Bonjour, j'espère que vous vous portez bien. C'est Iwako (tome 1) qui vous parle, ceci dans le but de rappeler quelques règles d'hygiène pour protéger notre chère communauté :
Règle N°1 : respecter une distance de 2mn entre vous.
(Hayate s'éloigne de Sora en disant « distance de sécurité »)
Règle N°2 : se laver fréquemment les mains.
(Riku hoche la tête avec ses mains sous le robinet)
Règle N°3 : éternuer dans son coude ou dans un mouchoir jetable.
(Sora crache inélégamment dans son bras)
Règle N°4 : les rassemblements de plus de 5 personnes sont interdits.
(Sora derrière : ça tombe bien on est 4 sur le vaisseau !)
Règle N°5 : rester chez vous.
(Riku : ça tombe bien, on n'arrive pas dans le prochain monde avant au moins 1 mois.
Hayate : et on est bloqué dans l'espace, la quarantaine est une amie.
Sora : et la collocation aussi !
Iwako : et aussi... désinfecter les portes, surtout les poignées et les boutons d'ascenseur, n'échangez pas vos verres, ne vous donner pas la main pour vous dire bonjour, les câlins sont prohibés mais vous voyez non ?! vous VOYEZ ?! J'avais raison depuis LE DEBUT !
(Riku, Sora et Hayate lui préparent une tisane pendant qu'elle sprayent toutes les surfaces avec de la Javel)
Dès la première pression de sa voûte plantaire sur le sol métallique de sa chambre, Sora ressentit une douleur sourde lui remonter dans la jambe et lui parcourir tout le corps, à la manière d'un petit courant électrique désagréable. Il leva sa main gauche devant lui et fronça ses sourcils en V: ce n'était pas tant la cicatrice qui lui barrait la paume qui le perturbait, mais bien la vision de ses phalanges, qui tremblaient légèrement. S'il avait récupéré l'usage de tous ses membres, le jeune homme sentait pourtant toujours la violence des coups de Teka sur son corps meurtri. Baissant la tête sur ses cuisses flageolantes, l'Elu de la Keyblade poussa un douloureux gémissement et serra les poings le long de ses flancs: il avait assez dormi. Il devait récupérer au plus vite… et passer toute sa journée dans son lit n'allait pas l'aider! Prenant une grande inspiration pour pouvoir mieux supporter les diverses et insupportables crampes qui lui martelaient les muscles à chaque pas, Sora entreprit de traverser le couloir le menant à la cuisine, d'où il entendait déjà le bruit de vaisselle qu'on entrechoque.
Tout en s'appuyant sur le mur pour s'aider à marcher droit, Sora tenta de mettre de l'ordre dans ses souvenirs. Il n'avait pas tout suivi de la fin de la bataille, mais ses compagnons lui avaient narré l'essentiel: Iwako avait récupéré ses jambes supposément grâce à un pouvoir interdit et utilisé un sort de contrôle sur Te-ka, Riku avait dû aider la magicienne (qui avait menacé de perdre tout contrôle) à maîtriser son surplus de Ténèbres, et Hayate avait failli y rester en sacrifiant sa Lux pour sauver Sora… Le jeune homme, tout en se tenant à la paroi métallique pour garder son équilibre, eut soudain un désagréable pressentiment quant à toute cette histoire de Lux… Que lui était-il réellement arrivé, qui pourrait expliquer la douleur qu'il ressentait à chaque pas? Pourquoi avait-il oublié plusieurs heures de cette journée-là? Etait-il...peut-être… même pendant un bref instant…?
...mort?
En songeant à cela, le coeur du jeune homme se mit à battre plus fort dans sa poitrine: et Hayate alors? Qu'avait-elle réellement sacrifié pour "le sauver"? Ces derniers jours, au travers du brouillard de son esprit à demi-éveillé, il avait eu l'impression que la jeune femme était constamment restée à son chevet... une image trouble et fantomatique de son visage rond accompagnant chaque nuit que Sora avait passé alité, telle une lune dans un ciel étoilé. Mais avait-elle vraiment été là tout ce temps, ou avait-il simplement rêvé? N'avait-elle effectué qu'une de ses nouvelles capacités de lumière… avait-elle vraiment donné un peu de "sa vie" pour lui…?
