Voilà!
Chapitre qui envoie la patate scénaristique qu'on attend depuis longtemps de vous donner!
On l'a fait mijoter pendant tout ce temps...
Point de vue majoritairement de Riku (donc rédigé par Lirae) avec un bref passage Sora à la fin.
On espère que ça va vous plaire et vous devriez savoir ce qu'il va se passer par la suite donc...
Bonne lecture!

Riku était couché dans un champ recouvert de fleurs, le son idyllique d'un ruisseau berçant ses pensées alors que le chant d'une famille d'oiseaux installés confortablement dans leur nid dansait sur la bise tiède. A ses côtés était couchée Iwako. Ses longs cheveux bleutés entouraient son visage pâle tel un halo entrecoupé par des fleurs blanches. La jeune femme était vêtue d'une fine robe nacrée, couleur que la jeune femme ne portait habituellement pas, et riait en pointant le ciel, découvrant des formes familières dans les nuages qui, aux yeux de Riku, demeuraient de simples cumulus informes. Tandis qu'un calme paisible guérissait les plaies de son coeur, un tremblement fit soudain sursauter le maître de la Keyblade. Le vent chaud s'était brusquement muté en bourrasque glaciale et le ciel azuré se teintait désormais d'une noirceur menaçante. Interloqué, Riku voulut se tourner vers sa compagne mais celle-ci avait disparu, l'étendue verdoyante sur laquelle elle était allongée jusqu'alors remplacée par un désert de roche volcanique. Le maître de la Keyblade ressentit soudain une sensation étrange tout au long de ses membres et leva une main devant son visage, interloqué. Sa peau semblait fondre lentement, glissant sur sa chair telle la cire d'une bougie, révélant ses ligaments et des bouts osseux à l'extrémité de ses doigts fondants. C'est alors que, tout autour du jeune homme, des bras squelettiques sortirent du sol, s'agrippant à lui, tentant de l'ensevelir avec eux dans les profondeurs de la terre. Paniqué mais incapable de se débattre, il sentit le sol se renfermer doucement sur lui, absorbant son corps immobilisé tel du sable mouvant, alors qu'une main formée de braises crépitantes recouvrait sa bouche, lui lacérant la peau. Un cri s'éteignit dans sa gorge brûlante alors que sa tête était finalement engloutie dans sa tombe cendrée. Subitement, deux mains pâles plongées dans la terre, comme s'il s'agissait d'un liquide, le firent remonter de force à la surface. Les yeux de Riku, jusque là aveuglés mais désormais à nouveau voyants, rencontrèrent deux orbites consumés par la noirceur qui contrastaient intensément avec la teinte albâtre du visage oval de Iwako. Intimement proche de son faciès, les yeux fumants de la magicienne semblaient se perdre dans ses iris turquoises, sa longue chevelure d'ébène bougeant comme un rassemblement de serpents et l'entourant tel le repas encore vivant d'une veuve noire.

"Je refuse de te laisser partir, retentit la voix réverbérante de la sorcière. Peu importe le prix."

D'un mouvement brusque, Riku fut arraché de son cercueil et immédiatement, les yeux de sa compagne retrouvèrent un éclat améthyste chatoyant, ses cheveux de nuit récupérant leurs reflets bleu saphir alors que ses lèvres pulpeuses s'étirèrent en un sourir radieux. Soulagé, Riku voulut enlacer la jeune femme devant lui, mais avant qu'il ne pût la rejoindre, elle fut aspirée dans le sol, désormais semblable à une prison de glace. Figée dans le miroir, il voyait la crainte dans ses grands yeux en forme d'amande, quand deux pieds vêtus de bottes noires se posèrent sur la surface réfléchissante devant lui.

"Ce que tu as fait est de l'ordre de l'impardonnable…, déclara la voix de Enna Kros d'un ton sévère. Le sort que tu as utilisé est l'un des tabous ultime."

La fille aux cheveux gris bouclés tapa alors du pied et la glace sur laquelle elle se tenait debout se brisa, détruisant avec elle l'image de Iwako emprisonnée.

...

Le coeur battant la chamade contre ses côtes, Riku sauta littéralement hors de son lit. Atterrissant à genoux et triceps contre terre, le corps en sueur et haletant, il tentait de reprendre son souffle alors qu'il sentait des gouttelettes de transpiration glacée lui parcourir la nuque. Ses muscles abdominaux se contractaient en spasmes réguliers, faisant bouger la cicatrice qui lui traversait le ventre depuis sa confrontation avec Ansem à Zootopia, quand un frisson parcourut son corps traumatisé. Riku comprit qu'il ne l'avait pas admis jusqu'alors, ou plutôt, qu'il avait refusé de s'interroger à ce sujet durant la convalescence de Sora; mais une réalité indéniable s'imposait désormais: il était mort ce jour-là. Pas mis K.O. Et réanimé. Non. Définitivement mort, de corps et de coeur. Game over.

