"Tic...Tac... l'Horloge du Destin commence sa course alors que nos héros sont enfin en possession des 4 Clés des Eléments. Et l'histoire s'accélère alors que les souvenirs remontent de plus en plus à la surface...Les pièces du puzzle commencent à s'assembler... au coeur de la nuit.
Au sommet d'une montagne verdoyante, dont la forme rappelait les courbes généreuses d'une femme endormie, un portail de Ténèbres s'ouvrit dans un bruit sourd. Deux hommes vêtus de capes noires en sortirent lentement.
Les deux Chercheurs de Ténèbres marchèrent jusqu'à la ligne de crête, le vent des hauteurs faisant claquer leur vêtement sombre. Ils observèrent un instant le paysage paradisiadiaque devant eux, jadis cauchemardesque, ignorant tout à fait le berceau verdoyant de Tefiti, juste à leurs côtés. Isa brisa le silence en déclarant :
« Ainsi l'Elu de la Keyblade et ses trois amis ont réussi à vaincre une Gardienne dont on avait arraché le cœur, une Gardienne transformée en Sans-Coeur... Bien que fâcheux, je ne peux m'empêcher de trouver cela impressionnant...»
« Impressionnant...répéta Xehanort de sa voix caverneuse. C'est bien plus que cela...c'est tout bonnement impossible. »
Isa recula précautionneusement devant le haussement de ton du vieil homme lunatique. Néanmoins son maître ne semblait pas particulièrement irascible... Au contraire, il paraissait étrangement fébrile.
«Cela confirme ma théorie... admit le vieux scientifique avec des yeux incroyablement brillants. J'avais des doutes... mais aussi improbable que cela puisse paraître, je l'ai peut-être retrouvée...»
« Le Treizième Chercheur ? » tenta Isa.
« Non, coupa le vieux Maître d'un geste négligent de la main. Celui-là, je sais très bien qui il est. Peut-être mieux que lui-même, d'ailleurs... »
« Qu'est-ce Maître? questionna encore la jeune homme aux cheveux bleus. Qu'est-ce que vous recherchez?»
« Hmmm, fit Xehanort en souriant. Je pourrais te le dire, mais tu ne me croirais pas... »
Cependant, la curiosité d'Isa étant piquée, il reprit:
« Maître... atteindre Kingdom Hearts est-il vraiment votre véritable but ? »
Contre toute attente, Xehanort perdit lentement son sourire démentiel et calculateur. Il leva ses yeux jaunes au ciel et sembla y chercher quelque réponse. Les traits de son visage étant tous relâchés, de profondes rides s'y creusèrent bientôt, faisant non seulement ressortir son grand âge, mais aussi une terrible et profonde mélancolie. Isa n'avait encore jamais vu pareille expression sur le visage de son maître... on aurait presque dit un visage humain...
« Quel est mon véritable but... ? répéta doucement Xehanort. Déclencher une nouvelle Guerre des Keyblades ? Atteindre Kingdom Hearts ? M'élever au-dessus de mon destin ? Retrouver cette salle ? »
Isa n'aurait su dire s'il s'agissait de questions rhétoriques ou d'affirmations. Il laissa à son maître le temps de réfléchir. Xehanort sembla se reprendre, son visage se fermant petit à petit à toutes formes d'émotions. Puis il tourna ses yeux orangés vers ceux de son disciple, en disant à mi-mot :
« Je t'ai mis en garde contre les dangers du voyage temporel... se perdre soi-même, est l'un de ces risques... perdre ta mission de vue, en est un autre... »
« J'ai compris Maître, admit Isa. Mais... qu'allons-nous faire pour Sora et les autres ? Nous allons donc les laisser atteindre la Tour ? »
« Actuellement, résuma Xehanort qui avait tout à fait repris son air calculateur habituel. Nous avons devant nous deux pièces de puzzle. Séparées, elles n'ont aucun sens. Mais si nous les plaçons côte à côte... peut-être pourrions-nous entrevoir le dessin qu'elles forment... »
« Je ne comprends pas Maître », avoua Isa qui n'était pas particulièrement friand de devinettes.
