Désolés pour la petite absence, mais les prochains chapitres demandaient pas mal de dialogues entre Nsperis et Lirae, notamment au niveau de la question des narrateurs et des répétitions de scènes déjà apparues...
Mais du coup voici la première partie de la troisième porte du Manoir Oblivion!
Bonne lecture!

Riku gravit avec détermination les escaliers menant à la Troisième Salle du Manoir Oblivion, poings ballants le long de ses flancs, ignorant les marches, son regard turquoise arctique résolument fixé sur la cloison doré mat en face de lui. Parvenu juste devant la porte, il se retourna d'un geste fluide qui fit timidement cliqueter la fermeture de sa veste aux bordures jaunes sur les épaules. Il abaissa ses sourcils argentés tandis qu'il observait Iwako se redresser dans les bras de Hayate. D'une voix sûre, il demanda:

"Est-ce que vous avez besoin de vous reposer? Nous pouvons faire une halte ici avant que je ne passe la prochaine épreuve…"

"C'est gentil de t'inquiéter, se réjouit Iwako tout en rangeant soigneusement la broche en bois du jeune homme dans une de ses poches de pantalon. Mais personnellement je n'ai pas dépensé la moindre énergie astrale jusqu'à présent… et techniquement, c'est à toi et Sora de passer les prochaines portes. Donc, mise à part nos… transformations en objet que je qualifierai d'amulettes protectrices, je ne pense pas que je serai particulièrement fatiguée."

"La fatigue n'est pas non plus en train de me terrasser, confirma Hayate en entrelaçant ses avant-bras fermes sous sa poitrine. De plus, si j'interprète bien les paroles du fantôme d'Eraqus, il devrait y avoir une sorte de Point de Contrôle après la quatrième salle… je propose de nous sustenter et de nous ressourcer à ce moment-là."

Riku, rassuré sans doute malgré son manque d'émotions humaines visibles, opina du chef avant de lâcher, en se tournant vers Sora:

"Toi je ne te demande pas si tu es fatigué, vu que tu n'as fait que paresser jusque-là… mais ça te va aussi qu'on fasse une pause après ton défi?"

"Merci du compliment… railla le jeune homme aux cheveux en pics en fermant ses paupières de moitié, lançant un regard fatigué à son meilleur ami. Tu pourrais au moins me demander si j'ai faim? Et la réponse est oui, j'ai vraiment la dalle. Mais je patienterai bien jusqu'au quatrième étage, s'il le faut…"

"C'est décidé alors."

D'un mouvement puissant du bras, le jeune homme aux cheveux argentés leva une main gantée devant son visage alors qu'une carte y apparaissait dans un brusque flash magique. Sans un regard pour Sora, Riku ouvrit ainsi la troisième porte.

"Pourquoi j'ai l'impression que tu ne t'inquiètes que pour les filles et que moi je peux bien mourir de faim avant que tu le remarques?" bougonna l'Elu de la Keyblade, pour taquiner son meilleur ami.

"C'est faux, se défendit le jeune Maître en ouvrant la lourde porte comme s'il s'agissait d'une boîte en carton. Rectification: je ne m'inquiète que pour Iwako. Et toi je te signale que c'est à ton tour de te bouger un peu dans ce Manoir; après tout, c'est pas moi qui ai décidé de piquer un somme ici pendant une année…"

"Mais je me souviens même pas pourquoi j'ai pris une décision pareille! s'exclama Sora en levant les bras au ciel. Et attends voir de quel bois je me chauffe, maintenant que j'ai la Clé du Feu…"

Au moment où Riku s'engouffrait dans la prochaine salle d'épreuve, faisant mine de l'ignorer tout à fait, Iwako et Hayate vinrent se placer aux côtés de Sora, prêtes à passer le pas de porte. La défenseuse de leur groupe lâcha, en les interrogeant du regard:

"On est d'accord qu'il vient de clairement préciser qu'il n'en avait strictement rien à faire de mon état?"

Iwako et Sora s'échangèrent un regard interdit, avant d'afficher tous deux un sourire gêné et de hausser les épaules.

"Très bien, décida alors Hayate en attachant sauvagement sa masse broussailleuse de cheveux roses sur son crâne, en queue de cheval. S'il échoue son épreuve, je vais me faire un plaisir de l'humilier avec la preuve de son déshonneur durant des mois…"

Sans un mot de plus, elle passa férocement la porte lumineuse, en face d'elle.

"Et bien… soupira Iwako en tournant ses iris améthyste vers Sora. On va voir de merveilleux souvenirs de Riku à présent… Pour être honnête, je suis soulagée qu'aucun de vous ne soit apparu dans mes souvenirs… mais toi, tu seras peut-être dans ceux de Riku... Tu es prêt?"