Ce n'était qu'après les paroles de Enna Kros que le doute s'était installé dans son esprit, et depuis peu, il faisait des cauchemars épouvantables et réguliers. Son sommeil autrefois si profond était désormais entrecoupé par des terreures nocturnes, lui rappelant cruellement qu'il était dorénavant un clandestin dans un monde empli de vivants. Alors qu'il tentait de se redresser, il entendit quelqu'un timidement toquer à la porte et tourna sa tête vers l'entrée de sa cabine, des perles de sueurs recouvrant toujours son front, ses cheveux lui collant contre les tempes. Il s'ébroua brusquement, tentant de se remettre les pensées en place et chassant l'image abominable d'une Iwako brisée en milles morceaux miroitants dans son esprit affligé. Il parvint enfin à se ressaisir et s'avança vers la porte d'un pas fatigué. Quand il appuya sur le bouton faisant coulisser la paroi métallique servant d'accès à son logement, il fut surpris de trouver Iwako, se tenant droite mais baissant la tête, dans l'embouchure de la porte.

"Iwako…?, murmura Riku d'un air interrogateur face à la visite inattendue de la jeune femme. Il… Il y a un problème?"

En guise de réponse, la magicienne leva brusquement la tête et le Maître de la Keyblade fut étonné de découvrir de grands yeux bouffis, rougis par les larmes, et un nez fin parfaitement cramoisi qui tentait de renifler subtilement, sans succès. De son chignon, retenu par la baguette que Riku lui avait autrefois gravé, plusieurs mèches rebelles s'étaient libérées et entouraient dorénavant son visage de manière désorganisé.

"Je peux entrer?" demanda-t-elle d'une voix vibrante mais étrangement déterminée.

Secouant la tête de haut en bas, Riku fit un pas sur le côté afin de permettre le passage de la magicienne qui ne se fit pas prier. Elle se dirigea sans hésitation vers le lit du Maître de la Keyblade et s'y assit d'un geste sec, posant ses mains sur ses genoux et se raclant la gorge bizarrement. Riku était perturbé. Il n'était pas préparé à ça: c'était le milieu de la nuit, elle avait l'air remontée, il se demandait s'il puait suite à son cauchemar transpirant, sa chambre était vraiment dans un sale état, d'ailleurs elle était assise sur son lit répugnant...

Figé au milieu de sa cabine, le Maître de la Keyblade n'osait plus bouger, alors que ses yeux faisaient des aller-retours frénétiques entre la jeune femme et l'espace souillé de transpiration qu'elle occupait.

"Riku, viens t'asseoir, demanda-t-elle en levant son regard améthyste vers lui. S'il te plait. On doit parler."

Le visage crispé dans un masque d'apathie malgré sa nervosité croissante, il se dirigea vers la jeune femme et se posa à ses côtés sur le drap encore légèrement humide. Dégouté, mais tentant de l'oublier, il plongea ses yeux dans ceux, éclatants, de la magicienne qui lui faisait désormais face.

"Riku, j'ai récemment commencé à douter…. de moi, commença la jeune femme en cherchant ses mots. Tu sais, avec toutes ces utilisations des ténèbres, leurs pouvoirs grandissant et ma récente… perte de contrôle… je me suis demandée si j'étais…"

Elle s'arrêta un instant de parler, cherchant ses mots et faisant balader son regard dans tous les recoins de la pièce, évitant scrupuleusement de regarder la personne qui lui faisait face. Puis, ses iris améthyste trouvèrent enfin le regard interrogateur de son interlocuteur silencieux, une expression d'angoisse se dessinant sur le traits fins de la magicienne alors qu'elle levait une main hésitante en sa direction. Riku leva un sourcil interloqué, surpris par le manque de loquacité si peu habituel d'Iwako. Il hésita quelques secondes à prendre la main qu'elle lui tendait, avant de se raviser lorsqu'il aperçut une lueur percer au travers de sa paume.

"Peut-être que c'est une erreur…", murmura-t-elle comme hypnotisée, une étincelle parcourant soudainement ses iris tel un courant d'électricité.