« Je dois m'absenter quelques temps... déclara soudain Xehanort en rouvrant un portail d'un geste du poignet... et toi Isa, en mon absence, je te charge d'une seule et unique mission...»
« Laquelle Maître ? » S'enthousiasma le jeune homme.
Xehanort se tourna vers son apprenti, avec toute la haine et la fureur dont il était capable. La folie était à nouveau bien présente dans son regard, dansant dans ses iris incandescents. Il ordonna, d'une voix grave et rocailleuse:
« Capture-la. »
...
Au coeur de la nuit, Sora ne parvenait pas à trouver le sommeil. A chaque fois que son esprit torturé s'assoupissait enfin, une image du visage de Hayate surgissait et le réveillait en sursaut. Il ne cessait de se retourner dans son lit, encore et encore, telle une crêpe qui refusait de dorer. Il avait mal au ventre et de la peine à respirer. Le jeune homme ne cessait de repasser la scène dans son esprit : Hayate s'approchant de lui, ses lèvres rouges... et son départ gêné. Il ne pouvait oublier ce détail : la jeune femme avait rougi et fui. Elle aurait pu le frapper, l'insulter, le remettre à sa place (il avait tout de même tenter de lui voler un baiser contre son gré!) mais non... elle s'était contentée de partir en changeant de sujet. Sora voulait prendre ses rêves pour des réalités : et si Hayate était aussi amoureuse de lui ? Et qu'elle avait simplement été choquée par la promptitude de son geste, doublé par son "attaque surprise" de la cuisine un peu plus tôt?
Sora roula sur le côté, jetant sa couverture au sol d'un coup de pied las, et s'assit sur le bord du lit tout en se passant l'avant-bras sur son front moite : sa tête bourdonnait, il nageait dans sa sueur et il sentait comme une enclume sur son torse qui l'empêchait de respirer correctement. Est-ce qu'il avait avalé quelque chose de pas frais ou... était-ce Hayate qui lui faisait un effet pareil?
Pour tenter de se calmer, le jeune homme entreprit de marcher un peu dans sa chambre, espérant ainsi apaiser son coeur palpitant. C'était cependant son esprit qui était le plus en détresse : que devait-il faire ? Il allait de toute manière devoir s'excuser, sans quoi tous deux seraient constamment mal à l'aise à cause de ce qu'il venait de se passer... Mais qu'allait-il lui dire ? Allait-il inventer une excuse bidon (du style, « je me suis encoublé ») ou allait-il lui dire... la vérité sur ses sentiments ?
Sora s'arrêta net et passa sa langue sur ses lèvres : il avait la gorge sèche et envie de vomir. Il était rongé par la peur. Et si son geste en réalité, l'avait dégoûtée? Et si par son impulsivité, il venait de fragiliser leur précieuse amitié, qu'il avait si durement forgée depuis deux ans. Et pourtant, au fond de lui, il savait ce qu'il devait faire...
Prenant son courage avec toutes les mains à sa disposition, Sora passa le rideau de sa chambre et traversa le couloir à la hâte. Quelques mètres seulement séparaient les deux cabines, pourtant il eut l'impression d'avoir couru des kilomètres. Haletant, il leva un bras tremblant pour frapper contre la porte de la dernière chambre... quand elle s'ouvrit dans un claquement sec.
Sora se retrouva nez à nez avec Iwako, qui devait afficher un air aussi dérouté que lui. La magicienne réagit cependant en premier:
« Sora ? oh... je suppose que tu veux parler à Haya... ? Vas-y seulement... »
Elle s'écarta pour lui laisser le passage libre mais Sora avait remarqué les larmes aux coins de ses yeux en amande. Il jeta un coup d'oeil dans la chambre obscure et, soudainement inquiet, il reprit son sérieux et se calma instantanément.
