, en fixant Riku de ses yeux électrifiés.
« ... »
Riku ne trouvait pas les mots adéquats à la situation: il ne comprenait pas la soudaine antipathie qui émanait d'Iwako et tenta de sourire de manière rassurante afin de détendre l'atmosphère. Cet acte instinctif échoua cependant lamentablement, au vu du regard désespéré que Sora lui lançait, et eut pour résultat d'envenimer davantage l'humeur inhabituellement exécrable de la magicienne.
« Tu m'énerves, trancha finalement Iwako en reculant sa chaise flottante de la table. Hayate, laissons les garçons s'occuper de la vaisselle. J'ai quelque chose pour toi, viens. »
Sans broncher, la défenseuse s'exécuta sagement et Riku resta pétrifié sur sa chaise, son cœur se brisant en des milliers de petits morceaux lamentablement perdus. Mais qu'avait-il fait ?
« Riku, qu'est-ce que tu as fait à Iwako ? » demanda Sora en s'approchant de son meilleur ami.
« Je comprends rien, admit alors le jeune homme démuni. J'essaie juste de réfléchir à une solution pour la transporter dans le prochain monde... je l'ai peut-être trop fixée ? »
« Riku, reprit Sora avec un air de pitié. Tu n'es pas très conscient de ton expression faciale quand tu fixes quelqu'un en pensant, n'est-ce pas ? »
« Apparemment pas... »
« Et en plus, tu le fais en silence...soupira l'Elu de la Keyblade en commençant à empiler la vaisselle sale. C'est flippant tu sais? J'aurais pas voulu être à la place d'Iwako.»
« Jamais je te fixerai comme je fixe Iwako, Sora. »
« Tu l'as déjà fait pourtant...grommela son meilleur ami. Plusieurs fois. »
« Non», assura Riku.
« Si. »
« J'insiste, réitéra Riku. Je ne suis pas amoureux de toi, Sora. »
Presque immédiatement, le tas d'assiettes que son ami avait rassemblé entre ses bras alla s'écraser sur le sol dans un fracas assourdissant. La mâchoire du jeune élu menaçait de se décrocher alors qu'il fixait son meilleur ami avec ses yeux incroyablement bleus et écarquillés.
« Me dis pas que tu n'avais pas remarqué ? », lâcha Riku, fatigué.
« Comment j'aurais pu?! hurla alors Sora en tremblant étrangement. Rien dans ton comportement ne m'aurait mis la puce à l'oreille ! Tu es... nul ! »
« Merci Sora, grogna le jeune Maître de la Keyblade. Je te retourne le compliment. Comment ça se passe avec Hayate d'ailleurs ? »
« Meurs, » répliqua Sora en lançant un regard amer en direction de Riku, qui laissa alors sa tête tomber sur la table, ce qui produisit un grand bruit sourd.
« Riku ! paniqua la voix de son meilleur ami au-dessus de lui. C'était pas sensé être littéral!»
« Je suis trop déprimé pour te répondre cyniquement, ajouta le jeune homme, son front toujours misérablement abîmé dans la table, cachant son expression derrière ses cheveux argentés. Tu as raison, laisse-moi mourir. Tu as vu comment elle est partie ? Elle me déteste... »
C'est alors qu'il sentit une main chaleureuse se poser sur son épaule. Levant la tête, Riku aperçut le regard embrumé de Sora le fixer avec compassion.
« Viens Riku, fit-il de manière encourageante. Allons casser quelque chose.»
« Quoi ? »
« Tu verras, c'est génial, ajouta Sora en lui lançant un radieux sourire exposant l'entièreté de sa dentition. On a peut-être pas de barils ou de caisses inutiles, mais j'ai encore mieux...»
Incertain, et regardant le tas de porcelaine brisée sur le sol, Riku décida finalement d'abandonner toute bienséance au profit de sa dépression et de suivre son ami jusqu'à sa chambre. Traînant mollement son corps à la suite d'un Sora bondissant, il se retrouva bientôt face à la porte de la cabine numéro un... ou du moins ce qu'il en restait après les assauts répétés d'Hayate sur sa structure.
« Il est temps, commença Sora, de libérer cette porte de ses souffrances. »
Riku se demanda brièvement si son ami avait définitivement perdu la tête, mais abandonna cette réflexion en réalisant qu'il allait lui-même participer à l'acte de folie prévu dans l'esprit perturbé de l'élu. Sa quête de la porte de la lumière avait-elle provoqué une étrange aversion pour tous types de portes ?
