Lirae pour vous servir! Je m'excuse pour ce retard, mais ayant énormément de distractions accaparant mon esprit ces derniers temps, j'ai eu un blocage d'écriture! J'ai tenté de poster quand même, mais insatisfait, j'ai du modifier des scènes dans les deux derniers chapitres la semaine passée. J'ai donc décidé de prendre mon temps pour la suite, afin de ne pas me forcer à vous soumettre un texte qui me désappointe. Mais ça y est, le blocage est enfin révolu et je vous présente la suite de Another Destiny chez Pocahontas! Et pour compenser, un chapitre extra long !
Les ombres de quatre silhouettes se reflétaient sur les draps blancs d'une tente illuminée par un feu, dont la fumée s'échappait par un trou circulaire transperçant les voûtes de la construction primitive. Les mains ligotées dans leur dos, les jeunes gens avaient tout de même eu droit à une source de chaleur et de lumière, indiquant leur statut encore incertain au sein de cette tribu. Suite à une attente interminable, un bras musclé vint écarter le pan de tissu qui servait de porte d'entrée et une tête ornée d'un chapeau en plumes passa le drapé. Une cape en peau de raton-laveur recouvrait un corps massif et le visage de l'individu renfermait une alliance puissante de calme et d'autorité. Les guerriers de la Keyblade redressèrent leurs échines jusqu'alors courbées, sachant instinctivement que cet homme méritait leur respect. Suivant l'homme plus âgé, Kocoum entra à son tour dans la tente et murmura quelque chose à l'oreille du chef Powhatan.
« Je suis le chef de cette tribu, annonça-t-il en se tournant vers Hayate, comme si elle était la représentante des prisonniers présents. Pardonnez ce traitement, mais depuis peu nos terres sont menacées par des étrangers à la peau pâle. Vous ne semblez pas appartenir à la même tribu, mais comprenez notre méfiance. »
« J'approuve entièrement ce procédé, répondit la jeune femme à la chevelure saumon avec sûreté. J'agirais de même si je me trouvais à votre place. Mais offrez-nous l'occasion de vous prouver notre valeur, et nous ne vous décevrons pas. »
Elle se tourna alors, dans la mesure du possible considérant les cordes qui la retenaient, vers Iwako.
« Amenez mon amie auprès de vos blessés, et elle vous montrera notre bon vouloir. »
« Haya, s'exclama alors Iwako en chuchotant. On n'est pas censé utiliser nos pouvoirs, tu aurais oublié ? »
« Non, contredit cependant la défenseuse, chuchotant elle aussi. Nos Keyblades sont prohibées, nuance. Ce sera simplement un peu plus difficile de contrôler ta magie!»
« Je n'ai jamais jeté de sort sans canalisateur, Haya !»
« Et bien si nous voulons obtenir la confiance de ce peuple, il faudra bien nous en montrer dignes. Nous avons besoin de toi, Iwako. »
Confrontée à ces paroles tant désirées, l'expression de la magicienne s'illumina d'étonnement. Elle ferma sa bouche pendant un moment et regarde fixement un endroit vide sur le sol, semblant réfléchir, avant de relever la tête avec fermeté.
« Je le ferai, annonça-t-elle à voix haute, se tournant vers les deux figures d'autorité qui avaient, finalement, la compétence décisionnelle vis-à-vis de la présente situation.
« Si les pouvoirs de guérison de votre amie sont si puissants que ça, intervint cependant Kocoum, n'attendant pas la réponse de Powhatan. Pourquoi ne peut-elle soigner ses jambes du mal qui les habite ? »
Sans un mot, le chef de tribu leva alors sa main devant le jeune homme aux tatouages d'ours, lui signifiant par ce geste de tenir sa langue.
« Et si Nhementhak perdait la vie alors qu'elle aurait pu le sauver, en serais-tu responsable Kocoum ? »
Suite à ces paroles lourdes, un silence tendu s'installa momentanément dans la pièce. N'y tenant finalement plus, Sora tenta de détendre l'atmosphère:
"Ce n'est pas la peine de s'énerver! Personne n'est encore mort et je vous assure: il n'y a pas de meilleure soigneuse qu'Iwako! Si elle n'y arrive pas, personne n'y arrivera! Vous pouvez lui faire confiance!"
" Je crains, répondit le chef Powhatan sur un ton affligé, que le temps de la confiance aveugle soit révolu. Vos paroles donnent grand espoir, jeune homme, je l'admets. Mais il faut se méfier de choses trop belles en apparence. Vous affirmez donc que votre jeune amie serait plus sage que notre shaman? Et d'où vient ce savoir divin, dites-moi?"
« Pardonnez mon interruption, intervint finalement Riku. La magie de mon amie est puissante certes, mais nous ne sommes pas des dieux. Certaines blessures sont trop profondes pour être guéries par nos maigres pouvoirs. Ne laissez cependant pas sa jeune apparence vous leurrer: il est indéniable qu'elle saura apporter secours à votre camarade souffrant. »
Le chef de tribu regarda fixement les quatres guerriers de la Keyblade, tour à tour, s'attardant sur chacun d'entre eux.
