Deuxième et dernière partie de "fantômes du passé", donc du "défi" de Hayate dans le Manoir Oblivion.

Tout d'abord, j'annonce un possible retard de publication pour la suite... Lirae ne peut plus écrire actuellement, donc Nsperis reprend le truc mais comme je commence aussi un nouveau job et que les chapitres sont encore pas du tout écrits... On veut donner le meilleur de nous-mêmes pour le Manoir, et laisser tomber un max d'indices donc on travaille dessus, ça c'est promis!

Du reste pour cette partie... préparez vos cerveaux, va falloir faire des liens... avec Final Fantasy!

Au centre d'un paysage aride et désertique, image recréée à partir de ses souvenirs enfouis sous les sables du temps, Hayate, dont la veste en cuir lui claquait contre les flancs à chaque bourrasque, frissonna subrepticement. Entre ses bras à demi-nus reposaient sagement Sora, Riku et Iwako métamorphosés en poupées à la tête surdimensionnée.

"Le lieu de la dernière Guerre des Keyblades…? murmura Iwako à la fois impressionnée et effrayée, en tentant de jeter un coup d'oeil à la réaction de sa meilleure amie, au-dessus d'elle. Haya tu… tu connais cet endroit?"

"...Oui, finit par admettre la guerrière aux cheveux roses battus par le vent, sans émotions. C'est le théâtre de la plupart de mes cauchemars…"

Après avoir repris un masque de fermeté et de placidité, Hayate commença à déambuler dans une allée sablonneuse qui semblait tracée par l'emplacement même des Keyblades déchues, la bordant à la manière de macabres colonnades métalliques. Elle finit par s'arrêter au centre d'une croisée de chemins, exactement comme lors de leur avancée dans l'Entremonde, et attendit. Là, sous les yeux horrifiés de Sora, quelque chose sortit du sol, brutalement, projetant une impressionnante masse de sable en l'air dans un bruissement sourd. Il ne s'agissait pas d'un monstre cependant comme il le crut de prime abord, mais d'un grand livre fin, posé sur un piédestal…

"Oh c'est répugnant…" intervint Iwako en cachant sa petite bouche en feutre d'une main tout en fixant le bas de la structure.

Sora ne put réprimer un haut le coeur en discernant enfin l'origine du malaise de sa meilleure amie: là, sous le manuscrit, le supportant sur leurs épaules sans épiderme, comme une dérangeante danse macabre, un entrelac de squelettes constituaient la base même du reposoire. Hayate accapara heureusement toute l'attention de l'esprit de Sora ( au moment même où ce dernier se demandait s'il s'agissait de véritables squelettes ou simplement d'une pierre blanche taillée) en caressant avec une douceur respectueuse la couverture onyx du livre, semblant suivre un tracé précis avec son doigt. L'Elu de la Keyblade eut tout juste le temps de réaliser que le manuscrit était scellé par une serrure sur le côté, que Hayate les déposait tous les trois au sol, dos appuyés contre une pierre, pour sortir la carte du Pendu de sa poche de pantalon en cuir. Sans attendre davantage, comme si elle savait pertinemment tous les gestes à effectuer, elle plaça adroitement la carte monstrueuse au centre de la couverture de l'ouvrage et le cadenas l'empêchant de le parcourir s'évanouit soudain, se dissolvant dans une brise magique. Sacré Hayate, songea Sora en son fort intérieur, aucune énigme ne lui résistait bien longtemps…

La jeune femme, vraisemblablement satisfaite de sa réussite, se permit un discret sourire avant de soupirer, longuement, tout en fermant les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, ils avaient perdu toute lumière, toute profondeur, et avaient pris cette froide couleur métallique que Sora détestait tant…

"J'ignore la forme exacte que va prendre cette épreuve… avoua-t-elle d'une voix glaciale. Mais soyez prêts à partager les terribles images qui hantent mes nuits les plus sombres…"

Et Hayate ouvrit précautionneusement le livre à la première page.

Sous les yeux ébahis de Sora, Iwako et Riku, les lettres qui y étaient inscrites s'en détachèrent, désertant complètement leur lieu d'origine, et à la manière d'un essaim de mouches, allèrent se masser en face de Hayate, de l'autre côté du piédestal. Les lettrines noires se réagencèrent, s'alignant et s'emboitant parfaitement jusqu'à recréer une forme humanoïde… lorsque celle-ci se colora lentement, des pieds à la tête, elle révéla l'identité d'une jeune femme blonde aux traits doux et souriants, vêtue d'une complexe robe blanche composée de simples bandes de tissus et de rouages, et dont la tête était ornée de ce qui semblait être une petite couronne… La jeune femme, qui que ce fût, sourit tendrement à Hayate alors que dans sa propre main, d'autres lettres étaient en train de matérialiser une Keyblade acérée. Contre toute attente, ce fut cet instant que choisit Hayate pour fermer les yeux et froncer les sourcils, impassible.

