Aujourd'hui, prenons le thé avec Grand-Mère Feuillage puis rencontre entre nos héros et un personnage du film Pocahontas!
Vous saurez bien assez vite de qui on veut parler...
Bonne lecture de ce monde supplémentaire par rapport à KH3 officiel!
Petit avertissement: ce chapitre a été modifié de son format original. Une scène est différente avec Grand-Mère Feuillage. N'hésitez pas à rafraîchir la page!
Profondément déconcertés par cette voix étrangère qui venait d'interrompre un moment relativement intime entre Riku et Iwako, les deux amis relevèrent leur têtes et regardèrent autour d'eux avec incompréhension: ils étaient parfaitement seuls, au centre d'une plaine surplombée d'un unique saule pleureur. Iwako tournait la tête en tout sens, fronçant les sourcils et se passant une main fébrile sur sa joue droite, recouverte de trois grains de beauté formant un triangle, encore humidifiée par ses larmes abondantes. Subitement, son expression se figea cependant et elle tenta de se lever, à la grande surprise de Riku, qui manqua de la rattrapper lorsqu'elle glissa de ses jambes et s'écrasa sur l'humus qui recouvrait le sol de la forêt.
« Des chants? s'exclama-t-elle soudain, faisant entièrement abstraction de son absurde posture par terre. Tu entends ces voix, Riku? »
« Des voix, répéta Riku absent, car sa priorité immédiate était le sauvetage d'Iwako et son apparente démence passagère. Ce n'est pas bon si…»
Avant de pouvoir terminer sa phrase cependant, il réalisa qu'effectivement, des murmures mélodieux résonnaient au sein de la clairière, augmentant graduellement de volume. Le regard de Riku fut alors attiré par une étrange déformation dans le tronc du saule aux pieds duquel ils se trouvaient depuis le début de leur discussion, un mouvement curieux semblant parcourir l'écorce ridée de l'arbre. Les réverbérations des voix se firent plus distinctes, comme portées par le vent, et l'on entendit un chuchotement traverser les lianes de l'arbre millénaire. Riku avait l'étrange impression d'être à présent entouré d'une foule d'esprits curieux et il sentit un regard intense mais bienveillant se fixer sur lui. C'est alors que l'enveloppe extérieure du tronc se transforma en un visage à l'apparence centenaire, froissé de toutes parts, mais exultant une sagesse sans âge.
« Quand l'esprit te parlera ton cœur s'embrasera, chanta l'étrange faciès de bois, avant de sourire mystérieusement. Bonjour, jeunes gens.»
Pour seule réponse à cette salutation parfaitement polie, un long moment de silence s'installa dans la clairière. Apparemment accoutumée à des réactions plus civilisées, l'esprit - de toute évidence féminin - de l'arbuste insista avec un ton de ridicule.
« Vous ne m'avez pas compris, jeunes gens ? Vos feuilles seraient-elles tombées avant l'automne?»
Sans attendre une seconde de plus, Iwako se présenta à son tour, depuis sa position au sol.
« Excusez mon silence! Ravie de faire votre connaissance, madame l'esprit. Je m'appelle Iwako et voici Riku. Nous ne voulions pas vous déranger !»
« En voilà une qui connaît ses manières ! Ne vous excusez pas voyons, votre présence inédite égaye mes vieilles branches.»
Sans mot dire, Riku, dont le visage était resté figé dans son éternelle expression d'impassibilité, glissa sa main dans la poche de son pantalon afin de saisir le comm-link qui y avait été oublié depuis bien trop longtemps.
« Sora, commença-t-il d'une voix monotone en parlant dans le portatif. Je pense que vous devriez venir nous rejoindre sur le champ… »
« Ton compagnon en revanche n'a pas l'air si fûté lui, continua la vieille gravure sur bois d'un air facétieux. Quoique, plaisant à regarder ! »
Leur mystérieuse interlocutrice lança alors un clin d'œil enthousiaste en direction du jeune homme, qui perdit le peu de couleurs faciales qui lui restaient encore, ignorant entièrement la voix de Sora sortant de sa radio portable.