« Ca peut attendre... finit-il par dire d'une voix plus rauque que prévu. Et si on allait boire quelque chose de chaud ? »
Iwako le suivit diligemment jusqu'à la cuisine où elle s'assit sans un mot sur une chaise. Un dérangeant silence assourdit la pièce plongée dans une semi-obscurité et Sora ne put s'empêcher de jeter quelques coups d'oeil préoccupés à son amie tandis qu'il mélangeait un liquide chocolaté dans une casserole: cette dernière se tenait le corps de ses propres bras laiteux, nerveusement figée sur le rebord de son siège tout en gardant son regard embrumé de larmes résolument rivé sur un coin de table à sa droite. Lorsque les verres de chocolat chaud furent prêts, Sora vint prendre place en face d'elle et lui tendit son breuvage en demandant:
"Qu'est-ce qu'il y a?"
Iwako prit la tasse d'une main tremblante, au moment où une larme roulait sur sa joue opaline pour venir se ficher dans les commissures de ses lèvres de corail. Décidément, songea Sora, elle n'était pas dans son état normal. On aurait même dit qu'elle se trouvait en état de choc. La sentant sur le point d'éclater en sanglots, il tenta d'élucider le mystère de lui-même:
"C'est… c'est à cause de ce qu'il s'est passé dans le dernier monde?"
Après une profonde inspiration, Iwako avoua d'une voix faible et brisée:
"En partie... "
Elle releva enfin ses yeux nouvellement améthyste pour rencontrer ceux du jeune homme et avoua:
"C'est une terrible nuit, Sora."
"Raconte-moi", l'encouragea l'Elu en posant une main amicale sur son bras blanc.
"J'ai rêvé."
Ces simples mots perturbèrent pourtant Sora au plus haut point:
"Mais je croyais que tu ne rêvais jamais?! Que c'était surtout à cause de ça que tu n'aimais pas dormir, car tout devenait simplement noir…"
"C'est exact, admit-elle en trempant le bout de ses lèvres dans le chocolat chaud. C'est pour ça… que cela m'a fait si peur."
"Et tu as rêvé de quoi?" demanda le jeune homme en ne pouvant s'empêcher de penser aux rêves que Hayate lui narrait parfois.
"C'était confus… commença la magicienne en frissonnant. Je ne me rappelle pas de tout mais je suis sûre qu'il y avait… la Boîte."
Sora la laissa boire une gorgée de lait avant qu'elle ne reprenne:
"On me l'enlevait. Et j'étais tellement triste, je me suis sentie tellement vide…Comme si on m'avait volé quelque chose de précieux... Après, je me retrouvais seule, dans une pièce noire… toute noire… sans porte, sans fenêtre… il y avait juste, au centre, un gigantesque trône sombre… et un miroir je crois, contre un des murs…"
Sora manqua de s'étrangler dans son propre verre: Hayate lui avait plusieurs fois raconté qu'elle se trouvait dans une salle blanche agrémentée d'un trône en son centre, et qui ressemblait à s'y méprendre à la Salle du Sommeil qu'ils avaient trouvée à Jardin Radieux. Qu'Iwako semble lui décrire l'homologue de cette salle… ne pouvait être un hasard.
"Tu étais toute seule? enquêta le jeune homme. Tu en es sûre?"
"Oui… soupira la magicienne. Mais ce n'est pas cela qui m'a fait le plus peur…"
Elle planta soudainement ses iris violets dans ceux de Sora et lâcha:
"Tout autour de moi je les ai senties… les Ténèbres."
L'Élu de la Keyblade déglutit de travers. Il repensa à ce que Riku et Hayate lui avaient raconté des événements vécus avec Maui et Moana et son esprit commença à comprendre ce qui terrifiait à ce point Iwako:
"Tu… hésita-t-il. Tu penses que tu pourrais être...une Chercheuse?"
