On est pas mort!
Enfin Lirae a failli y passer mais...
Non, on rigole. Mais Lirae a été malade deux longues semaines donc... voilà!
Aussi, on a eu plusieurs soucis:
1) le chapitre est lourd à écrire
2) on pris en compte tous vos commentaires pour revoir plusieurs scènes
3) On n'a pas réussi à découper cette partie de manière logique donc on est désolé mais... elle sera TRES longue.

Après, ça compense les semaines d'absence!

Par contre ErzaKH... Il y aura de nouveau du sang. Désolés.
^^'

Le surlendemain de leur dissension avec Hayate, les trois porteurs abandonnés par leur défenseuse furent appelés à rejoindre les villageois au bord de la rivière. C'était la première fois depuis son départ dramatique qu'ils étaient à nouveau confronté à Hayate, et Riku décida dans un premier temps de l'ignorer, étant habitué à entrer en conflit avec la jeune femme. Sora et Iwako cependant étaient manifestement bouleversés par la situation: Sora portait Iwako sur son dos et ils ne cessaient de chuchoter ensemble, faisant des pas en direction de la défenseuse puis reculant brusquement, avant de répéter le même stratagème en continue. D'une part, Iwako gigotait sur le dos de l'Elu, voulant visiblement parler à sa meilleure amie mais ne sachant comment entamer la conversation et d'autre part, Sora jetait des regards furtifs en direction de Hayate, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson désemparé. En effet, la jeune femme, revenant d'une mission de reconnaissance avec les archers, était encore accompagnée de Kocoum et de ses hommes. Ainsi, le chef Powhatan les avait invités tous les quatre à accueillir les guerriers de leurs tribus alliées à ses côtés. Hayate se trouvait à leur tête en guise de représentante. Celle-ci, et ce malgré la compagnie d'une horde de beaux jeunes hommes dénudés, dégageait un étrange mélange de tristesse, de colère et de confusion, évitant le regard de ses trois amis comme une voleuse prise sur le fait, tout en les suivant du regard lorsqu'elle pensait qu'ils ne la voyaient pas.

Interrompant cette ambiance incongrue, des canoës émergèrent finalement de la brume recouvrant l'eau calme de la rivière. Devant eux se trouvaient des hommes charismatiques, debout et droits, qui saluèrent le chef Powhatan d'un geste circulaire de la main. Au même instant, Pocahontas arriva sur la rive et, immédiatement, Kocoum cessa sa conversation avec Hayate et s'approcha de la princesse avec des enjambées pleines d'élan. La jeune femme hâlée observa l'enthousiasme du guerrier d'une œillade gênée. Face à cette scène, Riku ne put s'empêcher de ressentir de la pitié pour ces deux êtres : l'une aimait l'ennemi de son peuple, l'autre pensait avoir la légitimité d'épouser une femme qui ne l'aimait point.

« Te voilà, s'exclama Kocoum avec ardeur, en montrant fièrement ses troupes. Regarde, nous voilà assez pour détruire ces étrangers blancs. »

« Maintenant que nos frères nous ont rejoint, ajouta le père de la princesse en s'approchant à son tour, nous pourrons vaincre nos ennemis. »

« Père, s'empressa de chuchoter la jeune femme en attrapant la main pendante du chef, l'éloignant de la foule et de son prétendant aux tatouages d'ours. Il faut que nous parlions. »

« Plus tard ma fille, le conseil doit se réunir. »

Quelque peu prise au dépourvu par le rejet sec de son paternel, Pocahontas jeta un regard implorant en direction de Riku, lui demandant silencieusement de la soutenir dans sa cause. Connaissant le secret de la jeune femme, le maître de la Keyblade soupira et s'avança vers le chef de tribu, suivi de Sora et Iwako.

« Je vous conseille d'écouter votre fille, argumenta-t-il prudemment, ne souhaitant pas dépasser ses prérogatives d'allié de fortune. Elle est peut-être en possession de ressources qui vous manquent et il serait bon d'entendre son opinion avant de se lancer dans de nouvelles délibérations. »

"En plus, ajouta Sora afin de soutenir cette femme qu'il ne connaissait pourtant pas, votre fille a l'air d'avoir une idée pour empêcher le pire. Ne devrait-on pas tout faire pour éviter que le conflit ne dégénère?"

Soupirant, l'homme imposant tourna son visage accablé par ses responsabilités vers son héritière.

« Nous pouvons encore éviter la guerre, l'assura Pocahontas avec véhémence. Il y a forcément un meilleur chemin. »

« Parfois, insista cependant son père avec gravité, nos chemins sont tracés d'avance. »

Confronté à cette affirmation qui se voulait sage mais néanmoins fataliste, un sentiment de protestation submergea inopinément Riku. Il était du ferme avis que chaque route était issue du courage d'un premier pas. Or, si personne ne tentait de dévier de la trajectoire pré-tracée, l'univers cesserait d'avancer. Cela dit, cette conviction n'avait pas toujours été récompensée en bien, dans la mesure où cette même réflexion l'avait autrefois mené à quitter son île, se faisant alors embobiné par Maléfique et possédé par Ansem… Sachant dès lors que toute nouvelle voie s'accompagnait d'un risque d'échec, cela ne l'avait pourtant pas empêché d'emprunter la voie de l'Aube lorsque Diz lui avait demandé de choisir entre Lumière et Ténèbres. Depuis, bien que le chemin de la rédemption ne fût pas facile, il ne regrettait pas ce choix et avait trouvé un réel réconfort dans la notion d'équilibre, qui avait remplacé son ancienne vision dichotomique et antagoniste des idéologies.

"On devrait au moins essayer de parler à ces hommes", insita la princesse avec véhémence.

"Le dialogue pourrait sauver bien des vies", intervint Riku pour appuyer les arguments de Pocahontas.

"Ils ne veulent pas parler", persista malheureusement le chef Powhatan en fermant les yeux, semblant clore la discussion avec son geste.

"Mais si l'un d'entre eux acceptait ? Tu l'écouterais n'est-ce pas ? Tu me le jure ?"

"Pocahontas."

"Tu me le jure!?"

"Bien sûr Pocahontas, concéda finalement l'homme, comme pour apaiser un enfant réfractaire. Mais c'est loin d'être aussi simple désormais."

Échangeant un regard avec Iwako et Sora, Riku comprit que ses deux alliés avaient pris la même décision que lui-même: si un moyen existait d'éviter la guerre et la perte de nombreuses vies, ils ne pouvaient pas simplement l'ignorer. Avec les yeux pétillants d'un espoir inespéré, Pocahontas se détourna de son géniteur et s'élança vers la forêt, probablement afin de rejoindre John Smith et de lui proposer une rencontre.

"Attends, s'écria soudain Sora en s'avançant vers elle, accordant sa pleine confiance aux paroles de la jeune femme. Laisse-nous venir avec toi, nous pouvons peut-être t'aider!"

"Peut-être que la médiation par une partie tierce permettrait de mettre au clair la situation d'une manière plus neutre", proposa à son tour Iwako.

Les pupilles noires de Pocahontas se rivèrent sur les iris bleu ciel de l'Élu, semblant sonder son âme d'une manière terriblement improbable considérant le jeune âge de la princesse. Un coup de vent traversa ses cheveux d'ébène et elle parut approuver ce qu'elle y vît.

"Merci, répondit-elle avec appréciation avant de continuer son chemin vers la forêt. Suivez-moi, nous devons nous dépêcher."

