Oui, petit jeu de mots avec "Chain of Memories" pour le titre de ce chapitre qui consistera en une épreuve à passer pour Iwako cette fois-ci!
Contrairement à Hayate, la jeune magicienne ne rêve jamais de son passé. Ainsi, les images et informations qu'elle va obtenir seront nouvelles pour vous aussi!
Et on l'espère, encore un peu mystérieuses...
Bonne lecture!
Iwako gravit la dernière marche de l'escalier menant à la Salle N°2 du Manoir Oblivion, tout en réajustant élégamment son chignon bleuté sur le haut de son crâne, à l'aide de la broche en bois que Riku lui avait taillée. Tout comme Hayate avant elle, la magicienne leva gracilement un bras en direction de la cloison blanche et une carte se matérialisa dans sa paume, dans un grand flash lumineux.
"N°18, la Lune… lut-elle à voix haute en observant le dessin d'un massif samouraï doré accompagné de ce qui ressemblait à un chien chinois. Confusion, tromperie, mensonges… peurs."
Une sorte de grésillement aigu fila brusquement entre les deux oreilles de Sora, lui traversant le crâne tel un éclair. Pris d'un soudain mal de crâne, il ferma les paupières et son esprit fut assailli par un flot d'images rapides représentant un palier blanc du Manoir, identique à celui dans lequel ils se trouvaient. Lea se tenait là, devant lui, et semblait le mettre en garde… Ou le combattre, il n'en était pas sûr. Peut-être même qu'il s'agissait en réalité d'Axel… Une phrase spécifique se répercuta néanmoins en échos dans tout son esprit:
"Je te préviens: quand tes souvenirs endormis se réveilleront,
tu risques de ne plus être toi-même."
Dans un vrombissement sourd, l'un des battants de la porte devant les quatre Porteurs s'ouvrit soudain et Sora rouvrit les yeux, comme si rien ne s'était produit. Ses amis ne semblaient rien avoir noté de son absence momentanée, aussi il jugea bon de ne rien dire. En effet, Iwako, levant son fin menton sur le cadre cuivré de la porte, paraissait déjà suffisamment inquiète. La jeune femme posa ses deux mains gracile sur son cœur, hésitante. L'Elu de la Keyblade se reprit, ébrouant sa masse capillaire brune et afficha à nouveau un fringuant sourire sur ses lèvres, tout en sautant devant la magicienne avec entrain.
"On reste avec toi, la rassura Sora en tirant sur la poignée dorée pour leur permettre de passer le pas de porte tous ensemble. Ça va bien se passer!"
"Oui, l'encouragea Riku à son tour, en venant se placer de toute sa carrure au côté droit de la jeune femme, de manière à lui proposer courtoisement son bras. Et grâce à Hayate, nous savons maintenant comment passer les épreuves plus vite: les cartes sont une clé de compréhension. Celle que tu as gagnée t'indique ce que tu dois "perdre" pour trouver ce que ton cœur cherche vraiment."
"Même si elles paraissent terribles à tes yeux, expliqua encore Hayate en prenant l'autre main d'Iwako, toutes ces choses ne sont que des illusions… elles ne peuvent pas te faire réellement de mal."
Ragaillardie par les paroles de ses amis, la magicienne prit une profonde inspiration et passa l'encadrement lumineux.
Sora sentit instantanément ses pieds quitter terre, ainsi que son corps en nouvelle phrase de transmutation… Il eut l'impression de devenir léger, toujours plus léger. Et s'envoler tandis qu'une puissante chaleur montait en lui. Quelque part en amont pourtant et en parfait contraste, il entendit Iwako pousser un petit cri à la frontière entre la surprise et la peur. Ce fut là que Sora réalisa… qu'ils étaient tous plongés dans le noir le plus complet et abyssal…
"Non c'est pas vrai… lui parvint la voix fluette de la magicienne un peu plus loin. Dans ces Ténèbres-là, je ne vois rien… Riku! Sora! Haya!"