La jeune femme eut un nouveau frisson et rattrapa son buste entre ses bras. Sora avait fait mouche. Pourtant, au fond de lui, il ne pouvait se résoudre à admettre cette possibilité. Iwako ne pouvait pas être une Chercheuse de Ténèbres! Elle ne le devait pas! Il ne pourrait jamais l'accepter…
"Iwa… commença-t-il en se levant de table pour aller s'agenouiller gentiment devant elle. Iwa ne pense pas ça…"
"Je ne sais pas pourquoi personne n'en parle… gémit la jeune femme en pleurant. Pourquoi personne ne pose la question...Tout le monde le nie, je suppose. C'est pour ça que j'ai…"
Sa voix se brisa dans sa gorge et elle se cacha le visage d'une main pudique, éclatant en sanglots. Sora, ne sachant que faire d'autre, déclara juste:
"Non."
Surprise, Iwako releva la tête, le visage défait, et Sora reprit:
"Je suis sûr que tu n'es pas une Chercheuse. Je refuse…"
Le jeune homme la regarda d'un air doux et sincère en avouant:
"Je refuse que ma meilleure amie soit une Chercheuse des Ténèbres. Celle qui m'a sauvé la vie, qui veille tous les jours sur moi, qui vient me consoler quand je vais mal… Tu es une bonne personne, Iwako."
Les yeux de la jeune femme s'exorbitèrent à l'énonciation des mots "meilleure amie" et, contre toute attente, elle se jeta de sa chaise, atterrissant de ce fait dans les bras de Sora. L'Elu lui rendit chaleureusement son étreinte, tandis qu'il la sentait encore sangloter dans son épaule.
"Tu ne comprends pas… parvint-elle à articuler, sa voix étouffée dans le t-shirt du jeune homme. Mais merci…"
"Si j'ai compris, la contredit-il d'un timbre calme. Je sais que tu utilises le pouvoir des Ténèbres et alors? Riku aussi, et ça n'en fait pas un Chercheur pour autant…"
Iwako releva vers lui un visage ruisselant de pleures et si résigné, que Sora lui-même sentit les larmes lui monter aux yeux. Puis, lentement, la magicienne tourna la tête en direction du couloir. L'Élu suivit la trajectoire de son regard et saisit ce qu'elle cherchait ainsi au loin: la chambre de Riku.
"Tu devrais aller lui parler… comprit Sora d'une voix encourageante. Je… ne ne peux pas t'aider, concernant les Ténèbres et tout ça… Mais lui… il le pourrait bien."
Dans ses bras, il sentit Iwako trembler de tout son corps frêle et il s'en inquiéta: quelque chose la dérangeait. Quelque chose qu'elle ne lui disait pas.
"Iwa…?" fit-il soucieux.
"Je sais que tu as raison, finit par admettre sa meilleure amie d'une voix faible et éteinte. Mais… je ne sais pas si… j'en aurai la force."
"Huh..?" lâcha Sora, perplexe.
Sous ses yeux éberlués, la magicienne se remit sur pieds pourtant. Si son corps était toujours agité de tremblements, sa posture, en revanche, paraissait étrangement décidée à présent.
"Tu veux que je vienne avec toi?" proposa l'Élu en se redressant à son tour.
"Non… soupira la magicienne en séchant ses larmes du bout des doigts. Il… il ne vaut mieux pas."
Comprenant qu'il ne pourrait pas obtenir plus d'informations de la part de la jeune femme au vue de son état émotionnel actuel, Sora la laissa donc partir en direction de la chambre du seul Maître de la Keyblade à bord de ce vaisseau et entreprit de rejoindre sa propre cabine, le coeur chamboulé mais néanmoins rassuré par le fait qu'Iwako allait pouvoir partager ses angoisses avec quelqu'un. Qui plus est, quelqu'un qui l'aimait.
L'Élu, perdu dans ses pensées, allait rentrer dans sa chambre lorsqu'il aperçut de la lumière fuser depuis le fond du couloir, en provenance de la salle des machines.
"Haya…?" supposa-t-il en suivant la lueur.
