Arrivée mouvementée dans un nouveau monde inconnu...
Tous nos héros sont un peu à cran: arriveront-ils à trouver la Clé des Vents dans ce monde?

Triomphants, Iwako et Riku voulurent glorieusement annoncer leur réussite à leur deux autres compagnons, mais lorsqu'ils arrivèrent au salon et virent la cuisine, les deux jeunes gens se figèrent d'horreur : l'intégralité du comptoir était recouvert d'éclats d'oeufs brisés, vitellus et albumen dégoulinant lentement dans les pics bruns de Sora. Probablement par désespoir, le jeune homme semblait avoir abandonné les oeufs suite à maintes tentatives infructueuses et était désormais passé à l'assaisonnement, jonglant avec son poivrier comme un clown servant d'intermède au cirque, se pavanant tel un paon en rute devant la femelle de son cœur.

"Oh mon dieu ! Sora ! s'exclama Iwako horrifiée. Je t'avais simplement demandé de dépecer la caille parce que ça me dégoute. Pourquoi tu as essayé de la cuisiner!?"

"Et pourquoi tu ne peux pas assaisonner un plat comme une personne normale?" ajouta à son tour Riku en le fixant avec jugement.

Déconcentré par le soudain flot de paroles, l'Elu laissa tomber l'outil d'assaisonnement, qui alla s'écraser par terre, s'ouvrant sous le choc et déversant son contenu sphérique sur le sol. Sora releva la tête innocemment et lâcha un pitoyable :

« Oups. »

Stupéfaite, Iwako se tourna alors vers son amie posée sur le canapé, le Livre des Prophéties entre les mains.

« Hayate ! Pourquoi tu ne l'as pas arrêté ?! Tu as vu ce chaos ? »

« Hmm ? »

La défenseuse se contenta de fredonner une réponse et Riku réalisa soudain le motif justificatif des actions extravagantes de l'Elu : en effet, Hayate était si profondément immergée dans la lecture du texte sous ses yeux qu'elle ne portait aucune attention à ses alentours. Or, ce manque d'intérêt devait avoir troublé Sora, qui avait alors vainement tenté d'attirer l'attention de la jeune femme par la démonstration de ses fabuleuses acrobaties culinaires. Observant la triste apparence de Sora, Riku se jura à lui-même que, quoiqu'il advienne, il ne s'abaisserait jamais à abandonner sa fierté de la sorte... Enfin, dans le meilleur des cas.

Intrigué par ce qui avait tant monopolisé l'intérêt de la défenseuse, Riku s'approcha finalement d'elle afin de scruter la page qu'elle semblait analyser. Elle paraissait être focalisée sur un passage spécifique, un crayon à la main et une feuille volante recouverte de notes étant posée sur la seconde page.

« Tu as trouvé quelque chose ? » demanda alors Riku en tentant de déchiffrer les phrases quasi illisibles qu'elle avait gribouillées sur la note.

La jeune femme releva enfin la tête, visiblement étonnée par la présence de ses compagnons autour d'elle.

« Oui, sans doute », avoua-t-elle alors en baissant à nouveau les yeux sur la prophétie qui la fascinait. Je pense avoir trouvé le poème concernant la boîte d'Iwako… »

« Quoi ?! » s'exclama immédiatement la magicienne avant d'avancer sa chaise en direction de son amie. Je peux voir ? »

« Je vais vous lire ce que j'ai traduit jusqu'ici, » répondit Hayate avant de commencer sa récitation d'une voix sévère.

Surgissant du fond des âges,

Les Gardiens offrirent au Roi des Sages,

Un augural et fascinant receptacle,

Qui fut jadis confié au Sixième Oracle.

Cependant le coffre fut oublié,

Et l'Apprenti perdit son identité.

Gare au Porteur qui ce trésor convoite,

Car celui qui possède la boîte,

S'engageant sur les chemins du Traître,

Des Ténèbres deviendra le Maître.