"Oui on est tout proche! s'époumona Riku quelque part sur la droite de Sora. Essaie de t'orienter au son de ma voix!"
Désirant de tout cœur rejoindre sa meilleure amie, mais ne sachant même pas s'il avait encore des jambes, Sora se concentra de toutes ses forces sur Iwako… et il sentit alors la chaleur monter en lui, encore et encore, jusqu'à devenir un véritable brasier.
Au centre des Ténèbres apparurent enfin trois petites lumières dorées, vacillantes et chaleureuses. Sora, une fois la magicienne repérée juste devant lui, s'avançant intrigué dans leur direction, pivota vers ses deux autres amis et comprit la raison de son impression d'allégement de masse corporelle: flottants tranquillement au-dessus d'Iwako, éclairant son visage de porcelaine d'une lueur rassurante, deux lanternes en papier portaient sur elles les dessins colorés de Riku et Hayate. Leurs visages semblaient seuls pouvoir se mouvoir sur le papier mâché, comme en témoignaient leurs yeux hagards.
"Une petite lueur dans les ténèbres… murmura Iwako qui avait repris un timide sourire. C'est très joli… ça me rappelle les lampions du Royaume de Raiponce. Tu te souviens, Riku?"
"Moui… répondit le jeune homme, dont la flamme de lanterne devint subitement plus rouge. C'était magnifique…"
Iwako, ravie sans doute que son compagnon se rappelle de leur escapade à deux, allongea un franc sourire sur ses lèvres corail avant d'attraper les trois petites cordelettes qui pendaient en-dessous de ses amis métamorphosés en luminaires et, comme une petite fille promenant ses ballons, elle avança plus en avant dans l'obscurité en les tirant derrière elle. Au bout de quelques minutes, Sora parvint à apercevoir une forme gigantesque se dessiner devant eux… en s'approchant de plus près, il parvint à distinguer une énorme horloge dont les rouages semblaient arrêtés… ou cassés. Il fut néanmoins brutalement tiré vers le sol tandis qu'Iwako chutait sans lâcher les ficelles reliant sa main à ses compagnons.
"Iwa ça va?!" s'inquiéta Sora en voyant la jeune femme se relever en scrutant l'obscurité de ses yeux améthyste effrayés.
"Oui mais… j'ai senti quelque chose… ou quelqu'un… m'attraper la cheville."
Un rire aigu, rapide et sournois se fit entendre tout autour d'eux… de partout et nulle part à la fois, paraissant parfois lointain et à d'autres moments terriblement proche, comme si quelqu'un s'amusait à leur susurrer des histoires effrayantes à l'oreille.
"Il y a bien quelqu'un d'autre…" assura Hayate dont la lumière de lanterne s'était faite moins brillante, passant en mode furtif.
Le visage d'Iwako, qui semblait avoir compris quelque chose que Sora ignorait, se décomposa aux dernières paroles de sa meilleure amie. Prenant ses jambes à son cou, la jeune femme courut instinctivement en direction de la grande pendule, essayant sans doute de mettre le plus de distance entre elle et la créature qui les épiait dans les ombres et dont le bruit de pas se répercutait en échos dans la vacuité du néant qui les entourait, les traquant telle une bête en chasse… La magicienne ne s'arrêta, haletante, que devant l'Horloge immobile et leva son visage aux traits fins en direction de ses aiguilles, perplexe.
"Pourquoi est-elle arrêtée…?"
"C'est toi qui a tout détraqué…"
Faisant volte-face, Iwako se retrouva nez-à-nez avec une femme en blouse blanche qu'ils ne connaissaient tous que trop bien…
"Enna Kros..? la reconnut la meilleure amie de Hayate en levant un sourcil arqué sur son front dégagé. Alors vous faites bien partie de mon passé…"
La Gardienne aux cheveux d'argent but une gorgée de thé, semblant ignorer la présence d'Iwako à ses côtés, et poursuivit sa tirade, en braquant cette fois-ci son regard brillant directement sur la magicienne.
