On reste encore un peu avec Sora et Hayate pour... une rencontre inattendue!
Mais qui promet d'être riche en questions et réponses sur le passé de Hayate...
En tout cas, on se réjouit de lire vos théories!
L'Elu de la Keyblade, toujours étalé sur le dos, et la jeune femme de ses rêves encore couchée de tout son long sur lui, priait secrètement pour que ce moment dure le plus longtemps possible… et aussi pour que la brasier qui remontait de son coeur à ses joues cesse au plus vite, sans quoi son visage allait sans doute devenir encore plus rouge que le motif à carreau de sa veste entre-ouverte.
Néanmoins, voyant les yeux d'Hayate s'exorbiter soudainement et la sensation de chaleur et de puissance continuer à affluer dans tout son corps, Sora se rendit compte que son malaise amoureux n'était peut-être pas le seul responsable de son état actuel…
Se décollant finalement (et malheureusement) de lui, la défenseuse sauta sur ses jambes et, un radieux sourire sur les lèvres, fit apparaître Crépuscule Ailé dans une gerbe de paillettes dorées qui vinrent illuminer son visage arrondi et joliment tacheté.
"Nous avons récupéré nos pouvoirs!"
Une étincelle de magie couleur péridot éblouit totalement Sora quelques secondes, avant qu'il ne porte instinctivement la main à son crâne blessé en s'asseyant sur le sol de pierre avec un regain d'énergie. Quand il retira sa main pour la porter à hauteur de son visage, et comme il ne voyait plus de sang sur elle, il en déduisit:
"Un soin automatique…"
"Et bien! s'exclama Hayate en tendant une petite main gantée en se penchant vers Sora, un sourire étirant ses lèvres en forme de pomme. Je pense que nous l'avons bien mérité ce soin automatique. Il aurait pu nous arriver bien pire dans cette salle…"
Lui rendant son sourire, l'Elu de la Keyblade attrapa le bras d'Hayate pour se hisser sur ses jambes. Se retrouvant à hauteur de son visage, le jeune homme ne put s'empêcher de la dévisager avec une sorte d'admiration: il savait que c'était l'intelligence et le courage dans la jeune femme qui lui avaient permis de se sortir de cette galère. Jamais il ne serait parvenu à résoudre cette énigme sans elle. Il repensa fugacement au pilier avec le symbole de la Keyblade et prit sans aucun doute une mine soucieuse, car Hayate haussa un sourcil rose sous sa frange blonde, tout en demandant:
"Sora…? Quelque chose te tracasse?"
Gêné, le jeune homme gratta nerveusement sa masse de cheveux en pics et lâcha:
"Oui. C'est… c'est par rapport à l'épreuve…"
Sourcils en V froncés par sa réalisation, le jeune homme leva une main sûre devant lui, matérialisant Coeur de l'Océan au centre de celle-ci. Il retourna ensuite le manche vers lui et, à l'aide de deux doigts experts dans cet art à présent, retira le porte-clé accroché au pommeau de la Keyblade. Dans un nouvel éclat de lumière, l'arme reprit sa forme et ses couleurs d'origine, à savoir argentée et dorée.
"Si c'est bien l'histoire d'Eraqus qu'on a vue, pourquoi il y avait Chaîne Royale brisée en deux?"
Hayate observa l'arme quelques secondes avant de se retourner et d'observer le long pont qui allait les mener à la seconde porte visible à son extrémité.
"Je ne peux faire que des suppositions… mais nous savons au moins une chose: Chaîne Royale semble pouvoir avoir plusieurs "maîtres". Riku a admis qu'il avait été son élu avant toi. Et si…"
Après avoir baissé le menton, la défenseuse tourna son visage rond vers Sora:
"Et si Eraqus avait été l'Elu de la Keyblade avant Riku? Et comme lui, avait perdu le droit de la manier?"
D'abord choqué par cette idée, Sora voulut rétorquer que c'était peu probable, lorsqu'un souvenir lui revint en mémoire… ou plutôt, des mots prononcés par la voix d'Eraqus avant son entrée dans le Manoir Oblivion:
Ainsi, c'est toi le nouvel Elu de la Keyblade…
Oui je ne me trompais pas… tu possèdes bien la Keyblade de Coeur.