"Je crois savoir exactement ce que le Manoir Oblivion lui a concocté… maugréa Sora en se rappelant furtivement de la manière dont son meilleur ami avait fixé la Forteresse, à Jardin Radieux. J'espère seulement que pour lui, ça va aller. Je sais qu'il s'en veut encore pour...AH!"

Une violente et soudaine migraine sembla frapper l'arrière du crâne de l'Elu de la Keyblade, tandis que, simultanément, son esprit se remplissait de bribes de souvenirs véloces: lui, Donald et Dingo parvenant dans un nouveau corridor du Manoir Oblivion alors qu'une femme blonde vêtue du manteau de l'Organisation l'attaquait en riant hystériquement… Larxène, se remémora-t-il avec difficulté. Elle… elle lui parlait d'une fille… mais ce n'était pas Kairi. Qui, alors?

"Sora peut-être qu'il faudrait que tu avales ça finalement?"

Le jeune homme papillonna quelques fois des paupières jusqu'à ce que les fentes de sa vision se focalisent sur un grand carré de chocolat tenu du bout des ongles par la main fine de la magicienne. Sora ne se fit pas prier et accepta ce don des dieux, avalant sans ménagement le petit remontant cacaoté. Comme Iwako le dévisageait de ses yeux en amande soucieux, l'Elu de la Keyblade crut bon de lui sourire avec sa frimousse la plus adorable en affirmant:

"Merci, ça va beaucoup mieux!"

"Je suppose que ce n'est pas que parce que tu as faim… soupçonna la magicienne en lui offrant un autre carré qu'il ingurgita immédiatement. Le Manoir Oblivion semble beaucoup t'affecter. Déjà depuis notre traversée de l'Entremonde…"

"Ouais… avoua finalement Sora en se grattant nerveusement ses cheveux en pics. ça doit être des souvenirs qui reviennent… c'est pas super agréable, mais je vais bien, t'en fais pas."

Iwako leva un sourcil marin, l'arquant encore plus que de coutume et Sora, pour couper court à ses craintes inutiles, jugea bon de sauter dans l'encadrement lumineux de la porte en s'écriant:

"Allez dépêchons! Riku va avoir besoin de notre soutien à tous les deux!"

Contrairement aux deux dernières transformations, Sora sentit cette fois-ci son corps devenir de plus en plus solide, voire rigide, et se compacter étrangement… ou s'aplatir? Il n'aurait pas su comment décrire cette impression. Il comprit néanmoins bien vite qu'il était à présent accroché à la ceinture de Riku et pendait tel un vulgaire objet de pacotille. Un rapide regard en toutes directions lui apprit qu'Iwako et Hayate étaient enfermées, à ses côtés, dans des sortes de prisons de verre coloré, qui semblaient avoir la forme de pétales… mais impossible à dire avec certitude vue la position de Sora, qui ne parvenait qu'à écraser sa figure contre une sorte de vitre devant lui pour regarder à sa gauche et sa droite. Il sentit soudain son estomac partir dans ses talons et comprit qu'il était soulevé rapidement dans les airs. Lorsqu'il se retrouva face au visage de Riku, démesurément grand, devant lui qui l'observait en levant un sourcil argenté, il se dit alors qu'il était bien possible qu'il soit devenu une sorte de décoration, en effet.

"Une Éclaireuse…? comprit Riku en observant ses trois amis collés les uns aux autres par des vitraux entrelacés. Mais en forme de fleur? Intéressant…"

"Heureusement qu'on ne s'est pas transformés en réels pétales…" ironisa la voix de Hayate en-dessous de Sora.

"Oui… concéda la voix d'Iwako en-dessus de l'Elu. Cela aurait été à la fois poétique et dérangeant je pense…"

Sora se remémora rapidement les fleurs au visage humains et particulièrement dérangées du Pays des Merveilles et eut un frisson d'horreur en imaginant Iwako et Hayate avec cette apparence… Oui, ils l'avaient échappé belle!

"Bon… soupira le jeune Maître de la Keyblade en replaçant ses amis à sa ceinture. Voyons voir maintenant où nous avons atterri…"

Il semblait à Sora qu'ils se tenaient devant une table à la nappe violette, au centre d'une monumentale cathédrale dont les fenêtres, hautes et vitrées, donnaient sur la nuit la plus dense qu'il ait jamais vu à tel point que l'extérieur de la salle paraissait donner sur le néant lui-même. Les seules lumières éclairant une sorte de cheminée derrière Riku étaient des torches projetant des flammes vertes jaunâtres sur les briques grises qui constituaient les murs. Sous les bottes montantes lacées de Riku, l'on pouvait encore apercevoir un dessin de ronces vert marais, entrelacées tels des tentacules tout autour de l'unique table de cérémonies de cet autel des ombres.