« Au nom de mon peuple, dit-il finalement sur un ton serein. J'accepte de vous donner une chance. Kocoum, tu seras responsable de nos invités pendant leur séjour parmi nous. Garde-les bien à l'œil. »
« Oui, grand chef Powhatan. »
Alors que l'homme imposant quittait la tente des prisonniers sans se retourner, son second à la peau cuivrée s'avança vers Iwako, se baissant afin de la soulever. Celle-ci cependant leva une main hésitante vers lui, rougissant quelque peu.
« Euh, sauf tout votre respect, je préfèrerais être portée par Riku. Merci ! »
« Riku ? » répéta le guerrier, incertain.
" C'est lui", précisa alors la magicienne en pointant le Maître de la Keyblade du doigt.
" Cet être blafard ? Saura-t-il vous porter ? "
"Je vous demande pardon? demanda aussitôt la jeune femme avec un sourire figé. Je vous assure qu'il est parfaitement capable de me porter."
Sans un mot de plus, et sous le regard amusé de Hayate, Kocoum s'avança vers Riku. Celui-ci observa leur cerbère d'un oeil mauvais tandis que ses mains étaient libérées des liens qui les retenaient. Aussitôt relâché, le Maître de la Keyblade se redressa de toute sa hauteur, dépassant même la taille imposante de Kocoum, et le fixa avec insistance avant de se tourner vers Iwako et de la soulever d'un mouvement fluide.
"C'est par où?"
Jetant un dernier regard en direction de ses compagnons ligotés, il aperçut une forte détermination dans les yeux de Hayate, semblant leur signifier silencieusement qu'elle comptait sur eux pour gagner la confiance de la tribu. En contraste, Sora regarda seulement brièvement Riku, avant de lui envoyer un subtil signal visuel en direction de leur défenseuse: il semblait vouloir lui parler en privé. Curieux mais néanmoins compréhensif, le Maître de la Keyblade n'insista pas plus et suivit Kocoum hors de la tente. Traversant le village, il en profita pour observer leurs environs et repérer la disposition des habitations. Il comprit rapidement que tous les habitants étaient désormais en état d'alerte alors qu'ils se rassemblaient frénétiquement autour de la grande tente qu'ils avaient aperçu à leur arrivée et vers laquelle ils se dirigeaient actuellement. Longeant les drapés blancs de tissus, le Maître de la Keyblade entendit des bribes de conversations, reconnaissant la voix du chef qu'il avait rencontré quelques instant auparavant parmi la foule de tons.
"Ces monstres envahissent nos terres, et voilà le résultat…"
"Cette blessure est un mystère pour moi," répondit à son tour une voix rouillée.
Arrivé vers l'entrée, Kocoum leva la toile à l'entrée de la construction. Une bouffée de chaleur irradia alors contre la peau de Riku alors qu'il voyait un feu brûlant au centre d'un rassemblement de personnes aux expressions sévères. A côté des flammes, une peau d'animal était étendue sur le sol et un homme parcouru de spasmes y était allongé. A ses côtés se trouvaient le chef Powhatan et un vieillard tenant une coquille de tortue, qu'il tournoyait au-dessus de la blessure de leur camarade, sans doute le shaman mentionné tantôt.
"Les voilà, annonça Kocoum d'un ton plat. Les autres sont sous surveillance dans la tente."
Immédiatement, tous les yeux se tournèrent vers les nouveaux arrivants.
"Bien, répondit Powhatan en dégageant le passage. Laissez-les passer et espérons que leurs paroles ne s'avèrent pas être des balivernes."
Tendu, Riku sentit une goutte de sueur descendre le long de son échine alors qu'il déposait délicatement sa précieuse charge aux côtés du blessé. Sans se soucier des regards tantôt haineux tantôt méfiants qui l'entouraient, la magicienne posa sa main délicate sur le front humide de l'homme, dont la jambe était entourée de nombreux bandages imbibés de sang écarlate.
"Nhementhak, murmura la magicienne avec douceur. Il ne faut pas cesser de vous battre. Je ferais de mon mieux pour vous aider, tenez bon."
En guise de réponse, Iwako ne reçut que des sons de détresses inarticulés, l'homme étant dors et déjà dans un état trop instable pour conserver sa conscience. Elle commença alors à soulever doucement les bandages, révélant une blessure profonde et circulaire, dont les bords avaient été déchiquetés par le choc de l'impact.
"C'est une blessure par balle, chuchota Iwako avec horreur. Je dois sortir le projectile avant de pouvoir le soigner, mais il est possible que la balle bloque actuellement l'hémorragie… il faudra agir rapidement, et je n'ai aucun matériel."
Alors que la jeune femme réfléchissait à voix haute, des gouttes de sueur commençaient à perler sur sa peau pâle et les mèches bleues qui cernaient son visage la gênaient visiblement, tandis qu'elle essayait de les empêcher de lui obstruer la vue. Voyant son désarrois, Riku s'approcha d'elle et souleva sa longue masse de cheveux avant de sortir la baguette en bois de sa poche, qui était tombée lors de leur discussion émotionnelle précédente et qu'il avait ramassé avant leur départ de la clairière magique. Il enroula ses longs cheveux bleu nuit, tel qu'il l'avait vu faire à de nombreuses reprises dans le vaisseau Gummi, et y glissa le petit bâtonnet de manière à sécuriser le chignon. Calmée par ce geste, elle lui lança un bref regard reconnaissant avant de rediriger son attention sur son patient. Riku eut alors une idée et fouilla à nouveau dans ses poches afin d'en retirer une potion de soin.
