Suite et fin du défi de la 5ème porte pour Sora et Hayate! Où nous avions laissé Sora en pleine chute...
Comme le dernier, ce chapitre a un titre inspiré d'un lieu dans les jeux Kingdom Hearts.
Et ce chapitre a été intégralement écrit en un après-midi, d'une traite, car Nsperis était aussi stressé et inspirés que les personnages grâce à Wakfu Saison 3, Final Fantasy X et un escape game particulièrement coopératif fait avec Lirae.
Bonne lecture!

Le temps reprenant abruptement sa course, Sora se cogna brutalement la tête contre le rebord du pilier. Par réflexe, il agrippa de ses deux mains la surface rugueuse qui se désagrégeait comme des miettes sous ses doigts paniqués. Ses grosses chaussures jaunes et noires raclaient maladroitement le pilier vertical, tentant vainement d'y trouver une prise stable mais ne produisant que de petits éboulis supplémentaires de cailloux.

"SORA!"

Rassemblant ses forces et, la peur de mourir aidant, le jeune homme contracta tous ses abdos dans une douloureuse traction. Mâchoire crispée par l'effort, il se hissa en tremblant de tous ses membres sur la plateforme. Mais, alors qu'il y accrochait son coude droit par sécurité, deux inquiétants bruits de mécanismes résonnèrent dans la vacuité de la salle:

BRRRRRRRRRRRRRRR!

FLUP!

Sora tourna son regard océan paniqué vers Hayate, qui venait de perdre encore un peu d'espace de sûreté, tandis que deux misérables mètres ne la séparaient plus du puit de ténèbres sans fond. Puis, le jeune homme sursauta en sentant "quelque chose" lui passer rapidement dans les cheveux.

SCHKLAK!

Un rapide coup d'œil au mur en face de lui, de l'autre côté du précipice, lui indiqua qu'une flèche venait effectivement de lui frôler la tête, le délestant de quelques mèches de cheveux brunes qui voletèrent lentement devant ses yeux effrayés. Sora avait ironiquement l'impression d'être l'un des aventuriers de ses livres d'enfant devant survivre à des pièges mortels dans un tombeau maudit… sauf qu'il n'avait pas de chapeau et qu'il n'était pas là pour trouver un trésor archéologique… A moins bien sûr qu'on considère tristement Ventus comme une relique exposée dans un musée.

"Sora est-ce tout va bien?!"

La voix tremblante d'Hayate le fit revenir à lui et, terminant de se hisser sur le plateau où il avait atterri, Sora se massa la tempe, qui lui faisait mal. Lorsqu'il examina ses doigts, il y vit du sang.

"ça va juste une égratignure! mentit-il à moitié tout en essuyant rapidement le liquide vermeille sur son short noir et en notant l'absence de couleur verte du pilier. Mais par contre c'était pas le bon…"

"Oui… on doit en finir au plus vite. Qu'est-ce que tu vois d'où tu es? Tu vois mieux les trois personnages maintenant?"

"heu… reprit Sora toujours un peu sonné. Oui! C'est des enfants! Ils se tiennent la main! Ils ont aussi des tailles différentes."

"Ok tu vas aller là pour le coup, s'exclama Hayate avec une voix qu'elle tentait de faire arrêter de trembler, signe qu'elle était morte d'inquiétude mais le cachait. Les trois Etoiles sont semblent-ils des enfants que le personnage du poème a recueilli dans son monde."

Sora prit le temps de se calmer et de reprendre une respiration normale, attendant que ses jambes cessent de vibrer, et de tenter le prochain saut: heureusement pour lui, le pilier était bien plus proche. Et son passage au vert le rassura quelque peu.

"Sora… le hela la voix de la jeune femme de plus en plus éloignée. Il n'y a qu'un seul vers qui est apparu cette fois-ci:

Le Vent se divisa en deux et son souffle endormi,

C'est tout ce que le sceau a révélé."

"A part le pilier d'où je viens, commença à décrire Sora avec une nouvelle précision, i ma droite un petit pilier avec un moulin à vent surmonté d'une lune, et devant moi il y en a un autre petit avec deux tornades et une étoile au-dessus d'elles…"

"Fort bien… hésita pourtant Hayate. Mais tu es sûr que tu ne vois pas encore d'autres symboles? Même plus éloignés? Le dernier saut… me fait sérieusement douter de la simplicité de cette épreuve…"

Ne comprenant que trop la précaution de la jeune femme, Sora plissa à nouveau les paupières, cherchant encore une autre plateforme, même inaccessible. Mais il n'en repérait qu'une seule, dans l'alignement exacte de celle devant lui, dont il discernait vaguement le dessin:

"Heu… plus loin on dirait un humain… de deux couleurs. Avec un trait qui le traverse."