« Maintenant, prends ta Keyblade, commença t-il en faisant magistralement apparaître Ame de Roi. Imagine que cette porte représente toutes tes frustrations ! Et... frappe !»
Le maître de la Keyblade regarda son ami, et délibéra momentanément en lui-même pour déterminer s'il était réellement suffisamment abattu pour s'adonner à un tel acte de vandalisme gratuit. Regardant l'état semi-décédé du battant cependant, il admit que ce dernier devrait bientôt partir de toute manière. Son heure était visiblement venue.
« Au revoir, Porte ! » Déclara Sora avec férocité, en levant sa Keyblade au-dessus de sa tête avant de l'abaisser et de détruire l'un des gonds.
Roulant des yeux, Riku dégaina Point du Jour à son tour et libéra finalement le sas d'ouverture de son dernier gond et, par la même occasion, de son existence moribonde. Dans un gémissement plaintif, il alla s'écraser contre une des statues de Sora, brisant un miroir par la même occasion et emportant avec lui un pied du lit. Un silence profond s'installa tandis que lentement, la poussière retombait sur le cadavre de la chambre de Sora.
« Tu l'as fait ! hurla ce dernier. Bravo Riku ! »
« Tu vas faire quoi maintenant ? s'étonna le jeune homme en jetant un regard en biais au lit menaçant de s'écrouler. Ta chambre est une ruine ! »
« Bah, lâcha Sora en fouettant l'air de sa main. Je vais dormir chez toi, évidemment ! »
« Ah... saisit Riku avec morosité. C'est ce qu'on appelle se tirer une balle dans le pied j'imagine... »
« Quoi ! s'irrita son meilleur ami. Ce sera comme quand on était gosses ! Allez, ce sera drôle! »
« Quand on était gosses, soupira Riku en se massant l'arcade sourcilière. C'était une fois par mois...pas tous les jours... »
« D'accord... capitula le jeune Elu en haussant les épaules. Alors je vais recycler le rideau de douche quoi... et réparer mon lit. »
« Fais. »
Ne ressentant aucune empathie pour l'intimité décédée de Sora - comment pouvait-il se résoudre à vivre derrière un mince rideau translucide dans une collocation avec deux membres de la gente féminine? - Riku retourna à la cuisine afin de cacher les débris de leurs méfaits. Il réalisa alors qu'il allait effectivement mieux ! A son grand étonnement, la méthode de Sora semblait avoir fonctionné. Son problème n'était pas résolu, certes, mais sa bienséance rétablie et son processus intellectuel à nouveau en état de fonctionner. Ainsi, il sortit la ramassoire et entamait sagement le nettoyage du sol de leur cuisine quand les deux jeunes femmes firent irruption dans la pièce.
« Qu'est-ce que ce capharnaüm? s'exclama la voix de Hayate au-dessus de la tête de Riku. Et où est Sora ? »
Au même instant, un bruit de perceuse retentit depuis la cabine de l'élu accompagné d'un heureux sifflement.
« Il répare son lit", répondit Riku sans la regarder.
« Mais pourquoi ? »
« Parce qu'on a brisé sa porte, expliqua Riku avec dépit. Nous avons aussi perdu notre rideau de douche. »
« Et la vaisselle ? »
« Cassée. C'était un accident. »
« Non mais je rêve... soupira la voix d'Iwako quelque part sur sa gauche. Pire que des enfants ! On peut pas vous laisser seuls dix minutes sans que vous ne détruisiez notre maison ? »
Depuis le sol, Riku admit la véracité de cette critique et se cacha derrière sa frange en continuant à racler le sol de sa balayette sous les yeux ébahis des deux jeunes femmes. Avant de lever enfin la tête et d'apercevoir des bottes en daim étrangères. Etonné, il suivit les jambes chaussées de ces hautes bottines sombres recouvrant un pantalon en cuir relativement serré et orné d'une ceinture dorée et cloutée au niveau de la taille. Recouvrant une brassière rose opaque, une courte veste dont les extrémités semblaient décorées de motifs à carreaux magenta cachait ses épaules habituellement dénudées. Les manches en asbeste de sa jaquette étaient retroussées au niveau des coudes, révélant des gants noirs et blancs agrémentés de plaquettes de métal.
« Alors ? Demanda Iwako, étrangement remise de sa mauvaise humeur matinale. Tu en penses quoi ? Je trouvais que depuis la perte de son armure, ses vêtements n'étaient réellement plus...décents. »
Riku hésita un instant avant de répondre et fixa à nouveau ses yeux sur Iwako. Son état colérique s'était magiquement évaporé, peut-être grâce à la contribution de sa meilleure amie lors de leurs séances d'essayage, mais Riku ne parvenait pas à dissiper l'étrange sensation de dissonance qu'il ressentait face à son sourire. Décidant de ne pas de gratter la surface de ses sautes d'humeurs immédiatement, il se tourna alors vers Hayate.