Sous les yeux horrifiés de Sora, la jeune femme blonde se planta d'elle-même la Keyblade en plein coeur. Elle s'écroula sans un cri au sol, et une mare de sang teinta bientôt le sable sous elle, ainsi que la base du morbide piédestal…

L'Elu de la Keyblade comprit fort heureusement qu'il s'agissait d'une illusion au moment où toutes les lettres qui l'avaient composée s'envolèrent à nouveau pour revenir sagement à leur place, sur la première page du livre. En revanche, Sora sentit son coeur rater un battement en discernant une grande lame de lumière acérée se former dans l'air, juste au-dessus du buste de la défenseuse.

"ATTENTION!" intervint Iwako bien avant lui.

La jeune femme aux cheveux vanille-fraise pivota légèrement le menton vers eux, mais garda les paupières et les poings résolument fermés, attendant simplement. La lame de l'arme, dotée d'une volonté propre, se décrocha subitement de sa position statique et se planta profondément dans le coeur de Hayate, la traversant de part en part, sa pointe ressortant tout juste au travers de sa veste en cuir. Sora, paniqué, scruta le visage de la jeune femme de ses pensées, mais celle-ci avait encaissé le coup sans sourciller, le haut de son corps ayant juste été légèrement poussé en arrière à cause de la violence de l'impact. Hayate rouvrit enfin les paupières, l'arme lumineuse toujours fichée en elle, et tourna ses yeux sans vie vers ses amis, demandant simplement:

"Elle est morte, n'est-ce pas?"

Abasourdi par tant de détachement face à l'affreuse scène qu'ils venaient tous de vivre, Sora resta coi. Iwako, toute aussi perturbée, s'était plaquée ses deux mains de laine contre la bouche, cette fois-ci. Ce fut Riku qui se décida à répondre à la défenseuse, un soupçon d'inquiétude dans la voix:

"Oui… mais j'en déduis que tu le savais, n'est-ce pas?"

"Oui, trancha Hayate en glissant sa main sous le papier, le parcourant jusqu'à atteindre le prochain chapitre, ignorant prodigieusement l'épée fichée en elle. Ne regardez plus si vous ne voulez pas subir les prochains."

La jeune guerrière répéta la même manoeuvre plusieurs fois, fermant toujours les paupières au moment fatidique, et Sora vit s'enchaîner, impuissant spectateur, de multiples fins tragiques. A chaque disparition, une nouvelle épée de lumière allait se planter dans le corps de Hayate qui, malgré son faciès de marbre, commençait à reculer de plus en plus loin dans le sable à chaque nouvelle attaque. Tour à tour, tombèrent ou disparurent sous les yeux de Sora, une très jeune fille vêtue de blanc et aux deux impressionnantes nattes rousses, un gigantesque chevalier arborant une armure étincelante dont le casque était surmonté de deux longues cornes d'or, un étrange jeune homme blond dont le pantalon bouffant l'avait laissé entrevoir une queue de singe, une jeune femme aux cheveux saumonés et ondulés, qui semblait être morte sereinement dans les bras d'un jeune homme aux habits bleus tribaux. Et enfin, un grand homme aux cheveux courts et noirs, aux bras nus saillants de muscles et arborant fièrement une monumentale épée accrochée dans son dos, qui rappelait grandement à Sora celle de Cloud…

Après cette sixième mort d'encre fantomatique, Hayate fut prise d'un malaise: son genou gauche céda sous son poids, le coeur transpercé de six lames à présent, et elle agrippa son top magenta d'une main, tout en se retenant fermement au pilier de squelettes de l'autre.

"Haya!" voulut s'écrier Sora, n'en pouvant plus de rester là sans rien faire.

Mais ce fut comme si la jeune femme l'ignorait complètement… elle ne tourna pas la tête en sa direction, reprenant son souffle, tout en arrivant vers la fin de son diabolique manuscrit.