Un long silence suivit la pitoyable description de l'élu, symptomatique d'une réflexion interne et complexe de la part du cerveau de Hayate. Cette fois-ci, à cause du dernier fiasco, la jeune femme hésitait. Et elle calculait toutes les possibilités pour être sûre de ne pas refaire d'erreurs.

"Comme je ne vois actuellement aucun sens au dernier… je pense qu'il faut que tu sautes sur celui devant toi, avec les deux tornades. Mais sois prêt: si un piège se déclenche, il faudra que tu esquives."

"Compris!" valida Sora avant de bondir.

BRRRRRRRRRRRRRRR!

FLUP!

Sur ses gardes, le jeune homme, à peine les pieds sur le sol rocheux de son perchoir, se jeta de côté pour éviter, juste à temps, le carreau d'arbalète qui avait bien failli lui transpercer le ventre. Mais il n'eut pas le temps de s'inquiéter pour Hayate qu'un nouveau grondement, venant de sous ses grandes chaussures cette fois-ci, accapara toute son attention:

Son pilier… il descendait. Il descendait dans les abysses.

Sora saute sur celui avec l'humain! Vite!

Instinctivement, le jeune homme se prit la tête, ravagé par une douleur sourde.

"Ven…? comprit lentement l'élu, qui s'attendait à tout sauf à ça. Pourquoi celui-là?"

C'est moi! L'humain coupé en deux! Le Vent divisé en deux et endormi!

Sora aurait voulu lui demander comment il avait trouvé ça et surtout POURQUOI il était mentionné dans l'énigme, mais il n'en eut pas le temps: son palier étant déjà descendu d'un bon mètre, il bondit de toute la force de ses jambes sur la plateforme en face de lui, s'y accrochant comme il pouvait, et l'escaladant lentement pour aller s'y mettre en sécurité. Arrivé à son sommet, sur sa partie plane, elle prit effectivement une rassurante couleur verte.

"Comment tu as su!? s'ecria Hayate, simple point noir et rose au loin à présent. Que tu devais aller sur ce rocher?"

"Haya c'est Ventus! expliqua Sora en porte-voix. Il m'a aidé! Il a dit que c'était lui, le Vent du poème!"

"QUOI?! hurla soudain la jeune femme, comme heurtée par un buldozer. Attends mais alors!"

Après une courte pause, la voix de la défenseuse retentit à nouveau dans la salle de l'épreuve, relisant fébrilement tous les vers de l'énigme déjà apparus:

D'une lignée éteinte descendant,

Du royaume caché habitant,

Mon cœur fut élu par la Lumière,

Puis formé dans ce lieu avec ses pairs.

Un choix funeste me sépara de mes trois compagnons,

Et j'accomplis aux yeux des cieux ma funeste mission.

J'en perdis la Clé de mon illustre Destin,

Et dus alors emprunter un nouveau chemin.

Après une longue errance, je me forgeai un nouveau Devoir,

L'esprit à présent décidé à transmettre mon Savoir,

A trois jeunes Étoiles tombées dans ma Contrée.

Mais malgré toute ma volonté je ne pus les protéger:

Le Vent se divisa en deux et son souffle endormi,

La Terre quant à elle fut prise par l'ennemi,"

"Sora tu comprends ce que ça veut dire?!"

"Pas du tout!" admit honnêtement le jeune homme.

"Réfléchis! le sermonna gentiment Hayate en s'époumonant. Si le Vent était Ventus, la Terre sera logiquement Terra! Et du coup, qui avons-nous déjà rencontré en ces lieux qui est lié à ces deux personnes?"

Telle une brique particulièrement douloureuse, une déduction heurta la conscience de Sora:

"Eraqus!"

"Exact! confirma fièrement la défenseuse en faisant, sans doute, les cent pas sur son mince rebord. Ce qui signifie, en toute logique, que le personnage du poème c'est lui. Et que cette énigme nous raconte en réalité sa propre histoire! Ça va nous donner une clé de lecture pour la suite!"

"Ok! Du coup je cherche un dessin qui peut symboliser Terra!"

Il repéra sans peine cette fois-ci, sur sa gauche, à distance respectable, la gravure rocheuse d'un homme enchaîné, qui contrastait grandement avec ses deux autres possibilités: un drapeau planté en terre et un éboulement. Il sauta sans hésitation sur le pilier avec le prisonnier, qui passa immédiatement au vert. Avec soulagement, il aperçut enfin la plateforme et la porte suivante au bout de ce long couloir de calamités. Deux ou trois blocs de pierres seulement le séparait dorénavant de la ligne d'arrivée.

CLIC! CLAC! CLIC! CLAC! CLIC! CLAC!