Sans attendre, Sora suivit la femme à la peau cuivrée. Riku cependant sentit un picotement à l'arrière de sa tête et se retourna brusquement, croisant le regard dur de leur défenseuse. L'expression de Hayate reflétait la méfiance, mais Riku discerna avant tout une marque de profonde inquiétude au fond de ses yeux célestine. Avant de partir à son tour, il aperçut la jeune femme rejoindre à nouveau Kocoum, alors que celui-ci s'était avancé vers les chefs des tribus alliées afin de les accueillir dignement.

...

Courant dans la forêt dorée de lumière, Sora et Riku suivaient Pocahontas avec une certaine difficulté. La jeune femme connaissait la forêt comme nul autre et traversait ces bois avec une agilité démesurée, évitant élégamment les protubérances de plantes débordant de toutes parts. Elle sillonnait la forêt comme un cerf en pleine course, ne s'arrêtant que pour vérifier leur présence continue à ses côtés.

« Vous êtes rapides, commenta-t-elle en voyant Riku derrière elle, suivi directement de Sora qui portait toujours Iwako sur son dos. Et robustes. Je comprends mieux pourquoi Kocoum vous a si gracieusement accueilli. Il n'a pas coutume d'être si accommodant… »

« Nous avons l'habitude des voyages et des nouvelles rencontres, répondit Sora. S'il y a bien une chose que je sais faire, c'est me faire des amis! »

« En l'occurrence, ajouta Iwako depuis l'épaule du jeune homme, ce n'est exceptionnellement pas Sora le diplomate du moment mais Hayate. Elle est très touchée par la cause de ton peuple et elle souhaite sincèrement vous aider. Je pense que Kocoum a su le discerner.»

"La ressemblance de caractère a dû faciliter leur entente", ajouta finalement Riku alors que les quatre compagnons reprenaient leur course.

« C'est possible, admit la princesse des Powhatan. Je sais qu'il veut bien faire et que c'est un homme respectable, mais Kocoum est si aveuglé par sa notion restrictive de l'honneur et du devoir qu'il a n'a jamais réellement su suivre son coeur. »

« Ils se ressemblent vraiment », murmura alors Iwako au même instant ou le groupe débouchait sur la clairière de Grand-mère feuillage, où un homme blond à l'armure étincelante les attendait déjà.

« John », s'exclama Pocahontas en courant vers l'individu dont le visage semblait rongé par l'inquiétude.

« Pocahontas, souffla-t-il avec adoration en attrapant les mains de la jeune femme. Écoute-moi, mes hommes vont bientôt attaquer ton peuple ! Tu dois les prévenir. »

« Viens parler à mon père, répondit cependant la princesse en secouant la tête. Nous pouvons encore sauver la paix! Ces personnes veulent nous aider à trouver un terrain d'entente!»

« Les paroles ne suffisent plus, contesta cependant Smith. Mes hommes ont trop peur de cette terre mystérieuse. Il n'y a plus rien à faire.»

« Ne sois pas si fataliste jeune homme, trancha soudainement le saule pleureur en plongeant une de ses lianes dans l'eau calme du lac, créant des ondulations à la surface initialement lisse. Regardez jeune gens, de simples ronds dans l'eau et voyez comme ils se propagent!»

Depuis son perchoir humain, Iwako observa les mains jointes, l'une pâle et l'autre cuivrée, des deux amants secrets et afficha un petit sourir compréhensif.

« Si nous trouvons une solution, commenta-t-elle alors en les regardant d'un oeil petillant. Vous seriez libres de vous aimer au grand jour. »

Pris au dépourvu, John baissa les yeux avant de les plonger dans le regard implorant de la princesse indienne. Une étrange tension se manifesta lorsque les pupilles des deux amants se rencontrèrent, le temps comme suspendu et le vent caressant l'épaisse chevelure de Pocahontas. Puis, sous les yeux écarquillés des trois guerriers de la Keyblade, oubliant visiblement tout ce qui les entourait, John baissa la tête et ses lèvres rencontrèrent celles de la jeune femme. Passionnément, ils s'élancèrent dans une étreinte pleine de tendresse, alors que l'accoutumée tourbillon d'air soulevait leurs crinières respectives. Gênés face à cette manifestation publique d'affection, les deux adolescents qu'étaient encore Sora et Riku et ce, malgré les années passées à voyager entre les mondes, reculèrent et voulurent se faire le plus discret possible. En contraste, la commère qui sommeillait au fond de Iwako étant profondément divertie, elle se mit à frénétiquement tapoter sur la tête de Sora afin de l'empêcher de lui bloquer la vue de ce spectacle romantique.

Soudainement, un déchirant hurlement d'indignation vint interrompre la scène entre les deux amoureux transis, Kocoum émergeant d'un buisson et brandissant une dague dans les airs. Derrière lui, Hayate bondit elle aussi hors de la forêt, semblant prise au dépourvu par la soudaine réaction passionnelle de son compagnon, usuellement si froid. Enragé, le guerrier indien se jeta sur John Smith et les deux hommes tombèrent à terre dans une sauvage lutte pour leurs vies respectives. Kocoum semblait prendre le dessus, car il appuyait de ses deux mains sur le pommeau de son arme, la lame s'approchant de plus en plus dangereusement de la gorge découverte de l'homme blond. La princesse aux cheveux d'hébène tenta d'attrapper le guerrier Powhatan par le bras afin de l'arrêter, mais Kocoum la repoussa d'un geste violent du bras, avant de reprendre son attaque.

"Kocoum, s'exclama Hayate d'un ton scandalisé, étrangement désemparée face à tant de haine meurtrière. Calme-toi! Ce n'est ni l'endroit ni le moment d'ouvrir les hostilités!"

Sora et Riku s'approchèrent afin de séparer les deux combattants, voyant que John ne parviendrait pas à se défendre seul face à la force colossale du fiancé de Pocahontas. Alors que Riku passait ses deux bras sous les épaules de l'attaquant afin de le faire reculer, relevant son poitrail, un bruit assourdissant résonna subitement dans la clairière. Pris au dépourvu, le maître de la Keyblade relâcha sa prise sur le corps soudainement sans résistance, alors que l'échos retentissait bruyamment dans la forêt, tout autre son ayant brutalement cessé. Tombant à la renverse et dans un geste déséspéré, Kocoum tenta de se rattrapper au collier que Pocahontas portait autour du cou. Le bijou n'étant pas suffisamment résistant pour supporter le poids d'un homme adulte, il éclata en de nombreuses pièces et l'homme qui le tenait entre ses mains continua sa chute effroyable avant d'atterrir dans l'eau clair du lac. Puis, il ne restait plus que le silence. Un silence profond. Un silence de mort.

"NON!"

Ce fut le hurlement de Hayate qui extirpa Riku de sa stupéfaction devant son propre t-shirt recouvert d'une substance vermeille terrifiante. Il vit la défenseuse se jeter dans le lac, soulevant la tête de la victime d'une main tremblante et dégageant son visage de ses cheveux imbibés d'eau. Le liquide translucide autour d'elle se teinta graduellement d'un rouge effroyable, se propageant autour d'elle comme les ondulations dont avait fatalement parlé Grand-Mère Feuillage si récemment encore.

"Iwako, implora la défenseuse, son visage recouvert de larmes. Pitié, fais quelque chose!"

Sora et Iwako se jetèrent eux aussi dans l'eau, Iwako posant une main pâle sur la plaie au-dessus du coeur de Kocoum. Au même instant, un homme roux au teint blafard s'approcha du groupe. Entre ses mains, il tenait un fusil et il observait d'un oeil tétanisé le corps inerte recouvert de sang frais.

"Thomas", s'exclama John en s'approchant du jeune homme.