Poussé par un nouvel espoir quant aux partages de ses sentiments par la jeune femme, le jeune homme se pressa pour enfin atteindre la cuisine. Mais, alors qu'il allait atteindre le cadre du premier accès de la salle de séjour, une voix lui parvint à l'autre bout du couloir:
"... tu es sûr?"
C'était sans nul doute celle d'Iwako. Voulant la saluer, Sora s'approcha encore de quelques pas. Mais c'est alors qu'il les vit: Riku et la magicienne se tenaient debout, l'un en face de l'autre, en haut des marches menant à la salle des machines, à demi-cachés par la pénombre. La jeune femme avait posé ses deux mains contre sa poitrine et levait sa tête vers Riku. Sa voix avait sonné terriblement soucieuse aux oreilles de Sora.
"Je te l'ai dit… souffla Riku calmement, d'une voix basse, presque un murmure. Je ne ressens plus de symptômes inquiétants, et je dors bien."
"Je ne te parle pas de symptômes physiques…" précisa Iwako en levant une main laiteuse devant elle.
Au plus grand étonnement de Sora, la jeune femme posa alors sa paume délicate sur le buste de son meilleur ami, avant d'ajouter:
"... je parle de ton coeur. Tu dois forcément ressentir les effets… du surplus."
Riku, après un bref silence, leva lentement ses deux bras puissants afin de cacher, avec délicatesse et douceur, les fines mains d'Iwako de ses grandes paumes. Sa voix, profonde et suave, chuchota encore:
"Je vais bien... Cesse de t'inquiéter pour moi, s'il te plaît. Je n'aime pas voir cette ombre, sur ton visage…"
Le jeune Maître de la Keyblade, du bout de l'index, remit méticuleusement une mèche de cheveux bleu nuit d'Iwako derrière son oreille, tout en la dévisageant. L'expression que Sora discerna alors sur le visage de son meilleur ami le fit ouvrir de grand yeux estomaqués: jamais encore, il n'avait vu pareille émotion sur ces traits d'habitude si durs et maîtrisés! En effet, l'éclat turquoise des yeux du jeune homme, mis-clos, dansait chaleureusement derrière une mèche argentine, tandis qu'un sourire serein affinait progressivement le coin de ses lèvres rose pêche. De là où il se trouvait, l'Elu de la Keyblade ne parvenait pas à voir distinctement le visage d'Iwako, qui lui tournait à moitié le dos, mais il l'aperçut clairement relever son menton d'ivoire afin de plonger son regard dans celui du jeune homme au-dessus de son visage.
Se sentant rougir de la tête aux pieds, car se sachant réellement de trop dans ce tableau romantique, Sora s'échappa discrètement par l'embouchure de la cloison qui menait au salon, un sourire complice aux coins des lèvres. Cette petite scène charmante lui avait mis du baume au coeur, malgré son malaise: Riku lui avait déjà parlé de ses sentiments pour Iwako, mais il ignorait alors si la magicienne ressentait la même chose pour lui… Leur combat contre Teka n'avait finalement pas eu que des conséquences néfastes, en fin de compte, songea l'Elu optimiste… Et il se faisait peut-être inutilement du souci pour ses compagnons…
Enfin parvenu sur le seuil de la cuisine, le jeune homme n'y pénétra pas tout de suite cependant, en profitant pour savourer les bonnes odeurs de pain frais et d'oeufs brouillés qui flottaient dans l'air. Sora marqua un temps d'hésitation en apercevant une mèche de cheveux blonds se détacher du reste de la crinière en bataille de la jeune femme présente vers la cuisinière, avant de se rappeler que Riku lui avait expliqué que sa nouvelle teinte capillaire était la conséquence de son transfert de Lux. Comme lorsque l'on gagne des cheveux blancs après une expérience particulièrement traumatisante. En se reprenant, le jeune homme observa la silhouette féminine de Hayate affairée devant son fourneau, au-dessus d'une poêle qui laissait échapper une douce odeur sucrée. Sora se remémora soudain les paroles de son père avec un étrange pincement au coeur:
Reste toujours auprès des personnes qui te sont chères. Et protège-les, quoiqu'il t'en coûte.
