Premier chapitre du point de vue de Riku depuis un moment!
Lirae a réussi à se dégager un moment pour écrire et a mis tout son coeur à l'ouvrage!
Riku et Iwako descendent donc pour leur défi dans les tréfonds du Manoir, à la recherche de la sixième porte...
Riku observa brièvement les silhouettes entrelacées de Sora et Hayate, qui gravissaient les marches des escaliers ascendants à coup de bonds titanesques, avant de se tourner vers sa compagne de voyage.
« Amateurs », l'entendit-il murmurer d'une voix amusée alors que les fines mains de la jeune femme enlacèrent ses doigts rugueux, l'entraînant dans un recoin ténébreux du Manoir.
Comme autrefois sur les rives sombres du lac entourant la cité des lanternes, l'ouïe de Riku fut soudainement parcourue de crépitements, une sueur froide coulant le long de son échine alors que les poils sur son corps s'hérissaient en raison d'un bise glaciale caressant ses bras dénudés. Immédiatement toutefois, la désagréable sensation s'arrêta et le Maître de la Keyblade constata sans étonnement qu'Iwako les avait téléportés en bas des marches. Regardant autour d'eux, les deux jeunes gens restèrent debout un instant, mains jointes dans un geste imprégné d'un naturel sans âge, tandis qu'il réalisèrent avec stupeur qu'ils se trouvaient désormais sur un pallier aux couleurs d'un crépuscule mourant, sans issues ni portes. L'escalier en colimaçon s'était volatilisé, les séquestrant sur une plateforme isolée, perdue au sein d'un univers étincelant. Une galaxie parsemée d'étoiles filantes se reflétait dans les iris améthyste de la magicienne, qui regardait le ciel d'un air émerveillé alors que deux lunes jumelles aux éclats pâles baignaient ses mèches céruléennes dans une douce lumière pastelle. Un léger tintement se faisait entendre tout autour des deux jeunes Porteurs, seules notes rassurantes dans ce vide oppressant. Le jeune Maître de la Keyblade dut papillonner quelques fois des paupières pour se recentrer sur leur tâche et, après scrutation méthodique de la voûte céleste infinie autour d'eux, il s'étonna, interloqué:
« Une impasse ? Eraqus a parlé d'une porte pourtant… »
« Elle est peut-être dissimulée? ajouta Iwako en observant d'un œil critique la myriade de facettes miroitantes sous ses pieds. Trouver la porte pourrait même être la première étape du défi…»
« Dans ce cas, un indice doit se cacher quelque part dans cet endroit, acquiesça le Maître de la Keyblade en s'agenouillant, effleurant la surface lisse de la fresque du bout de ses doigts. C'est sans doute une sorte d'énigme. »
Le vitrail multicolore, dont les reflets semblaient scintiller tel le chatoiement du soleil sur un lac aux eaux limpides, recouvrait l'intégralité de la surface de l'îlot flottant où les deux porteurs se trouvaient. Sous leurs pieds, deux individus endormis ornaient les extrémités opposées du vitrail et Riku reconnut avec étonnement les visages adolescents d'Eraqus et celui, identiquement jeune, de Xehanort. Les deux amis devenus ennemis formaient comme un yin et un yang, les cheveux incolores et les habits noirs de l'un complémentant les cheveux sombres et les habits ivoire de l'autre. Bien qu'opposés dans leur nature, ils se tenaient dans une pose identique, arme à la main et visage baissé. Maître Eraqus toutefois, contrairement à son rival d'antan, était retenu par d'énormes chaînes dorées qui l'immobilisaient tandis que des larmes brillantes s'échappaient de ses yeux clos. Entre les deux guerriers, dans deux cercles plus petits, Riku distingua les visages d'une fille, aux somptueux cheveux d'ébènes, et d'un garçon, dont la tête était recouverte d'un chapeau pointu étoilé. Ces deux individus semblaient emprunts d'une terrible souffrance, l'étrangère couvrant sa bouche de ses deux fines mains alors que le jeune homme se cachait les oreilles, comme pour les protéger d'une vérité que l'on ne souhaiterait entendre. Finalement, l'attention de Riku se focalisa sur une ligne inquiétante qui traversait le milieu du cercle telle une brisure scindant le groupe de quatre compagnons en deux, le premier composé de la jeune femme et de Xehanort et le second de Eraqus et du mage. Derrière ces personnages, une cité aux hautes tourelles nacrées était elle aussi divisée en deux moitiés distinctes, une partie, illuminée par un soleil levant aux dégradés chaleureux, et l'autre, plongée dans une noirceur abyssale. Intrigué, le jeune Maître de la Keyblade fit un premier pas pour commencer à analyser la symbolique du vitrail géant, ses semelles de bottes noires faisant tinter la surface en verre.