"... mais je veux bien t'aider. Je ne supporte plus de te voir là-dedans… même si tu n'es pas vraiment elle, mon cœur ne supporte plus ce spectacle... En revanche…"
Kros reposa sa tasse sur la coupole qu'elle tenait de son autre main et prit une voix plus dure en ajoutant:
"... je ne peux t'accorder qu'un sursis. Mais si tu déçois encore une fois le Conseil, je ne pourrai plus rien faire pour toi, cette fois-ci."
"Le Conseil? répéta Iwako interloquée. Quel conseil?"
Comme pour répondre à sa question, la porte censée renfermer le pendule de l'Horloge s'ouvrit dans un claquement brusque et une puissante bourrasque commença à souffler, toujours plus fort, poussant Iwako vers cette entrée imprévue. La magicienne tenta de lutter, marchant à contre-courant à l'aide de son corps frêle, mais elle finit par s'envoler, tout comme ses trois amis lanternes, et se fit avaler par l'horloge…
Les quatre Porteurs chutèrent dans un nouveau gouffre obscur… qui semblait encore plus noir et profond que le dernier. Cela rappelait vaguement à Sora ses propres plongeons dans ses rêves...et il se demanda un instant s'ils n'étaient pas en train de tomber toujours plus en avant dans la mémoire d'Iwako, sombrant dans les bribes de ses souvenirs passés…
Lorsqu'enfin Iwako parvint à toucher terre, où qu'elle se soit située dans cette océan de ténèbres, elle mit quelques instants à retrouver son équilibre, comme si elle était sonnée par la chute. Elle s'assura d'avoir toujours les liens la reliant à ses amis dans sa main, puis elle lança élégamment sa jambe droite en avant. Lorsqu'elle voulut faire le deuxième pas cependant, un étrange cliquetis résonna derrière la jeune femme et elle baissa le visage vers le sol, sourcils froncés:
"Qu'est-ce que…?"
Sora, de sa position flottante, suivi son regard et nota alors la présence d'une longue chaîne noire fixée par un verrou à sa cheville gauche. Par réflexe, elle fit apparaître Cristal de Givre et tira un sort de déverrouillage sur la serrure, visible au-dessus de sa malléole. Comme rien ne se produisit, la magicienne voulut suivre les maillons métalliques de ses yeux améthyste brillant pour en déterminer l'extrémité, mais celle-ci se perdait au loin, dans les abysses de noirceur de ce lieu…
"Le Conseil est à présent au complet… il est l'heure de ton jugement."
Eblouissant conjointement Sora et ses trois amis, une fulgurante lumière sembla tomber du ciel, tel un gigantesque spot aveuglant, et éclaira alors une immense statue à quelques pas seulement d'Iwako. La puissance du faisceau lumineux permit à Sora de réaliser aussi qu'ils se trouvaient à présent dans une sorte de salle circulaire munie de gradins de pierres à plusieurs étages, sur lesquelles se dressaient aussi ce qui semblaient être d'autres statues immobiles. Et le jeune homme réalisa: ils se trouvaient dans une salle de tribunal.
"Le jugement, le conseil… répéta Riku en tournant sa lanterne vers celle de Hayate. Ça ne te rappelle pas quelque chose?"
"Oui, concéda la jeune femme tandis que la flamme de sa lanterne devenait brûlante, virant sur le bleu. C'est elle qui a prononcé ces mots… ce qui confirme la théorie selon laquelle le Manoir Oblivion se sert de réels souvenirs pour tisser ses salles d'épreuves."
"Elle ne nous entend plus je crois…" supposa Sora tristement en voyant sa meilleure amie fixer avec étonnement la statue en face d'elle.