Le jeune homme sentit une puissante émotion remonter de son ventre jusqu'à sa gorge: pour une fois, non, il n'avait pas envie de parler de ses rêves avec Hayate. Ou du moins, pas tout de suite. Il sentait (et ce jusque dans sa moelle épinière) la gravité de ce qu'il lui était arrivé, et il voulait dire à la jeune femme qu'il allait mieux, à présent. De plus, il ignorait le réel prix qu'elle avait dû payer pour le sauver, mais peu importe: le geste même le touchait énormément. Il devait la remercier, du fond du coeur. Bien qu'encore endolori, Sora s'élança finalement à travers la pièce et, sans la moindre hésitation, enserra brusquement la taille de la jeune femme par derrière, l'attrapant avec force et émotions.
Le jeune homme sentit Hayate sursauter avant de s'exclamer, abasourdie:
"Sora!? Tu es debout?"
L'Élu ne répondit pas et se contenta de cacher son visage dans le cou de la défenseuse. Tandis qu'il appréciait l'agréable chaleur du corps d'Hayate contre le sien, il ne put s'empêcher de resserrer gentiment son étreinte autour du ventre de la jeune femme tout en enfouissant son nez en trompette dans sa chevelure sauvage, duveteuse et rosée. Progressivement, Sora ressentit comme un souffle de force le traverser de part en part, effaçant miraculeusement tout résidu de douleur présent dans son corps… Il ouvrit de grands yeux surpris, hésitant à demander à sa sauveuse si elle venait à nouveau de lui transmettre un peu de sa Lux, lorsqu'il constata bientôt avec joie que la jeune femme se laissait aller à son contact, affaissant doucement ses épaules contre le torse du jeune homme, comme l'on se détend dans un grand coussin particulièrement confortable. Profitant de l'aubaine, le jeune homme décida de prolonger son étreinte.
"Merci… murmura Sora en apposant délicatement son front contre la tempe de la défenseuse. Sans toi je… je ne serais peut-être plus là à l'heure qu'il est…"
Hayate expira profondément. Le jeune homme entendait à présent son propre coeur tambouriner dans ses tympans alors qu'il fermait les yeux, se délectant de la douceur de la peau d'Hayate contre son visage. Ce fut là qu'il sentit, avec déception, la jeune femme se raidir brusquement dans ses bras et déclarer d'une voix monocorde, et presque sans timbre:
"Je n'ai fait que mon devoir. L'Elu ne pouvait pas disparaître. Ma mission est de te protéger, quoi qu'il m'en coûte..."
"Ne dis pas ça…" la raisonna Sora tristement, presque blessé par ses paroles.
Entre ses bras, il perçut la défenseuse jouer des épaules pour tenter de se dégager et il éprouva un terrible pincement au coeur lorsqu'elle lui intima, d'une voix calme mais néanmoins sans appel:
"Sora lâche-moi maintenant."
Tandis que le jeune homme scrutait avec tristesse le seul oeil d'acier froid qui le fixait, il crut y discerner quelque chose de caché au fond de ce regard gris. Hayate ferma alors les paupières, plaça sa main sur son torse comme pour le repousser et ajouta:
"S'il te plaît."
Il s'exécuta à contre-coeur et contempla encore un instant le dos que lui présentait obstinément la jeune femme: n'était-il donc uniquement que "l'Elu de la Keyblade" à ses yeux? L'aurait-elle laisser mourir, si cela n'avait pas été sa "mission"? Il refusait de le croire. Cependant, il ne saisissait pas non plus le brusque changement d'attitude de Hayate à son égard. Abandonnant pour l'instant, Sora se retourna dans le but initial de mettre la table lorsque ses yeux rencontrèrent ceux d'Iwako et de Riku, qui étaient restés figés dans une expression de stupeur sur le pas de la porte. Depuis quand étaient-ils là?! paniqua intérieurement Sora alors que Riku détournait tristement le regard et qu'Iwako lui attrapait le poignet et le tirait avec elle dans le couloir sans un bruit.
"Qu'est-ce que tu fabriques?!" pesta la magicienne en chuchotant, tout en plantant son regard améthyste dans le sien.
"A ton avis?" s'irrita Sora embarrassé, sur le même ton, quelque peu perturbé par le récent changement chromatique de ses iris.
"Non mais enfin! soupira la magicienne en levant les bras au ciel de manière théâtrale. Un peu de finesse, de raffinement! On ne séduit pas une femme en l'attrapant sauvagement dans la cuisine! Essaie de la comprendre!"