Avec horreur, les oreilles de Sora reconnurent l'un de ses pires cauchemars: les bruits d'une horloge. D'un chronomètre, pour être exact. Il fit volte-face et un rapide coup d'œil au balcon de Hayate en train de se rétracter à vitesse grand V confirma ses pires craintes: il ne lui restait que quelques secondes pour atteindre l'autre bout, sans aucune erreur supplémentaire, sinon…

"HAYA VITE! hurla-t-il malgré lui. Lis-moi la suite!"

"Il n'y a de nouveau qu'une seule phrase! répondit-elle au loin.

Enfin L'Eau sombra dans l'insondable précipice"

Aqua! comprit Sora. Tombée dans les Ténèbres! Accéléré par l'urgence, son cerveau n'avait sans doute jamais aussi bien fonctionné. Il repéra donc rapidement le symbole d'une femme tombant entre deux montagnes. D'un bond leste, il atterrit sur la plateforme et, avant même qu'elle ait terminé de prendre une couleur verte, Sora s'écria encore:

"La suite!"

"AAAAH!"

"HAYAAAA!"

Le balcon de pierre rose n'existait plus de l'autre côté du précipice. Le cœur de Sora s'arrêta net à cette réalisation, et son ventre se noua de terreur alors que ses yeux scrutaient déjà le gouffre noirâtre devant lui.

"Et... je fus... terrassé... par mon propre fils."

Le timbre saccadé et fatigué de la jeune femme rassura profondément Sora, qui la repéra enfin, petit point immobile fragilement accroché aux deux poignées de la porte numéro cinq, pieds pendant dans le vide.

Sora tourna vers les deux prochains piliers un regard de braise, irrité par ce stupide défi et énervé par sa propre lenteur. Il sauta en direction de la fresque représentant un homme transpercé par la lame d'un autre (la mort d'Eraqus, comprit-il) puis profita de sa lancée pour effectuer son dernier bond, atterrissant en dérapant sur un nouveau balcon dallé de sûreté. Il ignora prodigieusement la prochaine porte blanche et, sa tête ballotée en tous sens, se mit à la recherche d'un levier, d'un loquet, d'un bouton… n'importe quoi. N'importe quoi qui pût l'aider à aider Hayate.

"Je t'ai!"

D'un poing vindicatif, il asséna un grand coup sur un interrupteur mural qui, comme il l'avait supposé, déplia comme par magie un fantastique et large pont de pierre, juste sous les pieds de l'Elu qui se projeta vélocement, et dans un craquement de tous les diables, en direction de la cinquième porte. Comme une flèche filant vers sa cible. Lorsque Sora calcula sa trajectoire néanmoins, il réalisa avec désespoir qu'au lieu de la sauver...

...le pont allait écraser Hayate si elle restait pendue là dans le vide.

Le jeune homme se mit à courir. De toutes ses forces, à en perdre haleine, sprintant non pas pour sa vie mais pour celle de sa compagne. Ses poumons brûlés par l'effort et sa chaîne en métal claquant douloureusement contre ses clavicules, il parvint à rattraper la vitesse de dépliage du pont massif et, parvenu à son extrémité, se jeta violemment à terre dans un dérapage d'urgence, tendant une main désespérée devant lui.

Hayate attrapa son bras et Sora la tira de toutes ses forces à lui. Le poids de la jeune femme s'écrasant sur lui, lui coupa net le souffle, et il vit quelques étoiles noires danser devant ses yeux alors qu'un puissant BAM! indiquait que le pont de pierre avait terminé sa course dans le mur d'en face, juste sous la porte numéro cinq…

"Merci…"

Le torse soulevé par sa course, sa peur et l'adrénaline, Sora ne parvint pas à répondre, haletant avec difficulté, la bouche grande ouverte, suffocant. Lorsqu'enfin ses battements cardiaques se calmèrent peu à peu, il reprit ses esprits et nota toujours la présence de Hayate contre lui. Couchée sur son torse et enserrant encore ses côtes dans un geste de sécurité, la jeune femme dont le visage dégoulinait de sueur froide le dévisageait avec deux yeux cristallins à l'incroyable reflet argenté, brillants d'un mélange d'émotions à l'égard de Sora: y étaient mêlés reconnaissance, étonnement et...admiration. Le jeune homme, gêné par l'insistance de son regard, sourit maladroitement avant d'admettre, en bafouillant:

"De...de rien."

Hayate ne disait mots, se contentant de poursuivre son observation de Sora, bien trop proche de son visage. Il déglutit de travers alors que ses cheveux roses lui chatouillaient la joue, ainsi que son souffle tiède sur son visage. Enfin, Hayate, loin de se retirer, se pencha plus en avant pour caresser délicatement de son index la blessure que Sora portait toujours au crâne, et le jeune homme sentit monter une puissante chaleur à sa tête, comme de la fièvre.