"Oui c'est possible… finit par admettre Sora à contre-coeur, tout en fronçant ses sourcils bruns d'inquiétude et en faisant disparaître sa Keyblade d'un mouvement de poignet. Mais… pourquoi Eraqus aurait perdu le droit de la manier? Je veux dire… c'est Eraqus!"
"ça… soupira Hayate en commençant à s'avancer vers la prochaine porte. Mystère! Le mieux serait de le lui demander directement lorsqu'on le reverra… même si c'est une question plutôt impolie, selon moi."
Les deux jeunes gens marchèrent en silence jusqu'à la cloison blanche qui les attendait à l'autre bout du gouffre sans fond qu'ils traversaient, pour Sora, pour la seconde fois. Ils firent une pause devant la prochaine porte dénuée de chiffre, poings serrés le long du corps… inquiets quant à un futur piège de l'espiègle Manoir.
Lorsque Sora fut pris d'une puissante migraine: plié en deux, la tête retenue par une main crispée, il se revit à quatorze ans, devant cette même et exacte porte, Keyblade à la main. De l'autre côté, il avait rencontré la jeune fille pour laquelle il avait gravi tous les étages de ce Manoir d'illusions et de faussetés: Naminé. Il se souvint par bribes de leur dialogue à ce moment-là, et de sa tristesse en apprenant que sa mémoire avait été modifiée par la jeune fille. Mais sa détermination à la sauver de cet endroit et de Marluxia, son geôlier, avait été plus forte que sa rancune. C'était elle, c'était Naminé, la jeune fille qu'il avait oublié! Il se souvenait enfin de tout ce qu'ils s'étaient dit tous les deux dans ce Manoir! Une scène, particulièrement, l'avait marqué: la jeune Simili était dos à lui, croisant ses bras dans son dos, et lui avait posé une question:
"Sora, tu as le choix. Tu peux retrouver tes souvenirs d'avant, et tout oublier de ce manoir. Ou tu peux garder tes souvenirs de ce lieu, et perdre tout ce que tu étais avant."
C'était ça… c'était à cause de ce choix fatidique que Sora avait tout oublié du Manoir Oblivion, il se souvenait à présent. Il avait choisi de récupérer tous ses vrais souvenirs, ce qui l'avait fait dormir durant une année, afin que Naminé puisse intégralement les restaurer…
Naminé…
Sora n'arrivait pas à croire qu'il avait volontairement choisi de l'oublier. Certes, il lui avait promis de redevenir son ami lorsqu'il la reverrait mais… sa décision d'alors lui rongea le coeur tandis qu'il revoyait le sourire triste de la jeune fille blonde. L'espace d'un instant, il regretta profondément sa décision…
"Sora? demanda la voix de Hayate au-dessus de lui. Tu...tu pleures?"
"Je... admit le jeune homme en se redressant tout en chassant une larme d'un revers de main. Je me suis souvenu de quelque chose de...triste. Mais du coup je sais ce qu'il y a derrière cette porte…"
Sans laisser le temps à Hayate de demander des précisions, Sora apposa ses bras contre les deux battants de porte et les ouvrit grâce à sa force (non sans une certaine fierté d'y arriver sans l'aide de la jeune femme herculéenne et de plus, sous ses yeux). Ils pénétrèrent ainsi dans une pièce baignée d'une puissante lumière blanche, qui les éblouit via de hautes fenêtres placées de manière régulière tout autour d'eux. Malgré la taille impressionnante de la pièce monochrome, digne d'un château princier du XVIIIème siècle, le mobilier était fort simple, voire insignifiant: quelques vases de fausses fleurs, un minuscule lit une place dans le coin supérieur droite, une sorte de sphère, ressemblant à une boule de cristal, reposant dans son socle grisâtre… Et une chaise blanc de neige, vers le coin supérieur gauche, posée en-dessous d'une petite cage blanche contenant une poupée blonde, sans aucun doute fabriquée par les mains d'une fillette…Cette pièce était le plus haut point du Manoir Oblivion. Et elle consistait en une simple chambre…
"La chambre de Naminé", déclara Sora, toujours sur le pas de porte.