"Est-ce qu'il est..?", murmura alors l'assassin d'une voix tremblante, s'avançant en direction de sa victime.

"Vous avez tuez Kocoum, l'arrêta le cri désespéré de Pocahontas. Ne vous approchez pas!"

"Pocahontas", tenta de la calmer l'homme à la chevelure d'or.

"Il a tué l'un des miens", répéta-t-elle cependant dans sa confusion affolée, de multiples voix se faisant entendre au même instant dans la forêt alentour, annonçant l'arrivé des hommes de Kocoum.

"Thomas, ne t'occupe pas de moi, ordonna Smith en poussant son jeune protégé en direction de la rive opposée. Retourne au campement!"

L'adolescent tétanisé s'encoubla légèrement avant de prendre ses jambes à son cou et de disparaître dans les fourrés, en direction de ses alliés. Riku observa la silhouette assise de Hayate dans l'eau, immobile, la tête baissée et le regard figé. Il ne l'avait jamais vu si passive, si...fragile. Elle ne semblait pas réellement saisir la nature des événements qui venaient de se produire et s'accrochait encore à la tête de Kocoum qui reposait, sans vie, sur ses cuisses. Sora et Iwako étaient eux aussi avachis face au cadavre du guerrier indien, le visage recouvert de larmes et les mains de Iwako ne cessant de briller au-dessus de la plaie, sans effet. Pocahontas s'approcha lentement de son fiancé décédé et tomba sur son torse, pleurant abondamment. Ce fut dans cette configuration que les guerriers de Kocoum les trouvèrent tous, baignant dans le sang de leur meneur. Tout d'abord sidérés par cette image, ils ne réagirent pas immédiatement. Mais voyant John Smith et ces autres étrangers autour de leur idole défunte, une émotion violente emplit soudainement leurs yeux à tous: la haine. Incapables de juger de la situation de manière rationnelle, ils leur arrachèrent le corps de Kocoum tout en appréhendant John, le frappant violemment à l'arrière de la tête. Pocahontas tenta d'intervenir, mais ses implorations furent ignorées tandis que l'un d'entre eux se tourna vers les quatre guerriers de la Keyblade:

"Nous n'aurions jamais dû vous faire confiance, étrangers. Vous nous avez trompés!"

"Ce n'est pas ce que vous croyez", s'entendit dire Riku d'une voix lointaine, sachant que cette explication ne serait pas suffisante à calmer la rage qui dominait à présent ces hommes.

"Emmenez-les, lâcha le nouveau représentant des guerriers d'un ton glacial. Le chef jugera de votre sort! Nous ne sommes pas des animaux, nous."

"Mais ne vous attendez pas à un traitement de faveur, ajouta un autre archer sur un ton menaçant. C'est la mort qui vous attend."

"Attendez", intervint soudainement une voix depuis l'arrière de la troupe.

Un homme familier fendit alors la foule. Il désigna la magicienne qui avait commencé à se tirer en usant de ses bras, afin de rejoindre le corps de Kocoum qui leur avait été retiré.

"Je dois la vie à cette femme, commenta-t-il en l'arrêtant dans son avancée, la retenant par les épaules. Je me dois au moins de lui épargner la sienne."

"Laissez-moi essayer de le soigner, murmurait celle-ci en regardant autour d'elle de manière désorientée. Je dois essayer encore... "

"Nhementhak, répondit le dirigeant tragiquement promu en regardant la jeune femme d'un oeil incertain. Je ne peux garantir de son sort si nous la ramenons au village."

"Laissons-là à la forêt, insista encore un autre homme, qui avait auparavant profité des soins de la magicienne. Elle ne peut même pas marcher, elle n'est pas dangereuse."

"Vous ne pouvez pas la laisser ici! intervint Sora, se réveillant de sa torpeur. Nous n'avons rien fait de mal, faites-nous confiance!"

"NOUS VOUS AVONS FAIT CONFIANCE!" hurla finalement avec véhémence le second de Kocoum, se préparant à attaquer l'élu. Et notre peuple en a payé le prix!"
"Nous ne vous voulons aucun mal", insista encore Sora en reculant, les mains levées dans un geste pacificateur, ne résultant cependant qu'à envenimer la situation.

Voyant son meilleur ami entouré d'une dizaine d'hommes, Riku envoya instinctivement un violent coup de pied dans les jambes de l'attaquant, provoquant par inadvertance sa chute explosive dans l'eau. Tout comme l'élu, le maître de la Keyblade recula, regrettant son geste impulsif. Etonné du vol plané qu'avait effectué l'indien, Riku craignait désormais de se défendre sérieusement contre ces ennemis inhabituels, au risque de mésestimer leur résistance. Il ne souhaitait pas être responsable d'une mort supplémentaire en ces lieux, sachant que leurs années d'entraînement en tant que guerriers de la Keyblade les avaient rendus excessivement puissants, même sans leurs armes légendaires. Enragés et ignorant l'absence de combativité, la trentaine de guerriers indiens se ruèrent malgré tout sur les étrangers restants. Ils se répartirent en une dizaine de combattants par cible et les immobilisèrent, sans se soucier de l'invalide qu'était Iwako à leurs yeux. La colère de ces humains était dévastatrice, déconcertante même. Différente de ce qu'ils avaient rencontré jusqu'alors. C'était la peur, la haine et la violence de la guerre. Contrairement à sa nature, Hayate se laissa appréhender: déphasée, désolée et profondément égarée, elle les observait sans résister.

"Hayate! hurla Iwako en la voyant agir de la sorte, l'horreur déformant ses traits fins. Ce n'est pas de ta faute!"

En guise de réponse, la défenseuse leva seulement les yeux vers son amie, ses joues maculées de larmes abondantes, ne parvenant pas à articuler un seul mot. Comme Sora se débattait trop, tentant de s'interposer entre Hayate et les hommes qui lui liaient les poignets, l'un d'entre eux abattit finalement un coup violent à l'arrière de son crâne du revers d'une crosse ornée d'une grosse pierre. Un bruit sourd se fit entendre et l'élu tomba à la renverse, son visage disparaissant dans les roseaux. Réalisant soudainement la position dangereuse de l'Elu, inconscient dans l'eau, Hayate se débattit brusquement, envoyant valser les quatre hommes qui la retenaient jusqu'alors. Attrapant Sora par les épaules, elle le retira de sa prison aquatique et le serra contre elle dans un geste protecteur. Passant une main hâtive dans ses cheveux en pics, elle la retira en la découvrant induite de sang nouveau. Exorbitant ses yeux célestine, elle voulut se tourner vers Iwako lorsqu'un des hommes parvint à la surprendre depuis l'arrière, lui écrasant une pierre sur la tête à elle aussi.

"Attendez! s'exclama la voix plaidante de la magicienne. Ne me les prenez pas! "

Riku vit alors la jeune femme se redresser difficilement et lancer un regard terrifiant en direction de ses assaillants, tout en faisant un geste caractéristique du poignet, évoquant l'invocation de Cristal de Givre.

"Non! hurla le maître de la Keyblade afin de la pacifier. Ne fais pas ça, reste avec elle!"

Les yeux péridots de la magicienne, semblant se teinter d'un violet auparavant inexistant, rencontrèrent les iris turquoises du jeune homme à terre, perdus et questionnants, ne terminant pas son geste et restant prostrée dans l'eau du lac, immobile. Avant qu'il ne puisse réagir à son tour, Riku, qui était plaqué dans la boue par six hommes le retenant de leur corps, sentit un coup violent à l'arrière de son propre crâne. Tandis que la douleur intense se répandait jusqu'à ses cervicales, il eut juste le temps de lancer un regard en direction du saule pleureur, implorant l'écorce redevenue anodine.