« Et bien merveilleux, rechigna Iwako en posant une main contre son front. Il ne suffisait pas que la boîte soit affiliée aux Ténèbres j'imagine… »

« Ne te sens pas concernée Iwa, trancha Hayate en se tournant vers son amie avec assurance. Ces prophéties sont toutes sujettes à interprétation et nous ne savons pas pourquoi tu as reçu cette boîte. Il se peut que tu en sois simplement la gardienne, et qu'au contraire tu protégeais le monde contre ce traître. N'oublie pas que tu pourrais tout aussi bien être ce sixième oracle dont il est question dans le quatrième vers. Je suis persuadée que cette dernière phrase ne te concerne en rien. »

Un léger sourire étira les lèvres corail de la magicienne, mais Riku y discerna de la résignation. En effet, le jeune homme savait qu'Iwako cachait la nature réelle de ses pouvoirs à sa meilleure amie par crainte d'être jugée, ou pire, repoussée. Ces paroles ne semblaient que renforcer cette idée à ses yeux, Hayate conservant visiblement sa notion que toute affiliation aux Ténèbres signifiait automatiquement être corrompu par le Mal. Et cela, malgré son acceptation récente de Riku. Cela dit, le Maître de la Keyblade avait surtout l'impression qu'elle lui avait créé une sorte de case dans son subconscient, lui donnant le privilège de ne pas être classifiée sous la notion d'ennemi comme les autres utilisateurs des Ténèbres. Décidant qu'il était temps de changer de sujet, Riku annonça donc la découverte de leur prochaine destination à ses coéquipiers, qui le suivirent dès lors dans la cabine de contrôle afin de lire les informations concernant le nouveau monde.

Suite à l'activation du transfert par Sora, l'habituelle sensation de décomposition moléculaire s'empara immédiatement de Riku. Contrairement à leur habitude cependant, ils n'atterrirent pas sur la terre ferme, mais à une dizaines de mètres au-dessus d'un lac embrumé, dans lequel une cascade se déversait en continu. Toute l'équipe de guerriers de la keyblade étaient en pleine chute libre en direction de la surface aqueuse. En temps normal, cela n'aurait pas posé de problème, mais immédiatement les pupilles de Riku se rivèrent sur Hayate, qui tenait Iwako entre ses bras fins. Comment allaient-elles nager dans ces conditions?! Dans un moment d'impulsivité incontrôlable, Riku activa un portail des Ténèbres en-dessous des deux femmes, de Sora et de lui-même afin de les sauver de la noyade. Aussitôt, les quatres voyageurs atterrirent au milieu d'une dense forêt d'arbres feuillus et Hayate posa immédiatement Iwako dans les feuilles morts avant de détaler afin de se réfugier derrière le tronc le plus proche. Dubitatif, Riku voulut la suivre mais s'arrêta net quand il entendit des borborygmes de régurgitation. Pétrifié, le Maître de la Keyblade observa le dos courbé de la jeune femme, qui s'appuyait contre un arbre, alors qu'elle vidait son estomac sur le sol forestier. Après accomplissement de sa tâche ardue, la jeune femme tourna lentement la tête en direction de Riku. Ses yeux azurés, remplis de reproches, trouvèrent la silhouette du jeune homme qui l'avait forcée à traverser un portail étant composé de sa plus grande faiblesse.

"Tu m'as trahi, mécréant."

"J'ai choisi Iwako, répondit le jeune Maître sur un ton parfaitement monocorde. Navré."

"La sécurité prime, j'imagine. Mais tu aurais pu me prévenir."

"Avoue que je t'ai sauvée, rétorqua te serais noyée avant de laisser Iwako couler dans le lac."

"Tragique vérité, admit Hayate d'un ton sec. C'est une observation logique, je l'admets."

"Tu as encore quelque chose au coin de la bouche si jamais, ajouta Riku, recevant un regard empli de haine en échange. C'est pour ton honneur que je dis ça, tu devrais m'être reconnaissante, alors si tu pouvais cesser de m'immoler avec tes yeux?"

En guise de "gratitude", la jeune femme cracha par terre avant de retourner auprès d'Iwako et Sora qui étaient restés en retrait, la première par dégoût, le second par terreur.

"Ne perdons pas de temps", ajouta la défenseuse en essayant de ramasser Iwako, qui leva la main devant elle avec une expression désolée.

"Laisse, fit la magicienne d'une toute petite voix. Sora peut me porter…"

"J'ai été propre dans ma déchéance, assura la jeune femme aux cheveux saumonés. Sois rassurée."

"Ecoute Hayate, soupira Iwako avec un petit sourire forcé au coin des lèvres. Je t'aime, mais j'ai mes limites."

Sans doute quelque peu vexée par le refus de son amie, Hayate laissa s'échapper un étrange son guttural de sa trachée, ressemblant fortement à un grognement.