Entre ses fines phalanges, désormais à proximité intime du torse de Riku, des filaments magiques sautèrent d'un doigt à l'autre, se multipliant et illuminant peu à peu sa paume. Malgré cette scène étrange, le Maître de la Keyblade se contentait d'observer la magicienne, attendant sagement que le sort prenne fin et qu'elle lui explique ses intentions. Avant qu'elle ne terminât son incantation cependant, l'expression d'Iwako se déforma brusquement en un masque de désespoir, des larmes jaillissant subitement de ses yeux en amande. Alors que Riku, face à l'abondante tristesse qui se déversait du coeur de la jeune femme, attrapait finalement la main encore tendue devant elle, il aperçut ses propres phalanges et s'arrêta net. Remontant ses bras saillant de son regard, Riku découvrit que son corps entier brillait d'une terrible et familière lueur violacée. Pris d'un pressentiment terrible, des paroles autrefois prononcées par la voix murmurante de Ansem ressurgirent des tréfonds de sa mémoire:

« Face aux miroirs, on ne peut pas se cacher. L'on est face à sa propre vérité… »

Une prémonition épouvantable le poussa à sauter sur ses jambes, se ruant sur le tiroir de son bureau pour en extirper un vieux miroir qu'il leva brusquement devant son visage avant de le baisser à nouveau, sans le regarder, tétanisé. Le coeur battant, martelant contre ses côtes, il échangea un regard avec la jeune femme toujours assise sur son lit. Celle-ci le fixait avec accablement, sa main coupable retenue dans l'autre comme pour la punir de son crime, alors qu'elle se levait doucement. Tandis que Riku chancelait, incapable de terminer l'acte qu'il avait si hâtivement entamé, la magicienne avança d'un pas hésitant en sa direction. Elle posa le bout de ses doigts fins sur sa peau toujours scintillante d'une lumière violâtre, calmant quelque peu les trépidations de son être par sa présence chaleureuse et lui permettant ainsi de terminer ce qu'il avait commencé: Riku inspira profondément avant de lever le miroir face à son visage et apercevoir… deux horrifiques yeux oranges le fixer au travers de la glace.

"Je suis désolée, murmura Iwako, visiblement anéantie. C'est de ma faute..."

"..."

Riku était trop choqué pour répondre et continuait à fixer son reflet dans la glace, qui l'observait telle une caricature satirique de lui-même, moquerie malveillante surgie de son passé. Son cerveau peinait à comprendre ce que sa vision lui témoignait et il se douta un instant d'être encore emprisonné dans un sommeil cauchemardesque. Il désira à ce moment se réveiller de cet enfer, cependant le contact tactile de la peau froide d'Iwako contre la sienne, brûlante de fièvre, le ramena rapidement à la terrifiante réalité.

"Je n'aurais jamais dû te transférer mes Ténèbres, ajouta précipitamment la magicienne. Je suis sûre que le fragment était initialement en moi et que je te l'ai transmis lorsque tu as absorbé le surplus de mon pouvoir..."

"Non, murmura faiblement la voix rauque de Riku qui reprenait peu à peu ses esprits, fixant Iwako d'un regard rappelant celui, vicieux et cruel, de leurs ennemis. C'est sans doute le souvenir d'Ansem qui sommeillait encore en moi. Hayate et moi avions cette théorie depuis longtemps… Et il semblerait qu'elle avait raison de se méfier de moi..."

"Riku, je suis certaine que quelque chose s'est produit lors de notre affrontement avec Te-Ka. Peut-être que je t'ai transféré quelque chose ou que mes pouvoirs ont créé une brèche…"

Riku se souvint effectivement d'une sensation de déchirure au sein de son être, suite à son décès puis à son absorption des pouvoirs phénoménaux de Iwako. Il savait toutefois depuis longtemps que quelque chose était enfermé en lui: Ansem en personne lui avait confirmé cette théorie lors de son Test de Maîtrise. Les chaînes de la prison de son nemesis se seraient-elles donc fragilisées sous le choc?

"Je n'ai jamais rien senti de tel avant ce moment, continua la jeune femme comme pour le rassurer, désormais frénétique face au mutisme de son compagnon. Et, par prudence, j'ai donc…"

"...tu m'a lancé le sort de détection", enchaîna derechef le maître de la Keyblade en baissant tristement la tête, ses bras pendant mollement le long de son corps fatigué.

"Détrompe-toi, l'interrompit la voix douce de Iwako. J'ai voulu lancer le sort sur moi-même. Mais il a ricoché... et je t'ai trouvé à la place."