Thomas courait comme jamais il n'avait couru dans sa vie. L'arme en bandoulière par-dessus une épaule, il sautait par-dessus buissons irritants, branches mortes et racines sournoises afin de mettre le plus de distance entre les sauvages et lui, ainsi que pour avertir le plus vite possible le campement. Lorsqu'il parvint enfin dans l'enceinte de palissades de bois, il repoussa sans explication ses camarades, inquiets de sa précipitation et sans doute préoccupés par ses yeux creusés de larmes. Enfin, le souffle court et la respiration brûlante dans les poumons, le jeune Anglais dérapa dans la boue en atteignant la tente de son capitaine. Néanmoins, il retint sa main au moment de soulever le pan de tissu écru, car à son plus grand étonnement, il avait entendu une deuxième voix inconnue sortir de la tente de commandement:

"Baissez cette arme. Je viens pour vous aider."

C'était une voix doucereuse et masculine. Intrigué, Thomas utilisa deux doigts pour entrebâiller l'ouverture d'un ourlet et jeta un coup d'oeil à la scène: Radcliffe, le dos si droit qu'il faisait ressortir son impressionnante bedaine, pointait son arquebuse sur un étrange homme blond tout de noir vêtu. Ses habits étaient tout sauf britanniques, de même que sa coupe de cheveux au carré.

"De quel droit êtes-vous entré dans mes quartiers? vociféra Radcliffe en le tenant toujours en joue. Quel est votre nom? Qui vous envoie?"

"Du calme… l'apaisa l'homme en levant devant lui deux paumes ouvertes en signe de paix. Je me nomme Oruld, et comme je viens de vous le dire, je suis là pour vous aider."

"Qui vous a dit que j'avais besoin d'aide?" s'irrita Radcliffe entre ses dents.

"Bien, reprit Oruld en sortant des cartes à jouer de ses manches. Reformulons ma requête autrement: je peux vous offrir une information, qui vous permettrait de gagner les terres des "sauvages", sans que vous ayez à sacrifier tous vos hommes… intéressé?"

Après quelques minutes de silence tendu, et alors que le mystérieux messager se mettait à jongler avec ses cartes, Radcliffe abaissa lentement son arme à feu et leva un sourcil hautain en demandant:

"Pourquoi Diable vous ferais-je confiance?"

"L'information que je détiens, roucoula Oruld en cherchant une carte dans sa pile, vous permettrait non seulement de battre les indiens une fois pour toutes, mais elle vous permettrait aussi… de devenir l'homme le plus riche d'Angleterre...ainsi que le favori du roi."

Les yeux de Radcliffe, quoique toujours plissés, se mirent à luire sous ses pupilles mi-closes.

"Parlez, ordonna-t-il en posant définitivement son arme sur la table devant lui. Je verrai si cette information vaut la peine que je vous laisse la vie sauve, ou non."

Sans un mot, Oruld plaça une carte face cachée sur la table en bois avant d'expliquer:

"Le chef de la tribu qui vous empêche d'avancer dans leurs terres détient un objet aux pouvoirs incroyables. C'est lui qui donne ses pouvoirs à leurs sorciers, et qui les rend si forts…. Mais si vous vous emparez de cette relique, c'est à vous, qu'elle donnera le pouvoir de maîtriser les vents."

Radcliffe tenta de cacher sa concupiscence en se lissant méthodiquement la barbe, faisant mine de réfléchir. Puis il se décida à retourner la carte devant lui et ouvrit de grands yeux étonnés avant de demander:

"C'est ce rudimentaire objet? Me prenez-vous pour un imbécile?"

"Loin de moi cette idée! se défendit Oruld l'air faussement choqué. Si vous ne me croyez pas, demandez à vos hommes: ces bois sont remplis de sorcellerie. Arbre parlant, animaux gigantesques, et j'en passe! Si vous voulez écraser ces sauvages une bonne fois pour toutes, leur retirer leur source de magie vous assurera la suprématie sur ces terres…"

"Dans tous les cas, trancha Radcliffe en glissant la carte dans sa chemise, je projetais une attaque de leur camp, avec pour objectif la capture de leur chef. Ainsi, je serai en mesure d'obtenir cette "relique" comme vous dites. En revanche, un détail m'échappe: qu'avez-vous à y gagner, vous?"

Un sourire carnassier étira bientôt les lèvres fines d'Oruld, ce qui fit reculer Radcliffe d'un pas préventif, avant que le mystérieux homme ne décrète:

"Une fois les sauvages massacrés, j'emporterai l'objet loin, très loin d'ici...et vous me le remettrez bien gentiment…"

Une sensation lourde accompagnée d'un son aigu continu retentissait dans la tête de Riku, qui leva lentement une de ses paupières, ne voyant qu'un sol brunâtre flou devant lui. Difficilement, il ouvrit son second oeil et tenta de lever la tête afin de repérer son environnement. Il faisait nuit cependant et son crâne donnait l'impression d'être enserré dans un étau. Levant finalement son regard au ciel, il aperçut les étoiles au travers du trou circulaire caractéristique des ouvertures dans les tipis de la tribu. Comprenant qu'il était attaché à un poteau, encore, il baissa la tête avec amertume: pour des guerriers légendaires, ils se faisaient terriblement souvent capturer. Comme quoi, on pouvait vraiment créer des légendes à partir de rien, songea-t-il ironiquement. A quoi donc servaient tous ces entraînements, se plaignit-il intérieurement, avant de se défendre contre ses propres brimades en argumentant sur la supériorité numérique de leurs attaquants et leur propre interdiction à utiliser leurs armes dans ce monde. De plus, ils ne voulaient pas empirer la situation en blessant, ou pire, tuant l'un des indiens avant de pouvoir défendre leur innocence devant la tribu. Alors que son esprit se perdait à nouveau en de nombreuses auto flagellations intellectuelles et défaitistes, Riku sentit soudainement un léger mouvement contre son épaule gauche. Tournant lassement la tête, il aperçut les cheveux roses et sales de Hayate disposés misérablement sur ses genoux recroquevillés. La jeune femme tremblait légèrement.

Riku était déprimé.

Il ne savait pas remonter le moral aux gens, surtout lorsque le sien se perdait dans les méandres de sa propre dépression. Il se tourna donc sur sa droite, où se trouvait Sora, dans l'espoir que l'élu lui vienne en aide. Malheureusement, le jeune homme était toujours évanoui, son menton nonchalamment abandonné sur son torse d'une manière inconfortable. Aucun secours ne viendrait donc de la droite...De plus, Iwako était absente. Le maître de la Keyblade comprit que la patate chaude avait atterrit dans ses mains lorsqu'il réalisa avec certitude que des sanglots déchirés s'élevaient de la silhouette de Hayate.

"Je suis impressionné, commenta-t-il sans intonation. Tu sais pleurer? Si je te disais que ça me met mal à l'aise, tu t'arrêterais?"

"...pourquoi c'est toi qui est réveillé en premier", soupira la jeune femme avec désespoir sans daigner lever la tête.

"Je me le demande, répondit le maître de la Keyblade en déplorant son propre destin. Peut-être pour enfoncer le clou une bonne fois pour toute?"

"Finalement, admit Hayate en levant la tête. Tu dois être ma punition. Je l'ai méritée j'imagine."

Immédiatement, un brusque sanglot s'échappa à nouveau des lèvres en forme de pomme de la défenseuse. Un sanglot si violent et pitoyable que tout sarcasme quitta rapidement Riku, réellement inquiet à présent. L'heure n'était plus à leurs sempiternelles communications néfastes.