"La potion peut agir en guise de désinfectant, peut-être trouverons-nous du matériel pour retirer le projectile?"
"Non, répondit toutefois la soigneuse avec fermeté. Son état empire rapidement, nous ne trouverons rien assez vite."
Sans hésitation, elle s'empara aussitôt de la petite fiole que Riku tenait entre ses paumes et déversa l'entier de son contenu sur ses propres mains. Sous le regard halluciné de Riku, elle plongea alors deux de ses longs doigts fins dans la plaie, un long filet de liquide noirâtre s'en échappant en raison de la soudaine invasion. Des hurlements déchirants s'échappèrent alors de la gorge de Nhementhak, alors qu'il tentait en vain de se débattre. Comprenant la situation, Kocoum s'empressa de retenir son allié blessé, afin de ne pas empirer son état d'avantage.
"Tu ne risques pas de déchirer le tissu!?" S'exclama Riku dans sa panique, épouvanté par l'action si peu caractéristique que venait d'entreprendre son amie autrefois hypochondriaque.
"Oui, rétorqua Iwako avec un calme déconcertant. Mais le sort de Soin s'en chargera. Il faut en priorité retirer la balle!"
Alors que les deux porteurs de Keyblade s'entretenaient sur la meilleure procédure à suivre, l'ambiance dans la tente s'embrasa telle un forêt sèche touchée par des éclairs. Certains individus allant jusqu'à demander la mort de cette petite impudente, qui osait se moquer d'eux de la sorte. D'autres les avaient déjà marqués comme des ennemis à abattre. Sentant une terrible soif de sang et de vengeance envahir l'assemblée, Riku se positionna immédiatement devant Iwako et son patient, prêt à outrepasser les règles de la bienséance si seulement l'un d'entre eux ne tentait ne serait-ce que d'arracher un cheveu à la jeune femme. Bien que certaines âmes sensées tentaient de retenir les plus fougueux, le volume sonore augmenta exponentiellement, offrant un accompagnement parfait à la tension que ressentait Riku et aux hurlements de douleurs qui s'échappaient toujours de Nhementhak. Malgré ce vacarme sans pareil et la menace de flèches et de dagues, Iwako quant à elle ne broncha pas. Avec un regard d'acier, elle chuchotait des paroles d'encouragement à son patient, tout en torturant sa plaie de ses doigts délicats. Après une trentaine de secondes interminables cependant, elle retira enfin le petit objet métallique, qu'elle jeta immédiatement par terre. Sans attendre, elle posa ses mains ensanglantées sur la plaie béante et ferma ses yeux. C'est alors que le monde sembla s'éteindre: le vacarme s'arrêta net, et le feu qui brûlait jusqu'alors vigoureusement oscilla derrière Iwako, comme s'il tentait de conserver son ardeur malgré un manque cruel d'oxygène. En contrepartie, une lumière apaisante illumina les mains de la magicienne, transformant les reflets de la coloration orangée des flammes sur les drapés de la tente en de multitudes de sillons indigo, rappelant les chatoiement d'un lac sous la pleine lune. La lueur initialement faible augmenta graduellement en puissance au même rythme que l'extinction du feu, grimpant le long de ses bras pâles jusqu'à recouvrir le corps entier de la jeune femme d'une fine membrane de scintillement bleuté. Si pour d'autres spectateurs, le phénomène devait sembler miraculeux, Riku nota les perles de transpiration qui recouvraient le front plissé par l'effort et la concentration de Iwako. Après quelques longues minutes, durant lesquelles personne n'osa émettre le moindre son et demeura figé, incapable de détourner leur regard, la magicienne tomba finalement à terre. Immédiatement, Riku se rua sur elle et la prit dans ses bras, vérifiant sa température et son pouls. Voyant cependant que la magie avait abouti et que la blessure était à présent parfaitement cicatrisée, l'auditoire explosa en acclamations et en rugissements violents, proposant des stratégies de combat à leur chef, ignorant parfaitement l'état de la sauveuse de Nhementhak au profit de leurs plans guerriers. Au contraire, ils semblaient décidés à déclarer la guerre à leurs ennemis sans plus attendre, argumentant que la présence de ces nouveaux venus devait être un signe des esprits annonçant leur victoire. Face à tant de fougue, Riku se sentait quelque peu perdu: en effet, ils étaient parvenus à gagner la confiance de la tribu, cependant le jeune homme sentait qu'ils allaient potentiellement regretter le spectacle auquel ils venaient de livrer les meneurs d'une population déjà emmêlée dans un conflit armé. Au même instant où cette pensée traversa son esprit, le chef Powhatan demanda le silence d'un geste de sa main. Immédiatement, toute l'attention de l'assemblée se porta sur lui, dans un silence respectueux.
"Nous combattrons ces ennemis, mais nous ne pouvons les vaincre seuls. Bien que quatre alliés de fortunes semblent nous avoir rejoint avec l'aide des esprits, les ressources de ces étrangers n'en restent pas moins mystérieuses. Kocoum, envois un messager dans chaque village de notre nation! Nous avons grand besoin de l'aide de nos frères!"