Il avait une étrange boule au ventre, mélange entre de la nostalgie, de la tristesse et du regret. Hayate lui emboîta le pas, alors que la lourde porte double se refermait derrière eux. Ses yeux couleurs de ciel parcoururent la salle, avant de se poser plus longuement sur la chaise solitaire. Enfin, la défenseuse osa demander à Sora, d'une voix douce:
"Nous sommes au sommet du Manoir... tu te rappelles enfin de tout ce que tu y as vécu?"
"Oui, confirma Sora dans un soupir. Mais je m'en veux d'avoir oublié Naminé…"
Les faisant sursauter, une troisième voix s'éleva dans le vide de la salle, jeune et chantante:
"Tu ne dois pas t'en vouloir pour ça… la perte de tes souvenirs, c'était de ma faute tu sais…"
Telle une apparition irréelle, Naminé flottait, livide et à demi-cachée dans un rayon de soleil, sous une des hautes fenêtres de la chambre. Sa robe blanche se confondait presque avec le rideau immaculé qui voletait derrière elle, tel un fantôme, ou un ange.
"Naminé?!" s'étrangla Sora en courant à elle, suivi de près par Hayate.
"Bonjour Sora…" lui répondit en souriant tendrement la jeune Simili.
"Attends… percuta le jeune élu en ouvrant de grands yeux étonnés. Mais si tu es là, alors Kairi…?"
"Elle va très bien, le rassura la jeune fille blonde en penchant la tête sur le côté. Et mon fragment de coeur est toujours dans le sien… disons que ne suis pas vraiment ici en chair et en os."
Elle leva une petite main devant elle, qui miroita un instant dans les rayons du soleil, translucide et immatérielle… Soulagé que la Princesse de Coeur n'ait rien, et aussi de pouvoir à nouveau parler à Naminé, Sora sourit tristement et fit un pas vers elle:
"Mais comment… comment j'ai pu récupérer tous mes souvenirs du Manoir Oblivion? Tu avais dit que de me rendre mon ancienne mémoire allait tout effacer…"
"Se souvenir d'une chose… expliqua mystérieusement Naminé en joignant les doigts de ses deux mains devant elle. Cela permet de se souvenir d'une autre… puis une autre, et encore une autre. Nos souvenirs sont liés entre eux. Ils sont reliés comme les maillons d'une chaîne. Une chaîne qui nous constitue… ils n'étaient pas perdus, Sora. Juste… éparpillés. Et Quand tu es rentré à nouveau dans ce Manoir, tes souvenirs ont commencé à refaire surface."
Sora digéra un instant toutes ses informations métaphoriques sur le fonctionnement de la mémoire, avant de continuer à sourire à la jeune Simili blonde et d'affirmer:
"Naminé je… je suis heureux de pouvoir enfin tenir ma promesse, maintenant que je m'en souviens: et j'espère qu'on va pouvoir devenir amis pour de vrai. Sans mensonges."
La jeune fille le dévisagea, surprise, puis sembla soudainement extrêmement ravie. Elle joignit ses mains sur son buste, baissant sa tête de gêne, avant de la relever, le visage illuminé par une profonde joie:
"Je crois qu'on l'est déjà redevenus, non? Tu m'avais bien dit que tu tiendrais ta promesse même sans t'en souvenir. Et tu as réussi, contre toute attente, déjà quand je suis venue te parler dans tes rêves…"
Sora lui fit cadeau d'un de ses grands sourires ouistiti, alors qu'il se passait un jovial pouce sous le nez. Naminé se tourna ensuite vers Hayate, qui l'avait observée en silence jusque là. Lorsque les regards des deux jeunes femmes se croisèrent, Sora ne put s'empêcher d'ouvrir de grands yeux estomaqués: leurs iris… ils avaient l'exacte même couleur.
"Je suis ravie de te rencontrer enfin, Naminé, débuta Hayate avec un sourire honnête. On m'a beaucoup parlé de toi… et je tenais aussi à m'excuser."
"De quoi?" demanda, surprise, la Simili.
"Ton carnet de dessins… avoua la jeune femme en baissant sa tête à la crinière rose. Je ne l'ai pas sur moi. Si j'avais su que nous nous croiserions dans ce Manoir, je l'aurais pris avec moi pour te le rendre."