« Riku, insista soudain Iwako. Réponds à l'arbre, il t'a parlé ! »
Sursautant presque imperceptiblement, le jeune homme se ressaisit finalement suite à la montagne russe d'émotions qu'il venait de vivre depuis l'effondrement d'Iwako.
« Je m'excuse pour mon manque de politesse, répondit-il enfin en inclinant la tête élégamment. Je n'ai pas l'habitude de converser avec un arbre.»
« Quel charmeur ! J'en sentirais mes vieilles feuilles frémir ! Mais je te trouve bien sérieux pour ton jeune âge. Approchez donc, vous deux, et tenez-moi compagnie. »
Riku échangea un regard avec Iwako, voulant obtenir son avis quant à la nature de leur nouvelle connaissance. En lieu et place de la méfiance à laquelle il s'attendait cependant, il discerna de la curiosité et de l'espoir dans ses yeux péridot, ainsi qu'une pointe d'imploration parfaitement désolante. Sans attendre, il s'empressa alors de glisser ses bras sous le buste et les genoux de la jeune femme, la soulevant avec aise, avant de s'avancer et de la déposer sur une souche d'arbre à la surface plane. La magicienne observa un instant l'arbre qui lui faisait face puis leva son regard vers les yeux noirs du faciès.
« Est-ce que je peux vous demander votre nom ? » commença timidement la jeune femme.
« Je voudrais bien vous en donner un! plaisanta la vieillarde en ébrouant ses branches. Hélas, je n'ai pas de nom comme vous autres humains, mais une très bonne amie à moi m'appelle grand-mère feuillage.»
« Grand-Mère Feuillage, répéta la magicienne avec respect. Est-ce que je peux vous demander conseil ?"
« Pour une belle âme comme la tienne, toujours.»
« Pardonnez ma franchise mais… hésita la jeune femme en baissant la tête, fixant ses jambes inertes. Vous êtes comme moi : incapable de bouger. Ne vous sentez-vous pas impuissante ? Enfermée ? »
« Quelle drôle de question tu poses à une plante! éclata Grand-Mère Feuillage, visiblement hilare. C'est dans ma nature de m'enraciner là où ma graine est tombée, et je n'ai jamais connu d'autre existence. Pourtant jamais je ne me suis sentie impuissante pour autant, je te l'assure. Mes racines sont vieilles et profondes, elles me lient à la terre et à tout ce qu'elle touche. Les oiseaux me prêtent leurs yeux et le vent transporte ma voix. Je ne suis pas enfermée, mon enfant. Loin de là.»
« Mais je n'ai pas de racines, rectifia Iwako tristement. Et je ne vois pas au travers des yeux d'autrui. Je ne suis qu'emprisonnée dans mon propre corps… Je me sens si impuissante.»
« Impuissante tu dis? répéta le saule en haussant un bout d'écorce à la manière d'un sourcil. Mais quel triste malentendu! Regarde au fond de toi mon enfant, car je perçois une réalité bien différente de la tienne: je vois une force qui sommeille en ton être, plus puissante encore que celle qui m'habite! Le corps qui t'abrite actuellement ne sera jamais suffisant pour enchaîner ton esprit... Mais en attendant que tu libères cette puissance, je demanderai à mes amis de vous guider jusqu'au lieu qui renferme l'objet de votre quête…»
« Quelle généreuse proposition, intervint soudainement la voix de Hayate depuis la bordure de la forêt environnante. Mais savez-vous seulement ce que nous cherchons ?»
Sora fit lui aussi son apparition à cet instant, derrière la défenseuse, tenant entre ses mains le comm-link qu'il tournoyait tout autour de lui en cliquant frénétiquement sur un bouton. Des petits sons de cliquetis accompagnaient son geste, et il semblait si préoccupé par le contenu de l'appareil entre ses mains qu'il manqua d'apercevoir l'étrange phénomène qui faisait face à ses amis.
"Riku, Iwako! J'ai découvert une super fonction sur les comm-link! J'aimerais comprendre comment ça fonctionne, c'est magique! Vous allez adorer!"