Riku, nullement impressionné, fourra sa main dans sa poche et en sortit la carte qu'il avait tirée et qu'il n'avait pas encore lue. Sora ne parvint pas à voir précisément le dessin qui y était peint, mais il lui semblait avoir aperçu une sorte de diable ailé…

"22, Le Mat, soupira Riku avant de lire la suite. Passé. Egarement. Culpabilité. Perte de contrôle."

A peine eut-il terminé sa lecture qu'une silhouette humaine sortit, littéralement, de lui. Et sous les yeux perturbés de Sora, une version plus jeune de Riku s'avança au-devant du groupe, ne lui montrant plus que le dos noir de son marcel de sport jaune poussin sur le devant, qu'il portait à chaque fois qu'ils se rendaient sur leur île… Sora avait toujours cru que Riku était déjà un titan lorsqu'il avait quinze ans, mais il réalisait maintenant à quel point il était petit comparé à sa version actuelle! Le jeune Riku (d'une voix au timbre un peu plus clair que celui de presque dix-neuf ans) parla alors d'une voix rêche, en total contradiction avec la rondeur de ses joues d'enfant:

"Qu'est-ce que tu attends de moi?"

Apparue soudain, au centre d'un torrent de flammes verdâtre, dans l'embouchure de la cheminée, une grande femme svelte vêtue d'une longue robe sombre et couronnée de deux cornes de bouc…

"Maléfique…" ne put s'empêcher de lâcher Sora entre ses dents.

"La voleuse de boîte…" résuma (de manière assez merveilleuse) Iwako.

La sorcière ne semblait, bien entendu, pas les voir, ni même les entendre. Elle répondit donc au jeune Riku, tout en levant un sourcil hautain:

"Ce que j'attends de toi…? Eh bien, un service, en échange de mon aide pour sauver ta princesse."

"Et quel est-il ce service?" s'empressa de demander le Riku de quinze ans, impatient.

"Voyage dans les mondes avec ta Keyblade, et rapporte-moi les dernières Princesses de Cœur!"

"Cela suffit, coupa le "vrai" Riku d'une voix calme et autoritaire. Je ne vois pas en quoi cette scène me met à l'épreuve: je m'étais égaré à l'époque. Mais je ne suis plus perdu à présent."

Contre toute attente, le souvenir du jeune Maître se tourna vers lui, l'air moqueur, et siffla:

"Ah vraiment?"

Bien sûr… songea Sora avec amertume. Le défi de son meilleur ami ne pouvait pas si bien se dérouler… Sous le cri à la fois irrité et surpris d'Iwako, le jeune Riku se jeta sur sa version adulte, devenant comme translucide, et entra brutalement en lui.

"Qu'est-ce que?!" lâcha le jeune Maître en ouvrant de grands yeux ahuris tout en fixant sa main avec effroi.

Sans explication logique, Maléfique fit apparaître un certain nombre de cercueils de verre tout autour d'eux, contenant… des Princesses de Cœur endormies. Dans sa main, le Riku de dix-neuf ans fit apparaître Point du Jour, qu'il regardait comme si elle était le diable en personne.

"Une fois qu'elles seront toutes réunies en mon château... susurra avidement la sorcière en levant triomphalement ses longs bras de chaque côté de ses flancs.. je te ferai l'honneur de te laisser leur arracher le cœur!"

"Non! rugit cette fois son meilleur ami, paniqué, alors que son bras se mettait à trembler étrangement. Je… refuse!"

Sora saisit enfin ce qu'il se passait: son clone de jadis le "possédait" de l'intérieur et le forçait, à la manière d'un sadique marionnettiste, à réitérer les gestes blâmables de son passé délictueux.

"Haya… leur parvint soudainement la voix soulagée d'Iwako, depuis son propre vitrail. Je suis étonnée (mais en bien!) que tu ne dises rien… de négatif... en voyant ces images."

"Je ne vois pas pourquoi je ferai un quelconque commentaire… rétorqua la voix impassible de la défenseuse. Le garçon que je vois là n'est pas celui que j'ai accepté comme ami. Je sais qu'il serait incapable de commettre à nouveau un tel acte de trahison envers nous."

"J'en suis également convaincue, appuya la voix chantante d'Iwako. Et j'espère pour lui qu'il a bien compris qu'il lui arriverait des bricoles s'il lui venait à l'esprit de quitter le groupe pour une raison absurde…"

Il avait semblé à Sora qu'elles avaient prononcé leur dernière phrase avec un peu plus de force, comme pour se faire entendre de Riku. Ce dernier baissa effectivement ses yeux, étrangement attendris, sur son Eclaireuse contenant ses trois amis et sourit, sans l'ombre d'un doute, à Iwako et Hayate.