"Il n'en reste… plus qu'un…"

"Je pense qu'elle ne peut plus nous entendre… le rassura Iwako en penchant son adorable tête de poupée vers lui. Le Manoir doit l'obliger à affronter cela, seule… mais je suis sûre qu'elle sait très bien qu'on est toujours là, et qu'on la soutient. Je l'ai vue plusieurs fois tourner ses yeux vers nous."

"Et comment on sait si elle a passé son épreuve?" s'enquit Riku qui cachait son appréhension derrière une question.

"Je suppose quand elle sera arrivée au bout du livre... "

"Mais tous ces gens… voulut comprendre Sora, perdu et voyant la souffrance de la femme de son coeur. Ce sont… des souvenirs?"

"ça en a tout l'air…" assuma Riku dont la tête ronde lui donnait un air de bébé boudeur.

"Et les épées?!" insista Sora stressé de voir Hayate dans cet état.

"Des illusions… supposa Iwako en plissant ses énormes yeux violets. Mais même si elles ne peuvent pas la tuer, elle… elle a tout de même l'air de souffrir…"

Le coeur serré par la compassion, Sora reporta son attention sur Hayate qui, se redressant fièrement malgré sa douleur, faisait à présent face à un nouveau monticule de lettres magiques en formation. Mais lorsque le dernier souvenir mortuaire finit sa coloration, les trois amis transformés en peluches poussèrent la même exclamation éberluée:

"Maître Eraqus?!"

En effet, devant eux, le samouraï avait repris ses couleurs de jadis, arborant un kimono blanc sur un set armuré, ainsi que de luisants cheveux noirs tourmaline. Il regarda rapidement Hayate, puis parut irrité, avant de se tourner vers une seconde apparition: un jeune homme habillé dans le même style asiatique venait à lui, presque aussi grand que son Maître, et sûrement plus massif de stature, comme le laissait voir son torse musculeux moulé par son vêtement lui collant à la peau. Sora n'en revint pas en reconnaissant également le visage du nouveau fantôme… ses yeux bleu marin, ses cheveux chocolat à la frange double et tombante…

"Terra…?" souffla Riku abasourdi, l'identifiant également.

Prenant une grande inspiration, Hayate ferma à nouveau les yeux, cependant ce dernier mouvement sembla lui demander plus d'effort que les derniers, et elle dut froncer ses sourcils roses pour les maintenir bien clos.

Et, sous le hurlement outré et horrifié de Iwako, Sora vit Terra planter son imposante Keyblade brunâtre dans le torse de son propre Maître, qui le regardait avec une profonde tristesse alors qu'une larme de regrets roulait sur sa joue anguleuse…

"NOOON! hurla contre toute attente Riku, d'un ton à la fois colérique et inquisiteur. C'est pas possible! ça n'a pas PU se passer comme ça!?"

Hayate, après s'être faite transpercer d'une septième épée dans la poitrine, ce qui la faisait ressembler à un morbide porc-et-pic et perçait le dessin de soleil couchant qui ornait sa veste au niveau des omoplates, se passa le bras sur le front, moite d'une transpiration nerveuse, et lâcha, presque coupable:

"Je suis désolée que vous ayez dû voir tout ça… Mais c'était le dernier."

Soulagée, elle parvint enfin à la dernière page du manuscrit, alors que les lames de lumière s'évaporaient d'elles-mêmes, par magie… Sora, de sa position au sol, ne put voir ce que la fin du livre contenait, mais aucune forme mystérieuse et au seuil de sa mort n'en surgit, cette fois-ci… Le visage de Hayate, en revanche, se décomposa alors que ses yeux fixèrent une longue minute le grimoire en face d'elle… Enfin, elle gémit presque, perplexe:

"...quoi…? Non. NON! C'est une plaisanterie!?"

Dans un mouvement paniqué, ou colérique, la guerrière souleva le manuscrit du son socle et le retourna en tous sens, cherchant un quelconque recoin secret où placer une clé, une carte, n'importe quoi… Mais il n'y avait rien. Et Sora la vit alors: la page vierge qu'elle avait gardée ouverte sous les yeux.

"Je devais faire quelque chose, c'est ça? demanda avec froideur Hayate, parlant au livre lui-même. Mais je ne suis pas stupide… je sais que ce ne sont que de simples illusions. Et même dans mes rêves... j'ai tenté d'empêcher leurs morts, cela n'a jamais fonctionné!"

Alors, lentement… des mots calligraphiés à la main apparurent sur le parchemin.