Il sut à la sensation de brûlure à ses pommettes qu'il était en train de rougir comme jamais auparavant.

...

CLONG!

Le bruit de la gigantesque pendule, sourd, puissant et vibrant dans l'air irréel de la pièce blanche, fit sursauter Enna Kros. La tasse de thé qu'elle tenait quelques secondes auparavant tomba à terre, sous la table, se brisant tout en répandant son contenu bouillant sur les dalles ainsi que sept morceaux de sucre à demi-fondus, qui ressemblaient à de petits rochers dévorés par la marée brune qui les recouvrait tantôt.

"Oh… fit la voix lente et morne de la petite fille assise à l'autre bout de la table. Elle est cassée…"

Ignorant tous les dégâts matériels qu'elle venait de causer, la Gardienne du Temps sauta sur ses jambes et, ses cheveux argentés battant contre son visage dur, elle marcha jusqu'à la monstrueuse horloge au bout de la salle où elle prenait régulièrement le thé avec la jeune fille. Ses yeux gris acérés observèrent longuement les reflets ondoyants à la surface du grand miroir qui décorait le bas de l'horloge, comme si elle y cherchait quelque chose. Puis son regard remonta le long des colonnades rouges qui encadraient le puissant mécanisme, tel un maître horloger examinant une montre défectueuse, pour se poser sur le cadran central qui surmontait toute la chambre blanche. La nuque tendue par l'effort, Kros fronça ses sourcils arqués, avant d'apposer sa main cachée dans un gant couleur crème sur le boitier contenant le lourd pendule, soucieuse.

"Pourquoi a-t-elle sonné?" voulut savoir la fille à la robe violette, qui ressemblait presque à une jolie poupée.

"Je l'ignore… admit Enna à mi-mots, en se retournant vers sa compagne. Il est rare qu'elle sonne le glas. Cela n'arrive que lorsque…"

La femme posa son pouce sous son menton et attrapa sa bouche de son index, ses yeux fixant le vague, avant de marmonner:

"... que lorsque le cours du Destin est en train de se modifier…"

"Hihi, minauda la jeune fille en faisant apparaître une nouvelle tasse devant elle pour la remplir délicatement à l'aide d'une théière finement décorée de fleurs bleues. Tu penses que ce sont tes petits élus qui font des bêtises? Ou c'est encore un coup de ce vieillard un peu fou?"

"Ce doit être eux… supposa Kros en revenant à la table nacrée, songeuse. Mais à cause du sortilège de sang qui protège ce manoir…"

D'un geste frustré, la Gardienne du Temps abattit son poing sur la table, ce qui fit tressauter les coupoles en porcelaine qui y reposaient sagement.

"...je suis incapable de voir ce qu'il s'y passe! Ce lieu a été déplacé hors de mon domaine d'intervention."

La petite fille reposa tranquillement la théière sur sa table, ne faisant pas attention à la crise de rage de Kros. Puis, pensivement, elle ressera l'un des papillons bleu brillant qui nouait ses cheveux argentés en couettes hautes et lâcha:

"Je connais une personne qui pourrait s'y rendre pour voir ce qu'il s'y passe…"

Enna Kros, releva de grands yeux métalliques vers elle et, intriguée, demanda:

"Tu pourrais la faire sortir du Domaine des Rêves?"

"Pas physiquement, précisa néanmoins la fille du thé avec un timide sourire. Mais oui, elle pourrait aller voir ce qu'il se passe là-bas. Elle n'est pas soumise aux mêmes règles que nous. De plus… elle connaît déjà ce lieu."

Enna Kros scruta le regard améthyste de son interlocutrice, suspicieuse. Lorsque celle-ci baissa humblement les yeux sur sa tasse en train de refroidir, la Gardienne du Temps lâcha un court rire froid, mais cependant attendri:

"Je suppose que tu ne m'as pas demandé la permission et que tu l'as déjà laissée sortir auparavant… n'est-ce pas?"

La fille aux papillons ne répondit pas mais commença à se tortiller nerveusement les doigts. Semblant se calmer, Kros détendit ses épaules cachées dans son manteau de scientifique blanc et leva une main en déclarant:

"Très bien. Libère-la du Domaine des Songes. J'ai besoin qu'elle voit ce que je ne peux pas percevoir… Mais…"

Kros reprit un regard plus dur alors qu'elle terminait d'un ton sans appel:

"Je vais la surveiller. Et elle n'a pas intérêt à trop leur en dire…"

Oui, il y avait une petite scène bonus à la clé!
Que se passe-t-il du côté de Kros?
Et qui la petite fille envoie-t-elle dans le Manoir?