Naminé soupira avec un rire amusé, puis expliqua:
"C'était un cadeau de ma part. Il est à toi à présent. Pas besoin de me le rendre."
"Alors ce jour-là Kairi… comprit soudain Hayate. C'est toi qui lui a demandé de me le donner?"
Naminé hocha gentiment la tête, continuant à sourire. Et Sora, un peu emprunté, demanda alors:
"Mais au fait Naminé… qu'est-ce que tu fais là? Tu fais partie du défi?"
"Oh non, expliqua avec étonnement la Simili. Non vous avez réussi la cinquième porte. La carte est dans cette chambre…"
D'un geste de son frêle bras découvert, la jeune fille leur montra l'espèce de boule de cristal vers le centre de la salle, à l'intérieur de laquelle, en effet, flottait une petite carte blanche.
"En fait… admit ensuite la jeune fille. Je peux facilement vous parlez ici, parce que… c'est là, que je suis née. Et comme je voulais voir comment vous alliez…Surtout..."
Naminé tourna un visage rond en direction d'Hayate, avant de préciser:
"Surtout toi…"
A cet aveu, un sourcil rose de Hayate remonta sur son front et Sora explosa, avant que son amie ne puisse le faire:
"Attends tu connais Haya?!"
"Et bien… hésita Naminé en triturant nerveusement ses mains. Disons qu'elle et moi nous… partageons une nature... similaire."
Sora et Hayate ouvrirent conjointements leurs yeux dans une mimique profondément abasourdie puis se jetèrent un coup d'oeil, à la fois intrigué et inquiet. Qu'est-ce que Naminé voulait dire par là?
"Ma… répéta Hayate en pesant bien chacun de ses mots. Nature?"
"Oui… admit avec hésitation la jeune Simili, refusant de croiser le regard de ses amis. Ta nature est particulière… Tu ne t'es jamais demandée pourquoi ton corps était aussi résistant, ou aussi fort? Ou pourquoi tu avais tant de mal à comprendre les émotions des autres quand tu les as rencontrés?"
Sora tombait littéralement des nues: oui, il s'était souvent posé ces questions au début de leurs aventures communes, mais de là à penser que Hayate pouvait ne pas être… humaine… ça jamais.
"Naminé je vais te poser la question franchement, prévint soudain Hayate en braquant ses iris d'acier sur elle. Car je me la suis déjà posée, de par le passé… est-ce que, comme toi, je serais en réalité un Simili?"
Le coeur de Sora commença à tapper contre sa cage toracique: comment cela pourrait-il être possible! Hayate avait un coeur! Il l'avait déjà senti, lors de leurs Fusions !
"Tu n'es pas une Simili, confirma heureusement Naminé d'un ton plus grave que de coutume, tout en posant une main sur sa discrète poitrine. Car tu as un coeur… mais techniquement, je n'en suis pas une non plus."
Ca, Sora se l'était toujours dit… Naminé et Kairi se ressemblaient trop peu. De plus, Naminé avait un coeur, et une volonté propre. Ce qui n'était pas le cas de Axel et Lea par exemple, qui partageaient la même apparence et n'avait en tout et pour tout qu'un seul coeur…
"Mais alors… lâcha Hayate en baissant ses sourcils roses d'incompréhension. Qu'est-ce que je suis, Naminé? Si tu le sais, je t'en prie dis-le moi. Il y a trop de brouillard sur mon passé que j'ai besoin de lever…"
Naminé, semblant soudain terriblement empruntée, jeta un rapide coup d'oeil au plafond blanc au-dessus d'elle, comme si elle était surveillée par quelque entité malveillante. Puis, du bout de ses petites lèvres, elle avoua:
"Tu es comme moi… une anomalie."