"Et donc… demanda-t-elle à Riku avec agacement. Où nous as-tu téléportés?"

Honteux, le jeune homme se passa une main dans les cheveux avant d'admettre:

"Aucune idée, j'ai paniqué."

"Toutes mes félicitations vénérable Maître de la Keyblade, ironisa Hayate en croisant les bras sous sa poitrine. Vous nous avez sauvés."

"Ta gueule", s'irrita le jeune homme aux cheveux d'argent.

"Wow! s'exclama soudain Sora, bras en l'air, en s'interposant entre les deux compagnons. Fini les coeur à coeur les amis! Je propose de grimper à cet arbre et de trouver un chemin!"

" Au moins lui il réfléchit", lança encore Hayate en fixant toujours Riku de ses yeux acérés.

"Silence!"

"Vous n'avez pas bientôt fini avec vos enfantillages?", intervint soudainement Iwako, assise par terre, la tête baissée vers le sol.

Elle tendit alors une main implorante vers Hayate, qu'elle avait pourtant refusée quelques instants auparavant, lui demandant silencieusement de la prendre dans ses bras.

"J'ai besoin d'aller aux toilettes, admit finalement la jeune femme du bout des lèvres, en cachant son visage derrière ses cheveux bleutés. Aide-moi s'il te plaît."

Horrifié, Riku sentit son coeur éclater dans sa poitrine. Alors qu'ils avaient continué leurs échanges saugrenues en blaguant comme des imbéciles, Iwako avait été abandonnée dans l'humus, incapable de bouger par elle-même. Il eut la soudaine envie de vomir à son tour, plus dégouté par lui-même que par réelle maladie, mais se racla la gorge et tenta de sourire de manière rassurante, cachant sa gêne par la même occasion.

"Sora et moi allons chercher une route de l'autre côté dans ce cas. Prenez votre temps."

Il attrapa son ami d'enfance par le bras et le traîna derrière lui afin de s'éloigner de leurs compagnons féminins, fuyant lâchement. Le visage de Sora était quant à lui déformé par la tristesse, ses grands yeux bleus ne cachant pas la douleur qu'il ressentait à la vue de la magicienne manquant si cruellement d'autonomie. Une fois suffisamment loin, la tension quitta le corps de Riku et il se retrouva accroupi par terre, la tête entre les mains, sous le regard étonné de Sora resté debout. Un long silence s'installa initialement, durant lequel Riku tenta de retrouver son calme. En réalité, il avait la soudaine impression de faire une crise de panique, mais il ne savait pas comment l'extérioriser. Sora lui attrapa alors une épaule dans une étreinte chaleureuse, comme s'il essayait de contenir l'angoisse qui le menaçait.

"Ca va aller Riku. On va trouver une solution. "

Rassuré par les paroles et la présence de son ami, Riku nota effectivement sa frénésie retomber quelque peu. Sora étant Sora, il n'avait jamais failli à trouver des solutions là où toute autre personne aurait abandonné. Riku savait que personne en ce monde ne méritait autant sa confiance que le garçon qui lui était venu en aide plus d'une fois par le passé, même lorsqu'il ne l'aurait pas mérité.

"Je sais, tenta de se rassurer le jeune homme. Et je sais que c'est spécifiquement dans ce monde que nous sommes forcés de contourner les solutions magiques ou technologiques. Mais cette situation m'insupporte. Et si je me sens comme ça… je ne veux même pas imaginer ce qu'elle ressent, elle."

"Dépêchons-nous de trouver cette clé, décida Sora en fronçant ses sourcils en V. Si c'est pour continuer comme ça, je ne veux pas rester une seconde de plus dans ce monde non plus…"

Quelques instants passèrent avant l'arrivée des deux filles. Lorsqu'elles émergèrent d'entre les arbres, Iwako, qui était installée sur le dos de son amie, les bras entourant son cou afin de se sécuriser, semblait avoir retrouvé le sourire. Se dirigeant vers Sora, Hayate confia son amie à l'Elu avant de se porter volontaire pour atteindre la cime des arbres. D'un seul bond impressionnant, elle se retrouva accrochée au plus haut d'un sycomore particulièrement imposant et tendit une main devant ses yeux afin de protéger ses iris célestine des rayons éblouissants du soleil. Contrairement aux racines, le pinacle des arbres n'était effectivement pas recouvert par la brume et Riku vit Hayate regarder autour d'elle avec émerveillement. Profitant de l'air du vent encore un peu plus longtemps, elle redescendit finalement en se lançant simplement dans le vide, atterrissant avec fracas en face de ses trois alliés restés au sol.