Le coeur de Riku parut trembler entre deux battements alors que son esprit se perdait dans une spirale de dépression autodestructrice. Malgré tous ses combats et le chemin parcouru, il lui semblait que jamais il ne pourrait effacer les erreurs de sa jeunesse...

"C'est donc certain, reprit le maître de la Keyblade avec fatalité. Je suis le Treizième Chercheur."

Poursuivi par les ombres inoubliables de son passé, il semblait condamné à ne jamais réellement échapper au funeste destin qui était devenu le sien il y a bientôt quatre ans. Condamné à un exil éternel, ennemi potentiel de tous ceux qui lui étaient chers, Riku avait l'impression qu'une épée de Damoclès était irrémédiablement suspendue au-dessus de son existence, peu importe les choix qu'il faisait.

"Et alors? s'énerva soudainement Iwako en fixant le jeune homme de son regard transperçant, des larmes ruisselant sur ses joues telle une rivière déchaînée. Ca ne veut rien dire! Tu es toujours Riku, Ansem ou pas!"

Comme si une soudaine réalisation éclatait tel un éclair dans son esprit, Riku observa Iwako avec émerveillement. Celle-ci, les yeux rouges et l'air splendidement éreintée, semblait prise au dépourvue par le soudain changement d'expression du jeune homme, qui leva ses deux mains devant ses yeux afin de les observer sous tous leurs angles, ébahi. Effectivement, l'argument empli d'émotions de Iwako avait amené le jeune homme à concrétiser une idée parfaitement rationnelle: il demeurait entièrement maître de ses sens et de ses pensées. Malgré ses yeux orangés, sa peau entrelacé de filaments ténébreux... il était encore parfaitement "Riku".

"Iwako, s'exclama-t-il avec fébrilité, son comportement étrange semblant déstabiliser la magicienne qui n'était pas complice des cheminements de pensées sinueuses du maître de la Keyblade. Je crois bien que tu nous as sauvé!"

Inquiète, Iwako fixait le visage radieux de son compagnon avant de poser ses deux paumes sur les joues du jeune homme, encadrant son visage de ses doigts fins et écrasant légèrement son faciès.

"Est-ce que ça va Riku?, l'interrogea-t-elle en sondant avec inquiétude ses iris rappelant les dégradés orangés de l'auror. Tu veux que j'essaie de lancer Esuna?"

"Je ne suis pas fou, la rassura néanmoins le jeune homme en posant ses propres mains calleuses sur celles, délicates, de la magicienne. Mais réfléchis: grâce à toi, nous savons désormais que le joker secret de Xehanort… c'était moi. Sans doute qu'il nous aurait tendu un piège, qu'il aurait activé ce fragment de ténèbres durant le moment le plus compromettant; et nous n'aurions rien vu venir. Désormais, bien que la nouvelle ne me réjouit pas, je l'admets, nous pouvons nous préparer à toute éventualité et peut-être...retourner cette carte secrète contre lui."

"Je ne comprends pas en quoi être un Chercheur peut représenter un avantage… murmura Iwako mécontente, retirant ses doigts fins de l'emprise chaleureuse dans laquelle Riku les tenait afin d'essuyer ses joues encore inondées de larmes. Qu'est-ce que tu proposes de faire pour retourner cette situation contre son instigateur? Avant de trouver une solution fiable, je refuse de devoir… t'attacher comme un animal, de t'enfermer ou..."

La jeune femme ravala ses paroles, semblant frustrée et effrayée par la perspective d'une future perte de contrôle du maître de la Keyblade, ou pire, d'une perte de son Être… Riku en revanche était touché: il constata qu'elle excluait entièrement l'hypothèse que lui-même considérait comme l'unique solution raisonnable afin de protéger ses amis.

"Ce ne sera pas nécessaire, répondit-il avec fermeté, fronçant les sourcils avec détermination. Je ne t'imposerai pas une telle tâche… il suffit que je parte, et vous serez tous en sécurité."

Tandis que Riku se préparait mentalement à accomplir ce noble sacrifice, retournant à contre-coeur à ses désolantes errances au sein des ténèbres afin de les combattre depuis l'intérieur, un silence pesant s'était installé dans la cabine. Iwako s'était en effet figée, comme sidérée, sa main demeurant suspendue à quelque centimètres de son visage où deux grands yeux améthyste se rivèrent, exorbités, sur Riku.