"...tout est de ma faute... murmura-t-elle entre deux hoquets, son visage recouvert de larmes et d'autre sécrétions liées à son état lacrymal.

"Tu te donnes trop d'importance", tenta maladroitement Riku avant de s'admonester qu'il ne savait réellement pas communiquer de manière civilisée avec Hayate.

"Avoue-le, chuchota-t-elle comme pour confirmer les pensées de Riku. Vous m'aviez prévenue, et c'est bien fait pour moi. J'ai tout fichu en l'air... Et c'est de ma faute si Kocoum est mort..."

Alors que Riku cherchait ses mots afin de donner une réponse appropriée à cette affirmation, un silence s'installa le temps de quelques secondes. Finalement à bout de patience, ce fut Hayate qui explosa:

"Vas y, dis-le!"

"Evidemment, je pourrais le redire. Mais je ne pense pas que ce soit nécessaire vu ton état."

"C'est de ma faute... répéta encore la jeune femme en plaquant son front contre son genou. Kocoum est mort à cause de moi. J'en suis responsable, car c'est moi qui lui ai dit que Pocahontas était avec John Smith. Comme je savais qu'il était fiancé à elle, je ne pouvais pas lui mentir, je lui devais la vérité…et j'avais peur que nos ennemis ne l'utilisent contre nous… mais je n'avais rien compris."

"Toute vérité n'est pas toujours bonne à entendre", affirma Riku en tentant tant bien que mal de regarder Hayate par-dessus son épaule.

"Oui… soupira la jeune femme, je l'ai appris à mes dépends… J'ai fait tellement d'erreurs depuis que nous sommes arrivés dans ce monde… Je ne comprends pas comment j'en suis arrivée là."

"Je suis navré de devoir être celui qui te l'annonce mais… c'est parce que tu es humaine Hayate. Et en parlant d'erreurs... L'aurais-tu oublié? Je suis l'expert des erreurs! J'ai trahi mes amis et sombré dans les ténèbres, condamnant d'innombrables mondes et kidnappant des princesses innocentes… et j'en passe."

Pouffant de rire tout en pleurant, elle laissa s'échapper un bruit inélégant avant de continuer:

"On fait un concours? J'ai tenté vainement de séduire un homme déjà fiancé à une princesse, j'ai usurpé la place de Sora à la tête de notre équipe et j'ai lamentablement échoué dans ce rôle, j'ai foncé tête baissée dans tous les combats qui se présentaient à moi sans écouter vos conseils et j'ai révélé à Kocoum que Pocahontas était avec un autre homme, ce qui a mené à la mort d'une personne dont j'étais devenue l'amie...est-ce que j'ai oublié quelque chose? AH! Mais oui, suis-je bête! Je suis responsable de la paralysie d'Iwako parce que j'ai insisté pour aller combattre ce titan!"

"Sincèrement, je ne pense pas que tu puisses déjà me concurrencer pour le titre. Tes méfaits se limitent à quelques jours, les miens à une année entière. Cela dit, je ne savais pas que tu te sentais responsable pour les jambes de Iwako."

"Riku, chaque jour qui passe et que je la vois…soupira Hayate en rejetant sa tête en arrière. Je dois m'empêcher de pleurer et de m'excuser auprès d'elle, parce qu'elle nous a explicitement demandé de ne pas le faire. Et maintenant cette histoire avec Kocoum…"

La jeune femme fit une pause, inspira profondément, sans doute pour tenter de se calmer, puis avoua avec sincérité:

"... Je me sens tellement mal... étouffée... dégoutée par ma réelle nature, que j'ignorais jusqu'alors... Je suis tellement imparfaite et faible...et tellement stupide."

"Tu es trop dure envers toi-même. Ce n'est pas toi qui a tué Kocoum, c'était un concours de circonstances. En plus, personne ne te demande d'être parfaite, ou même d'être un bon meneur: tu es un excellent membre dans notre équipe et tu peux évoluer maintenant que tu sais où sont tes défauts. Ce n'est pas une leçon agréable, je l'admets, mais enrichissante néanmoins."

"Leçon ou pas… Kocoum est mort et je ne peux pas faire marche arrière. Pareil pour Iwako. J'ai échouée, j'ai tout gâché… je me déteste."

Ne sachant que répondre face à tant de mépris envers sois-même, Riku demeurait silencieux, écoutant à contre-coeur les soubresauts qui soulevaient la poitrine de la défenseuse.

"Comment tu fais toi…? demanda-t-elle en tournant pour la première fois son visage défait vers lui. Pour vivre avec ta conscience?"

"Difficilement, admit alors Riku avec un sourire narquois, inclinant sa tête contre le poteau dans son dos afin de regarder le ciel étoilé. Mais je fais de mon mieux tous les jours pour apprendre de mes erreurs passées et de ne pas les répéter. Ca ne marche pas toujours, cela dit."

Après un court silence durant lequel les deux jeunes porteurs de Keyblades regardèrent la voûte étoilée au-dessus d'eux d'un air songeur, Hayate finit par reprendre, d'un ton moqueur:

"Qui l'aurait cru, je suis soulagée d'avoir pu en parler avec toi, finalement. Maître ès Erreurs..."

"Content d'avoir pu te venir en aide, plaisanta le jeune homme à la manière d'un intriguant, mon jeune apprenti."

"Je suis plus âgée que toi, Riku", lui rappela Hayate en plissant ses yeux encore larmoyants, son sourire chassant quelque peu la douleur encore affichée sur son visage.

"Qui sait? lâcha le jeune homme en tentant de hausser ses épaules attachées. Tu as peut-être juste l'air très vieille pour ton âge?"

"Au moins, Hermès ne m'a pas confondu avec un vieillard, moi."

"Touché."

Contre toute attente, Hayate secoua sa tête en soupirant et lâcha avec dépit:

"Je suis désolée je recommence… Pourquoi je ne peux pas m'empêcher d'être méchante avec toi?"

"Parce que c'est le type d'interactions que nous partageons, répondit-il en songeant que c'était la seule manière qu'il connaissait de lui remonter quelque peu le moral. Je serais vraiment gêné si tu commençais à me chouchouter comme tu le fais avec Sora."

"Quoi?! s'insurgea la jeune femme en sursautant des épaules. Je ne le chouchoute pas du tout!"

"Non, pas du tout, répéta Riku d'une voix traînante. Tu ne t'es réellement énervée que quand Sora t'as contredite avant hier. C'est parce que ça t'as blessée plus profondément qu'avec Iwako est moi, je me trompe?"

Hayate baissa à nouveau la tête, cependant cette fois-ci ce fut sans doute pour cacher l'expression sur son visage derrière sa masse de cheveux décrépis.

"Ces derniers temps je suis submergée par un surplus d'émotions… chuchota-t-elle finalement depuis sa cachette faciale. Je ne savais plus comment le gérer, entre mes remords et… autre chose… j'avais décidé de me réfugier dans mon mutisme, et dans une analyse froide des choses. Mais quand il a fallu qu'on prenne cette décision et que j'ai réalisé que vous n'étiez pas d'accord avec mon raisonnement, qui me paraissait parfaitement juste à ce moment-là, quelque chose a "sauté" en moi: j'avais l'impression que tous mes amis se liguaient contre moi. Je me suis sentie attaquée et incomprise… et quand Sora a confirmé que j'étais seule dans mon opinion… j'ai paniquée. Réellement. Et je me suis sentie terriblement seule."