"Je…!" commença le jeune homme en se sentant rougir de la tête aux pieds, réalisant soudain la portée de son geste.
"Et qu'est-ce que tu fais hors de ton lit? s'irrita son la jeune femme avec dépit. T'en ai-je donné l'autorisation?"
"Non mais…" tenta Sora.
"Il n'y a pas de "mais"! le coupa Iwako en fouettant l'air de sa main. Je te ferai passer un examen tout à l'heure. Mais pour l'instant, Riku a quelque chose d'important à nous dire. Donc EXCEPTIONNELLEMENT tu peux rester hors de ton lit… Ce sera plus simple si tu es aussi là…"
Ne sachant que dire pour sa défense, Sora se contenta de suivre sagement la magicienne et, constatant enfin la réalité qui se tenait devant ses yeux durant tout ce temps, il ne put retenir une exclamation à la fois de surprise et de joie:
"Iwa alors c'est vrai! Tu es guérie!"
La jeune femme se retourna, ce qui fit se dérouler sa belle chevelure bleue nocturne tout autour de ses longues jambes fines et blanc porcelaine. C'était la première fois depuis son rétablissement dans le vaisseau que l'Elu la voyait à nouveau MARCHER.
"Oh, sembla-t-elle comprendre en baissant ses yeux nouvellement violets sur son propre corps. Oui en effet!"
"Ca fait tellement plaisir… ne put s'empêcher de lâcher Sora en serrant les poings de joie devant lui. Ca fait tellement plaisir que tout soit redevenu comme avant."
Contre toute attente, le sourire qui s'y était attaché disparut lentement des lèvres corail d'Iwako et, fuyant le regard de Sora, elle souffla juste en repartant en direction de la cuisine:
"Je n'irai pas jusque là..."
Perdu et décontenancé par sa réaction, Sora la regarda s'éloigner dans le couloir devant lui, songeur. Depuis son premier réveil dans le vaisseau, l'Elu de la Keyblade avait noté un subtile changement d'ambiance concernant Hayate, Iwako et Riku. Si les filles arboraient à présent des modifications physiques remarquables, quoique mineures, son meilleur ami affichait parfois une mine encore plus lugubre qu'à son accoutumée. Sora sentait que ses trois amis évitaient soigneusement certains sujets avec lui, et il était persuadé que cela avait quelque chose à voir avec leur combat contre Te-ka. Que s'était-il passé là-bas, face à la Gardienne Sans-Coeur? Riku lui avait avoué qu'Iwako avait usé d'un pouvoir de Ténèbres incommensurable mais était-ce vraiment tout? Que lui cachait-on qui le concernait?
Le coeur à nouveau alourdit par cette triste réalisation, Sora finit néanmoins par suivre Iwako jusqu'à la table encore libre de tout couvert, et sur laquelle Riku venait de placer le Livre des Prophéties, ainsi que les quatre Clés des Éléments. Le jeune Maître de la Keyblade posa un regard turquoise compatissant sur Sora dès son retour dans la cuisine, après quoi il jeta un rapide coup d'oeil en direction d'Hayate, teinté de mansuétude. La jeune femme, derrière sa mèche blonde, le fusilla d'un sévère regard acéré, sous les yeux incompris de Sora. Voilà, songea ce dernier, cela recommençait. Il n'était pas un imbécile. Quelque chose s'était produit lorsqu'il était tombé dans les pommes. Quelque chose qu'on ne lui disait pas.
"Je suis navré, s'excusa subitement Riku en commençant à aligner les clés tout autour du livre à la couverture bleutée encore fermée. Je n'ai pas résisté à l'envie de voir la réaction du manuscrit aux côtés des quatre clés. Regardez ça."
Presque instantanément, dès que le jeune Maître de la Keyblade eût terminé de disposer les artefacts, chaque reliquaire se mit à briller intensément de sa couleur élémentaire attitrée. Puis, dans un claquement sec qui fit sursauter Sora, le Livre s'ouvrit brusquement et ses vieilles pages jaunies par le temps se mirent à tourner frénétiquement, comme paniquées, jusqu'à ce que la main invisible qui les manipulait ne s'arrête sur une page bien précise… Vide et mitée.
"Une page vierge? s'étonna Hayate en passant sa petite main sur la surface rugueuse du livre. Cela ne se peut… c'est forcément une énigme."