"Je te demande pardon? questionna la jeune femme sur un ton intransigeant, presque menaçant, alors qu'elle levait un sourcil outré. Je suis navrée, mais il est hors de question que tu ailles jouer les héros solitaires. Un petit Esuna semble être une bonne idée finalement: je crois que tu as perdu la tête."

"Je sais que ce n'est pas idéal, se défendit le maître de la Keyblade, quelque peu irrité par le ton réprobateur de son interlocutrice. Mais nous n'avons aucune alternative… Je suis comme une bombe à retardement et je vais devoir trouver une solution seul avant de pouvoir continuer à voyager avec vous, l'esprit apaisé."

"C'est très altruiste de ta part, trancha la magicienne en croisant les bras sous sa poitrine, contrariée. Mais mon esprit ne sera pas plus calme que le tien si je ne peux être à tes côtés quand tu auras besoin de mon aide! Si tu insistes réellement pour partir... je viendrai avec toi."

"Hors de question, s'obstina Riku en secouant la tête, son irritation première mutant peu à peu en un énervement ponctué d'inquiétude. Si je pars, ce sera pour vous protéger de moi! Quel intérêt si je te mets en danger?"

"Si j'accepte ton argumentation, continua cependant Iwako, implacable malgré la présente instabilité émotionnelle du maître de la Keyblade. Alors je devrais moi aussi me distancer et partir en isolation. Après tout, tu m'as vu me transformer en une affreuse monstruosité: est-ce que tu préférerais que je m'en aille aussi, seule?"

"NON!", explosa finalement Riku en secouant la tête, tentant de reprendre son calme malgré la panique qui semblait s'emparer de lui, son coeur s'acharnant dans une danse tempétueuse contre ses côtes alors que sa respiration semblait se bloquer dans ses poumons.

"Non, répéta-t-il avec un air épuisé, inspirant profondément afin de chasser la profonde angoisse qui menaçait de s'emparer de lui. Ce n'est pas ce que j'essaie de dire… Je.."

Voyant la fébrilité de son compagnon, le visage de la magicienne se détendit, d'abord troublé, elle afficha par la suite un sourir empli d'une triste mélancolie, l'encourageant à exprimer sa pensée. Face à ce regard, se sentant pitoyable et mis à nu, une bourrasque d'émotions incontrôlables envahit subitement le maître de la Keyblade. Rattrapé par le traumatisme de son décès récent, par l'impression qu'il ne pourrait jamais réellement se défaire de Ansem et par la crainte d'un jour se perdre entièrement, Riku se laissa glisser à terre, un avant-bras maintenu devant son visage défait, tel un mécanisme de défense. C'en était trop…

"...Je ne peux simplement pas vous perdre, souffla-t-il avec une voix tremblante, souhaitant désespérément dissimuler la profonde affliction qu'il ressentait en cet instant. J'ai toujours voulu protéger mes amis mais systématiquement… c'est moi le danger. Je ne vois pas de meilleure solution actuellement..."

"Si tu es un danger, murmura alors la magicienne avec douceur, glissant ses bras pâles autour de la tête baissée du maître de la Keyblade, le serrant contre elle. J'en suis un moi aussi. Que tu restes ou que tu partes, peu importe: je resterai avec toi."

Riku sentit la tête de la magicienne se poser sur son épaule et il ne put s'empêcher de l'enlacer à son tour, encerclant sa taille élancée et la serrant contre lui avant d'enfouir son visage dans la jonction entre l'épaule et le cou de la jeune femme, son dernier rempart contre l'abnégation de lui-même. Les deux guerriers de la Keyblade se perdirent dans une longue étreinte, sans paroles, permettant à Riku de peu à peu réguler sa respiration saccadée et de dompter l'effroi qui retenait encore son coeur dans un étau. Une éternité plus tard, le temps momentanément effacé par cette accalmie, le maître de la Keyblade constata qu'il avait enfoui son nez dans l'océan de chevelure qui recouvrait les épaules de sa compagne, telle une couverture. Ses longues tresses, désormais détachées, cascadaient en rivières sombres sur le sol de sa cabine telle un delta menant à la mer. Riku contempla qu'au regard de la situation, la baguette en bois qui avait retenus auparavant ses cheveux semblait avoir effectué une retraite stratégique digne de son créateur. Ramassant le pic à chignon sculpté en forme de fleur de lune, le jeune homme voulut remettre le bijou à sa place mais se ravisa rapidement en apercevant le visage de Iwako, excessivement proche du sien…

"Pff", lâcha-t-il instantanément et contre son gré.