"Tu sais, tenta de la réconforter Riku à sa manière, touché par ses francs aveux impromptus. Ton opinion n'était pas dépourvue de bon sens. Historiquement, les envahisseurs aux moyens technologique supérieurs n'ont jamais hésité à détruire tout ce qui se dressait sur leur passage. Cela dit, la situation est complexe, mais n'était pas alors encore arrivée à un point critique. Nous avions peur de déclencher un conflit qui ne nous concernait pas "directement" et dont les répercussions seraient devenues incontrôlables. Finalement, Pocahontas, qui voulait préserver la paix, faire "triompher l'amour sur la haine" était un futur qui me paraissait plus acceptable. Même si je l'admets: un peu naif peut-être."

A sa droite, Riku sentit un mouvement contre son épaule et réalisa que Sora était progressivement en train de revenir à lui. Mais ne voulant pas arrêter Hayate alors qu'elle était sur le point de lui faire un nouvel aveu, le jeune Maître de la Keyblade jugea bon de ne pas le signaler à la jeune femme…

"Ca me rappelle ce que m'a conseillé Grand-Mère feuillage: que je devais plus écouter mon coeur, et moins ma tête… Elle avait raison… Ces derniers temps j'ai… j'ai fuis mon coeur et c'est de plus en plus intolérable."

Riku, n'y tenant plus et par un soudain élan de solidarité masculine, entreprit alors de labourer les côtes de Sora à l'aide de son coude, dans l'espoir qu'il se réveille assez vite pour entendre les paroles de Hayate.

"J'essaie de nier une partie de moi en écrasant mes sentiments avec ma raison", poursuivit la jeune femme ignorant tout de l'entreprise de Riku.

"Je ne m'attendais pas à de telles confidences je l'admets, lâcha Riku réellement étonné par le comportement de la jeune femme. J'aurais pensé que tu en parlerais à Sora, ou du moins à Iwako, avant moi."

"Contrairement aux apparences, ajouta Hayate en souriant, ses larmes à présent entièrement séchées. Je te considère comme mon ami... ou comme un petit frère très irritant, à toi de choisir. Par contre… tu vas continuer à éviter le sérieux de cette discussion encore longtemps? Je t'ouvre mon coeur là, et toi tu t'amuses avec!"

"Désolé, soupira Riku qui commençait à fatiguer. C'est parce que je suis un handicapé émotionnel moi aussi."

"Essaye au moins de faire semblant.¨

Acquiesçant, Riku fronça les sourcils et réfléchit intensément à une réponse adéquate. Au même instant, il réalisa que Sora commençait effectivement à émerger de son sommeil forcé et il sentit une vague de soulagement face à l'optique d'un relais discussionnel plus performant.

"Tu veux un conseil Hayate? finit par proposer Riku. Selon mon expérience personnelle, tu peux brimer tes émotions un moment, parfois même pendant très longtemps, mais tôt ou tard ça va péter… et le pire qui puisse t'arriver, c'est qu'une personne qui t'es chère en paye le prix."

"C'est pas déjà arrivé? se désola la jeune femme. Je m'en veux tellement d'avoir hurlé sur Sora. Je ne sais pas comment il fait pour tous nous supporter en réalité. Il pondère toujours tous nos avis, absorbe ce qui l'aide et prend la meilleure décision. Je pensais en être capable moi aussi, mais j'accorde bien trop d'importance à mon propre ego pour écouter les opinions des autres, comme lui sait le faire instinctivement."

Sentant qu'il avait réussi à "piéger" Hayate et à l'amener à parler de Sora devant le principal intéressé -à présent tout à fait réveillé-, Riku décida de continuer sur la trajectoire de la conversation:

"Sora ne s'en rend même pas compte lui-même, je pense, mais il a une confiance improbable en son instinct - son coeur en l'occurrence- pour le guider sur la bonne voie. Il est un très bon meneur."

"Oui, admit alors Hayate au grand bonheur de Riku. Sora est un garçon admirable."

"Toi aussi tu est incroyable Haya, s'éleva soudain la voix timide de Sora depuis la droite de Riku. Tu ne devrais pas te dégrader comme ça."

En entendant la voix de l'élu, le visage de Hayate se décomposa instantanément, le choc exorbitant ses yeux ronds alors qu'elle tournait son visage vers Riku pour le fixer avec reproche.

"Toi, chuchota-t-elle ardemment en le fusillant du regard. Pourquoi tu ne m'a pas dit qu'il était réveillé!?"

"Parce que j'adore l'expression actuelle sur ton visage..." la nargua Riku avec son plus beau sourire.

Bouche-bée, la défenseuse resta figée dans son expression de honte tandis que Riku se tournait vers Sora.

"Bien dormi?"

"Ma tête me fait super mal, mais sinon… j'ai connu pire?"

"On a tous connu pire", plaisanta Riku.

"On va se faire exécuter demain, affirma Hayate en se redressant contre leur piquet commun. J'ai entendu les gardes parler pendant que vous dormiez."

"Ah merveilleux, ironisa Riku. Ca on ne l'avait encore jamais expérimenté, effectivement!"

"Où est Iwako?", s'inquiéta soudain Sora qui avait effectivement été assommé en premier.

"Elle va bien, répondit Riku d'un ton certain. Elle est avec l'arbre."

"C'est sensé me rassurer!?" s'indigna Hayate, en tirant brutalement sur les cordes qui les retenaient tous au poteau.

Un craquement retentit soudainement dans le dos de Riku. En effet, le mât de bois n'avait pas pu résister à la force colossale de la défenseuse et avait été abimé par son gigotement, libérant par la même occasion les poignets de Riku.

"Tu es plutôt pratique ma parole", la complimenta à sa manière le jeune Maître de la Keyblade en observant ses mains libres devant lui.

"Vite, le pressa-t-elle avec sérieux. Va rejoindre Iwako!"

"Je vous libère et on y va tous les trois", affirma Riku en se remettant sur ses jambes.

"Non, contesta cependant la jeune femme en baissant la tête. Je resterai ici pour faire face à mon jugement. Je saurai les convaincre de notre innocence et régler ce conflit dignement. J'avais tort et je dois redresser mes erreurs correctement à présent. Si je pars, j'aurais l'impression de fuir comme une lâche."

"Haya…?" fit Sora soucieux.

"Ne t'en fais pas… Je ne "quitte" pas volontairement le groupe cette fois-ci. Je crois en la Justice et j'aimerais défendre notre innocence à tous. Je ne peux refuser de me soumettre à un procès équitable, mais je refuse d'abandonner Iwako aussi longtemps dans cette forêt."

"Sora?" interrogea alors Riku en se tournant vers son ami d'enfance toujours attaché.

"Pars devant Riku, décida l'élu en levant vers lui des yeux décidés. Je reste aussi, au cas où les choses tournent mal… Va chercher Iwako."

Hésitant un instant, son regard passant de Sora à Hayate, Riku leur tourna finalement le dos et se dirigea vers la sortie.

"S'il y a un quelconque problème, lança Riku par-dessus son épaule avant de quitter la tente. N'oubliez pas les commlink."

Une fois que le dos de Riku disparut subrepticement dans l'obscurité de la nuit au-dehors de la tente, Sora s'étonna un instant de sa capacité à passer si facilement sous la vigilance des gardes avant de remarquer le silence qui s'était abattu dans leur tipi suite à son départ. Sora n'avait pas suivi toute la discussion qui s'était déroulée entre Riku et Hayate, mais il en avait entendu assez pour savoir que la jeune femme allait mal.

« ... tu aurais dû partir avec lui », retentit enfin la voix faible de Hayate dans le silence nocturne de la tente.