Celle-ci représentait à n'en pas douter un imposant dragon muni d'une impressionnante armure sur le crâne ainsi que sur le torse… Ou était-ce la forme de ses écailles qui le laissaient supposer? Ses deux paires d'ailes, repliées tout autour de son corps accroupi, faisaient elles aussi plus penser à des lames d'épées qu'à des membranes de chauve-souris… Une voix, chaude, vibrante, terrienne, s'échappa à nouveau du dragon:
"Le Conseil a accepté d'entendre ta plaidoirie. Néanmoins, tu dois savoir que ce que tu as fait est de l'ordre de l'impardonnable…"
Iwako, la surprise passée, se ressaisit et se tint bien droite, en déclarant:
"J'ignore qui vous êtes… et je ne suis pas sûre de savoir de quoi vous m'accuser."
La forme draconique ne répondit pas tout de suite, comme si elle écoutait une quelconque voix. Enfin, lorsqu'elle reprit, Sora vit la panique commencer à déformer les traits d'Iwako:
"Nous comprenons tes intérêts, néanmoins les Lois ont été édictées pour permettre de garantir l'Ordre dans notre Monde. Nous ne pouvons laisser ce crime impuni. C'est pourquoi, nous te condamnons à l'exil."
"Pardon?! s'exclama Iwako, mi énervée, mi effrayée. Mais..?! Je n'ai rien dit encore! Comment pouvez-vous…?"
La coupant dans son supplique, des dizaines de voix s'élevèrent des ombres, de tous recoins de la salle circulaire, et se mirent à scander avec un mélange de passion, de cruauté et d'irritation:
"Exil! Exil! Exil!"
"C'est un souvenir… souffla Hayate dont le dessin serrait les dents sur le papier peint brillant. Elle ne peut rien y changer… et elle va devoir le subir."
Son cœur de papier attristé d'assister à ce tragique spectacle, Sora dut voir Iwako tenter de se plaindre et de faire entendre sa voix par-dessus les dizaines de cris presque bestiaux qui la condamnait à un bannissement. Puis, alors que la jeune femme tombait à genoux d'abandon, et que les statues ainsi que le tribunal commençaient à s'estomper, telles des cendres emportées par le vent, la voix du dragon juge leur parvint encore juste avant sa totale disparition:
"Brisée et emprisonnée, tu payeras le prix de ton impudence dans les Abysses, jusqu'à ce que la clé de ta délivrance te soit rendue, et que le Conseil estime ta peine terminée."
Iwako se recula dans un bond, toutefois elle s'empêtra dans les mailles de sa chaîne et se redressa en attrapant son buste fin de ses bras laiteux, contenant un frisson de peur. Toute lumière s'évapora de ce lieu onirique, telles les statues des jurés de pierre, et la magicienne se retrouva à nouveau plongée dans le noir le plus dense. Seules les lueurs des lanternes de ses trois amis, flottant fidèlement à ses côtés, rayonnaient encore, éclairant de haut le visage d'Iwako dont les ombres renforçaient l'expression de peur tandis qu'elle lançait des coups d'œil inquiets en direction des lampions, tel un appel à l'aide.
"Elle a peur du noir… rappela Sora qui rageait à nouveau de ne pas pouvoir se faire entendre. On est là Iwa! T'en fais pas!"
A nouveau, l'étrange ricanement féminin se fit entendre quelque part sur leur gauche et Iwako, cette fois-ci paniquée, avança alors dans le sens inverse, effectuant d'amples et patauds mouvements avec sa jambe gauche, traînant difficilement la chaîne dans son sillage, qui claquait bruyamment contre le dallage invisible. Néanmoins, plus elle tentait de fuir la bête derrière elle, plus Iwako semblait devoir lutter contre la tension qui l'empêchait de mettre un pied devant l'autre. Le ricanement maléfique, de plus en plus intense et irritant, frôlait parfois le rire hystérique, glaçant ce qui faisait office actuellement de peau à Sora. Affolée, Iwako tenta finalement de courir, mais la chaîne à sa cheville se tendit d'un seul coup, comme si la créature tapie dans les ténèbres l'avait tirée d'un seul coup sec à elle, et elle trébucha dans sa course. La jeune femme tomba en avant, amortissant sa chute par un rapide sort de gravité nulle, mais resta néanmoins à terre pour agripper l'anneau de fer vers sa malléole, tentant de retirer sa bottine pour s'en débarrasser.