Certainement qu'il n'aurait pas dû rire face à la mine déconfite de la magicienne, qui semblait avoir traversé une tempête hivernale au sommet d'une montagne. Son propre visage n'était sans doute pas plus agréable à regarder, mais l'absence évidente de l'élégance animant habituelle les expressions de la magicienne lui paraissait parfaitement hilarante. Comme s'il caressait les joues d'un chat, il tenta d'essuyer quelque peu les traces de larmes qui parsemaient encore les pommettes empourprées de la jeune femme, dont les yeux améthyste le fixaient obstinément. Enfin, Riku s'avoua vaincu: il était parfaitement persuadé que s'il devait partir, même en secret et qu'il se cachait au plus profond des ruines d'illusiopolis, elle le retrouverait.

"Soit, concéda-t-il en soupirant. Si je décide de rester… qu'est-ce que tu proposes."

"Pour commencer, répondit-elle avec une énergie retrouvée, ses yeux rougis de larmes brillant de satisfaction. On va chasser cette horrible couleur orange de tes yeux."

D'un geste souple du poignet, elle désactiva le sort de détection et Riku retrouva tantôt son apparence habituelle, ses yeux turquoises brillant dans la sombre cabine telle une libellule dans la nuit.

"Ce n'est pas en maquillant mon apparence que ça va résoudre le problème...", ironisa le maître de la Keyblade en roulant des yeux, bien que rassuré par l'absence de filaments de ténèbres se dégageant de sa peau.

"Ce n'est pas du maquillage, insista cependant la magicienne. Ceci est ta véritable forme: mon sort ne fait que rendre visible la part de Xehanort qui te parasite. Ni plus, ni moins. Et tous ensemble, nous trouverons une solution."

"Tu veux en parler aux autres?, demanda Riku, incertain. Tu ne penses pas que… Hayate risque de mal réagir…?"

"Hayate? interrogea Iwako en levant le regard vers celui du maître de la Keyblade. Pourquoi?"

Riku se remémora brièvement les nombreuses altercations entre lui et la défenseuse au début de leurs voyages ensemble et les diverses discussions qui leur avaient finalement permis de se rapprocher l'un de l'autre. Il avait désormais l'impression d'avoir une amie importante en la personne de Hayate, et l'idée d'à nouveau perdre sa foi en lui était insupportable.

"J'ai passé tout ce temps à la convaincre que j'étais digne de sa confiance, expliqua-t-il d'un ton las, fermant les yeux de frustration. Que je n'étais pas un traître… et voilà que j'en suis un. Si elle apprend que je suis un Chercheur, je n'aurai même pas besoin de partir: elle me chassera."

"Tu n'es pas un traître Riku, insista Iwako en se redressant, les mains sur les hanches. Hayate a un rapport conflictuel avec tout ce qui se rapporte aux ténèbres, c'est vrai. J'évite moi-même de trop lui exposer mes inquiétudes à ce sujet. Mais s'il y a une chose dont je suis certaine, c'est que Hayate ne nous abandonnera jamais. De plus, tu es le meilleur ami de Sora. Il voudra plus que tout être à tes côtés pour surmonter ce problème."

"Je sais, avoua Riku en se levant à son tour, s'époussetant afin de retrouver un peu de contenance. Mais je me fais du souci pour Sora: avec sa relation avec Hayate en ce moment et la perte officielle de son père, je n'aimerais pas lui donner une raison de plus de s'inquiéter."

"Je comprends ce que tu dis, soupira la magicienne, mais je dois t'avouer que tous ces secrets qu'on commence à accumuler ne nous font pas du bien. Nous devons arrêter de tout nous cacher les uns des autres…"

Iwako sonda la réaction de son compagnon, attendant sans doute une approbation de sa part. Néanmoins, Riku était plus préoccupé par un tout autre aspect de la situation:

"La réalité c'est que j'ai peur: quand j'étais possédé par Ansem autrefois, j'ai fais des choses terribles à Sora. Je suis terrifié à l'idée qu'il me revoit aussi pitoyable… aussi aliéné."

Le maître de la Keyblade s'arrêta un instant et ferma les yeux, sondant les profondeurs de son être tourmenté à la recherche de la lumière qui y sommeillait. En lieu et place, il fut confronté à une masse de noirceur bouillonnante, certes encore enchaînée mais se débattant sans cesse. Le jeune homme frémit d'effroi, se souvenant de la perte de contrôle sur son corps à la Forteresse Oubliée et de cette abominable impression de n'être plus qu'une simple marionnette. Il se revit, au travers des fenêtres de ses yeux impuissants, voler la Keyblade à un Sora abandonné et désespéré, puis le combattre avec acharnement, sans pouvoir empêcher son propre bras de meurtrir de coups le corps de son meilleur ami.