Son instinct avait vu juste: la jeune femme n'était pas endormie dans sa cabine, mais bien affalée dans un énorme coussin couleur de neige, affairée à gribouiller quelque chose sur son cahier. Comme elle lui tournait le dos, Sora s'approcha sur la pointe des pieds, intrigué par ce qui l'avait fait se lever si tard dans la nuit. Lorsqu'il se pencha par-dessus son épaule, il nota avec étonnement que la défenseuse était en train de terminer la traduction d'un poème du Livre des Prophéties, abandonné nonchalamment sur le sol métallique de la salle des machines, et qu'elle en écrivait le sens dans ce qui paraissait être le carnet de croquis de Naminé, calé sur ses genoux repliés. Sora voulut dans un premier temps signaler sa présence, lorsque son esprit fut soudain captivé par le sens du poème qu'elle transcrivait. Il lut donc par-dessus son épaule, retenant sa respiration pour ne pas se faire repérer:
Un jour la Lumière pâlit,
car elle était triste.
Toutes les étoiles sentirent sa mélancolie,
et pour la consoler se mirent en piste.
Mais rien n'y fit.
C'est alors que le Ciel,
par ses rayons charmé,
vint à elle,
et se mit à chanter :
« Oh douce amie, sèche tes larmes.
La douleur dans ton coeur me désarme !
Reprends courage,
et réchauffe-toi dans mes nuages !
Tu verras, tout ira mieux,
si tu te couches dans le bleu de mes yeux... »
Alors la Lumière lui sourit et reprit son éclat,
car quelqu'un pour elle, était maintenant là.
Puis dans une étincelle,
Elle fit chanter sa voix ;
La Lumière donna son coeur au Ciel,
et ils tombèrent amoureux, une seconde fois.
Hayate, après avoir mis le point final à son oeuvre, sourit tendrement et relut le chant en silence. Outre le caractère romantique du poème, qui l'éloignait de beaucoup des habituelles prophéties apocalyptiques du Livre, Sora ne put s'empêcher de s'identifier aux allégories du Ciel et de la Lumière présentes dans ces vers. Car si Hayate était sa Lumière, que ne donnerait-il pas pour être le Ciel pour lequel elle accepterait de donner son coeur..?
"C'est très beau…" finit par commenter Sora d'une voix douce.
Hayate sursauta légèrement, sans se retourner, et referma d'un claquement sec le carnet de Naminé sur ses cuisses. Après quoi elle se releva d'un bond et, sans un seul mot à l'adresse de Sora, s'apprêta de toute évidence à remonter dans sa chambre.
"Haya attends! l'implora Sora en lui emboîtant le pas avant qu'elle ne parvienne aux escaliers de métal. Excuse-moi, je ne voulais pas t'espionner… Je…"
La jeune femme lui lança un regard gêné tout en resserrant les bras autour du carnet beige, visiblement mal à l'aise. Comprenant, et prenant son courage à deux mains, le coeur tambourinant contre sa cage thoracique, Sora lâcha:
"Concernant ce qui s'est passé aujourd'hui… dans le couloir… je…"
Cependant la jeune femme ne le laissa pas finir. Après avoir violemment secoué la tête, faisant de ce fait virevolter sa masse de cheveux roses en tous sens, elle déclara, lui coupant la parole d'une voix ferme:
"N'en parlons plus."
Le jeune homme, initialement levé en pleine nuit dans le but de lui faire enfin part de ses sentiments à son égard, eut alors l'impression de se faire ramasser par une puissante vague de tristesse: le malaise de la jeune femme venait-il de son absence d'attachement à son égard, comme elle l'avait suggéré dans la cuisine plus tôt? Le doute lui crispait l'estomac et lui asséchait la gorge: Sora n'en pouvait plus. Il était pétrifié à l'idée de se faire rejeter, mais il se devait de le lui dire à présent. Néanmoins, il ne savait pas par où commencer sa déclaration… Ainsi, pour se donner espoir et inspiration, le jeune homme se mit à dévisager la femme de ses rêves de bas en haut. Constatant encore une fois sa beauté sauvage, le premier son à sortir inconsciemment de sa bouche ne fut qu'un misérable hoquet. Sa manière de la contempler dut alors paraître trop insistante, car Hayate finit par baisser pudiquement le regard vers le sol en ordonnant, d'une voix ferme:
"Vas-tu cesser...Tu outrepasses la bienséance."
"Quoi…?" demanda Sora, tombant des nues.
