La pause au milieu du Manoir Oblivion se termine gentiment et la suite des défis qui attendent nos héros est en bon chemin... mais le Manoir décide de leur faire une petite cachoterie, histoire de pimenter un peu les relations de groupe!
Sora n'eut cependant pas le temps de chercher dans sa mémoire que Riku, ayant terminé de remballer leurs affaires grâce à un sort "mini" lancé par Iwako, surgit à ses côtés en demandant directement à Hayate:
"Tu as trouvé quelque chose?"
La jeune femme termina de nouer sa crinière rose en une queue de cheval haute avant de répondre au jeune Maître en faisant coulisser une plaque dorée de la porte, juste sous les poignées:
"Je pense qu'il nous faut activer ceci…"
La défenseuse venait de révéler une serrure d'une taille conséquente, au moment même où Iwako les rejoignait enfin tous trois, pour examiner leur découverte.
"C'est bien un mécanisme magique, confirma la magicienne dont les yeux améthyste avait pris un scintillement irréel. Mais je pense… qu'on possède la bonne "clé".
Elle tourna son visage de porcelaine vers Riku qui, comprenant, opina du menton tout en faisant apparaître Garde du Maître dans sa main droite. Il n'eut qu'à en avancer la pointe vers la serrure pour qu'un lointain bruit de grondement se fasse entendre tout autour d'eux...cependant, la porte restait résolument close.
"Je sais pas si c'est bon signe…" commenta Sora en levant un sourcil en direction du plafond.
Le prenant encore une fois par surprise, un nouveau flot de souvenirs se déversa dans son crâne subitement, et douloureusement. Il se revit parler et combattre avec… Riku? Vêtu de ses vêtements des Ténèbres. Ou alors… non. Au fur et à mesure de l'avancement de plusieurs scènes de son passé dans le Manoir Oblivion, l'Elu de la Keyblade se souvint: c'était un "faux" Riku. Une espèce de clone que l'Organisation avait créé ici, et qu'ils avaient envoyé persécuter Sora à plusieurs reprises. Néanmoins… l'élu ressentit un pincement au cœur en repensant à ce pantin des Similis: au final, il avait retourné sa veste et avait quitté le Manoir, mortellement blessé, sans doute pour aller se laisser périr quelque part…
"T'as récupéré quoi?" demanda derechef Riku, intrigué, en dévisageant son meilleur ami qui ébrouait sa tête en tous sens.
"... presque tout je crois…" résuma simplement Sora, ne voulant pas du tout aborder avec le jeune Maître l'existence d'un clone maléfique de lui.
"Je suis heureux de voir que vous avez tous obtenus de puissantes cartes, cela vous aidera dans les dernières salles…"
La voix d'Eraqus, qui se répercutait comme en échos sur les murs alentours, les fit tous tourner la tête vers sa silhouette fantomatique, cette fois-ci apparue à un mètre du sol, devant l'escalier qui transperçait le cinquième étage du Manoir Oblivion de part en part.
"Maître Eraqus! s'exclama Sora avec une joie qui ne lui appartenait pas. Pourquoi ne pas être revenu plus tôt?"
Reconnaissant à nouveau Ventus au-travers de l'Elu de la Keyblade, l'esprit du samouraï esquissa un léger sourire sous sa fière moustache avant de s'excuser:
"Je ne pouvais pas revenir tant que vous n'aviez pas activé la septième porte avec ma Keyblade… Mais à présent je peux encore un peu vous aider à percer les secrets du mécanisme."
"Si je puis me permettre j'ai une première question Maître, intervint directement Hayate après un rapide hochement de tête respectueux. Pourquoi sommes-nous déjà devant la septième porte? Où sont la cinquième et la sixième?"
Tout en terminant sa phrase, les yeux célestine de la défenseuse se posèrent sur l'escalier blanc derrière Eraqus. Ce dernier suivit son regard et, après un hochement de menton barbu, il concéda:
"Malheureusement, le système de défense semble avoir compris que vous n'étiez pas un, mais bien quatre Porteurs de Keyblade… Ainsi, il a déplacé les cinquième et sixième portes à d'autres étages de la citadelle, de manière à vous forcer à…"
Il ne termina pas sa phrase, reposant son visage translucide et froidement bleuté sur eux, quelque peu peiné.