"C'est magnifique! admit-elle. Mais je ne vois pas de village à des lieux à la ronde. Par contre, j'ai vu un filet de fumée vers le nord-ouest, donc je propose de le suivre. Là ou il y a de la fumée, il y aura sans doute un feu."

"Je suis d'accord, acquiesça Riku en hochant la tête, le groupe commençant son avancée. Mais n'oubliez pas que si nous rencontrons d'autres personnes dans ce monde, nous ne devons pas attirer l'attention sur nous avec nos armes et nos pouvoirs. Contrairement à d'autres mondes que nous avons visités, utiliser la magie ici risquerait d'éveiller des suspicions relativement graves et de nous attirer des ennuis."

"Ah, soupira Sora nostalgique, passant prudemment par-dessus une racine. Si Donald était là, il insisterait sur l'ordre de ce monde. Il en faisait toujours tout un plat."

"Et non sans raison, rétorqua sévèrement Riku. Nous devons être particulièrement prudents étant donné que les Sans-coeurs n'ont pas encore influencé ce monde. Il est donc resté dans son état initial, sans perturbations externes."

"Du coup, ajouta Iwako depuis l'épaule de Sora, interdiction de sortir nos Keyblades! N'oubliez pas qu'en plus d'être le seul moyen de les détruire, les Keyblades attireraient aussi les Sans-coeurs. Nous serions donc responsables de leur apparition dans ce monde resté jusqu'ici imperturbé par le combat entre la Lumière et les Ténèbres."

"De toute manière, ajouta Hayate en haussant les épaules tout en enjambant une racine. Il serait inutile de sortir nos Keyblades sachant qu'elles ne peuvent blesser que des créatures des Ténèbres. Or, sans Sans-coeur et Simili, elles sont parfaitement inutiles...sauf pour la magie, soit."

"La magie c'est hors de question, s'insurgea Riku soudainement. Les habitants de ce monde croient en des divinités issues de la nature, et je ne souhaite pas être accidentellement confondu avec un messager divin parce qu'on aurait lancé un Brasier pour allumer un feu de camp."

"Bah, ce serait marrant non? minauda Sora sur un ton léger. D'être pris pour un dieu. Avec des pouvoirs cosmiques phénoménaux et tout ça."

"Tu confonds les dieux avec nos amis les génies là, Sora, rectifia Iwako tandis que le jeune homme la replaçait sur ses hanches afin qu'elle ait un appui plus confortable. Et puis personnellement je ne souhaiterais pas être un dieu. Ca m'a l'air d'être bien trop de restrictif, avec toutes sortes de responsabilités…"

"Un grand pouvoir implique en effet de grandes responsabilités, concéda Hayate avec sérieux. Mais personnellement, si cela me permettait de vaincre les Ténèbres une bonne fois pour toutes, je ne serais pas réfractaire à un tel statut!"

"Non, trancha Riku pour son propre compte. Je me porte très bien en mortel. L'immortalité me parait épuisante, l'éternité trop longue. Je préfère encore vivre un instant, que d'exister pour toujours."

Cela faisait plusieurs heures que les compagnons de voyage marchaient dans la forêt recouverte de mousse et de fougères qui imprégnaient l'air de leur douce odeur végétale. Des tavelures de lumière recouvraient sporadiquement les plantes et, d'entre les longs troncs d'arbres qui semblaient vouloir toucher le ciel de leurs pinacles verdoyants, des filets de brume emplissaient les environs d'une aura mystérieuse. Depuis le début de leur marche, Iwako était blotie entre les omoplates de Sora. Notant finalement le regard quelque peu envieux du Maître de la Keyblade, l'Elu décida visiblement de jouer à Cupidon: sans prévenir, il s'écria soudain, en tombant à genoux tout en haletant dramatiquement:

"J'ai une crampe" se plaignit-il en surjouant tragiquement.

Sous le regard placide de Riku, Hayate, ignorant la supercherie de l'acte, s'élança vers le jeune homme faussement démuni, son aura exsudant une profonde inquiétude.

"Sora!" s'exclama-t-elle en s'abaissant à son tour, le soutenant par l'épaule -ce qui provoqua un bref spasme chez l'Elu.