Tourner les pages d'un livre ne veut pas dire en comprendre le sens…

Recommence.

Comme si le manuscrit lui avait lancé un puissant courant électrique dans les bras, Hayate lâcha le livre, qui retomba brutalement sur son socle mortuaire. Les yeux exorbités par la peur, et l'incompréhension, elle murmura:

"...non… pourquoi…?"

Hayate recula d'un pas, pour une fois hésitante, et tourna son visage défait vers ses trois amis en peluche, abandonnés au sol, ce qui fit voleter ses cheveux sauvages tout autour de son visage rond.

"Il faut qu'elle ouvre les yeux… comprit Riku en posant ses deux grandes mains pelotonnées à l'endroit concerné, sur son propre visage de poupée. Les...yeux…"

"Mais elle va quand même devoir tout revoir…? s'inquiéta Iwako. Et... nous aussi…?"

"Oui…" soupira Riku tandis qu'Hayate hochait la tête tout en se mordant les lèvres, ayant compris le message.

"On est avec toi… souffla Sora en mettant ses mains inutilisables devant lui, pour tenter de lui donner du courage. Tu vas y arriver Haya!"

Malheureusement pour le défenseuse, garder ses paupières ouvertes durant chaque assassinat ne suffit pas au livre pour décréter l'épreuve comme réussie. Et la jeune femme dut assister, des dizaines de fois, au même spectacle sanglant. Elle tentait de garder bonne figure, cependant sa fierté n'était plus que factice, comme en témoignait ses nombreux cris retenus et étouffés à chaque fois qu'une lame la transperçait avec cruauté, les larmes qui lui montaient parfois aux yeux et les quelques fois où elle était brutalement tombée dans le sable, épuisée. Elle avait même tenté, en vain, d'arrêter les épées avant qu'elles ne la touchent, transformant sa Keyblade et bouclier ou essayant de dévier leur course à l'aide de Crépuscule Ailé. Mais, immatérielle, les armes finissaient toujours par atteindre leur cible…

Alors que Hayate haletait bruyamment, mâchoire tombante, du sable se collant maintenant sur ses tempes trempées de sueur et que le livre lui montrait encore sa dernière page blanche, elle perdit patience. Hurlant sans doute de rage et de désespoir, elle frappa le pilier de squelettes de toute la force de son poing droit et celui-ci, sous les yeux effrayés de ses trois amis, vola tout bonnement en éclats. A bout de force, Hayate se laissa chuter à terre, ce qui souleva un impressionnant nuage de poussière ocre, tandis que le manuscrit valdinguait non loin et que quelques ossements retombaient en pluie tout autour d'elle.

"Arrêtez… supplia finalement la jeune guerrière déchue, se tenant difficilement sur ses avants-bras. Je vous en prie…"

Elle toussa en baissant la tête, ce qui cacha son visage à Sora à cause de ses cheveux roses mais… il aurait juré y voir s'accumuler des larmes de frustration et de désespoir. Lui non plus ne supportait plus de la voir dans cet état. Et surtout de voir ces satanés épées s'acharner sur elle sans aucune raison! Il maudissait son apparence actuelle et inutile, sans quoi il serait déjà à ses côtés, pour la protéger de leurs attaques, ou les recevoir à sa place, s'il n'y avait aucune autre solution!

"Je ne sais même PAS ce que je suis sensé comprendre! cria-t-elle soudainement en relevant le menton vers le ciel brumeux, le fixant avec colère. Donnez-moi au moins un indice!"

A ses côtés, le livre noir se mit à vibrer, puis s'ouvrit dans un claquement sec, muni d'une volonté propre. Une main invisible, émetteur silencieux, se mit à écrire à nouveau, répondant à la jeune femme:

Ce que ton coeur désire tant trouver, c'est la Vérité. La vérité sur la cause de sa souffrance. Or elle se trouve au plus profond des souvenirs, enfouis dans ton coeur… et pour l'atteindre, il te faut perdre quelque chose.

Hayate fronça ses sourcils roses son sa frange blonde, et répéta:

"Trouver c'est perdre, et perdre c'est trouver.…mais qu'est-ce que je dois perdre…?"

L'encre noir s'effaça à nouveau, comme des traces d'eau séchant au soleil, et la page redevint intégralement immaculée. Les yeux gris ternes de la jeune femme épuisée se posèrent alors, peut-être par hasard, sur sa couverture et plus précisément, sur la carte qu'elle avait reçue plus tôt.