Hayate reprit en en fuyant son regard tout en crispant ses bras autour du carnet de Naminé, qu'elle maintenait devant son coeur tel un bouclier.
"Arrête de me regarder comme ça."
Sora ne sut que répondre: ainsi, les mots n'avaient pas eu besoin de sortir de ses lèvres. Ses yeux n'avaient pu mentir et avaient révélé la vérité à Hayate… il avait beau retourner la phrase de la jeune femme en tous sens, il ne pouvait parvenir qu'à cette conclusion: elle avait dû comprendre, en plus de l'incident du couloir, ce qu'il ressentait pour elle. Dans l'expectative d'une réaction de la défenseuse, le jeune homme resta un instant dans son mutisme. Puis, comme elle refusait toujours de le regarder dans les yeux, il se permit d'avouer, d'une voix tendre mais inconsolable:
"Je suis désolé… Je ne peux pas m'en empêcher."
Enfin, Hayate releva ses yeux de mercure brillants et planta son regard acéré dans celui, océan, de Sora. Elle entre-ouvrit ses lèvres rouge sang, comme si elle voulait lui avouer quelque chose. Elle se ravisa cependant et, après un soupir qui semblait fatigué, elle ordonna:
"Tu dois apprendre à te contrôler. Nous sommes en guerre, même si nous ne sommes pas sur un champ de bataille. La moindre distraction peut être fatale."
Sora cligna plusieurs fois des paupières, de plus en plus perturbé par le revirement soudain de son attitude à son égard. C'était comme si une année entière de leur voyage avait été oubliée, gommée de son esprit. Presque paniqué, l'Élu se demanda alors si cette mystérieuse amnésie à son égard n'était pas le prix qu'elle avait dû payer pour lui sauver la vie, contre Teka…
Hayate se détourna alors brusquement de lui en déclarant, avant de s'enfuir dans l'escalier de métal:
"...je suis désolée…"
Son coeur est brisé... Laisse-lui un peu de temps.
Sora, sa première déception passée, exorbita ses yeux sous le coup de la surprise et jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule pour vérifier qu'elle ne soit pas dans la pièce. Mais mis à part Hayate qui remontait les marches de fer et lui-même, il n'y avait personne d'autre.
Tu as le Pouvoir de le réveiller à présent. Un jour, il te faudra l'utiliser...
"Naminé…? appela Sora de vive voix en continuant à chercher tout autour de lui. C'est toi?"
"...Sora? hésita Hayate du haut des marches, s'étant figée dans sa fuite. Qu'est-ce que tu viens de dire?!"
"C'est Naminé! tenta d'expliquer le jeune homme abasourdi. Je… je crois qu'elle me parle! Tu ne l'entends pas?"
"Non, affirma la défenseuse en redescendant quatre à quatre les marches jusqu'à l'Élu. Mais je pense qu'elle te parle par télépathie. Qu'est-ce qu'elle te dit?"
Sora je suis désolée… tu dois voir ce qu'il te reste à voir maintenant. Tu n'as que trop tardé!
Contre toute attente, une violente brûlure, comme une lame acérée, traversa le crâne de Sora de part en part. A la fois surpris par la douleur et par son intensité, le jeune homme hurla et attrapa sa tête entre ses deux mains.
"Sora! paniqua Hayate en face de lui tout en lui saisissant les épaules. Qu'est-ce qu'il se passe?!"
Mais le jeune homme ne put que répondre par un nouveau cri de douleur alors qu'il tombait à genoux: les yeux larmoyants, aveuglés par la souffrance, il avait l'impression qu'on lui trafiquait le cerveau avec un millier de petits poignards.
"SORA! entendit-il au loin, dans le brouillard. Regarde-moi! Reste avec moi!"
Tout son coeur le désirait ardemment, pourtant son corps n'eut pas la force de lutter davantage...
Et tout devint noir.
Que cherche effectivement Xehanort? Qu'est-il allé faire?
De quoi avait tant peur Iwako?
Et enfin, qu'est-ce que Naminé est en train de faire à Sora?