Suivi par son second, le grand chef quitta alors la tente et s'exprima haut et fort, de manière à ce que tout les villageois rassemblés autour de la tente puissent l'entendre.
"Ces hommes blancs sont dangereux, proclama t-il accompagné par des sons de tambours répétitifs. Personne ne doit les approcher! Mais comme vous pouvez le voir, les esprits nous sont venus en aide! Nhementhak est sain et sauf grâce à l'aide de leur guérisseuse. Veuillez la traiter, elle et ses alliés, avec le plus grand respect."
…
Deux jours plus tard, Riku et Hayate marchaient dans le village en compagnie de Kocoum, qui leur servait de garde du corps. En effet, depuis la miraculeuse guérison de Nhementhak, les villageois avaient considérablement changé d'attitude, affichant ouvertement leur vénération pour les jeunes femmes et leurs compagnons masculins. Ainsi, lorsque les héros de la Keyblade se baladaient dans le village, les habitants leur cédaient le passage avec déférence, geste qui emplissait Riku de sentiments de honte et de culpabilité. Alors que le chef Powhatan leur avait proposé un tour guidé au travers du village, afin de mieux pouvoir planifier les évènements futurs, Sora avait refusé l'invitation. Riku était inquiet pour son ami, qui semblait se renfermer de plus en plus sur lui-même depuis leur rencontre avec Kocoum, alors que Hayate passait toujours plus de temps avec le guerrier aux tatouages d'ours afin de discuter de stratégies de guerre et de défenses contre les armes à feux. Finalement, Riku reconnut cependant qu'il serait rassuré par la présence de l'Elu au côtés d'Iwako, dans la mesure où celle-ci était toujours dépendante d'autres personnes pour se déplacer en cas de besoin. C'est donc pour cette raison qu'il marchait à présent en compagnie de Hayate et du chef de tribu vers les champs de maïs, si hauts qu'il serait effectivement facile d'y cacher une armée. Arrivé au sein des rangées de plantes sillonnant l'arrière de leur village, Riku aperçut une jeune femme d'une beauté exotique renversante. Elle avait une peau cuivrée, comme ses congénères, avec de longs cheveux noirs semblables à du velours épais. Ses yeux semblaient renfermer une sagesse au-delà de son âge et son corps souple et fin était composé de muscles fermes, sans doute formés en raison de randonnées régulières, voire extrêmes, dans la forêt.
"Pocahontas, appela avec affection le chef en avançant vers elle, les bras ouverts. Tu devrais retourner au village."
"Père, répondit la jeune femme à son tour, se levant alors qu'elle tenait un panier rempli de maïs sous son bras. Ne t'inquiète pas, je fais des provisions pour le retour des guerriers."
Prenant une main de sa fille, le grand chef se tourna alors vers Hayate et Riku, restés silencieux comme à leur habitude en l'absence des membres sociaux de leur équipe.
"Voici les envoyés des esprits dont je t'ai parlé. Ils ont sauvé l'un des nôtres et nous aiderons dans les combats à venir."
"Grand-Mère Feuillage vous a mentionnés, commença-t-elle en lançant un regard hésitant en direction de son père. Mais étant des étrangers vous-mêmes, peut-être sauriez-vous raisonner ces hommes au lieu de recourir à la violence?"
"Pocahontas, insista Powhatan sur un ton fatigué. Moi aussi je préfèrerais ne pas en venir aux armes, mais il faut être réaliste et se préparer au pire…"
"Écoutez votre père, ajouta Hayate avec fermeté. Il vaut mieux être trop préparé que pris par surprise."
"Ce ne serait plus une surprise si nous établissions le contact avec eux."
"Elle n'a pas tort, reconnut Riku et haussant un sourcil, provoquant un sourire sur les lèvres pulpeuse de la princesse. Nous ne savons rien de cet autre peuple, Hayate. Peut-être serait-il plus prudent d'aller leur parler avant de se mêler à cette histoire?"
"Je suis contre, répondit cependant la défenseuse. Cela serait futile. Regarde ce qu'ils ont fait à cette tribu: ceci est leur terre légitime, et ils les ont attaqués."
Fatigué, Riku abandonna la discussion. Il envoya un regard navré en direction de la jeune femme indigène qui baissa la tête, pleine de déception.
"Nous allons continuer notre inspection du village, conclut finalement le grand chef. Ne t'éloigne pas ma fille, tes escapades sont devenues dangereuses."
"Bien père."
"J'aime à te voir porter ce collier, ajouta-t-il avec affection en attrapant dans sa paume un bijou au cou de sa fille. Tu es réellement le portrait de ta mère."
"Elle me manque", reconnut Pocahontas, en touchant à son tour le collier fait de turquoise et serti d'un pendentif en coquillage gravé qui ornait ses clavicules.
"Mais elle est toujours là, la rassura son père. Chaque fois que le vent souffle sur la plaine, je sens sa présence. Nos frères la vénèrent pour sa sagesse et sa force, et plus tard ils te vénéreront également."
"Ce serait ma plus grande fierté", répondit la princesse en redressant son échine.