"...nous séparer, comprit finalement Iwako, en soupirant. Bien sûr. Ça aurait été trop beau pour qu'on puisse enfin rester ensemble tout le long de ce manoir…"
"Et je suppose donc que l'une des portes se trouve en haut de l'escalier, continua Riku en croisant ses bras sur son torse. Tandis que l'autre se trouvera au sous-sol… n'est-ce pas?"
"C'est exact, confirma Eraqus en levant une massive main devant lui, tout en leur montrant deux doigts. Mais je vous rassure: vous allez pouvoir constituer des équipes de deux. Chaque groupe devra obtenir une carte spéciale, après avoir passé tant des tests d'aptitudes physiques que des énigmes à résoudre. Il vous faudra donc en tout et pour tout deux cartes, pour pouvoir ouvrir la septième porte, et ainsi atteindre... votre dernier défi."
"Notre dernier défi? répéta Sora en relâchant ses épaules dans un mouvement dépité. C'est pas vrai… moi qui croyais que la Chambre de l'Éveil serait déjà derrière la septième porte…"
"Je suis navré… s'excusa le spectre d'Eraqus de manière bien trop grave, tout en fermant ses yeux de remords. Je ne peux pas vous aider davantage pour les prochaines épreuves, car j'ignore de quoi il retourne exactement. Je peux juste vous dire qu'elles risquent d'être liées à mon passé… En revanche en ce qui concerne la septième porte…"
L'ancien Maître de Aqua, Ven et Terra laissa sa phrase en suspens, fronçant ses sourcils arqués sur son front ridé par ses responsabilités. Puis il posa ses yeux en amande sur les quatre Porteurs en-dessous de lui, et son expression s'adoucit brusquement, comme s'il était empli d'une profonde empathie à leur égard. Enfin, tout en commençant à se volatiliser dans les airs sous la forme de langues de fumée bleutées, il dit encore:
"Inutile de vous en parler de suite. Je vous retrouverai de toute manière ici même, pour vous l'expliquer. Choisissez bien vos équipes à présent. Et que votre cœur, soit la clé qui vous guide…"
Sora se permit de croiser les bras sur son torse, tout en faisant une mine boudeuse, alors que la dernière mèche de la queue de cheval d'Eraqus s'évanouissait devant lui. Puis il se tourna vers ses amis, tout aussi stoïques, et levant un bras et en lâchant:
"Vous aussi vous avez eu l'impression qu'il nous prépare un sale coup pour la dernière salle?"
"Je ne suis pas sûre que ce soit de son fait… atténua Iwako en posant une main sur son buste. Mais oui… je pense que la dernière épreuve ne sera pas la moindre…"
"Je suppose qu'il ne nous en a volontairement pas parlé car il veut qu'on se concentre sur les deux prochaines portes… supposa Hayate en allant poser une main semi gantée sur une marche de l'escalier blanc, avant de tourner à nouveau sa tête vers ses compagnons. Et il nous a déjà donné quelques indices… il va falloir à la fois utiliser sa tête, et ses aptitudes. Je pense donc qu'on peut faire des équipes bien équilibrées sans problème."
La jeune femme posa un regard célestine dédaigneux sur Riku, avant d'ajouter, l'air faussement désolée:
"Ah quel dommage! Je ne serai pas dans la même équipe que toi…"
"Bon débarras, trancha froidement Riku tout en reportant son attention sur Sora et Iwako, repassant en "mode stratégique". Sachant que vous êtes les seuls à pouvoir faire de la magie, je pense que nous ne devrions pas vous envoyer dans la même équipe non plus, cela dit. Personnellement, je pense aller dans l'équipe qui "descend". Je suis presque sûr que c'est déjà dans cette partie du Manoir que j'étais allé, il y a de ça trois ans. Je pense pouvoir m'y repérer… Qui me suit?"