"Je le pense aussi, admit Riku. Vous vous souvenez de ce qu'avaient dit les dieux en Olympe? Il est rare que Kros parle de la Tour de Cristal à des mortels… son emplacement doit donc être bien caché."
"C'est de la magie…"
La voix faible d'Iwako avait résonné derrière Sora. La jeune femme observait l'ouvrage bleuté avec des yeux améthyste pétillants de curiosité, phénomène qui ne s'était encore jamais produit en ce qui concernait le Livre des Prophéties, que la magicienne semblait plutôt éviter de coutume. Lentement, elle s'avança vers le manuscrit et apposa sa main délicate à son contact tout en fermant ses yeux en amande, pour se concentrer. Sora aperçut du coin de l'oeil Hayate et Riku se jeter un regard réprobateur. Ignorant leur réaction cependant, la magicienne rouvrit lentement ses paupières en déclarant solennellement:
"C'est de la vieille magie. Une vieille et puissante magie. Le… Livre ne révélera ses secrets qu'aux personnes concernées… choisies."
"Mais Enna Kros nous a choisis non? répliqua Sora. En nous proposant la Quête des Souvenirs?"
"Oui mais il nous faut prouver au Livre qu'il s'agit bien de nous", clarifia Iwako en fronçant ses sourcils arqués.
"Les Clés ne suffisent pas? s'étonna Sora. Il lui faut quoi, nos cartes d'identité?"
"C'est exactement ça", admit la magicienne en allant farfouiller dans un tiroir du plan de travail.
Sous les yeux exorbités de ses trois compagnons, Iwako s'arma d'un grand couteau tranchant et revint vers eux. Elle marqua néanmoins un temps d'hésitation en parvenant au-dessus de la page vierge, et ferma lentement son poing tout en affichant un puissant air de dégoût.
"J'ai saisi", lâcha soudain Hayate en prenant l'arme des mains de sa meilleure amie.
Tandis que le coeur de Sora faisait un triple saut périlleux dans sa poitrine et que Riku lançait un sifflement sans doute admiratif, Hayate se passa sans sourciller la pointe du couteau au centre de la paume, qui ne tarda pas à se teinter d'une puissante couleur vermeille brillante. Fermant le poing, la jeune femme le plaça ensuite au-dessus de la page et serra ses phalanges: quelques perles rougeoyantes tombèrent sur le manuscrit et, alors que Sora laissait échapper une exclamation étonnée, des mots écrits avec la même couleur rubis commencèrent à apparaître faiblement à la surface du parchemin.
"Quelle meilleure carte de visite, expliqua Hayate en ne pouvant s'empêcher de sourire à Iwako, que notre propre sang".
"Nous allons devoir tous le faire n'est-ce pas?" conclut Riku en empruntant la lame à la défenseuse, tout en fixant Iwako de ses yeux turquoise électrique.
"Si l'on veut faire apparaître tout le poème, soupira de dépit la magicienne en lançant un Soin sur la paume de sa meilleure amie, je le crains oui. Par contre ne te coupe pas avec le même couteau qu'elle, ou alors laisse-moi le temps de le désinfecter..."
Une fois Riku, Sora et Iwako passés au bistouri à leur tour, un magnifique texte en lettrines gothiques apparut enfin dans son intégralité. Les enluminures présentes dans les marges devaient sans doute représenter des divinités stylisées, peut-être d'autres Gardiens, songea l'Elu de la Keyblade. Alors que Sora était comme fasciné par une créature calligraphiée, sans conteste un dragon aux ailes de métal représenté en train de cracher des flammes sur ce qui devait être une femme composée de glace, Riku demanda:
"Hayate? Tu peux lire ça?"
"Traduction instantannée? plaisanta à moitié la jeune femme en se penchant sur le Livre. Défi de taille considérant l'ancienneté de la langue."
"Je vais t'aider… "suggéra Iwako en se plaçant au-dessus de l'épaule de son amie.
Après quelques minutes de lecture silencieuse, Hayate finit par déclarer:
"Je ne suis pas à cent pour cent certaine en ce qui concerne le nom du monde, mais voici ce que donne le début du texte:"
Quatre âmes armées d'autant de Clés,
Plongeront enfin dans "Gray-moira",
Monde aux frontières de la réalité,
Où siège la tour d'Ivoire.