La jeune fille fit une pause, fronçant ses sourcils de douleur, avant d'ajouter, tristement:
"Toi non plus, tu n'aurais jamais dû exister…"
Les mots prononcés si gentiment sonnèrent pourtant très durs aux oreilles de Sora, qui guettait la réaction d'Hayate face à cette révélation. Cependant, la jeune femme se contenta de baisser ses iris célestine vers le sol, semblant scrutter les moindres recoins du dallage de marbre. En réalité, le jeune homme savait qu'elle était en train d'agencer dans son cerveau tout un tas de théories extrêmement complexes afin de traduire ce que Naminé venait d'énoncer. Quand enfin elle releva son visage rond vers celui, tout aussi arrondi, de la jeune fille en blanc, ce fut avec une voix presque résignée qu'elle lâcha:
"...Une sorte de Prophète maudit... C'est cela, non? Ma véritable nature?"
Naminé l'observa avec ce que Sora aurait décrit comme de l'incertitude, avant de secouer doucement la tête, fermant ses paupières.
"Non, ce n'est pas vraiment ça… tu es…"
La jeune fille blonde joignit soudain ses mains fermement, comme en signe de prière silencieuse, et les plaqua sur son coeur, semblant demander pardon pour un acte qu'elle allait commettre. Quand elle releva son visage angélique, ce fut pour déposer un regard bleu ciel mélancolique sur Hayate. D'une voix sûre mais néanmoins vibrante d'émotions, elle expliqua enfin à la défenseuse:
"Ton corps… il est…"
Elle s'arrêta, cherchant ses mots. Ou s'empêchant de révéler quelque chose d'interdit. Après une profonde inspiration, Naminé lâcha:
"Tu as été créée.
A partir d'un fragment.
Dans le seul but d'accomplir deux choses bien précises…"
La révélation tomba tel un rocher sur Sora et Hayate, qui perdirent progressivement toutes leurs couleurs faciales. Une partie de l'Elu de la Keyblade, inexplicablement, sut exactement ce que ressentait Hayate en ce moment-même… En effet, une sourde colère liée à cette vérité abominable, décourageante et cruelle quant à la vacuité et à la raison même de son existence, monta dans la poitrine de Sora, l'étranglant presque par sa violence. Comme si une partie de lui-même avait déjà vécu un moment similaire. Néanmoins, son esprit peinait à réaliser… non. Hayate ne pouvait pas être une simple "création".
Elle était elle. Elle était Haya. La femme qu'il aimait. Une personne à part entière.
Il se remémora cependant fugacement leur tragique combat contre le titan de lave… la blessure d'Iwako, l'attaque dévastatrice de Hayate et son corps, dans les bras de Sora… qui avait semblé craqueler, quelques instants…
Voulant la soutenir dans ce moment fatidique, Sora fit un pas vers Hayate, désirant lui dire ce qu'il pensait de tout ça et la rassurer. Mais, les lèvres tremblantes d'émotions, la jeune femme souffla en direction de Naminé:
"Quelles… "choses"...? Qu'est-ce que je suis censée… accomplir?"
"Je… fit la jeune fille blonde en abaissant ses sourcils de peine. Je n'ai pas le droit de te le dire… En revanche, tu devrais le demander à la personne qui… t'a envoyée ici."
La tristesse passa dans les yeux clairs d'Hayate pour laisser place à une froide colère, comme lorsque de gros nuages noirs d'orage obscurcissent un ciel d'été. Les dents serrées, elle demanda:
" Qui… est-ce?"
Naminé poussa un profond soupir, fermant à nouveau ses paupières, et admit tristement:
"Enna Kros…"
Sora jeta un regard inquiet en direction de la silhouette de Hayate, qui semblait bouillonner de rage à présent. Tout en serrant ses poings gantés, la jeune femme redressa un menton altier et demanda à Naminé, avec un certain agacement:
"Et je suppose que c'est également elle qui m'a "créée", c'est cela? Et qui a effacé mes souvenirs?"
La jeune fille blonde en face d'elle baissa la tête de dépit, comme si elle regrettait d'avoir mis Hayate en colère. La défenseuse ouvrit de grands yeux bleu ciel, voyant l'état de son interlocutrice, et sembla se calmer quelque peu, réalisant sans doute que son courroux était involontairement dirigé vers la mauvaise personne.