Hayate, qui avait rejoint Iwako sur le tronc d'arbre, se tourna alors vers Sora avec étonnement. Riku resta quand à lui bouche-bée devant la fascination de son ami face à l'écran miniature du comm-link, qui capturait le paysage qu'il visait de son objectif tel un touriste découvrant un monument historique pour la première fois. Finalement, il tendit son bras et retourna la focalisation afin de capturer les expressions de ses trois autres amis et la sienne, alors qu'il affichait un sourire extatique en disant:
"Cheese!"
Après un nouveau clic, les visages figés des guerriers de la Keyblade furent immortalisés dans l'appareil miniature, et Sora fixa le nouveau cliché de groupe avec ravissement.
"Ha ha! Vous avez vu vos têtes!? Vous ne vous y attendiez pas hein? Attendez… mais qu'est-ce que c'est…? OH, c'est marrant, il y a un visage souriant dans l'arbre! Il me fait un clin d'oeil!"
"Je me trouve plutôt ravissante dans ce portrait aussi, merci jeune homme, répondit l'arbre millénaire avec bonne humeur. Enfin, vous êtes tous réunis! Magnifique. Je pensais que mes branches allaient se ratatiner avant votre arrivée! Approchez, approchez! Que je puisse vous observer de plus près."
Sora se pencha lentement vers l'épaule de Riku et chuchota, sans quitter le saule du regard:
"Riku… l'arbre me parle…"
"Je sais, répondit son meilleur ami sur le même ton. Moi aussi je dois encore m'y faire…"
"Ce serait imprudent de s'approcher d'un esprit simplement parce qu'il nous le demande", lâcha Hayate avec prudence, sans bouger d'un cil.
"Oh mais jeune fille, la gronda gentiment Grand-Mère Feuillage. Tu sais dans ton coeur que je ne vous veux aucun mal. N'est-ce pas?"
"Je n'ai aucune raison de vous faire confiance actuellement, trancha froidement Hayate en fronçant ses sourcils roses. Selon nos informations, la magie ne devrait pas exister dans ce monde. Or, je vous trouve bien envoûtante pour un simple saule pleureur. Qui plus est, vous semblez savoir beaucoup de choses sur nous, mais nous ne savons rien de vous. "
« Oh ! lâcha Grand-mère Feuillage alors que Sora prenait encore une discrète photo d'elle à son insu. En voilà une qui utilise beaucoup trop sa tête ! »
« Je m'excuse mais à ma connaissance, continua Hayate en croisant les bras, nullement impressionnée par la nature de son interlocutrice. L'on use jamais trop de sa tête. Au contraire, la pensée rationnelle est en tout temps supérieure à l'impulsivité des émotions. »
La discussion entre Iwako et Grand-Mère Feuillage ayant été interrompue sans réelle conclusion, la magicienne s'était retirée du débat et regardait à présent d'un air déconcerté son amie débattre passionnément avec un esprit millénaire, sans égard face à l'étrangeté de la situation. Riku lui aussi s'était quelque peu écarté de la situation, lançant des regards noirs en direction de Sora tout en essayant d'échapper à l'objectif du comm-link, qui semblait inlassablement poursuivre les visages du jeune Maître et de ses amis. Voyant l'amusement sur son visage rond, Riku comprit soudainement qu'il tentait d'immortaliser leurs expressions absurdes face à cette situation, qui semblait le laisser impassible, lui. Ce fut à cet instant que Riku se souvint que la première étape du voyage de Sora avait été le Pays des Merveilles. Or, même à l'époque, rien ne semblait l'étonner. Au contraire, l'Élu avait toujours eu une étrange affection pour toute chose bizarre et inexplicable. Son amour pour Hayate prouvant cette prédisposition une fois de plus.
« La logique est toujours bonne à considérer en effet, concéda Grand-Mère Feuillage en utilisant une des ses lianes telle une main pour pointer le buste d'Hayate. Mais parfois, c'est le cœur qui raisonne et la tête qui trouve seulement une justification."
Hayate observa son écorce un instant, cherchant ses mots, hésitant sans doute à la réponse qu'elle devait donner lors de cet étonnant débat philosophique.