"Sur ce, nous devons partir. Tu ne devrais pas rester seule ici, je vais chercher Kocoum."
"Attendez, intervint Hayate avec ardeur. Laissez-moi aller le chercher! J'ai plusieurs propositions à lui faire quant à la défense de la zone sud-ouest du village!"
Exaspéré, Riku se passa une main sur le visage, avant de gesticuler comme s'il chassait une mouche.
"Vas-y, pars."
Avec un grand sourire satisfait, la défenseuse s'en alla avec une étrange légèreté dans le pas, incompatible avec ses enjambées habituellement lourdes et bruyantes. Sur le point de la rejoindre, le maître de la Keyblade entendit soudain un froissement derrière lui et il se retourna violemment. Immédiatement, il se positionna devant la Princesse, car un homme venait d'émerger des plantes. Un homme à la peau pâle et aux cheveux d'or, vêtu d'une armure de métal étincelant. Sur le point d'exiger l'identité du nouveau-venu, Riku fut arrêté par deux mains fines -mais clairement habituées au travail manuel- qui s'écrasèrent contre sa bouche.
"Non! Ce n'est pas un ennemi!" chuchota Pocahontas avec véhémence.
Sceptique, Riku se détendit afin de lui faire comprendre qu'il n'allait pas attaquer l'étranger. Soulagée, elle retira ses mains et s'avança vers l'homme, qui observait également le jeune porteur de Keyblade avec méfiance.
"Vous ne ressemblez pas aux autres sauvages."
"John! s'irrita Pocahontas. Je t'ai déjà dit de ne pas utiliser ce terme juste parce que quelqu'un est différent."
"Ah oui, pardon, répondit-il en se passant la main dans ses cheveux mi-longs. La force de l'habitude. Cela dit, il a une tête autrement différente de vous, celui-la. Il vient du nord?"
"Oui, je viens du Nord, mentit Riku avec une voix monotone. Mais c'est sans importance. Que faites-vous si près du village?"
"Je suis venu chercher Pocahontas, avoua le dénommé John avec réticence. Je devais la revoir."
"La revoir?" répéta le Maître de la Keyblade en levant un sourcil étonné.
"Pardon… s'excusa Pocahontas en baissant le ton. Riku, c'est bien ça? Mais je dois y aller. S'il te plait, est-ce que je peux te faire confiance de ne rien dire à mon père? J'aimerais tenter de trouver une alternative au conflit qui s'envenime entre nos peuples actuellement. Je sais que nous pouvons nous comprendre, mais il me faut juste un peu de temps!"
Le maître de la Keyblade observa tour à tour les visages des deux personnes qui lui faisaient face. Il vit l'expression d'espoir de la jeune femme, et l'affection qui semblait la lier à l'étranger, pourtant actuellement armé d'un fusil. Hésitant tout d'abord, Riku aperçut finalement leurs mains se joindre discrètement dans un geste sentimental et il décida consécutivement de ne pas insister davantage, comprenant soudain la nature de leur relation.
"Très bien, acquiesça Riku en fixant le point où Hayate avait disparue quelques instants auparavant. Mais reviens vite. Sinon, ton père et moi allons nous inquiéter et je ne garderais pas le silence éternellement si je crains qu'il vous soit arrivé malheur."
"Je ferais vite, promit la princesse. Tu as ma parole. Merci."
Alors que la jeune femme s'en allait d'un pas svelte, accompagnée de son charmant prétendant, le jeune homme à la chevelure argenté retourna au village avec le coeur lourd d'amertume: comment toute cette histoire allait-elle bien pouvoir se terminer? Il ne savait plus où donner de la tête, tellement l'implication de cette rencontre semblait contredire les rumeurs qui circulaient parmi le peuple de Pocahontas sur, d'une part, les fiançailles entre la jeune femme et Kocoum et, d'autre part, la soi-disant absence d'humanité des envahisseurs "aux visages pâles".
…
En revenant au centre du village, Riku vit Hayate s'entretenir avec Kocoum au-dessus d'un plan dessiné dans la terre avec des brindilles. Elle s'agitait passionnément avec un bâton en montrant différentes zones sur le gribouillage de terre, démontrant son plaisir à concocter des plans de guerres et des stratégies de défenses. Face à cette scène de dialogue enflammé, le regard de Riku ne put s'empêcher de chercher la silhouette de son meilleur ami. Il trouva Sora recroquevillé à côté d'Iwako, qui soignait la blessure d'un guerrier, tournant ainsi le dos aux deux stratèges avec une expression de mécontentement profond, saupoudré d'un soupçon de tristesse non-avoué. Alors qu'il s'apprêtait à rejoindre Sora pour lui remonter le moral, un mouvement inattendu attira son attention: Hayate avait cessé de parler. Elle fixait l'arrière de la tête de Sora avec insistance, son regard perçant semblant lui ordonner de se retourner. Quand soudain, elle secoua ses cheveux en tout sens puis regarda le sol avec un air empli de frustrations. Lorsque la jeune femme ferma ses yeux célestine, Riku aurait pu jurer qu'elle comptait jusqu'à dix dans sa tête. Puis, sans crier gare, elle reprit sa discussion avec le guerrier aux tatouages d'ours, qui semblait parfaitement imperturbé par l'absence temporaire de son interlocutrice. Curieusement amusé, Riku reprit son chemin vers Sora et Iwako.