"Je sais que je dois le leur dire, finit par admettre Riku dans un frisson. Mais je suis terrifié par ce monstre qui sommeille en moi..."

"Est-ce que tu veux que je leur dises à ta place?" proposa gentiment Iwako, empathique.

"Non, souffla Riku, douloureusement. Je dois le faire moi-même. Mais laisse-moi un peu de temps pour… digérer. Je leur dirai quand je serai prêt. Là tout de suite… je n'ai pas le bon état d'esprit pour leur annoncer cette nouvelle. Je sens qu'actuellement, je suis encore en contrôle, le danger n'est pas imminent mais... "

Une vague de profond doute et de peur le submergeant à nouveau, le jeune homme ne put retenir une autre confession:

"J'ai l'impression que tous mes efforts jusqu'ici n'étaient que du temps perdu et qu'en réalité… ma chute est inévitable, comme pré-écrite... que les ténèbres vont m'engloutir et je vais finir par m'oublier moi-même…"

"Je sais que je vais sonner cliché en te disant ça, murmura Iwako en posant sa main sur le coeur du jeune homme. Mais… si le gouffre te parait trop profond, trop sombre, parfois il suffit de lever la tête vers le ciel."

De ses yeux violacés s'échappa soudain une larme d'espoir, le visage de la magicienne s'illuminant telle la première lueur de l'aube sur un paysage printanier. La petite perle lacrymale glissa le long de sa pommette et atterrit sereinement dans sa paume tendue, avant d'être enfermée dans un poing délicat, dégageant une lumière bleu pâle. Lorsque la magicienne déplia enfin sa main, une petite pierre transparente en forme de demi-lune y reposait sereinement. Elle s'empara avec tendresse de la dextre de Riku et y déposa le petit cristal scintillant.

"Mon ciel, continua-t-elle en levant un regard doux vers le visage de son interlocuteur. C'est toi."

Comme une explosion d'étincelles devant ses yeux, le coeur de Riku éclata dans une symphonie de tremblements passionnés. Il sentit ses joues chauffer, comme une fièvre euphorique s'emparant subitement de lui. Ne se contrôlant plus, il se pencha en avant dans un geste qui lui paraissait terriblement lent. Son visage s'approcha de plus en plus de celui de la magicienne, les yeux de Iwako lui rendant un regard empli d'une confiance démesurée, le scintillement cristallin de ses iris améthyste le fascinant tel un kaléidoscope aux reflets mouvementés. Tandis qu'il sentait déjà le souffle de la magicienne contre ses lèvres, un hurlement soudain fit sursauter le jeune couple en devenir. Sur le chevet de Riku, le commlinck s'était inopinément mis à vibrer, la voix paniquée de Hayate, entrecoupée par des grésillements telle une interférence cosmique, en jaillissait de manière angoissée.

"RIKU! hurla le timbre vibrant de la défenseuse. A la salle des machines, vite! Il y a un problème avec Sora!"

...

Sora marchait lentement dans un désert aride. De chaque côté de lui, des centaines de keyblades étaient plantées dans le sol, telles les pierres tombales d'un gigantesque cimetière. Sora avançait en direction de deux formes en armure, qui l'attendaient au centre d'une croisée des chemins. Les cliquetis de sa propre armure résonnait dans ce grand espace vide et sa cape volait dans le vent poussièreux qui rappait la visière de son casque.

Comment en étaient-ils arrivés là ? Pourquoi les choses devaient-elles se terminer ainsi ? Le coeur de Sora voulait retourner dans le passé, retrouver leur vie d'avant... mais sa raison lui disait que ce n'était plus possible. Que rien ne serait plus jamais comme avant.

Car il avait appris la vérité au sujet de sa réelle nature.

Parvenu vers ses amis, Sora retira son casque. Aqua et Terra firent de même devant lui. Il y eut un long silence, seulement entre-coupé par les sifflements du vent dans leurs oreilles. Puis Terra baissa les yeux et souffla:

« Pardonnez-moi... J'ai été trop faible. Je me suis fait manipuler... »

« Non c'est ma faute, le coupa Aqua tristement. Je n'aurai pas dû douter de toi... j'aurai dû être là pour te protéger... »

Elle fixa Sora dans les yeux et ajouta:

« J'aurai dû être là pour vous protéger tous les deux... »

Aqua tendit son bras arnaché dans une armure bleu sombre métallique pour attraper tendrement l'épaule de Sora... mais il se dégagea de son étreinte. Non... il ne devait pas écouter son coeur. Il devait faire ce qui devait être fait.