"Je vois une forte volonté à faire le bien en toi. Tu possèdes une âme pure et noble, mais un crâne aussi dur qu'un rocher! A force d'ignorer ton cœur, il va se faner telle une fleur meurtrie, et sa passion se tarir comme une rivière dont on aurait voulu dévier le cours... »
Les sourcils plats de Hayate se levèrent soudainement, figeant son visage dans une expression de surprise peu caractéristique. Elle ne semblait, pour une fois, pas trouver les mots afin de contredire la sagesse de l'esprit qui la conseillait avec tant de bienveillance désintéressée.
"Et toi, jeune étourdi, lança soudain le saule pleureur alors que Sora se figeait, raide comme une planche. Il serait bien d'arrêter de foncer tête baissée, pour écouter et regarder où tu mets les pieds!"
Alors que Sora ne s'intéressait que partiellement au dialogue intellectuel entre Hayate et l'esprit ancien, il s'encoubla soudain sur une racine apparue brusquement sous ses pieds. Heureusement, ses réflexes lui permirent de se rattraper avant de finir la tête dans la rivière, au plus grand blâme de Grand-Mère Feuillage qui roula ses yeux inexistants.
"Pardon Madame l'arbre", s'excusa alors l'Élu en rangeant son appareil électronique, et en s'inclinant étrangement en signe de respect maladroit. Je viens juste de découvrir cette nouvelle fonction, et comme j'adore la mécanique je me demandais comment reproduire cet effet, mais ça a l'air super compliqué… et j'ai commencé à jouer avec."
Le jeune homme se gratta la tête avec un sourire gêné adorable, ce qui sembla immédiatement amadouer l'esprit végétale. Elle afficha un sourire bienveillant et l'une de ses longues lianes vint débarrasser les piques de Sora d'une feuille échouée dans ces cheveux.
"La curiosité est une bonne chose jeune homme, elle permet à toute chose d'avancer et à chacun de trouver sa voie. Ton esprit et ton coeur battent à l'unisson, et je t'en félicite. Mais contrairement à ton amie ci-présente, un peu de réflexion ne te ferait pas de mal occasionnellement!"
"Bon c'est bien aimable à vous tous ces conseils impromptus, intervint Riku en lançant un coup d'oeil au soleil qui déclinait rapidement derrière la cime des arbres. Mais vous nous avez dit que vos amis nous guideraient jusqu'à l'objet de notre quête. Est-ce que cette promesse tient toujours?"
"Patience, patience, mon jeune ami! s'exclama Grand-Mère Feuillage jovialement. Ils sont en chemin. De plus, tu n'en voudras pas à une vieille âme de se réjouir de ta charmante compagnie…"
Troublé par cette apostrophe quelque peu déplacée considérant la nature spirituelle de son interlocutrice, l'esprit de Riku s'enfonçait, comme à son habitude, dans la philosophie dichotomique entre le Bien et le Mal, lorsqu'un bruissement de feuilles vint l'extirper des méandres de ses pensées. Le jeune Maître tourna brusquement la tête en direction du bruit, les sens à l'affût en cas d'apparition ennemie. Il s'était instinctivement positionné devant la figure assise d'Iwako, lorsque deux silhouettes imposantes apparurent majestueusement d'entre les buissons du dense feuillage de la forêt. Un cerf blanc d'une taille monstrueuse paré d'une élégance tout aussi impressionnante était accompagné par un ours brun gargantuesque, digne de régner sur tous les animaux qui habitaient ces bois ancestraux. Ils s'avancèrent avec des enjambées élégantes en direction des humains qui entouraient leur esprit protecteur. Arrivés devant le saule, ils inclinèrent leur tête avec déférence avant de fixer le groupe de porteurs de leurs pupilles insondables.
"Bienvenue mes amis, énonça le vieil esprit avec bonté. Je vous demande d'accompagner ces jeunes gens jusqu'au village des Powhatan. Depuis l'arrivée des autres étrangers tueurs d'arbres, ces bois ont perdu l'équilibre qui y régnait et ne sont plus aussi sûrs qu'ils l'étaient autrefois."
Silencieusement, le cerf semblait questionner Grand-Mère Feuillage quant à la raison du traitement préférentiel de ce groupe en particulier lorsqu'une brise traversa la clairière, soulevant les feuilles éparpillées sur l'humus du sol forestier. Les deux bêtes levèrent alors leur museau vers le ciel et laissèrent la caresse du vent chatouiller leur beau pelage. Sans un mot de plus, ils s'approchèrent alors des quatre héros, semblant leur signifier leur acceptation de la demande du saule par une légère inclinaison de leur encolure.