"Un conseil de guerre est sur le point de commencer. Nous devrions tous les rejoindre."
"Sans moi, murmura Sora dans sa barbe inexistante. De toute manière, je suis pas bon stratège…"
"Peut-être, reconnut Riku en s'agenouillant afin de regarder son ami d'enfance en face. Mais tu es l'Elu de la Keyblade, donc tu as la responsabilité de nous guider."
"Mais je me sens inutile là! s'exclama Sora en se grattant brusquement le crâne. Je peux pas utiliser la Keyblade, on a aucune idée d'où se trouve la Clé du Vent et je comprends pas cette situation! On est pas censé s'en mêler, mais des gens souffrent! On est face à une guerre, et Hayate prend toutes les décisions toute seule!"
"Sora, tenta de l'apaiser Riku qui le sentait effectivement désemparé. C'est la première fois que tu es confronté à une guerre complètement séparée du combat entre Lumière et Ténèbres. Bien sûr que tu es perdu, car dans ce monde, il ne s'agit pas d'une équation aussi simple que : Ténèbres égal Méchants. C'est le genre de choses qui s'apprend, et tu as toujours su relever les défis. C'était pareil quand je suis parti de l'île: tu as bien réussi à me retrouver, alors que rien ne t'avait préparé à ton voyage à travers les mondes."
Loin de retrouver le sourire, l'expression de Sora devint de plus en plus cramoisie alors qu'il fixait une scène dans le dos de Riku. Il semblait sur le point d'exploser quand le maître de la Keyblade se retourna enfin et aperçut Hayate rire tout en touchant l'épaule de Kocoum.
"Avoue, insista-il alors en fixant son meilleur ami dans ses yeux bleu océan. Tu ne me dis pas tout."
"J'essai de pas y penser Riku mais...concéda Sora entre ses dents serrées. Ca me rend fou qu'elle passe tout son temps avec ce mâle développé et de toute beauté!"
"Arrête, lâcha Riku avec une grimace de douleur. Tu te fais du mal, Sora. Et d'où tu sors cette phrase au juste? "
"C'est Iwa qui l'a dit."
Iwako. De mauvaise humeur, Riku fixa la magicienne qui, sans se soucier de l'apocalypse émotionnelle qui s'abattait sur leur équipe, continuait à s'entretenir avec des guerriers blessés qui l'entouraient avec vénération. Ou alors, leur soigneuse avait tenté de provoquer Sora avec ses paroles, mais Riku n'en ressentait pas moins un pincement à l'ego.
"Ca ne sert à rien de mentir… soupira l'Elu, ignorant la soudaine absence de son meilleur ami. J'ai compris que je ne suis pas du tout son genre Riku… T'as vu comment elle s'est littéralement jeté sur lui à notre arrivée?"
"Tu te sous-estimes, le contre-dit le Maître de la Keyblade avec un sourire au coin des lèvres, tentant de retrouver son sérieux. Je pense qu'entre son attraction physique pour n'importe qui et l'attention sincère qu'elle te porte, tu gagnes."
"N'importe qui?"
Soudain, prodigieusement mal à l'aise, Riku se leva brusquement. Il en avait assez de cette discussion et décida qu'il était temps d'y mettre un terme.
"Il est l'heure d'y aller!"
Sur ces paroles, le maître de la Keyblade alla rejoindre Iwako parmi les guerriers. Celle-ci sursauta en raison de sa soudaine apparition derrière elle, mais il ne s'arrêta pas et la souleva sans attendre.
"Riku! s'insurgea la jeune femme. Je ne suis pas une valise!"
"Un conseil de guerre nous attend. Le chef Powhatan a demandé notre présence à tous."
A l'aide de pas rapides, Riku tenta de s'éloigner de Sora, qui persistait à répéter la question de "N'importe qui?", jusqu'à atteindre la grande tente centrale abritant le conseil.
Arrivés à destination, les trois guerriers de la Keyblade s'enfilèrent discrètement dans le quartier général de la tribu. Les membres de ce conseil, constitué des hommes et des femmes les plus respectés du village, formaient un cercle autour du sol, dans lequel Hayate se trouvait déjà. Accroupie, elle déposait de petites pièces en bois autour d'un rond dessiné dans la terre battue et Riku comprit qu'elle était en train de créer une reproduction miniature du village avec des pièces en bois sculpté. Jusqu'alors absorbée dans une discussion animée avec Kocoum et certains archers, elle se retourna à l'arrivée de ses amis.
« Vous voilà ! S'exclama-t-elle en voyant ses alliés pénétrer dans la tente. Vous avez manqué le début de notre discussion: nous étions en train d'élaborer une stratégie visant à espionner les visages pâles. Dans le même temps, nous nous préparerons à l'assaut. Les renforts, à savoir les guerriers volontaires des tribus voisines, sont déjà en route. Après quelques travaux préparatoires et un repérage des lieux, nos ennemis n'auront aucune chance. »
« Un assaut ? » répéta Riku en observant le visage de Hayate, qui lui semblait terriblement épanoui.