« Elle est plus couverte, hésita Riku en dévisageant la défenseuse. Je l'admets, mais... »
Levant le poing de manière menaçante, Hayate s'exclama avec colère.
« Mais quoi ?! Qu'est-ce que tu insinues ? »
«Rien, la rassura le jeune homme avec honnêteté. Ça te va à ravir.»
Il ne mentait pas. En effet, au premier abord il avait été surpris par cette tenue, finalement très séduisante malgré la dureté des matières choisies, et mettant en valeur ses courbes de femme. Elle qui d'habitude avait plus tendance à les cacher derrière un gros t-shirt informe. Entendant ce compliment, les yeux bleu ciel de la défenseuse s'écarquillèrent d'étonnement tandis qu'Iwako croisait les bras avec satisfaction en levant la tête vers sa meilleure amie.
« Tu vois, je te l'avais dit ! »
A cet instant, Sora apparut à l'embouchure du couloir menant au salon et son visage, jusqu'alors jovial et enfantin, perdit brusquement toute innocence. Effectivement, ses yeux balayèrent le dos de la défenseuse de haut en bas, s'arrêtant brièvement au niveau de ses hanches amoureusement enserrées dans le cuir luisant du pantalon noir. Choqué par la nouveauté de cette expression sur le visage de son meilleur ami, Riku se leva brusquement et s'exclama, outragé :
« Un peu de respect! »
Ne comprenant pas la soudaine exclamation du jeune Maître, les deux femmes le regardèrent avec effarement avant de réaliser qu'il fixait un point dans leur dos. Elles se tournèrent alors d'un même mouvement et dévisagèrent Sora, qui avait récupéré une expression faciale humainement acceptable, mais néanmoins rougeoyante.
« Sora parfait! s'exclama joyeusement Iwako alors que Riku notait Hayate détournait sa figure en rougissant légèrement. Qu'est-ce que tu en penses ? »
« Euh... répondit le garçon démuni en se raclant la gorge gutturalement, avant de bégayer. Oui alors, euh...c'est t-t-très, très... bien. »
« Bien ? Insista Iwako avec une pointe de déception dans la voix. C'est tout ? »
« Oui Sora, ajouta Riku à son tour, le regardant d'un œil mauvais. C'est tout ce que tu as à nous dire ? Où est passé ton vocabulaire ? »
Apercevant des perles de sueurs froides se former sur le front du jeune homme, Riku fut finalement empli de remords et décida d'aider son ami de toujours dans ce moment de honte, comme celui-ci venait de le faire pour lui quelques instants auparavant.
« Il te trouve très belle, Hayate. »
« Oui ! S'exclama alors Sora avec une vigueur retrouvée, en levant un pouce en direction de la défenseuse à la chevelure rose. Magnifique ! Super cool ! »
« Vous exagérez, rétorqua alors la personne concernée en leur tournant le dos. Ce ne sont que des vêtements... »
Elle passa à côté de Sora afin de rejoindre la cabine numéro 3 et celui-ci observa alors son visage pudiquement abaissé avec un sourire éberlué… Le malaise de la jeune femme sonnant sans doute comme un cor de victoire dans son esprit.
La silhouette fuyante de la défenseuse disparut peu à peu de leur vue et Riku lança un regard hésitant à Iwako. Immédiatement, les pupilles de cette dernière trouvèrent les iris turquoise du jeune homme, à l'image d'un missile à tête chercheuse, et son sourire s'évapora comme un mirage dans un désert aride. Fouillant ses pensées afin de trouver son courage, le maître de la Keyblade s'avança alors vers elle et s'abaissa afin de lui faire face.
"Je ne sais pas exactement pourquoi tu m'en veux, expliqua-t-il sur un ton hésitant, inspirant profondément afin de continuer sur un ton calme. Mais je t'assure que je ne voulais pas te mettre dans une telle humeur ce matin. Est-ce que tu serais d'accord de m'expliquer ce que j'ai fait?"
Le visage à l'opposé de celui de Riku se crispa dès lors dans une expression étrange: un mélange incongru de réalisation et de retenue, peut-être même de sidération, passa momentanément sur le faciès ovale d'Iwako, avant de disparaître à nouveau.