"Est-ce que je peux avoir l'ours?" chuchota alors Sora à l'oreille de Riku, qui ne put s'empêcher de se passer une main sur le visage.
…
Riku tenait Iwako par la taille, tandis qu'ils étaient confortablement installés sur le dos du cerf au pelage albâtre, Hayate et Sora avançant à leur côté sur leur propre monture hirsute. Alors que jusque là, la forêt semblait idylliquement paisible, les deux gardiens de la forêt s'arrêtèrent brusquement et humèrent l'air crépusculaire. Une clameur de plus en plus assourdissante se répercutait entre la myriade d'arbres au-devant d'eux et Riku sentit un frisson familier lui parcourir la nuque, sens qu'il avait développé après de nombreux combats: son instinct semblait l'avertir d'un danger proche, alors que leurs destriers s'agitaient entre leurs cuisses. C'est alors qu'un reflet attira les iris turquoise du Maître de la Keyblade vers un buisson et il tonna, autoritaire:
"Nous savons que vous êtes là, il est inutile de vous cacher!"
Sans attendre, une dizaine d'hommes en partie dénudés, à la peau cuivrée et dont la chevelure obsidienne était partiellement rasée et décorée de plumes de couleurs variées, surgirent en groupe militairement coordonné, les encerclant depuis les bosquets alentours.
"Qui êtes-vous visages pâles? s'exclama l'un d'entre eux, un homme particulièrement bien bâti, aux sourcils épais, à la mâchoire virile et dont les pectoraux saillants étaient décorés de deux tatouages en forme de pattes d'ours. Comment connaissez-vous notre langue et quelles sont vos intentions?"
"Quelle maladresse de notre part! s'exclama soudainement Hayate avec une voix bien plus aigüe que de coutume. Nous ne voulions pas vous alarmer, nobles guerriers! Nos humbles excuses! Oh non, ma légendaire monture, offerte par Grand-Mère Feuillage, la gardienne de ces bois, fait des siennes! Je ne tiens plus! Oh!"
Sans la moindre trace d'honneur, Hayate s'écrasa alors sans raison par terre, portant une main désespérée à sa jambe.
"A l'aide, ma cheville!"
Dénués d'expression faciale, les guerriers qui les entouraient échangèrent des regards avec leur commandant. Celui-ci décida alors d'intervenir. Ses enjambées pleines de puissance s'approchèrent de la défenseuse au sol et il lui tendit une main galante, qu'elle s'empressa d'attrapper avec fougue. Riku crut apercevoir un trace de douleur sur le visage du mystérieux capitaine, mais elle disparut immédiatement, alors que Hayate se laissait maladroitement tomber dans ses bras, se rattrapant en posant une main gourmande sur un des tatouages de pattes rouges. Sous les yeux exorbités d'horreur de Sora, la jeune femme reprit son rôle dramatique:
"Nous sommes envoyés pour vous soutenir en ces temps de guerre! Ne laissez pas mon apparence fragile vous déconcerter, mon esprit est acéré telle la lame de votre flèche et mes compagnons sont robustes! Nous sommes des alliés de taille contre les belligérants qui menacent vos terres! Baignons-nous dans le sang de nos ennemis et fusionnons nos forces pour créer un avenir fertile!"
Riku voulait mourir. S'il était possible de périr de honte, son esprit aurait déjà quitté son enveloppe charnelle. En revanche, il savait que la réelle victime de cette scène n'était nul autre que son ami d'enfance. En effet, le visage de Sora semblait à présent verdâtre et il était difficile de déterminer si cela était dû à sa jalousie ou à une intense envie de régurgiter un repas qu'ils n'avaient jamais eu. Même l'ours que la défenseuse avait chevauché auparavant semblait la mépriser à cet instant. Iwako quant à elle s'était caché le visage derrière ses mains pâles, obstruant son expression et laissant Riku deviner si les tremblements qui la parcouraient étaient les vibrations de son rire ou de ses pleurs. Mais le paroxysme de cette tragédie, fut que cette stratégie sans réel fondement paraissait avoir abouti: l'homme passa son bras autour de la taille de Hayate et l'aida à se déplacer, faisant un signe silencieux de sa main afin de les inviter à le suivre, lui et ses compagnons, jusqu'au village qui était leur destination. Fière d'elle, Hayate envoya un clin d'oeil parfaitement indiscret en direction de Sora, qui baissa la tête dans un soupir plein de dépit. A cet instant, Riku, le coeur lourd de tristesse empathique, décida qu'il donnerait son steak à son meilleur ami lors de leur prochain repas.