« Oui, admit-elle sans réserve, le regard acéré. Mais ce n'est pas pour tout de suite. »
« Grand Chef, interpella le Maître de la Keyblade en tournant son buste vers le principal intéressé. Qu'en dites-vous? »
Riku se tourna vers le père de Pocahontas, plus pondéré, et qui ne semblait pas entièrement insensible aux tentatives de sa fille de trouver une alternative à la guerre.
« Je reconnais l'utilité d'une telle mission de reconnaissance, admit-il après mûre réflexion. Mais je ne souhaite pas envoyer mes guerriers au sein de leur campement alors qu'un combat semble si proche. Tout homme comptera et je ne suis pas prêt d'envoyer les miens dans une mission qui semble suicidaire. »
« Comptez sur nous, tonna alors la défenseuse avec confiance en se remettant promptement sur ses jambes tout en montrant ses compagnons de la main. Nous sommes capables d'infiltrer les lieux, et qui sait, nous pourrions peut-être même détruire leurs réserves de nourriture avant la grande bataille, histoire de les affaiblir d'ici l'échauffourée. »
« J'approuve ce plan, grand chef, lâcha Kocoum avec confiance. Je suis prêt à les accompagner ! »
« Attendez une seconde, s'insurgea alors Sora en faisant un pas en direction de Hayate pour la fixer droit dans les yeux. Détruire leur réserve de nourriture ? Haya tu es sûre de toi?»
" Tu ne nous consultes plus lorsque tu prends tes décisions", lui reprocha Riku en fronçant les sourcils, plein de désapprobation.
"Ce ne sont que de simples vivres, se défendit la jeune femme avec légèreté, sans revenir sur la critique du jeune Maître. Nous ne tuerons personne. Et puis, la guerre exige bien quelques sacrifices, si nous voulons nous assurer la victoire."
« Grand Chef, Kocoum, les apostropha Riku en inclinant légèrement la nuque en leur direction, veuillez nous excuser un moment je vous prie, nous avons à discuter entre nous.»
Sans plus attendre, le jeune Maître de la Keyblade quitta la tente avec Iwako toujours dans ses bras tandis que Sora attrapait Hayate par la main, l'encourageant à les suivre. Le petit groupe s'éloigna suffisamment de la tente de commandement afin d'être à une distance raisonnable mais néanmoins nécessaire pour la négociation à venir.
« Hayate, qu'est-ce qui te prend! explosa Sora abasourdi après avoir lancé un regard derrière lui afin de vérifier que personne n'écoutait. Je suis d'accord pour la défense et pour le soin, mais nous ne devrions pas nous mêler d'un assaut ! Ca ne nous concerne pas ! »
« Ca ne nous concerne pas? répéta la défenseuse en ouvrant de grands yeux perplexes. Nous avons mangé leur nourriture et dormi sous leurs toits, nous sommes déjà mêlés à cette histoire. Et nous avons donné notre parole à ces gens de les aider. Il en va de notre devoir de porteurs de Keyblade de venir en aide à ces pauvres gens.»
« Oui je comprends, concéda Iwako avec un grand calme en comparaison de la fougue qui enflammait actuellement son amie. Mais je te rappelle que nous ne connaissons pas toutes les circonstances de ce conflit. En tant que parti externe, il serait hâtif de se lancer dans cette guerre sans avoir, au moins, parler aux étrangers, tu ne penses pas ? »
« A mes yeux, reprit Hayate avec un regard dur. Nous avons toutes les informations nécessaires : ce sont des étrangers qui sont venus d'un autre pays pour piller ces terres et y apposer leur sceau, sans la moindre considération pour les gens qui y vivent déjà. Ils piétinent et envahissent, sans égard aux dommages qu'ils provoquent.»
« C'est peut-être juste, admit Riku avec réserve tout en fronçant ses sourcils argentés, repensant à l'amant de Pocahontas. Mais ceci n'est pas un conflit comme on en a l'habitude: c'est une guerre entre Hommes ! Il n'est pas question de tuer des Sans-cœurs ou des Similis, mais bien des personnes de chair et de sang. Cela va bien au-delà du devoir d'un guerrier de la Keyblade.»
« Et bien vu ta réticence à te mêler de cette histoire, protesta Hayate en lui lançant un regard qui se teintait de colère. Je suis étonnée que tu reconnaisses leur humanité. On dirait que tu joues à l'observateur externe, presque comme si tu lisais simplement un livre, indifférent à la réalité qui t'entoure. Leur refuser notre soutien, serait nier la réalité de leur souffrance. Or il est de notre devoir de leur venir en aide, car nous en avons la capacité ! »
« Mon devoir, siffla Riku entre ses dents tout en serrant les poings afin de se maîtriser, est de faire en sorte que nous trouvions la Clé du Vent et que nous retournions sur le Gummi sains et saufs afin de continuer notre quête. »
« Mais es-tu seulement capable d'assumer ton choix de les abandonner ? rétorqua la défenseuse avec un flegme qui semblait actuellement de façade. Serais-tu prêt à porter le poids de leurs morts sur ta conscience? »
« Je te retourne la question Hayate, ne se laissa pas désarçonner Riku malgré la pertinence des arguments. Es-tu prête à souiller tes mains du sang de ces étrangers ? »
« Si c'est au nom de la Justice, trancha la jeune femme en levant fièrement le menton de manière à foudroyer Riku du regard. J'assumerai les conséquences de mes actes..."