"Vous avez raison… commenta le vrai Riku, répondant aux deux jeunes femmes. Je ne referai jamais une telle chose…"

Contre toute attente, le jumeau maléfique du jeune homme s'extirpa de son enveloppe charnelle, tel un dérangeant symbiote intangible, et tourna de vicieux petits yeux brillants dans sa direction. Il vomit, sa bouche d'adolescent emplie d'un fiel sans nom:

"Pauvre petite chose si naïve..."

A l'aide d'un rapide et puissant coup de pied, le Riku des Iles du Destin projeta sa version actuelle contre un mur. Sora fronça ses sourcils en V, attendant avec une douleur empathique le bruit du choc du corps de son meilleur ami contre la paroi… seulement, celui-ci ne vint jamais. En lieu et place, l'Elu de la Keyblade fut projeté, avec son meilleur ami, dans les méandres miroitants de ses souvenirs, tel un voltigeur traversant les airs à la vitesse du son.

Similairement à ce que Hayate avait dû subir lors de son propre test, Riku dut ainsi revivre quatre autres de ses souvenirs les plus douloureux. Le premier, Sora le connaissait déjà, pour l'avoir partagé avec son meilleur ami alors manipulé par Maléfique, et Ansem: ainsi, dans le Grand Hall de la Forteresse Oubliée, l'Elu de la Keyblade revit son meilleur ami le combattre, submergé par sa jalousie et sa colère, vêtu à nouveau de sa tunique violette dont les dessins à sa surface rappelaient un enchevêtrement dérangeant de ligaments. Après quoi, au cœur de l'Abîme des Ténèbres, Sora se regarda à nouveau tenter de faire face à un Riku ayant pris les traits du Sans-Cœur de Xehanort.

Le troisième souvenir prit cependant place dans un couloir laiteux et sobre du Manoir Oblivion… et Sora fut surpris d'y voir Riku se parler à une autre version de lui-même, qui passa son temps à le rabaisser et l'insulter.

Enfin, le quatrième souvenir matérialisa un non-lieu qui remua profondément le cœur de Sora: Illusiopolis. Dérangé par une migraine persistante, l'Elu de la Keyblade assista, pour la première fois, à une scène que Riku lui avait rapidement racontée mais jamais dans les détails de sa brutalité: son combat contre son Simili, Roxas. Estomaqué, Sora observa son double faire apparaître Souvenir Perdu et ou Tendre Promesse qu'il abattit avec une claire rage sur son meilleur ami qui, enveloppé dans un long manteau de l'Organisation XIII, venait de faire une chute vertigineuse du haut de la tour centrale de la ville nocturne, dans un plongeon maîtrisé et vindicatif. A nouveau "possédé" par son clone de jadis, leur Riku actuel fut forcé de laisser ses Ténèbres prendre le dessus et, muni du corps d'Ansem ainsi que de son cauchemardesque "gardien", créature diabolique flottant fidèlement à ses côtés, il fit littéralement ployer le corps de Roxas entre sa gigantesque main.

"Ça suffit! hurla soudain le véritable Riku, à bout de souffle, tandis qu'un Ansem vêtu du manteau des Similis s'échappait, tel un spectre, de son corps. Je ne suis plus ton pantin à présent! Et ce Manoir n'arrivera pas à m'en dissuader: jamais je ne perdrai le contrôle face à toi!"

La voix d'Iwako s'éleva alors, s'exclamant avec passion, comme si elle venait de réaliser quelque chose:

"Haya, Sora? Vous vous souvenez comme il était énervé contre Roxas à la Tour Mystérieuse, quand il a parlé à travers la bouche de Sora puis a "emprunté" son corps un moment? Je pense que la carte nous a dit son problème: il est effrayé par la perte de contrôle… et il me l'avait déjà dit plusieurs fois, d'une manière détournée…"

"Son défi va l'obliger à affronter cette peur-là c'est certain, conclut Hayate d'un ton où pointait une note d'appréhension. Ce qui est terrible, c'est que nos émotions prennent toujours le dessus à un moment ou à un autre de l'épreuve, peu importe notre force mentale, et il est alors difficile de comprendre quoi faire…et il ne nous entend plus."

"C'est ce qu'Eraqus a tenté de nous dire… saisit Iwako tristement. Le Manoir "joue" avec nous pour mettre notre cœur à l'épreuve…"

"Il va y arriver, trancha Sora confiant. Vous allez voir: Riku est le garçon le plus courageux que je connaisse. Et il a peur de personne."

"Oui mais il a un ennemi terriblement puissant en face de lui… soupira Hayate. Et cet ennemi, c'est lui-même."

Qu'attend Riku pour la suite de son épreuve? Y aura-t-il une complication inattendue?

On s'excuse du "manque" de théories à faire sur cette première partie... mais Riku bah... on le connaît déjà.
Par contre quelques éléments, notamment de son passé, risquent de vous étonner dans la seconde partie...