Sora et Iwako se jetèrent un coup d'œil, puis l'élu étendit son cou pour regarder derrière une marche blanche: les abysses de noirceur qui l'attendaient en bas de l'escalier en vrille ne l'attiraient guère… même pire, elles lui rappelaient avec un désagréable frisson l'escalier descendant qu'il voyait parfois en rêve, sur son étrange palier… Nerveusement, il leva donc un pouce vers le haut des marches et lâcha, en souriant tout en fermant les yeux:
"Si ça te va Iwa, je préférai aller vers le haut…"
"Oh, fit la magicienne visiblement ravie de la tournure des événements. Oui, oui ça me va parfaitement! En plus pas de problème pour les salles du bas car…"
Iwako pointa son œil améthyste d'un ongle en souriant:
"Je vois dans le noir après tout! Mon seul regret c'est qu'on ne puisse pas faire une "Team filles" pour une fois, n'est-ce pas Haya?"
La défenseuse ouvrit de grands yeux bleu ciel étonnés, puis elle mit ses mains sur son pantalon noir, à hauteur des hanches, et releva un côté de lèvres en un sourire moqueur:
"Oui c'est dommage. Mais avoue qu'il faut bien qu'on les aide, ces garçons? Que feraient-ils sans nous?"
Iwako rit à la blague de sa meilleure amie, se payant ouvertement la tête des deux jeunes hommes du groupe, tout en allant enlacer la défenseuse dans une étreinte sororale qui ne put que ramollir le cœur de Sora. Lorsque la magicienne se recula, glissant avec grâce hors des bras de Hayate, elle lui souffla d'une voix mi-amusée, mi-autoritaire:
"Tâche de ne pas encore te blesser dans je ne sais quelle action héroïque, d'accord?"
"Je vais essayer, accepta Hayate avec un sourire. Mais le bouclier porte souvent plusieurs marques de coups. Il ne se brise pas pour autant…"
Sans doute jaloux pour une quelconque raison, Riku se racla bruyamment la gorge et vint jusqu'à la défenseuse. Il lui attrapa presque brutalement l'épaule et la fixa droit dans les yeux un instant. Leur étrange communication télépathique se produisant encore, Sora croisa des bras suspicieux sur son torse alors que la jeune femme aux cheveux roses lâchait seulement, en se dégageant de la poigne du Maître de la Keyblade d'un mouvement d'épaule sec:
"Je sais. Je me rappelle. Je ne suis pas encore sénile..."
"On sait jamais, tu avances dans l'âge… railla Riku en lui souriant de manière carnassière. Fais gaffe à tes vieux os, grand-mère."
Après lui avoir asséné un puissant plat de la paume à l'arrière de ses cheveux argentés, Hayate effectua un fulgurant salto arrière et atterrit, précisément et avec classe, sur une des marche ascendante de l'escalier central. Elle siffla encore entre ses dents, en fixant le jeune Maître de la Keyblade de haut:
"Insolente vermine…"
Puis, comme lorsque l'on change de masque lors d'une pièce de théâtre, la défenseuse tourna un visage souriant en direction de Sora et, tout en mettant sa main sur sa hanche, lâcha:
"Alors tu viens?"
Ce fut à cet instant que le jeune homme réalisa enfin: il allait faire deux portes aux côtés de Hayate! Il allait enfin se retrouver seul avec elle après qu'elle ait lu son mot! Une joie improbable née de cette aubaine lui gonfla le cœur et, sa bonne humeur au sommet de sa forme, il lui montra toutes ses dents en un radieux sourire. Il leva encore juste une main affectueuse en direction d'Iwako, qui lui rendit son salut, puis s'élança en direction de la cage d'escalier. Un puissant bond le propulsa à plusieurs mètres de hauteur et il atterrit dans une glissade maîtrisée quelques marches en-dessous de Hayate. Depuis son perchoir, Sora mit ses mains en porte-voix et s'écria à l'adresse de Riku, joueur:
"HEY! Riku! Le dernier de retour ici a perdu! Si je gagne, je prends ta veste!"
Son meilleur ami, d'abord étonné, finit par laisser un long sourire s'étirer sur ses lèvres alors qu'il croisait ses bras sur son volumineux pectoral et déclarait, d'une voix faussement hautaine:
"Ok. Mais si je gagne, je prends ton lit."