« Arrêtez de dire des choses pareilles! intervint alors Sora sur un ton paniqué. Et ne recommencez pas à vous battre! Nous sommes une équipe, nous trouverons sûrement une meilleure solution ensemble ! Il doit y a avoir un autre moyen d'aider ces gens! »
"Nous sommes déjà impliqués dans une guerre, rappela la défenseuse. Et nous savons tous que combattre Xehanort peut nous coûter la vie. Ou qu'au contraire, nous pouvons lui prendre la sienne et celle de ses Chercheurs. C'est d'ailleurs déjà fait, ou aurais-tu oublié Oogie Boogie, Mord'hu, Rork, Merywether, Davy Jones, et d'autres?"
Scandalisé par cette liste d'ennemis abattus par les quatre guerriers de la Keyblade dans la dernière année écoulée, Sora ne sembla plus sûr de la contre-partie à invoquer pour contrer les arguments de la défenseuse et resta sans voix, baissant les yeux avec une expression de douleur gravée sur le visage, comme s'il venait de réaliser la réelle portée des paroles de la jeune femme.
"Mais c'est différent, s'interposa à nouveau Riku, volant au secour du jeune homme froissé. En tant qu'étrangère toi-même, pourquoi penses-tu être en droit d'intervenir? Ceci n'est pas notre guerre. Nous pourrions empirer une situation déjà précaire à agir sans connaître tous les aspects de l'histoire, surtout considérant que nous ne pouvons pas rester ici éternellement pour gérer les conséquences d'un tel conflit! Nous devons trouver la Clé, et partir. Nous ne pouvons pas sauver tout le monde, mais nous pouvons leur donner une chance de régler leurs propres conflits, par eux-mêmes, si nous empêchons les Ténèbres de dévorer tous les mondes. C'est cela, notre véritable tâche."
"Hayate, ajouta à son tour Iwako. Vaincre des êtres de Ténèbres et tuer des humains n'est pas pareil. Leurs corps disparaissent mais leurs coeurs réintègrent une vie décimée par les Ténèbres. Alors que lorsque tu tues un Homme, s'en est fini. C'est la fin de son âme, de son corps et de son coeur."
"Oui, s'exclama l'Elu avec une vigueur retrouvée. J'ai moi-même été un Sans-Coeur pendant un court moment! C'est pas la même chose. Et dans tous les autres mondes, on a toujours réussi à parler avec les gens et à régler nos conflits sans en arriver... là."
"Réveille-toi Sora! s'exclama alors Hayate en faisant volte-face en direction du jeune homme, levant la voix pour la première fois depuis le début de ce débat idéologique. La réalité de la guerre c'est que tout n'est pas toujours solvable avec des paroles d'amour et d'espoir ! »
Choqué et surpris, Sora fit un pas en arrière, observant Hayate avec des yeux dont le bleu océan se teintait d'appréhension, et d'amertume. Il finit par froncer ses sourcils rectilignes et secouer la tête avant de déclarer, dans un élan lyrique et spontané:
"Mais sans espoir et sans amour, pourquoi combattre? Pour quelles causes?"
Décontenancée par tant d'honnêteté et ne sachant visiblement que répondre dans l'immédiat, Hayate sembla s'apaiser quelque peu, analysant le visage de Sora dont l'expression s'était figée entre l'incompréhension et l'hésitation. Riku se remémora confusément les paroles que Grand-Mère Feuillage avaient adressées à la jeune femme quelques jours plus tôt et commença à se rendre pleinement compte de leur pertinence: la défenseuse se trouvait actuellement dans une position délicate, comprimée entre ses émotions personnelles et son sens aiguë du devoir.
"Hayate, intervint alors Iwako, profitant de cette accalmie, en regardant fermement son amie dans les yeux. Penses-tu réellement qu'il n'existe aucun terrain d'entente? Si nous ouvrons les hostilités, qui sait combien de personnes perdront la vie après la première victime? Combien de vengeance sera engendrée et de violence perpétuée? Es-tu réellement prête à ôter la vie d'un de ces hommes au nom de tes idéaux personnels?"
"J'en ai la force, se prononça Hayate après quelques secondes de réflexion durant lesquelles elle avait fui le regard péridot de la magicienne posé sur elle. J'ai écouté tous les rapports de nos guerriers, et j'ai compris que la cupidité de ces hommes ne connaissait aucune limite. Nous devons les arrêter."
Figée à l'instar d'une statue de marbre, la jeune femme serra les poings à s'en enfoncer les phalanges dans le creu de la main, la peau de cette zone perdant sa couleur rosée au profit d'une blancheure agonisante.
"Mais soit, continua-t-elle en fermant les yeux avec regret. Si aucun de vous n'est prêt à me suivre, j'irai seule."
Voilà. Comme prévenu, le ton a changé.
Sans que tous les chapitres du tome 2 ressemblent forcément à cette partie, nous avons amorcé le changement d'ambiance pour la suite.
(Mais n'ayez crainte, on essaye de mettre des points d'humour de ci, de là pour alléger)