"Gray-moira?" répéta Sora dubitatif.
"On pourrait traduire vulgairement par "Grymoire", suggéra Iwako. Ca semble être un jeu de mot de la part de l'auteur."
"Moira signifie quelque chose comme "destinée" en effet, expliqua Hayate. Pour les quatre vers suivants, c'est assez facile au niveau du lexique:
Guidés par le Roi Elu,
Ils graviront les marches du Destin,
En quête d'un glorieux salut,
Qui pourtant restera des plus incertains.
"Le Roi Elu? intervint Riku. Pas "Elu" tout simplement?"
"Non, trancha Hayate qui fronçait à présent ses sourcils couleur quartz de concentration. "Basileo" veut bien dire roi… pour la fin, la langue est vraiment obscure. On dirait que l'auteur affectionne particulièrement les jeux de mots… pfff…."
"Essaie la traduction la plus simple…" l'encouragea Sora.
"Guerriers" (je ne suis pas sûre) écoutez les conseils,
Du jeune seigneur qui s'éveille,
Car caché derrière les éclats de son histoire,
Une part de la vôtre pourrait en être...?
"Guerriers est un mot uniquement masculin dans cette phrase tu as vu?" nota Iwako en pointant le-dit nom du bout du doigt pour le montrer à Hayate.
"Oui je n'arrive pas à lui rendre le bon sens… maugréa la jeune femme dans sa barbe. La phrase est par contre au vocatif, c'est une apostrophe de l'auteur au lecteur."
"Voca-quoi? répéta Sora tout à fait perdu. Attends… mais il manque pas la fin du poème? "une part de la vôtre pourrait en être"...quoi?"
"Le cristal…? s'étonna Iwako en relisant le passage. Non ça n'a pas de sens…"
"Ce mot a au moins dix significations différentes… soupira Hayate en s'asseyant sur la chaise la plus proche. Il peut vouloir dire: le lac, la rivière, mais aussi le fantôme, l'esprit… il peut aussi être traduit par reflet."
"... le Miroir. murmura soudain Iwako en se saisissant du Livre avant de relire sa traduction à voix haute:
Guerriers, écoutez les conseils,
Du jeune seigneur qui s'éveille,
Car caché derrière les éclats de son histoire,
Une part de la vôtre pourrait en être le miroir.
Un silence pesant suivit la fin de la traduction du poème qui devait les mener à la Tour de Cristal, monde marquant la fin de leur Quête des Souvenirs. Puis, contre toute attente, ce fut Hayate qui s'exclama:
"Bien! Je sens que nous allons encore passer les prochains jours à nous torturer les méninges pour tenter de savoir où nous rendre, alors je vous propose de ne pas commencer cette nouvelle quête sans prendre des forces…"
Joignant le geste à la parole, la défenseuse reprit la confection des crêpes dans sa poêle et nos quatre porteurs de keyblade prirent un copieux déjeuner dans l'ambiance la plus joviale possible, compte tenu du "stress" de la fin de la quête tout de même palpable dans l'air. Enfin, après sa septième crêpe engloutie, Sora se leva de table. Il déposait son assiette dans l'évier lorsqu'il sentit sa tête lui tourner. S'excusant auprès d'Iwako, le jeune homme prit congé de ses amis pour effectuer un repli stratégique en direction de sa cabine: il ne voulait pas les inquiéter avec son état... Il avait juste besoin de rester couché un petit moment, ça allait passer. Cependant, des bruits de pas dans son dos lui indiquèrent qu'un assaillant potentiel l'avait suivi dans sa retraite.
« Sora attends ! »
Le jeune homme, déjà devant le rideau de sa chambre, se retourna lentement mais ne put s'empêcher de sursauter en réalisant que Hayate se trouvait déjà nez à nez avec lui. Comment avait-elle pu courir aussi vite ?
« Oui... ? » demanda-t-il sur ses gardes.
« Je voulais m'excuser pour toute à l'heure, décréta Hayate avec fermeté. Le soudain contact physique m'a prise au dépourvu. Je te serai reconnaissante de ne pas recommencer."