"Ne t'inquiète pas Riku, s'exclama-t-elle urgemment, affichant un énorme sourire. J'étais juste de mauvaise humeur, tu n'y es pour rien, je te l'assure. Je suis juste un peu tendue ces derniers temps, mais ce n'est rien de grave."
"Tu en es sûre? insista le jeune homme aux cheveux d'argent en fronçant les sourcils, sincèrement inquiet pour la santé tant morale que physique de la jeune femme.
"Certaine! Alors arrête avec cette expression rigide quand tu me regardes, s'il te plait. Je vais bien."
Lors de la prononciation de ces paroles, sur un ton parfaitement enjoué, Riku aperçut brièvement les mains de la magiciennes se poser de manière protectrice sur ses jambes inertes. Au bord de la panique et ressentant une forte pesanteur dans sa poitrine, il ne savait comment continuer la conversation, bien qu'il le pensait nécessaire. A quel point ces paroles étaient-elles un mensonge? Devait-il réellement insister?
Finalement, il décida tout de même de prendre le taureau par les cornes et de formuler la question essentielle que tout le monde semblait éviter de poser.
"Je suis content d'entendre que tu ailles bien, commença Riku avec prudence. Mais il faut encore que nous réfléchissions à la suite du voyage, plus particulièrement… comment tu nous accompagneras."
Sur ces paroles et filtrant au travers de son masque d'allégresse, une brève expression de douleur traversa le visage de la magicienne. Avant qu'elle ne puisse répondre cependant, la voix de Sora, qui avait été une présence étrangement silencieuse depuis le début de cette conversation, explosa soudainement.
« Mais on va la porter ! C'était évident non ? Pourquoi en faire tout un fromage, on est tous super forts...»
Quatre yeux vides se fixèrent sur le jeune héros de la Keyblade. Sa simplicité était parfois une réelle bénédiction s'avoua Riku intérieurement…
…
Jusqu'alors, Riku et Hayate avaient utilisé l'arme de la procrastination abondante afin de retarder leur avancement dans la quête et de donner plus de temps à la magicienne afin de récupérer de ses blessures. Depuis qu'Enna Kros avait confirmé son état irréversible cependant, ils avaient abandonné ce procédé et avaient poursuivi leurs recherches dans le Livre des Prophéties. Enfin, après quelques jours d'insomnie et de surconsommation de caféine, ils avaient terminé la traduction du poème menant à la prochaine étape de leur quête:
Dans un nouveau monde sauvage,
Où le vent caresse les souvenirs enfouis,
Au pied de l'Arbre sans âge,
Se trouve la Rose qui jamais ne vieillit.
Bravant la guerre et la violence,
L'Amour, se défaisant de tous ses liens,
Saura aider l'Âme en errance,
Sa flèche lui révélant son destin.
Ne parvenant pas à relier ces quelques vers à un univers qui leur était connu, les deux enquêteurs allèrent consulter Sora, qui avait indéniablement la plus ample expérience en matière de voyages inter-mondiaux et saurait peut-être leur indiquer le nom de leur prochaine destination.
« Dans un nouveau monde sauvage… commença Sora en se grattant la tête. Ça ne me dit rien. Sauvage, j'aurais pensé à Simba ou encore Tarzan… mais l'arbre sans âge, ça ne me dit rien du tout… »
« Super, soupira alors Hayate en laissant tomber ses épaules de désespoir. Ça veut dire qu'il faudra parcourir la base de données pour trouver un monde dont la description coïncide avec ce poème… ça peut nous prendre des semaines ! »
« Alors qu'est-ce qu'on attend, rétorqua Riku avec lassitude, se massant la tempe en fermant les yeux. Allons-y. »
« Tu dis on, mais ça ne sert à rien de s'y mettre à deux, ajoute cependant la défenseuse en croisant les bras. Il n'y a qu'un écran.»
Soudainement, elle sembla réaliser quelque chose et ses sourcils se froncèrent. Puis, dans un moment qui emplit Riku d'un sentiment d'appréhension intolérable, le visage rond de la jeune femme afficha un sourire machiavélique, lorsque que ses yeux azurés emplis d'un profond sadisme se rivèrent sur le Maître de la Keyblade.
« Je te nomme responsable de cette tâche essentielle, Riku ! Après tout, je serais plus utile à parcourir le livre afin de trouver d'autres passages qui pourraient nous intéresser. Je suis, admettons-le, la seule suffisamment compétente pour le traduire.»
« Vile créature », murmura alors Riku en se dirigeant vers la cabine de pilotage, tandis que Hayate s'installait confortablement dans un canapé du salon, un biscuit dans une main et le livre des prophéties dans l'autre.