"Ne te laisse pas submerger par tes peurs… murmura Riku tout en regardant la magicienne. Sois plus forte que tes ténèbres…"
"Qu'est-ce qu'il y avait d'inscrit sur sa carte?" demanda Hayate à ses compagnons, la flamme de sa lanterne prenant un feu plus vif.
"Je sais plus exactement…" admit pitoyablement Sora.
"Essayons déjà de lui montrer la carte! décida Riku en flottant vers le jeune femme. Elle aura peut-être une réalisation et comprendra quoi faire, comme Hayate!"
A l'aide d'une force mentale herculéenne, l'Elu de la Keyblade parvint à diminuer la puissance de la flamme de sa lanterne pour se mettre à voleter autour de la poche d'Iwako, vite imité par Riku et Hayate. La jeune magicienne, attirée par le mouvement, reprit ses esprits et observa leur danse de feux-follets, intriguée.
"Qu'essayez-vous de me dire…?"
Le lampion de Riku descendit, telle une petite montgolfière, vers la jeune femme et se mit à tournoyer lentement autour de son pantalon, qui brillait d'une vive lueur blanche au travers du tissu du jeans.
"La carte de la Lune…? réalisa la magicienne en baissant ses yeux en amande sur l'objet magique, le sortant de sa cachette et l'observant. Ce que je dois perdre… Mais je ne comprends pas ce que v…"
Iwako ne put finir sa phrase qu'un nouvel à-coup tira sur le lien qui l'emprisonnait par la cheville gauche et qu'un rire torturé fit écho à la manœuvre, quelque part au-delà du voile des ombres qui entourait les quatre Porteurs de Keyblades.
"Je… tenta d'articuler la jeune femme dont le front se couvrait de sueur. Je dois voir ce qu'il y a au bout, c'est ça?"
Iwako relut les mots inscrit sur sa carte et poussa un soupir résigné tout en la rangeant à nouveau dans sa poche.
"Ma peur…c'est cela que le Manoir veut que je perde."
Sora, Riku et Hayate se rapprochèrent du visage de la magicienne, pour la soutenir dans son prochain acte de courage, l'éclairant de leur présence dorée rassurante. Puis, après avoir pris une profonde inspiration visant à faire cesser ses tremblements, Iwako se saisit de ses deux délicates mains de la froide et drue chaîne d'acier qui l'entravait et commença, à la manière d'un marin qui remonte l'ancre d'un bateau, à en tirer la longueur vers elle. Le raclement de l'acier froid sur le sol immatériel devant la jeune femme renforçait l'effroi que ressentait Sora au fur et à mesure qu'il réalisait que quelque chose était bel est bien attaché au bout de cette chaîne… Iwako, des perles de sueur dues à son effort de traction apparaissant sur ses tempes, respirait avec difficulté, sans doute de nervosité… Enfin, la lumière que projetaient les trois lampions qu'étaient actuellement Sora, Riku et Hayate révélèrent les pourtours de ce qui semblait être une forme humanoïde, tirée par une jambe et amenée de force à la magicienne. Lorsqu'elle fut totalement sortie de l'ombre, la créature se révéla être, au grand étonnement de l'Elu de la Keyblade, une frêle jeune femme. Il ne parvint pas à discerner son visage, totalement enseveli sous une masse impressionnante de cheveux sombres qui s'éparpillaient tout autour d'elle, tels des serpents fuyant les rayons du soleil. Néanmoins, entre deux mèches qui s'écartaient dans son dos, Sora parvint à apercevoir dans un frisson inquiet sa colonne vertébrale qui semblait collée à sa peau blanchâtre. Elle était positivement nue, réalisa le jeune homme, se cheveux seuls couvrant son corps malade et famélique tel un linceul de pudeur.