Sora releva ses deux sourcils en V sous le coup de la surprise: il nota qu'elle ne lui avait plus parlé comme ça, si distante et formelle, depuis avant l'arrivée de Riku. De plus, il remarqua un contraste flagrant entre sa voix cinglante et son expression faciale, qui exprimait un puissant malaise. Brusquement, Sora vit de petites étincelles lui parcourir la rétine et il dut reculer d'un pas et se plaquer, par précaution, contre le mur derrière lui. Il semblait être au bord de l'évanouissement, son étrange phase de sommeil récurrente s'imposant à lui à nouveau.
"Sora!"
Hayate, contredisant ses mots d'il y a quelques instants, se rua sur lui pour l'attraper fermement contre elle, de manière à l'empêcher de tomber en avant. Le jeune homme se sentit immédiatement mieux, comme si on venait de lui injecter une piqûre d'adrénaline, alors qu'il lui semblait sentir une petite main caresser ses cheveux avec inquiétude.
Qu'est-ce qui lui prenait à la fin? se questionna Sora en levant un sourcil incertain. D'abord elle lui demandait de le lâcher et d'éviter les contacts physiques, et maintenant il se retrouvait collé contre elle? Avait-il raison de penser qu'elle n'allait peut-être pas si bien que cela? C'était toujours difficile à dire, concernant Hayate… Acceptant ce manque flagrant de logique, Sora se redressa quand elle le prit par surprise et avança encore plus son visage rond vers le sien. Avec une pointe d'amusement et de fierté néanmoins, il nota qu'il devait à présent baisser les yeux pour rencontrer ceux de la défenseuse. Hayate reprit, d'un ton de voix plus doux mais cependant alarmé:
« Si ça ne va pas, je peux te porter jusqu'à ton lit.»
Sora sentit son souffle s'accélérer tandis qu'il restait pétrifié contre la paroi métallique, ne pouvant plus articuler un seul mot : sa proximité avec Hayate lui permettait de visualiser chaque détail de son visage. Cachés derrière sa mèche couleur des blés, au-dessus de ses pommettes parsemées de multiples tâches de rousseur, ses yeux de célestine brillaient d'un éclat décidé, et envoûtant. Ses iris avait la couleur d'un ciel d'été, tandis que le reste de l'oeil était d'un bleu un peu plus azuré autour de ses pupilles profondes. Tellement insondables, que Sora se sentit un instant tomber dans ce regard, et il cessa momentanément de respirer, son coeur battant la chamade dans sa poitrine. A l'aide d'une force mentale herculéenne, il finit par décrocher son attention de ses yeux hypnotisants, mais un autre aspect du visage d'Hayate attira alors tout son intérêt: ses lèvres en forme de pomme lui semblèrent si rouges en cet instant, qu'il ne put s'empêcher de les comparer à un fruit trop mûr. Le jeune homme ressentit comme un poids lui tomber dans le ventre, accompagné de fourmillements euphoriques, alors que son coeur martelait à présent contre sa poitrine, tel un prisonnier frappant contre les barreaux de sa cage... Sora, le front brûlant, ne parvenait pas à cesser de fixer la bouche de Hayate. La jeune femme, de son côté, continuait de le dévisager avec expectative, bien que son expression faciale dénotait une pointe d'amertume, ou de peur, il n'aurait pas su dire. Ne pouvant plus résister, Sora approcha son propre visage de celui de la défenseuse et il entre-ouvrit ses lèvres, cherchant à embrasser celles de la jeune femme. Si Hayate resta immobile dans un premier temps, elle finit par quitter sa position rapprochée pour se reculer vivement, comme si le jeune homme l'eût giflée. Elle cligna plusieurs fois des cils, avant de rougir violemment et de balbutier, gênée:
« Ou-oublie ça…bégaya-t-elle initialement, une étrange mélancolie noircissant son regard brièvement, avant de se reprendre et d'ajouter avec plus d'assurance: Je vais chercher Iwako, ne bouge pas d'ici.»
Puis elle partit d'un pas leste en direction de la cuisine, remettant en arrière d'une main nerveuse sa mèche blonde dans la masse rosée de sa chevelure. Dépité, Sora ferma les yeux et frappa rageusement de son poing la cloison métallique dans son dos, avec frustration, tout en pinçant ses lèvres:
Qu'avait-il fait?!
Comment Sora va-t-il gérer ses interactions avec Hayate dans la suite?
Et comment pensez-vous que la jeune femme va réagir à cela?
Et l'un de ses amis finira-t-il par vendre la mèche et lui dire la vérité?
A suivre!