"Quoi?! rugit Sora outré. Mais pourquoi MON lit?"
"Il est plus grand que le mien, explicita calmement Riku en disparaissant dans l'escalier obscur. Et j'en ai marre de dormir de manière inconfortable."
Sora, ne voulant pas céder de sitôt le lit du capitaine, tourna un visage paniqué vers Hayate et affirma:
"Il FAUT qu'on gagne! Mais j'ai JAMAIS gagné une course contre Riku encore! C'est la misère..."
La jeune femme, un sourire accroché à ses lèvres rouges, le rassura néanmoins:
"Ne t'en fais pas, on va être les plus rapides..."
Visiblement fière d'elle, Hayate sortit la Clé du Vent enfermée dans le compas de John Smith et dit encore, avec une prestance son nom, en lui lançant un clin d'œil qui le fit rougir:
"Et si on prenait l'ascenseur?"
"KYYYAAAH!"
Le hurlement effrayé d'Iwako doucha cependant le moral de Sora et Hayate qui se penchèrent d'un même réflexe vers le bord du gouffre central de l'escalier sans barrières de sécurité.
"Iwa ça vaaaa?!" s'écria l'Elu de la Keyblade, scrutant les marches, ne parvenant à la repérer ni elle, ni Riku.
"O-Oui?! leur répondit la voix lointaine de la magicienne. C'est juste que… je ne m'attendais pas à ça… Quand j'ai voulu mettre le pied sur la marche, tout a soudain basculé…"
Sora jeta un regard intrigué en direction de Hayate. Puis d'un même mouvement, tous deux se mirent à plat ventre au bord de leur marche pour voir ce qu'il arrivait à leurs compagnons. Quelle ne fut pas la surprise de Sora de repérer Riku et Iwako non pas SUR l'escalier mais bien SOUS celui-ci! Ils étaient en effet comme "collés" sous leur marche respective, tête à l'envers, ventousés comme par magie à l'inverse de Sora et Hayate.
Rassurés, les deux héros se redressèrent et, alors que Sora tirait sur sa veste à carreaux noirs et rouges pour la réajuster, il ouvrit de grands yeux surpris en voyant la main de Hayate ouverte, pile devant son visage.
"Prêt?" lui dit-elle, lui souriant sous ses pommettes recouvertes de grains de beauté.
"Oui!" accepta Sora en attrapant la petite main, l'entourant de la sienne tandis qu'il tentait de retenir un rougissement de joues involontaire.
Sans crier gare, Hayate coinça alors la chaîne de la boussole dorée entre ses dents et fit jaillir Crépuscule Ailé dans une gerbe de lumière orangée. Elle se tourna ensuite en direction du vide au centre du colimaçon et s'écria, en pointant la lame de sa Keyblade devant elle:
"Rafale X!"
Un vent de tous les diables siffla aux oreilles de Sora, alors qu'un véritable petit cyclone s'accumulait devant eux, faisant voler leurs vestes et leurs cheveux en tous sens.
"Ne lâche surtout pas ma main!" cria Hayate par-dessus le vacarme de la bourrasque.
Et, avant que Sora n'ait pu demander plus de précisions, elle sauta dans le vide, l'entrainant avec elle… Mais, parvenue au centre du tourbillon magique d'air, Hayate se campa sur ses cuisses et utilisa la puissance de son sortilège pour se projeter à des mètres en l'air. Sora, le cœur dans les talons, eut presque peur de se faire arracher le bras dans la manœuvre. Cependant, la première accélération passée, ce fut le violence du vent de tempête qui fit le reste du travail et les poussa depuis le bas, vers le sommet du Manoir Oblivion. Dans cette sorte d'apesanteur montante, le jeune homme posa son regard océan sur la main de l'élue de son cœur, qu'il tenait toujours fermement. Puis ses yeux remontèrent le long de son bras et il sourit de simple satisfaction, à voir sa crinière saumonée voler en tous sens alors qu'elle filait à toute vitesse à travers d'innombrables marches de marbre blanc. Sora serra davantage ses doigts autour de la petite main de Hayate et, à son tour, il sauta sur un couloir de vent, augmentant la vélocité grisante de leur ascension. La défenseuse lui jeta un coup d'œil célestine grisé par l'adrénaline, et fouetté régulièrement par sa mèche blonde sauvage...