Contrairement à l'attitude légère des nouveaux venus cependant, les indigènes qui les entouraient avançaient avec des airs fatigués et inhabituellement tendus considérant leur organisation méthodique et le charisme de l'homme qui les menait. Riku comprit que la vie de porteurs de Keyblade n'était pas en danger entre leurs mains - sans aucun doute grâce à la présence des montures mystiques qui les accompagnaient-, néanmoins, ils n'étaient pas non plus les bienvenus. D'une manière certes polie, les archers les menaient à travers bois tels des prisonniers ou des otages politiques.
En arrivant finalement au village, le Maître de la Keyblade réalisa également que l'heure des romances turpides était définitivement révolue: un homme venait d'être amené au centre de la petite communauté d'une tribu nommée les "Powhatan". Sa jambe avait été maladroitement bandée avec des lamelles de tissus déchirés, qui ne suffisaient malheureusement pas à endiguer l'hémorragie. Depuis la plaie béante, un petit ruisseau sinistre brillait comme des rubis macabre et se déversait sur le sol à présent boueux sous ses cuisses. Il fut emmené jusqu'à une tente où un homme âgé à la contenance mesurée des hommes de sagesse les attendait avec sévérité, écartant un pan de tissu blanc afin de laisser passer les hommes qui portaient leur compagnon meurtri. A la vue de ce spectacle moribond, les visages des porteurs de Keyblade se muèrent en ceux de guerriers aguerris: Iwako perdit sa douceur, ses sourcils bleus froncés se fixant avec détermination sur la tente servant visiblement d'hôpital aux membres de la tribu. Les yeux bleus de Sora s'emplirent de tristesse, vibrant de détermination à aider ces pauvres gens, tandis que Hayate, qui avait jusqu'alors continué son acte en trois pièces, reprenait le visage dur qu'elle avait coutume d'afficher face à une grande injustice.
"Allez chercher Powhatan! ordonna à la cantonade le commandant aux tatouages d'ours. Nous ne pouvons faire confiance à ces étrangers par la simple présence des gardiens de la forêt. Ligotez-les."
Il se tourna alors vers Hayate avec une expression des plus sévères.
"Je vous déconseille de vous débattre, prévint-il d'un ton lourd. L'heure n'est pas aux traitements de faveur."
"Nous comprenons, concéda sur-le-champ la défenseuse en lui rendant un regard d'acier, tendant ses mains devant elle en signe de coopération. Amenez-nous à votre chef. Mais je vous demande de porter mon amie, assise sur le cerf, avec le plus grand respect. Elle ne peut pas bouger de son propre fait. De plus, elle pourrait guérir votre ami, si vous lui en donnez la chance."
"Cette décision n'est pas de mon ressort", trancha le chef de guerre.
Sans cérémonies supplémentaires, les guerriers de la Keyblade furent empoignés avec brutalité et démontés de leurs destriers, Iwako se faisant transporter par nul autre que le guerrier aux tatouages d'ours, dont le nom s'avérait être Kocoum.
Une ambiance bien plus sombre s'annonce pour la suite...
Quel camp nos héros vont-ils choisir dans cette guerre pour le nouveau monde?
Trouveront-ils où se cache la clé du vent?
N'hésitez pas à donner votre avis!
Petit message de Lirae: actuellement revenu de 10 jours sans internet, et étant en active recherche d'emplois, je m'excuse du futur retard de chapitres Pocahontas. Comme je me suis dépêché de poster ces deux premières parties, et que je ne suis pas satisfait (d'où les récents changements), je ne veux pas précipiter la suite... Mais je vous rassure! ça ne devrait pas arriver dans trop longtemps!