"Est-ce qu'elle est…?" voulut savoir Riku, qui semblait de plus en plus inquiet.
"Il me semble l'avoir vue bouger… supposa Hayate sur ses gardes. Mais je ne suis pas certaine…"
Iwako, ne pouvant entendre leur discussion, leur jeta un rapide coup d'œil avant de lever une main devant elle, en direction de la silhouette enténébrée.
"Quel sadisme… ironisa-t-elle à voix haute, un sourire crispant ses belles lèvres corail. Ma peur… il m'y ont enchaînée…"
Elle hésita une seconde, reculant sa paume, puis finit par poser trois doigts à la fois inquiets et apeurés sur le mollet blanchâtre à sa portée. A peine le contact entre épidermes eut-il lieu, que la présumée morte se redressa dans un bond en poussant un cri digne d'une harpie, ce qui fit sursauter Sora. Prostrée à la limite entre ténèbres et lumière, la créature (car cette chose ne pouvait être humaine aux yeux de Sora) leur révéla enfin son faciès: à moitié camouflé par de longues mèches glissants contre son pourtour, un effroyable masque de démon les dévisageait en silence, penchant la tête de côté de manière dérangeante. Surmonté de deux cornes pointant vers le ciel, ses yeux sans pupilles étaient encadrés par de profondes rides taillées, renforçant l'expression de colère que le kabuki dégageait. Sa bouche mi-ouverte, d'où jaillissaient deux longues canines supérieures, laissait parfois échapper des sortes de halètements, ainsi qu'une buée chaude.
"Qu'est-ce que… souffla Iwako pétrifiée par l'horreur. Qu'est-ce que tu peux bien être…?"
Réagissant sans doute à la voix de la magicienne, et sous les regards impuissants de ses compagnons changés en vulgaires lampes en papier, la bête démoniaque se déplaça subitement, sautant, comme un fauve en chasse, sur sa proie. Iwako chuta brutalement en arrière, ce qui délia ses beaux cheveux bleus tout autour de son crâne et fit tomber, dans un bruit mat, la broche en bois façonnée par Riku.
"IWA!" hurla ce dernier en paniquant.
Consumée par la rage, la démone se redressa soudain et agrippa la magicienne par la gorge, pour l'immobiliser. Au comble de l'effroi, Iwako continuait de se débattre, essayant d'empêcher la créature de l'étrangler, ce qui fit tomber la carte de la Lune de sa poche. Alors que des larmes de colère montaient aux yeux améthyste de la magicienne, et qu'un filet de sang coulait entre les doigts de son ennemie toujours plus enfoncés dans la peau d'albâtre de son cou, Iwako attrapa la gorge de sa prédatrice à son tour. Les deux jeunes femmes s'immobilisèrent soudainement, se jaugeant du regard, toutes deux à la merci de l'autre, figées dans une position identique, telle une tragique et violente statue grecque… A leur côté, la carte déchue se mit à briller plus intensément, et Hayate lâcha:
"Mensonges, tromperie, peur! L'épreuve n'est pas terminée… elle doit encore faire quelque chose avec cette créature!"
Riku et Sora, réagissant à la révélation de leur défenseuse, s'envolèrent vivement en direction du visage de la magicienne et tentèrent de la lui faire comprendre, par divers soubresauts de flammes et papillonnages de lampions autour du terrifiant faciès de son ennemie puis de la carte abandonnée dans le lac d'encre à ses genoux. Iwako, dont les yeux déversaient à présent un filet non interrompue de larmes de douleur sur ses joues livides, parvint à articuler, entre ses dents serrées:
"Je ne comprends pas… je refuse le mensonge et j'ai affronté ma peur… donc qu'est-ce que je dois encore...?!"