"WHOOOOAAAAH!" hurla soudainement Sora en exorbitant les yeux de panique.
Enivrés par leur prise incessante de rapidité, les deux jeunes gens ne virent que trop tard le plafond du Manoir Oblivion arriver bien trop vite au-dessus d'eux. Et, incapables de freiner, le prirent de plein fouet, leurs bras leur servant d'unique rempart.
BBBRRRAAAAAMMMCCRRR!
Sora se redressa en crachant ses poumons à cause de la poussière grisâtre qui retombait tout autour de lui. A ses côtés, Hayate s'asseyait en fouettant l'air devant elle, toussant également alors que ses cheveux et ses épaules étaient recouverts d'une couche de plâtre blanc. Puis elle regarda la Clé du Vent reposant dans sa main et plaisanta:
"Sacré artefact."
A peine eut-elle prononcé sa phrase qu'un pan entier de crépi se décrocha du plafond pour aller s'écraser devant eux dans un grand fracas. Sora tourna lentement sa tête vers Hayate et, lorsque leurs regards se croisèrent, le jeune homme ne put retenir un grand éclat de rire devant la mine déconfite de la jeune femme, qui ne tarda pas à le rejoindre dans son hilarité. Après quoi il sauta sur ses jambes, l'aida à se relever et mit ses mains sur ses hanches pour voir où ils avaient brutalement atterri: il s'agissait d'une toute petite salle faisant sans doute office de corridor d'entrée. Juste sur leur gauche se trouvait une porte jaune camomille, portant le chiffre 5 en lettres noir d'encre.
"Bon! s'exclama Sora avec légèreté. Au moins pas besoin de chercher la prochaine porte pendant des heures!"
"Effectivement, concéda Hayate après un dernier coup d'œil honteux en direction du plafond, avant de se tourner vers la cloison. A ce rythme, nous allons faire mordre la poussière à Riku…"
Hayate leva un bras devant elle, prête à y accueillir la prochaine carte du Manoir, lorsqu'elle se figea, hésita, et demanda à Sora:
"Tu… veux le faire?"
Le jeune homme, voyant qu'elle en avait vraiment envie mais se retenait, lui offrit un charmant sourire tout en penchant légèrement le buste en avant. Avec galanterie, il mit son bras gauche dans son dos et désigna la porte du bras droit en déclarant:
"Honneur aux dames…"
Les cils de Hayate papillonnèrent plusieurs fois de surprise, puis elle fit face à la porte pour fuir le face-à-face avec Sora en marmonnant:
"...cesse tes flagorneries…"
Sora crut percevoir une légère teinte de rose sur ses joues tandis qu'elle levait son bras avec assurance, une lumière cristalline faisant apparaître une nouvelle carte blanche dans sa main. Sora s'approcha pour regarder par-dessus son épaule et, en lieu et place d'une quelconque image, il n'y figurait qu'un court poème:
Porteur, dans cette salle point de malice,
Tu ne pourras utiliser aucun artifice.
N'ose espérer l'aide d'un maléfice,
Pour te faire passer de l'autre côté du précipice.
Ici la victoire n'est pas compétitrice,
Car elle récompense les âmes complices.
"Heu… lâcha honnêtement Sora en se passant une main mal à l'aise dans sa masse de cheveux en pics. Traduction?"
"La prochaine épreuve est basée sur la coopération, répondit sans hésitation Hayate en rangeant la carte dans une poche. Par contre j'ai bien peur qu'on ne nous laisse pas utiliser ça…"
Tout en parlant, elle rangea également la boussole d'or dans sa veste et Sora comprit que sa Clé du Feu ne lui serait plus d'aucune utilité dans la prochaine pièce. L'élu néanmoins était confiant: Hayate n'avait pas de magie, mais sa maîtrise de l'élément Lumière, sa résistance physique et sa force compensait largement. Quant à lui, comme il avait récupéré pas mal de ses aptitudes d'autrefois et en avait gagné de nouvelles, il pensait aussi pouvoir tenir le coup. Sans compter que maintenant il savait également utiliser un bouclier…
"Ça va le faire! lâcha-t-il avec entrain en fermant un poing assuré devant lui. Allez, allons-y!"