"Ils sont tous privés d'une faculté, fit alors remarquer Riku en pointant du doigt la jeune femme se cachant la bouche, tout en avançant jusqu'au centre de la fresque. Celle-ci est muette, le jeune homme qui ressemble à Yen Sid miniature est sourd, Xehanort a les yeux fermés - donc j'imagine que ça signifie qu'il est aveugle - quant à Eraqus… "
La magicienne suivit le regard de son compagnon et affirma d'un ton compatissant, une main délicate posée sur son buste:
"Ils semblent tous si tristes. On dirait qu'ils ont perdu quelque chose... Si le mécanisme du Manoir est lié à Eraqus, tu penses que l'épreuve pourrait donc être liée à son passé? Il a l'air si jeune sur cette image..."
"Jeune et plein de regrets, continua Riku en posant une main gantée sur le visage décoré de larmes de l'ancien Maître enchaîné. De plus, les tréfonds du Manoir Oblivion sont liés aux ténèbres qui se cachent dans nos cœurs. Peut-être a-t-il fait des erreurs lui aussi. "
"Donc Eraqus est paralysé par ses fautes, continua Iwako en acquiesçant tout en avançant vers Riku, ses pas faisant craqueler le verre sous ses pieds. Qu'est-ce que…!"
A peine eut-elle rejoint son compagnon au milieu de la plateforme que le sol se fissura brusquement. Désemparés, Riku et Iwako chutèrent dans le néant, entourés de milliers de fragments éclatés alors que leurs mains tendues tentèrent désespérément de se rejoindre, en vain. Des éclats de verre tranchants effleurèrent les deux compagnons, les recouvrant de nombreuses et malignes coupures sur tous les pans de peau non recouverts de vêtements. Alors qu'ils n'étaient qu'à quelques millimètres l'un de l'autre, Riku vit Iwako déformer son visage en une expression de pure angoisse alors que ses pupilles violettes prenaient une teinte plus claire, presque translucide. Puis, l'expression s'évaouit à son tour et la jeune femme, dans sa chute, parut se ramollir telle une poupée sans vie, tombant sans résistance en direction d'un liquide aux allures aussi noires que du pétrole. Paniqué, Riku voulut appeler Iwako mais, bien qu'il sentit sa gorge se contracter, il n'entendit rien et aussitôt, leur longue déclivité prit fin. Riku se sentit heurter la surface de l'eau avec une violence telle qu'il aurait pu s'agir d'un mur en béton solide. Plongé dans les profondeurs de ce qui semblait être un lac souterrain, Riku scruta les abysses obscures malgré la douleur lancinante qui le parcourait. Constatant sa surdité et son éventuel mutisme, Riku redoutait qu'Iwako devait, à l'image des représentations de Eraqus et Xehanort à présent brisés, être privée de sa vue et pire… de ses capacités motrices. Des images abominables de la magicienne, sentant l'eau envahir sa bouche puis ses poumons alors qu'elle était incapable de se mouvoir, vinrent hanter l'esprit de Riku, qui se débattit violemment contre les flots, à la recherche désépérée de sa compagne. Soudain toutefois, une main invisible attrapa la cheville du jeune Maître de la Keyblade et le tira vers les tréfonds des eaux insondables. Plus le jeune homme tentait de se débattre, plus le nombre de membres fantômes semblèrent apparaître pour l'empêcher de remonter à la surface. Quand il aperçut brièvement des filaments d'algues bleutées cependant, Riku se figea et ses iris se fixèrent immédiatement sur la figure pâle de Iwako, dont les longs cheveux bleu nuit ondulaient nonchalamment