« Il n'était pas question que je te laisse toute seule ici », répondit du tac-au-tac Sora.

Le jeune homme se tordit le cou pour tenter de voir le visage de son interlocutrice, mais sa position autour du piquet central l'en empêchait. Il ne sentait que l'épaule de John Smith contre la sienne quelque part sur sa droite. L'Anglais semblait toujours évanoui.

« Je suis seule responsable de cette situation désastreuse, affirma la défenseuse d'une voix éteinte, comme lasse. S'il doit m'arriver malheur demain, j'aurais préféré que tu ne sois pas là. Tu n'es pas coupable, toi. »

La sentant toujours aussi déprimée, Sora tenta de prendre un ton un peu plus entraînant, tout en parlant plus bas :

« Hey arrête avec ça maintenant... On est une équipe, tu te souviens ? Et pour avant-hier, j'arrête pas de me dire que c'est moi qui n'aurait jamais dû te laisser partir... »

Sora se tut juste avant de laisser les mots « avec Kocoum » s'échapper de sa bouche... Il reprit donc avec douceur :

« A partir de maintenant, je ne te lâche plus, ok ? Et pour demain on...on trouvera une solution. Ensemble. »

Comme Hayate ne daigna pas répondre à ce commentaire et qu'une certaine tension s'installait dans l'air froid de leur prison de toile, Sora inspira avant de reprendre :

« Tu sais, moi je serai pas grand chose sans vous... je veux dire, tous les gens qui croient en moi, tous mes amis. Je m'en suis rendu compte lors... du Test de Maîtrise. Tu sais, je ne suis pas aveugle: je sais que je suis le Porteur le moins puissant de nous quatre. Et je sais aussi que c'est Riku qui devrait être le porteur légitime de la Chaîne Royale... Mais c'est pas grave que je sois faible tout seul, et toi c'est pas grave si tu es pas un bon chef... L'important, c'est que tous ensemble, on est super fort. Moi en tout cas, j'ai besoin de votre force, à Riku, à Iwako et à toi, pour supporter le poids de Chaîne Royale... »

Un court silence suivit à nouveau cette tirade sur l'amitié, avant que des sons ressemblant à s'y méprendre à des sanglots étouffés ne s'élèvent du côté du poteau où était attachée Hayate. La voix de la jeune femme, faible et brisée, lâcha alors :

« … je suis tellement désolée... »

« T'en fais pas ! explosa Sora en se tortillant contre le mât du tipi pour essayer de coller son dos contre celui de la défenseuse. Pour le moment, dans ce monde, on est un peu tous largués, tu sais ! Et puis, c'est pas la première fois qu'on se retrouve dans un sale pétrin tous les deux, non ? Tu te souviens sur la Planète au Trésor ? Quand on s'était fait bêtement attraper et attacher par ces pirates ? »

« ...non, précisa Hayate qui semblait mal à l'aise. C'est pas ça je... je voulais dire... »

Il la sentit prendre une grande inspiration avant d'avouer :

« ...je m'en veux terriblement... de t'avoir crier dessus. J'ai parlé avec Riku et j'ai réalisé que... j'ai juste passé mes nerfs sur toi quand... j'ai compris que tu n'étais pas d'accord avec ma proposition et... Enfin ! Cela n'excuse en rien ce que j'ai fait, et je... devais m'excuser. »

Sora connaissait assez le caractère fier de la jeune femme pour être touché par ses excuses sincères et honnêtes. Ne sachant que répondre, il tenta encore de tourner la tête en sa direction mais il n'y avait vraiment rien à faire : il ne parvenait pas à voir son visage.

« … tu m'en veux c'est ça ? »

« Non ! s'exclama Sora en comprenant le malentendu derrière son silence. Non c'est pas ça du tout ! Ça m'a... surpris sur le coup... et c'est vrai que ça m'a aussi rendu triste mais... en même temps, c'est pas comme si c'était la première fois que je te vois comme ça. »

« ...pardon ? » s'étonna Hayate.

« Ben... même si tu te maîtrises mieux depuis un moment, je sais que tu as toujours eu de la peine à contrôler tes émotions... et t'as une forte personnalité, donc je savais que ça pouvait arriver... Tu te souviens du tout début ? Il y a presque deux ans, quand on s'est rencontrés ? En fait on se criait presque tous les jours dessus. En tout cas, on était rarement d'accord. C'était Iwako qui calmait tout le temps le jeu... »

« ... ça paraît tellement loin, souffla Hayate nostalgique. Je suis donc toujours aussi désagréable ? »

« Mais non ! s'écria Sora qui se serait volontiers écraser la main sur le visage s'il avait pu. C'est pas ce que je voulais dire ! Ecoute... pour l'autre jour, je ne l'ai pas pris personnellement et c'est pas grave, d'accord ? Je préfère... que tu me dises clairement quand ça va pas, parce qu'avec…"

Sora s'arrêta juste au bon moment. Il allait mentionner Kairi, mais il jugea plus judicieux de ne pas parler de son ancien amour de jeunesse alors qu'il remontait le moral à la nouvelle élue de son coeur. Il s'était rendu compte que l'absence de dialogue entre la Princesse de Coeur et lui-même avait sans aucun doute été l'un des problèmes à l'origine de leur "rupture", Kairi ne lui ayant jamais explicitement dit qu'elle ne supportait plus de l'attendre… Néanmoins, Sora décida de garder cette réalisation pour lui-même et reprit avec sérieux:

"CE QUE JE VEUX DIRE, c'est que si on me dit pas clairement les choses, ben... j'ai tendance à rien comprendre... Je veux juste être sûr que tu saches. Pour l'avenir."

Hayate sembla se détendre dans son dos, mais lâcha un profond soupir que Sora interpréta comme une moquerie.

« ...Oui je sais, concéda-t-il d'un air boudeur. Je suis un imbécile. J'y peux rien. »

« ... non, le contredit Hayate d'une voix soudainement beaucoup plus calme et plus douce. Ne dis pas ça...»

Sora tendit l'oreille, le cœur battant, espérant entendre un petit compliment sortir de la bouche de la jeune femme.

« Si être comme toi signifie être un imbécile, admit Hayate avec une pointe d'amusement dans la voix, alors je pense qu'on aurait besoin de plus d'imbéciles dans le Monde... »

Enchanté, et sentant que Hayate se détendait au fur et à mesure de leur conversation, Sora sourit avec satisfaction. Puis, tout en se broyant la colonne vertébrale contre le piquet de bois qui les séparait, le jeune homme tenta de coller ses épaules contre celles de la jeune femme. Après quoi il ajouta avec légèreté, pour mettre un terme à leur discussion :

« A l'avenir, si tu as envie de me crier dessus, ben crie-moi dessus. Je sais que c'est pas contre moi, qu'il faut juste que ça sorte... Par contre après, si y a des excuses qui suivent, c'est top ! Et... »

Il fit une pause hésitante avant de lâcher, d'un ton enjoué tout en souriant de toutes ses dents:

« … et si y a un câlin en prime, je dis pas non ! »

Cette fois, il en était sûr, Hayate pouffa discrètement de rire. Puis, lentement, le rire sembla se muer imperceptiblement en légères pleurs ... Ne sachant vraiment plus quoi faire pour la calmer par les mots, Sora chercha finalement à trouver les mains de la jeune femme quelque part vers la base du poteau qui les emprisonnait tous deux. Ne pouvant faire mieux pour lui prendre la main, car étant toujours ligoté au niveau des poignets, le jeune homme parvint à entrelacer ses doigts entre ceux de Hayate. Puis il souffla, rassurant :

« ...hey ? Ca va aller maintenant... »

Contre ses épaules, Sora sentit Hayate baisser la tête et avouer dans un souffle, presque un murmure:

« … pourquoi faut-il que tu sois si gentil avec moi…? »

Sora haussa ses sourcils en V, ne sachant pas comment interpréter ces paroles. Devait-il s'excuser? Devrait-il lui parler méchamment, comme Riku? Prenant son courage à deux mains mais ne parvenant pas à utiliser les réels mots qui devaient être utilisés en cette circonstance parfaite (si on oubliait le fait qu'ils étaient attachés et ne se voyaient pas), Sora affirma avec franchise:

"... parce que je t'adore."