…
Deux jours plus tard, la tête de Riku reposait mollement sur le panneau de contrôle, ses cernes noircis par les nuits blanches et ses cheveux inhabituellement ébouriffés. Il balançait sa tête contre l'écran plat en laissant s'échapper d'étranges plaintes de désarrois. Après tout ce temps, il avait parcouru des milliers de mondes dans les galaxies de la Voie Stellaire ainsi que celle du Flux Brumeux et ne parvenait pas à en trouver un seul qui semblait abriter un arbre sans âge. La Terre des Lions, initialement mentionnée par Sora, aurait effectivement pu correspondre à la poésie, dans la mesure où elle contenait un arbre nommé "l'arbre de la vie". De même, la Jungle de Tarzan contenait elle aussi un énorme arbre abritant le nid des gorilles. En revanche, dans les deux cas, aucune mention d'une quelconque rose n'était décelable. Encore moins d'une flèche révélant un destin…
Ainsi, il avait changé de perspective et avait recherché le monde du Château de la Bête, se focalisant sur d'autres éléments du poème. Malheureusement, cela faisait un moment que la rose était devenue obsolète, car la malédiction de la fée avait été brisée, et la rose était donc déjà fanée.
Se cognant la tête contre la surface devant ses yeux à plusieurs reprises, Riku grogna avant d'abandonner complètement et de se lever afin de se servir un autre café et de libérer son esprit engourdi. Il se posa un moment à la cuisine et observa Sora, qui tentait vainement d'assister Iwako dans sa préparation du dîner, tout en sirotant son café.
Lisant le poème traduit sur une feuille volante pour la énième fois, Riku sentit soudain une présence derrière son dos, accompagné d'une agréable odeur de freesia. Réalisant que la magicienne s'était approchée afin de regarder la copie qu'il tenait entre ses mains, il tourna la tête et aperçut son visage ovale à quelques centimètres seulement du sien. Son faciès opalin était découvert, ses cheveux sombres parcourus d'éclats d'un bleu lapis lazuli étant désormais attachés en chignon décontracté et orné de la baguette à cheveux confectionné par Riku. Naufragé dans ses yeux péridot tel un cachalot échoué sur une plage, le jeune homme perdit momentanément son courant de pensée. Les battements habituellement réguliers et calmes de son cœur s'accélérant prodigieusement, alors que la jeune femme parcourait calmement les quelques vers du poème de son indexe, avant de s'arrêter sur la dernière phrase.
"Tiens, ça me fait penser à Jack tout ça."
"Jack? " demanda Riku d'une voix qui lui paraissait lointaine.
"Tu sais, le compas de Jack! répondit la jeune femme énergiquement, ignorant l'absence d'esprit qu'elle venait de provoquer chez son interlocuteur. Rose, Vent, et flèche… c'est un compas non?"
"Mais bien sûr! s'exclama alors le maître de la Keyblade, oubliant soudainement ses palpitations cardiaques et se concentrant à nouveau sur leur quête. La rose des vents!"
Le jeune homme se leva brusquement et se dirigea à nouveau vers la cabine de pilotage, devenue sa prison durant les quelques jours précédents. Accompagné de la magicienne, il tapa alors "rose des vents" dans le panneau de contrôle, qui afficha immédiatement deux résultats. Le premier était celui des Pirates, qu'ils avaient d'ores et déjà visité afin de trouver le mystérieux coffre, et le second était un monde inconnu, nommé la "Terre des Powhatans".
"Je doute fortement qu'une seconde clé se cache aux caraïbes, pensa Riku à voix haute. C'est forcément l'autre monde."
"Il est dans la galaxie de l'Eclipse, ajouta Iwako en tentant de se rapprocher du clavier afin de lire la description affichée à l'écran.
Immédiatement, Riku recula sa propre chaise afin de lui donner accès au panneau de contrôle, conscient qu'avec sa chaise flottante ils ne pourraient pas être simultanément assis face à l'écran holographique du vaisseau.
" Ça nous prendra un petit moment pour l'atteindre, continua la jeune femme avec un sourire légèrement amer. Mais… "Ce monde entoure un saule pleureur éternel, où le vent ne cesse jamais de souffler et les rivières se déversent librement dans la mer. Un bateau d'un monde lointain est amarré à ses côtes boisées"… C'est forcément le monde que nous cherchons!"
*roulements de tambours*
Les paris sont lancés! dans quel monde Disney pensez-vous qu'ils vont atterrir?