"... mon déni? sembla réaliser la défenseuse avec un nouvel éclat de curiosité se rallumant dans le regard. Mais, je ne nie pourtant ri…"

Hayate ne termina pas sa phrase et se figea dans un terrible mutisme, cachant cette fois-ci volontairement son visage à Sora. Le coeur brisé, le jeune Elu la vit porter une main tremblante à ses yeux, tandis que de nombreuses perles de larmes coulaient sur le sable en-dessous d'elle, telle une pluie fine. Puis, lentement, comme si cela lui demandait un effort surhumain, elle releva le menton et, au travers d'une fenêtre créée par la broussaille de ses cheveux roses et sales, un unique oeil célestine brillant d'émotions se posa sur ses trois amis:

"Vous voyez…? maintenant, je n'ai plus besoin de vous le cacher, vous les avez vus vous aussi… je SAIS qu'ils sont tous morts à cause de moi… ce n'est pas qu'un simple pressentiment. Je SAIS que cela va se reproduire si... "

La gorge nouée par l'émotion, elle murmura tout en se cachant l'oeil de sa main.

"... si j'ouvre à nouveau mon coeur à quelqu'un… j'ai pensé qu'en n'agissant pas, cela réglerait le problème mais je… je ne sais juste pas comment empêcher ça, et je ne SUPPORTE plus de vivre ainsi…"

Sora, prenant ses rêves pour des réalités, ne put s'empêcher de ressentir une étrange euphorie monter en lui, malgré la situation dramatique qui l'entourait: Hayate venait apparemment de révéler qu'elle aimait quelqu'un… est-ce que, peut-être, elle pouvait parler… de lui?

A peine eut-il terminé sa pensée que l'espiègle livre se mit à luire intensément, tout comme le décor tout autour d'eux. Lorsque Sora rouvrit les yeux, il eut une dérangeante sensation de vertige… jusqu'à ce qu'il se rende compte, en réalisant quelques vagues avec ses dix doigts devant lui et qu'il faisait à nouveau un bon mètre septante-cinq, qu'il était de nouveau humain et avait repris sa taille normale. Les quatre porteurs de Keyblade se trouvaient tous de retour dans un long couloir blanc du Manoir Oblivion, et Hayate, debout elle aussi, tenait encore le livre, devenu couleur neige, devant elle, en train de lire un ultime message:

Bravo. Tu as laissé tombé le masque de froideur, et laissé parler tes émotions… Maintenant, soit prête à voir l'origine de ton malheur…

Devant leur petit groupe, au fond du couloir, la lumière sembla se faire soudainement avaler par un trou noir et béant… au centre de celui-ci, de lourdes chaînes en or, assez grosses pour retenir un paquebot, jaillirent du sol et, tels des serpents constricteurs étouffant leur proie, se rassemblèrent toutes autour d'une gigantesque cage en métal à demi rongée par les ans… La noirceur qui y régnait à l'intérieure était totale, ce qui empêcha dans un premier temps Sora de discerner ce qu'elle contenait. En plissant ses yeux bleus, il parvint à distinguer une forme vaguement humaine, massive… et dont les deux yeux jaunes aux pupilles félines se braquèrent bientôt sur Hayate. Une voix profonde, gutturale et vibrante résonna soudain dans tout le couloir, son échos percutant les parois de la cage thoracique de Sora, provoquant un hérissement de poils tout le long de sa nuque:

Maudite sois-tu… tu m'as condamné à la solitude, ainsi… je te condamnes au même sort. Tu auras beau essayer d'y échapper, rappelle-toi qu'un jour… je serai ton unique salut…

Hayate trembla de tous ses membres, ce qui était anormal venant d'elle, tout en serrant le livre blanc dans ses bras et Sora, le pouvant enfin, se précipita devant elle, afin de lui cacher la vue de ce monstre. Il attrapa avec fougue les petites épaules de la défenseuse de ses grandes mains gantées et planta ses iris océan dans ceux, cristallins apeurés, de la jeune femme, et dit d'une voix douce mais néanmoins précipitée:

"Haya regarde-moi! Tu as réussi l'épreuve, c'est fini maintenant… c'était une illusion. Seulement une illusion…"

Hayate resta figée encore quelques instants, pétrifiée par l'angoisse puis, semblant reconnaître le timbre et le visage de Sora, elle papillonna plusieurs fois des paupières. Le choc passé, ses grands yeux ronds célestine se remplirent progressivement de larmes de soulagement tandis qu'elle lui rendait un sourire triste. Relâchant involontairement son affolement par de la colère, l'Elu de la Keyblade s'exclama:

"Je croyais qu'on avait dit qu'on devait se raconter TOUS nos rêves! Mais tu m'avais jamais parlé de… de Eraqus mort ou de ce que tu voyais VRAIMENT!"