La jeune femme, ses cheveux bleus emmêlés par sa débâcle, ouvrit soudain en grands ses yeux en demi-lune et fixa d'un œil nouveau le faciès démoniaque en face d'elle. Dans une profonde réalisation elle souffla:
"... la tromperie… mais oui… le masque symbolise la tromperie!"
Hayate parvenue à leurs côtés, les trois lampions se mirent à luire de plus belle, ne pouvant rien faire de plus pour aider leur amie dans son épreuve de courage. La magicienne, ne sachant que faire pour faire lâcher prise à sa némésis, scruta rapidement ses environs de son regard améthyste scintillant, préparant sans doute un sort. Enfin, après quelques secondes d'observation, Iwako dénicha du regard la barrette de Riku jonchant le sol humide… La magicienne, ses sourcils bleus arqués par une nouvelle résolution et une profonde concentration magique, roula brusquement ses iris violets pétillants dans ses orbites, traçant une trajectoire virtuelle entre la broche en bois et la gorge de son opposante, qui n'avait toujours pas lâché son emprise sur sa peau de porcelaine. Ce simple mouvement des yeux, au grand ahurissement impressionné de Sora, généra, sans doute grâce à l'eau présente tout autour d'eux, un pic de glace dont l'extrémité était surmontée du bijou floral. Sa pointe, acérée, et rendue plus dangereuse encore par l'accélération due à la formation rapide de la stalagmite ensorcelée, alla se planter profondément dans la nuque de l'ennemie masquée, juste à la jointure de sa mâchoire visible. La créature poussa un horrible hurlement strident et lâcha subitement ses doigts autour de sa proie, pour les porter à sa propre gorge et en retirer l'épingle à cheveux. Ce laps de temps néanmoins permit à Iwako de se ruer sur son adversaire et de lui arracher son masque à l'aide de ses deux mains, dans un mouvement précipité.
Le temps sembla se figer alors que les deux opposantes ne bougeaient plus, haletantes, et s'observaient en silence tandis que le masque rebondit trois fois dans un bruit de bois creux et de clapotements sourds, entre elles. Iwako, après avoir analysé les traits véritables de sa némésis avec une certaine forme de curiosité, se plaqua soudain les deux mains contre sa bouche de corail, étouffant un cri de surprise affolée:
Là, devant les yeux exorbités de Sora, le visage terne, fatigué, cerné d'Iwako la regardait sans âme. Son sosie exact… Mise à part la noirceur absolue de ses cheveux dévoilant ses deux iris au terrible éclat ambré.
"Tu es... moi…?" murmura Iwako du bout de ses lèvres pulpeuses.
Contre toute attente, son double, presque avec regret, ouvrit ses bras laiteux et squelettiques, comme attendant… une étreinte. Comprenant que plus aucune menace ne viendrait de cet être devenu si triste, si seul et si miséricordieux, Iwako décrispa quelque peu ses épaules et l'observa quelques instants de ses yeux améthyste empathiques. Sora remarqua sa meilleure amie se passer rapidement une main sur la jugulaire à son coup, comme vérifiant quelque chose, avant d'ouvrir ses bras de chaque côté de son corps d'un air à la fois résigné et décidé, poitrine pleinement vulnérable et à la merci de son homologue maléfique. Comme si, à l'image d'Eraqus, sa némésis devenait une sorte de créature spectrale, elle perdit sa substance physique pour se jeter en avant, plongeant dans le torse exposé de la magicienne, comme fusionnant avec elle. Iwako se plia alors en deux, agrippant ses épaules en frissonnant…
Ce fut là que le sol se liquéfia totalement devant elle, générant un abominable bruit de bouillonnement, comme lorsque l'on cuit du lait un peu trop épais dans une marmite… et sous les yeux perplexes de tous les Porteurs, le coffre noir aux fermoirs d'argent, celui-là même qui leur avait été dérobé par Maléfique, sortit d'une sorte de boue obscure et goudronneuse. Iwako s'y pencha et épousseta son couvercle pour y lire l'inscription, à l'intention de ses amis:
"Ce qui est incomplet ne saurait être maîtrisé. Ce n'est qu'en confrontant la Lumière aux Ténèbres que tu pourras un jour obtenir la clé de votre liberté."