En guise de réponse à son aveu excessif, le seul son qu'il perçut dans son dos fut une sorte de gémissement de douleur. Malgré le fait qu'il ne comprenait rien aux réactions actuelles de Hayate, Sora fut rassuré de toujours sentir le contact des doigts de la jeune femme dans les siennes. Mais c'est alors qu'il sentit quelque chose remuer sur sa droite... et qui le coupa totalement dans son élan, ainsi que dans sa discussion en tête-à-tête avec Hayate.

« John? Appela Sora en tournant la tête en direction du mouvement. Tu es réveillé ?»

Un borborygme affirmatif lui répondit, puis Sora vit du coin de l'oeil l'homme secouer ses cheveux blonds en tous sens pour se réveiller tout à fait. L'Elu de la Keyblade voulait prendre des nouvelles de son état lorsqu'il entendit subitement une voix de femme s'élever de l'autre côté de la toile de tente :

« Je veux affronter le regard de l'homme blanc qui a tué Kocoum »

« Fais vite », répondit la voix du garde posté à l'extérieur.

Sora se trouvait à l'opposé de l'entrée de leur prison, mais il reconnut clairement la silhouette féminine qui s'agenouilla bientôt quelque part sur sa droite, devant John Smith. Ce dernier du reste, en la reconnaissant, lâcha son nom d'un air à la fois surpris et heureux :

« Pocahontas ! »

« John... »

S'il le voulait, Sora aurait très bien pu tourner la tête sur la droite et assister à la scène touchante qui allait suivre. Mais, respectant leur intimité et aussi désirant faire le moins possible partie de ce moment, le jeune homme décida de tourner le regard dans l'autre sens, feignant l'inconscience. Au vue de son silence, Hayate semblait avoir pris la même résolution.

« Je m'en veux tellement... » reprit Pocahontas d'une voix peinée, sans doute en se couchant sur John.

« Pourquoi ? Demanda Smith en rigolant. Pour ça ? J'ai déjà survécu à bien pire ! Je n'ai pas d'exemples précis mais... »

« Il aurait mieux fallu qu'on ne se rencontre pas... le coupa Pocahontas avec résignation. Tout ça ne serait pas arrivé ! »

« Pocahontas, regarde-moi... »

Il y eut un court silence, l'air étant à présent tellement saturé d'émotions qu'elles en étaient presque palpables. Sora retint sa respiration de manière à pouvoir entendre la suite:

« Plutôt mourir demain, que de vivre un siècle sans t'avoir connue... »

Comprenant qu'il assistait malgré lui à une scène de déclaration amoureuse particulièrement émouvante, Sora se sentit alors terriblement mal à l'aise et fit encore plus d'efforts pour tenter de disparaître de ce tipi. Son inconfort, malheureusement, augmenta encore lorsqu'il se rendit compte qu'Hayate tenait toujours ses doigts entre les siens avec une certaine fermeté.

« Si je ne t'avais pas connue, reprit John Smith avec tendresse, je serai rester aveugle et sourd, et j'aurai continué à ne rien comprendre... peu importe ce qu'il se passe à présent, je n'ai aucun regret. »

« Je ne comprends pas... admit tristement Pocahontas. Je pensais que notre amour pouvait réunir nos deux peuples... Je n'aurais jamais cru que la haine et la mort seraient les plus fortes, et ne nous laisseraient pour toute compagnie que des murmures dans la nuit... »

Alors que Sora sentait Hayate resserrer imperceptiblement ses doigts dans les siens, la voix du garde à l'extérieur le fit soudain sursauter :

« Pocahontas ! »

« Je ne peux te quitter... » murmura Pocahontas à l'adresse de Smith, plus peinée que jamais.

« Et tu ne le feras pas, assura John avec douceur. Qu'importe ce qu'il m'arrivera demain, je serai près de toi... pour toujours... »

Les deux amants s'enlacèrent et Sora, réalisant le drame qui se passait quasiment devant lui, sentit des larmes lui monter aux yeux et il dut se mordre la lèvre inférieure pour s'empêcher de pleurer. Il ne pouvait s'abstenir de se mettre à la place de Pocahontas... Leur histoire d'amour était sans doute la plus tragique qu'il ait jamais vue...

Enfin, après de longues minutes lourdement insonores, Sora vit du coin de l'oeil Pocahontas se relever et venir, contre toute attente, s'agenouiller entre Hayate et lui.

« Je suis vraiment navrée de vous avoir mêlés à tout ça... »

« Non princesse, intervint Hayate sans hésitation. C'est à moi de te demander pardon : c'est ma faute si Kocoum est... C'est moi qui l'ait prévenu. Qui lui ai dit où vous étiez. »

Sora se tordit le cou pour pouvoir apercevoir l'expression faciale de Pocahontas : la jeune indienne fixait Hayate avec sérieux, mais aucune colère ne se lisait sur son visage.

« Tu ignorais que Thomas serait là, la défendit alors John Smith. Or c'est lui qui a tiré, pas toi... »

« Non... trancha Pocahontas en se redressant lentement, résolue. Kocoum n'est mort à cause d'aucun de nous... Il est une victime de cette guerre, comme nous tous. »

Sora, ainsi que ses deux comparses détenus, restèrent sans voix devant cette cruelle mais néanmoins sage vérité. Puis ce fut la princesse indienne qui reprit, sûre d'elle à présent :

« Je vais tout faire pour trouver une solution... je le jure. Cela ne peut se finir ainsi... »

Elle partit en direction de la sortie et Sora jugea bon de lui indiquer le chemin à prendre :

« Va chercher Riku et Iwako ! chuchota-t-il avec empressement. Ils pourront peut-être t'aider. Ils sont sûrement vers Grand-Mère Feuillage ! »

La silhouette de Pocahontas se découpa un instant sur la toile de tente en face de Sora, à la manière d'une ombre chinoise, et il lui sembla qu'elle lui lançait un hochement de tête affirmatif. Puis le lourd tissu se referma, les plongeant à nouveau tous dans l'obscurité de la nuit. Il y eut un court silence, puis la voix de Smith, mélancolique mais décidée, déclara :

« Sora et Hayate…échappez-vous si vous le pouvez. Mais moi je ne lutterai pas demain. Cette guerre n'a aucun sens, et je ne veux plus en faire partie... »

Sora frissonna... mais ce n'était pas à cause du froid.

Nous espérons que vous avez au moins un petit peu pardonné à Hayate après cette partie...
^^'
Et on touche au bout: la prochaine partie sera la clôture du monde de Pocahontas.
Par contre... on ne promet pas que tous nos personnages en sortiront indemnes...

Petit bonus pour celles et ceux qui aimeraient voir des scènes illustrées: nous avons créé un compte Deviantart!

(Oui, parce qu'on dessine quand on a le temps XD)

Cherchez "NsperisetLirae" et vous devriez nous trouverez...