"Riku, continua malgré tout Sora, théâtralement, l'inflexion de sa voix effroyablement irréaliste. Je ne peux plus continuer. Tu devras porter Iwako à ma place!"

Riku était partagé entre la reconnaissance et le savoir que clairement, Sora en faisant trop. Comme pour confirmer cette pensée, Hayate se porta héroïquement volontaire:

"Riku, je te confie Iwako! Je porterai Sora!"

L'expression faciale du jeune homme aux cheveux en pics vacilla entre la suprise et la honte, ses joues s'empourprant ridiculeusement alors qu'il restait posé au sol dans sa pose pathétique, sans mots. De même, Riku avait perdu sa capacité orale face à tant d'absurdité et de quiproquos, mais ne put s'empêcher de ressentir une joie profonde face à l'occasion inespérée de porter l'élue de son coeur entre ses bras. Éhonté, il accepta l'offrande de Sora et passa l'un de ses bras sous le buste de la magicienne, et l'autre sous ses genoux, avant de se lever triomphalement, la serrant contre son torse où son coeur battait involontairement la chamade. Sora, quant à lui, sauta sur ses jambes en s'exclamant vigoureusement à l'adresse de Hayate, déjà prête à lui porter secours :

"Ah! Ca va déjà mieux! Ça devait être un coup de fatigue à cause de la faim, haha !"

Hayate lui jeta un regard soupçonneux tout en croisant les bras sous sa poitrine, mais ne jugea pas nécessaire d'ajouter quoi que ce soit. Ainsi, dans cette nouvelle configuration, le groupe continua sa marche en direction du filet de fumée ; tandis que la défenseuse et l'Elu de la Keyblade continuaient leur avancée en discutant fébrilement à l'arrière du groupe, Riku portait encore Iwako, restée inhabituellement silencieuse depuis le début de leur péripétie dans ce nouveau monde. Cependant, le jeune homme n'osait relever cette anomalie, se souvenant du moment d'extrême malêtre qu'il avait vécu face à la réalité de la magicienne, seulement quelques heures auparavant. Alors que le soleil avait commencé son déclin, Riku constata que son t-shirt blanc semblait coller à sa peau, imbibée d'une humidité à l'origine inconnue. Incrédule, il baissa la tête afin d'observer sa charge, vérifiant si elle ne s'était pas assoupie et avait inopinément commencé à lui baver dessus. Initialement, il ne vit que l'abondante chevelure de la jeune femme, le visage caché contre son torse, à l'endroit même de l'imprégnation de liquide mystérieux. Notant des tremblements quasiment imperceptibles, il comprit finalement qu'Iwako ne s'était pas assoupie. Non. Iwako pleurait.

Elle pleurait silencieusement.

Acculé par une avalanche d'émotions, la patience de Riku éclata et il se tourna vers ses deux autres amis, qui marchaient toujours en discutant de choses et d'autres. Sur un ton sans appel, il ordonna:

"Je pars devant avec Iwako, ne bougez pas d'ici!"

Sous les regards éberlués de Sora et Hayate, le Maître de la Keyblade s'enfonça dans la forêt environnante, la jeune femme toujours entre ses bras alors qu'elle semblait refuser de relever la tête, ou même d'émettre le moindre son. Arrivé dans une clairière ouvrant sur un petit lac entouré d'arbres, Riku n'y tint finalement plus. Glissant un doigt sous le menton d'Iwako, il releva doucement sa tête et regarda fixement dans ses yeux péridots embrumés.

"Tu ne penses pas qu'il est temps d'arrêter de faire semblant que tout va bien?"

Les sourcils arqués de la magiciennes se froncèrent immédiatement et elle tenta de pousser contre le torse de Riku afin de s'éloigner de lui.

"Tu veux tomber?"ironisa le jeune homme en levant un sourcil argenté.

"Non! s'irrita la jeune femme résolument. Je veux que tu me lâches!"

"Pour faire quoi?"

"Rien! s'écria alors la magicienne, entre la frustration et la tristesse. Rien du tout! qu'est-ce que tu veux que je fasse!? Je suis paralysée!"

"Oui, tu es paralysée! répondit le jeune Maître sur le même ton. Mais pas inutile pour autant!"