« Aqua, commença-t-il sans les regarder, Terra...je vous le demande en tant qu'ami... »

Sora releva la tête et les fixa l'un après l'autre, en ajoutant d'une voix grave :

« Lorsque le moment sera venu... vous devrez m'éliminer. »

Puis ce fut le noir complet. Sora ne savait plus ce qu'il c'était passé, car il avait perdu le contrôle de son corps durant la bataille... mais il n'avait pas peur toutefois... car il avait fait ce qu'il fallait. Et il l'avait battu, c'est tout ce dont il était sûr. Il se laissa donc sombrer dans un gouffre de noirceur, tombant encore et encore. Petit à petit, il se sentait disparaître... il ferma les yeux et s'abandonna donc aux ténèbres…

Tout devint noir autour de lui. Etait-ce cela, le monde des Ténèbres ? Il n'avait plus son armure pour l'en protéger, il était perdu de toute manière...

Mais si cela était bien le monde des Ténèbres, pourquoi y avait-il une lumière en-dessous de lui ?

"Sora? l'appela soudain une voix de jeune homme familière. Va la sauver maintenant que tu en as le pouvoir, je t'en prie…"

Sora se sentait tomber lentement. Tous ses membres étaient engourdis, comme s'il était en train de s'assoupir. Il cligna laborieusement des paupières, luttant pour ne pas les garder fermées.

"Quel... demanda faiblement l'Élu du bout des lèvres. Quel pouvoir…?"

"Tu te moques de moi?! éclata le jeune homme d'une voix moqueuse. Il y a quelques jours tu te morfondais de ne pas savoir comment l'obtenir et maintenant tu ne sais plus ce que tu cherches?"

Sora ressentit une vive douleur vers la taille, comme si quelqu'un le pinçait, et sursauta soudain en s'exclamant, pénaud:

"Attends! Tu veux parler de CE pouvoir?!"

"Oui, reprit l'autre plus calmement. La jeune femme que tu as rencontrée dans le dernier monde...elle l'a utilisé. Souviens-toi. Qu'avait-elle fait? Qu'avait-elle dit?"

Sora ferma les yeux, ébloui par la puissante lumière qui se rapprochait de lui à mesure qu'il tombait. Lorsqu'il les rouvrit, il se trouvait debout au milieu de l'océan. Au centre de monumentales vagues, s'érigeant tel un mur protecteur de chacun de ses côtés, Sora avançait d'un pas hésitant vers une forme indistincte au loin. Il plissa les paupières afin d'affiner sa vue: la silhouette semblait bien trop petite pour être apparenté à un monstre titanesque. Rassuré qu'il ne s'agisse pas de Te-Ka, l'Elu de la Keyblade serra ses poings de vigueur et se mit à courir, toujours plus vite, son collier en forme de couronne cliquetant autour de son cou à chaque enjambée décidée. Plus il se rapprochait, plus il distinguait la forme d'un lit, disposé au centre d'une coupole en verre, qui semblait comme suspendue au-dessus des eaux. Lorsque Sora y parvint enfin, à bout de souffle, il tourna vivement son visage vers celui, endormi, d'une jeune femme. Il murmura alors du bout des lèvres, la reconnaissant avec émoi:

"Aqua…"

Sora rouvrit brutalement les paupières, le coeur battant la chamade. Au-dessus de lui, les visages inquiets de Hayate, Riku et Iwako le dévisageaient avec étonnement.

"Sora? s'enquit Iwako en tentant de prendre son pouls. Dis-moi ce qu'il t'est arrivé..."

Mais le jeune homme, sentant un mélange joie et d'empressement monter en lui, ne la laissa pas terminer son geste.

"Il faut retourner à la Tour Mystérieuse! s'écria-t-il. Vite!"

Ses trois compagnons échangèrent un regard suspicieux, se demandant sûrement s'il n'était pas tombé sur la tête. Enfin, Riku demanda, en levant un sourcil argenté:

"...et pourquoi c'est si urgent?"

"Je L'AI! s'exclama encore Sora avec euphorie. Je sais comment utiliser le Pouvoir de l'Éveil!"

Petit secret d'écriture, en hommage à Nomura:
"le 13ème Chercheur"
publié le
13 mai 2020
et qui comporte en format word
13 pages...

"musique de fanfare FF"