"...je connaissais son visage… admit Hayate en baissant honteusement la tête. Mais j'ignorais son nom…"

"Tu aurais quand même dû m'en parler, continua Sora en apaisant quelque peu son ton remonté. On s'était fait une promesse…"

Contre toute attente, la jeune femme lâcha le livre qu'elle avait encore dans les bras et sauta brutalement dans les bras de Sora, qui dut jouer avec ses abdos pour ne pas perdre l'équilibre et en tomber à la renverse. Alors que, abasourdi, le jeune homme sentait les petites mains de Hayate serrer le tissu de sa capuche dans son dos et qu'elle enfouissait son visage dans le creu de son épaule, elle finit par souffler, comme si elle lâchait un poids bien trop lourd pour elle:

"Tu es là… tu es vraiment là..."

Sora, devant cette déclaration et ce geste impromptus, sentit ses joues s'empourprer et il recula quelque peu sa tête en arrière dans une mimique surprise. Puis, réalisant qu'il avait perdu le contrôle de son inquiétude alors que Hayate venait de vivre une épreuve émotionnellement terrifiante, il se sentit coupable. Tout en fronçant les sourcils et en pinçant ses lèvres, le jeune homme lui rendit gentiment son étreinte, sans un mot, se contentant d'apposer son front dans la masse de cheveux roses de la jeune femme. Au même instant, le livre abandonné à leurs pieds se dématérialisa, ne subsistant de lui que la carte qu'elle y avait inséré. Celle-ci alla flotter timidement dans les airs à hauteur de leurs visages. Intriguée, Hayate redressa le menton et, après s'être brièvement essuyé les yeux sur un bras, s'en saisit. Au grand dam de Sora, elle quitta son étreinte pour examiner la carte de face et de dos, avant de déclarer:

"Elle a changé…"

En effet, une femme en armure vermeille y est dessinée à présent. Elle semblait, aux yeux de Sora, arborer une expression sereine…

"N°14, La Tempérance, lut Hayate à voix haute. Relations. Modération. Diplomatie. Empathie.

"Tout ce qu'il te manque d'habitude bizarrement"… intervint la voix sardonique de Riku.

Le jeune Maître et Iwako marchaient à eux, les rejoignant dans le couloir vide les menant à la prochaine salle, dont la porte grisâtre était bien entendu surmontée du chiffre "2".

"Je crois qu'on a eu un petit aperçu de ce qui nous attend tous... lâcha encore Riku avec une tentative de détendre l'atmosphère. Et m'est avis que ces cartes changent si nous réussissons les épreuves… ce devait être ça, la récompense dont parlait Eraqus. Elles auront tôt ou tard leur utilité."

Tous les quatre regardèrent la prochaine porte avec hésitation, avant que Riku ne déclare, ironiquement, en levant les épaules:

"Bon. Si vous voulez je me dévoue pour la suivante…"

"Si cela ne te dérange pas, j'aimerais plutôt passer en second…"

Sora, Riku et Hayate tournèrent d'un même mouvement interloqué leurs visages vers Iwako, qui leur sourit nerveusement tout en plissant ses jolis yeux en amande.

"Mais Iwa… lâcha Sora, compatissant. Tu as vu ce qu'il s'est passé avec Haya… tu n'as pas un peu… peur de ce que tu vas voir dans tes souvenirs?"

"Si absolument, confirma la magicienne en posant une main délicate sur son coeur. Mais c'est exactement pour cela que je veux en finir au plus vite… J'ai l'impression que si je vous laisse passer en premier, je n'aurais plus le courage de le faire…"

Impressionnés par ses sages paroles, ses trois amis hochèrent la tête, acceptant sa résolution. Puis d'un même déplacement synchrone, les quatre Porteurs de Keyblade se mirent en marche en direction de la deuxième porte du Manoir Oblivion…

Oui, encore plus de mystères autour du passé de Hayate... mais aussi quelques indices pour y répondre!

Et le petit défi est:
qui sont les 7 personnages apparaissant devant elle? (bon le dernier est facile car il est donné)

(et j'espère que ça vous laissera cogiter un moment avant... la porte de Iwako!)