Ils empoignèrent chacun une poignée cuivrée de la double porte et la tirèrent à eux, d'un geste synchrone.
Contrairement à ce à quoi Sora s'était attendu, ils pénétrèrent dans une sorte de très, très long couloir à moitié plongé dans la pénombre. Ils se tenaient sur un balcon de dalles blanches et rosées, seul lieu de sécurité devant un long et interminable gouffre sans fond. Néanmoins Sora sembla apercevoir, telle une petite étoile dans une nuit d'encre, un promontoire rose de l'autre côté du précipice, faiblement éclairé de torches enflammées contre les murs gauche et droite.
CLANG!
La cinquième porte venait de se refermer dans un claquement sec dans leur dos. S'ensuivit un verrouillage magique qui, telle une onde bleutée, se propagea du bas vers le haut de la cloison, bloquant définitivement toute retraite. Hayate et Sora fléchirent les genoux, mains prêtes à faire apparaître leurs armes, tandis qu'un roulement sourd de mécanismes faisait vibrer le dallages sous leurs pieds.
CHCLACK! CLACK! CLACK! CLACK! CLACK! CLACK! CLACK! CLACK!
Sous les yeux ébahis de Sora, le précipice enténébré devant eux semblait cracher, dans un bruit innommable, des dizaines de piliers rocheux de différentes hauteur et largeur, qui jaillissaient des entrailles de la terre pour combler l'ancienne vacuité du passage qui leur permettrait sans aucun doute, d'atteindre la prochaine porte.
"Un parcours d'obstacles? supposa Sora mains sur les hanches. Trop facile!"
A peine eut-il terminé sa phrase que le jeune homme ressenti comme des fourmillements désagréables dans tout le corps, courant sous sa peau comme de petites aiguilles coupant machiavéliquement toutes ses terminaisons nerveuses. Lorsque la douleur parvint à son cœur, Sora attrapa par réflexe son t-shirt à cet endroit et se plia en deux, serrant les dents à cause de la souffrance. Lorsqu'enfin, la torture magique prit fin, il se redressa avec peine et… fatigue. Son dos le lançait, et les cicatrices à son buste et à sa main lui tiraient la peau, comme si elles venaient de se rouvrir. Se sentant brutalement affaibli, il avait l'impression d'avoir vieilli de trente ans d'un coup. Inquiet quant à leur état, il jeta un regard affolé à Hayate, qui se tenait le bras contre elle, haletante… celui-là même qui avait été transpercé par une lame de la monstrueuse machine d'Oogie Boogie. Seul point positif de cette étrange situation: leurs corps affichaient toujours leur jeunesse actuelle.
"Toi aussi… commença Hayate en respirant avec difficulté. Tu as l'impression d'être vidé de toutes tes forces?"
"Oui," avoua sans détour Sora en faisant craquer son dos tout en posant ses mains sur ses reins.
"Qu'est-ce qui nous arrive à ton avis?" demanda la jeune femme en se redressant lentement.
Sora se prit le menton entre le pouce et l'index et chercha dans sa mémoire un événement similaire… Ce fut là qu'il récupéra, dans un moment de panique, précisément ses souvenirs de son entrée dans le Manoir Oblivion… et ce que l'Organisation lui avait fait subir à ce moment-là. Il sentit une goutte de sueur nerveuse rouler le long de sa nuque alors qu'il levait lentement la main devant lui, tremblante.
"Haya… commença-t-il avec inquiétude. Je crois…"
Sora se concentra de toutes ses forces mentales sur Chaîne Royale, désirant en cet instant plus que tout la voir apparaître magiquement dans sa paume…
Mais mis à part quelques étincelles mourantes, rien ne se matérialisa au creux de sa main gantée.
"...Je crois qu'on a perdu tous nos pouvoirs."
Si vous pensiez que ce chapitre manquant manquait d'action, vous ne serez pas déçus avec la suite!
La 5ème porte sera sur un nouveau modèle que les 1ères salles... loin de la déprime!