"Alors pourquoi tout le monde me traite comme une petite poupée en porcelaine!? explosa Iwako dont les yeux se remplissaient à nouveau de larmes de colère. J'en ai marre Riku! J'en ai marre que tu sois si attentif à ce que je fais, j'en ai marre que Sora essaye toujours de changer de sujet pour me remonter le moral, j'en ai marre que Hayate veuille tout faire à ma place et j'en ai marre d'être inutile et de réaliser que c'est vrai! Que je ne sais plus rien faire comme avant, et que je ne saurai plus jamais rien faire comme avant. Que je suis destinée à rester un putain de boulet qui ne sert qu'à vous ralentir!"

"Nous aussi nous sommes mal à l'aise, se défendit Riku, quelque peu étonné du vocabulaire cru utilisé par la jeune femme, c'est pour ça qu'on agit comme ça! Mal à l'aise de te voir prouver ton utilité avec acharnement, de te voir retenir tes larmes derrière ton sourire! Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse autrement? Qu'on pleure toute la journée? Qu'on t'ignore? Jamais! Tu peux oublier ça tout de suite!"

"Tu ne comprends pas, marmonna Iwako en baissant la tête. C'est pas ça que je vous demande…"

"Mais alors qu'est-ce que tu veux toi? la poussa Riku qui la sentait encore une fois se braquer dans un étrange mutisme. Qu'on te laisse dans le vaisseau? Qu'on t'abandonne et qu'on avance sans toi? Parle!"

Dans ses bras, Iwako se raidit et ce fut avec douleur qu'elle releva la tête et planta ses yeux en amande dans ceux de Riku en s'écriant:

"Peut-être! Peut-être que je me sentirais mieux de savoir que malgré mon inutilité, je ne serais au moins pas un obstacle!"

"Ce n'est pas ce que tu crois n'est-ce pas? ne la crut point le jeune Maître. C'est malsain de toujours vouloir prouver ta valeur aux autres, de vouloir nous rassurer alors que tu es celle qui souffre le plus. Tu n'es pas un outil: arrête de mesurer ton existence à ton utilité bon sang! Si ce n'est que ça, tu es notre soigneuse, on aura toujours besoin de toi. Mais plus que ça, tu es importante pour nous pour qui tu es. "

"Mais Riku, regarde-toi…soupira Iwako dépitée. Tu me prends avec des pincettes depuis des semaines. Je ne peux me permettre de m'apitoyer sur mon sort alors que je suis déjà un handicap pour la mission. Je ne peux rien faire seule, je vais gêner tout le monde et je ne saurais jamais me pardonner si l'un d'entre vous devait y perdre la vie… Mais au même temps, j'ai si peur d'être laissée derrière… Je n'ai pas de place dans ce monde, pas de souvenirs ! Ces quêtes, vous trois… vous êtes tout ce que je connais, ma seule famille, tout ce que j'ai ! Comment je m'en sortirais si je vous perdais ? J'ai tellement peur de me retrouver seule et inutile…"

"Iwako, reprit Riku d'une voix plus douce que toute à l'heure. Même si toutes tes inquiétudes peuvent avoir un fondement, la seule qui ne se réalisera jamais c'est qu'on t'abandonne. Aussi longtemps que tu voudras de nous à tes côtés, nous serons avec toi pour traverser ce moment, même si nous ne pouvons le traverser à ta place. Et tu devras t'y faire, Sora, Hayate et moi t'aimons peu importe ton apparence, peu importe ton état."

Comme si un barrage venait de se briser en mille morceaux, les yeux de la magicienne se remplirent soudainement de larmes se déversant sur ses joues pâles en un flot continu. Puis, en enlaçant ardemment le cou de Riku de ses bras délicats, la jeune femme poussa un hurlement de souffrance abyssal, entrecoupé de sanglots déchirants. Le jeune homme ne savait pas combien de temps avait passé lorsque les pleures d'Iwako se calmèrent finalement: ils étaient à présent assis sur le sol et le Maître de la Keyblade tenait toujours la jeune femme tremblante entre ses bras, leurs visages respectifs étant posés au creu de l'épaule de l'autre alors que Riku caressait de manière rassurante les longs cheveux à présents défaits de la magicienne.

"Pourquoi tant de tristesse, mon enfant? s'éleva soudainement une voix étrange, sortant de nulle part,s et faisant sursauter Riku. Quel Mal hante ton coeur de la sorte? Je sens mes vieilles racines en trembler de douleur…"

Vous devez avoir deviné qui parle à la fin de ce chapitre!
N'hésitez pas à commenter, en positif ou en négatif, ça nous aide beaucoup pour l'écriture de ce tome plus sombre que le précédent!