"Désolée… souffla Hayate en laissant retomber ses épaules nerveuses. Je ne voulais pas te crier dessus… c'est cette femme, qui m'exaspère... "
"Je comprends, la rassura Naminé en lui adressant un sourire étrangement amusé. Je crois que c'est réciproque…"
Réalisant trop tard qu'elle avait commis une erreur, la pseudo-Simili se plaqua une main honteuse sur la bouche. Ce fut Sora cette fois-ci qui s'insurgea:
"Attends… C'est Kros qui t'envoie? Tu la connais?!"
Que Naminé, celle qu'il pensait être le Simili de Kairi depuis des années, lui apprenne qu'elle connaissait une entité aussi puissante que la Gardienne du Temps… cela faisait un peu trop à encaisser pour l'esprit de Sora actuellement. Mais Hayate, contre toute-attente, garda un calme froid. Comme si… elle s'y attendait. Elle regardait Naminé autrement. Avec indulgence et presque… gentillesse.
"Depuis combien de temps…? lâcha finalement la défenseuse résignée. Depuis combien de temps m'utilise-t-elle comme sa marionnette? Et cela a-t-il à voir… avec les Élus de la Keyblade?"
A nouveau empruntée, la jeune fille se passa une main gênée dans sa chevelure blonde, la remettant derrière une oreille, tout en jetant un regard craintif en direction du plafond: mais Sora comprit son malaise cette fois-ci. Naminé voulait leur en dire davantage… mais elle ne le pouvait pas. Car elle était surveillée. Par Kros.
Comme il fallait s'y attendre, la réponse de la jeune messagère fut énigmatique, et imprécise:
"Les choses sont souvent plus compliquées qu'il n'y paraît… mais j'aimerais te donner un conseil: profite. Profite de la vie que tu peux mener ici, avec les personnes avec qui tu as su créer des liens. Ne te laisse pas tourmenter par les mots de Enna Kros. Et fais bien attention: car plus tu avanceras sur le chemin de la vérité conernant ton passé, plus tu t'éloigneras de toi-même, ici et maintenant."
Hayate posa à son tour une main sur son coeur, réfléchissant à ces paroles. Puis elle regarda furtivement Sora, avant de tourner un visage adouci vers Naminé:
"Je m'y efforcerai… Merci pour ces conseils, Naminé."
La jeune fille blonde étala un franc et paisible sourire sur ses lèvres roses, ce qui plissa joliment ses grands yeux bleus. Sora, comme fasciné par l'étrange complicité des deux jeunes femmes, ne pouvait s'empêcher de les dévisager l'une, l'autre… c'était peut-être à cause de la mèche blonde de Hayate, mais quelque chose dans leurs visages, à toutes les deux…
"SORA ATTENTION!"
C'était le hurlement paniqué de Hayate. Comme il tournait la tête en sa direction, Sora ne vit que du coin de l'oeil une forme noire, menaçante, et furieusement rapide surgir derrière la silhouette frêle et translucide de Naminé. A peine eut-il compris qu'un ennemi aux yeux jaunes électriques lui fonçait dessus en traître, passant au travers de l'image intangible de la Simili de Kairi, que l'Elu de la Keyblade se retrouva hors de sa portée, catapulté à deux mètres de là. Sora, après une rapide glissade pour se remettre sur ses jambes accroupies, eut juste le temps de redresser sa tête pour voir, comme au ralenti, une terrible scène:
Un ennemi vêtu du manteau noir de l'Organisation avait fait se dissoudre Naminé dans les airs, dont les derniers lambeaux de robe blanche disparaissaient lentement tout autour des dagues acérées et brillantes d'infamie dans la main du traître. La tête de Hayate, ayant pris la place exacte de Sora tantôt, valdigua sur le côté, sa crinière rose emportée par l'élan de la frappe de son adversaire. Un long filament de sang s'échappa de la blessure et suivit, comme une trainée huileuse, l'arc de cercle que produisit le corps de Hayate allant s'écraser au sol, quelques mètres plus loin.
La jeune femme resta inerte, tandis que son sombre ennemi anonyme la regardait à terre, les lames de ses démoniaques coutelas laissant goutter quelques perles de sang qui tombaient, l'une après l'autre, sur le sol blanc immaculé de la chambre de Naminé...
"HAYAAAA!"
Bon, petite question de la fin: avez-vous déjà identifié le nouveau Chercheur des Ténèbres?