A peine la magicienne eut-elle terminé sa lecture que la malle s'ouvrit d'un claquement sec et, jaillissant de ses profondeurs insondables, une délicate main de jeune femme dont l'avant-bras était entouré d'un complexe enchevêtrement de bandelettes blanches agrippa le biceps laiteux d'Iwako. Elle tira la magicienne vers elle, la faisant basculer à l'intérieur du gigantesque coffre.
Alors que l'Elu de la Keyblade était en train de se remémorer avec un clair désagrément ses expériences similaires vécues il y a de cela quatre ans déjà, au Pays des Merveilles, il fut soudain ébloui par une grande lumière blanche et dut fermer les paupières. Pendant une fraction de secondes, son cerveau crut apercevoir les traits fins d'une jeune femme blonde qui les regardaient de ses yeux ambrés avec compassion. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il était de retour sur un palier du Manoir Oblivion, en chair et en os. Iwako, quant à elle, observait avec perplexité la carte coincée entre son index et son majeur, dubitative.
"Tu… commença Riku d'une voix étonnamment douce aux oreilles de Sora, en allant vers elle. Tu vas bien?"
D'un geste de la main, le Maître de la Keyblade indiqua à la magicienne qu'il s'inquiétait pour l'état de sa gorge. La jeune femme aux cheveux libérés baissa ses yeux améthyste sur son cou… mais pas une trace de sang ni même de strangulations n'était visible.
"J'ai vraiment senti ses mains sur moi… admit la magicienne en caressant sa peau à cet endroit de sa main libre. Ces illusions sont réellement d'une puissance inouïe…"
"Mais heureusement c'est tout ce qu'elles sont, trancha Riku en posant soudain ses yeux turquoise sur la carte qu'Iwako tenait toujours. Elle a changé?"
La jeune femme aux cheveux bleu sombre hocha de la tête mais ne dit rien, sans doute encore sous le choc de ses souvenirs enfouis. Sora et Hayate allèrent vers elle et l'entourèrent alors pour pouvoir observer sa récompense: l'image figurait dorénavant une belle femme aux ailes de faucon, assise sur un rocher et y jouant probablement d'un instrument proche de la harpe. En dessous d'elle, il était noté:
"21, Le Monde. Complétude, élévation, harmonie, vie."
"Bien joué Iwa! lâcha Sora en posant sa grande main sur son épaule. Je sais pas si j'aurais réussi à retirer ce masque à ce monstre, moi. Tu as été épatante!"
"Merci… lui répondit la jeune femme par un faible mais néanmoins franc sourire tout en fermant ses yeux en amande dans sa direction. Mais je pense quand même en faire quelques cauchemars…"
"Oui je pense qu'en ce qui concerne la bravoure... compléta Riku en offrant à Iwako un de ses rares sourires princiers en lui tendant la barrette qu'il venait de ramasser par terre… tu as largement prouvé tes capacités."
Hayate se contenta en tout et pour tout de prendre sa meilleure amie dans ses bras, la rassurant par un contact physique chaleureux en lieu et place de mots froidement sophistiqués dont elle avait habituellement le secret. Le cœur de l'Elu de la Keyblade se ragaillardit à la vision de cette étreinte sororale tandis que son meilleur ami déclarait, en fixant la prochaine porte au fond du couloir:
"Plus que deux est le pire sera passé…"
Nos héros ressortent encore une fois vainqueurs de la 2ème porte du Manoir Oblivion, sur 7.
Mais alors que les Porteurs se dirigent vers le prochain défi, le mystère autour du passé de Iwako reste:
comment est-elle liée à la Boîte? qu'a-t-elle fait pour se faire exiler? et qui étaient ses mystérieux juges?