autour de son corps endormi. A quelques centimètres de la surface, la magicienne flottait, solitaire et entourée d'un vague halo de lumière qui filtrait au travers de ses mèches. Elle devait être parfaitement terrifiée. Puis, Riku se rendit compte que ses attaquants avaient cessé leur tentative de l'attirer vers le fond du lac lorsqu'il avait arrêté de se débattre, comme s'ils étaient sensibles aux mouvements de leurs proies. Lentement, Riku baissa donc la tête, cherchant à connaître la nature de ses ennemis. Ce qu'il aperçut lui glaça cependant le sang: les abîmes de leur cage aquatique grouillaient de créatures spectrales, remuant par milliers tels des serpents d'eaux translucides. Se mouvant telle une masse informe et menaçante, leurs longs corps squelettiques aux membres désarticulés étaient partiellement couverts de lambeaux de vêtements noirâtres et leurs visages blafards étaient entourés d'un nuage noir de chevelure sinistre. Accrochés aux jambes de Riku avec leurs mains décharnées, le tirant vers les profondeurs, un attrouppement de ces créatures humanoïdes le regardaient, chaque visage orné de deux yeux brillants, d'une blancheur terrifiante et entouré d'un globe oculaire parfaitement noir. Les silhouettes semblaient faites d'une fumée malveillante, ondulantes tel un mirage aqueux accroché aux fonds marins à la manière d'algues sombres, leurs formes s'évanouissant graduellement dans les ténèbres de l'abysse profonde. Là où auraient dû se trouver une bouche, Riku ne vit qu'une cavité béante, semblant s'agrandir pour l'avaler. Très lentement, et malgré le souffle qui commençait à lui manquer, le jeune homme tourna à nouveau la tête vers la surface, repérant Iwako qui flottait toujours sans encombre dans l'eau illuminée de filaments de lumière entrecoupés par le mouvement lent de ses cheveux ondulant, son corps demeurant horriblement immobile. Les mèches argentées de Riku flottant légèrement dans le courant tout autour de ses joues gonflées d'oxygène, il tenta alors l'un des seuls sorts qu'il maîtrisait et qui ne nécessitait aucune incantation ni de mouvements spécifiques. Il ouvrit un portail des ténèbres à côté de lui et s'y jeta de toutes ses forces, devançant les revenants colériques qui tentaient de le rattraper. Ouvrant un second portail au-dessus de Iwako, il se laissa tomber dans l'eau et l'attrapa, plongeant d'un même mouvement dans un nouveau portail, qui téléporta les deux compagnons au-dessus des flots. Durant cette nouvelle chute, le Maître de la Keyblade découvrit qu'ils se trouvaient dans une salle submergée, agrémentée d'innombrables piliers titanesques, sans aucune plateforme ni de terre ferme en vue. Les sens à l'affût, le jeune homme repéra enfin une barque solitaire, unique échappatoire au milieu des flots hantés de cette cathédrale infernale. Il ouvrit immédiatement un nouveau portail à la surface de l'eau qu'ils allaient heurter à nouveau et, arrivée dans l'embarcation, allongea délicatement le corps paralysé de Iwako sur le plancher de la nacelle. Mort d'inquiétude, le jeune homme plaça un doigt sous le nez de la jeune femme et comprit avec effroi qu'aucun souffle ne quittait ses narines. Sans attendre, il se souvint des techniques de premiers soins que Mickey lui avait enseignées autrefois, dans le cas désespéré où ni sort ni potion ne pourrait être administré à une personne en situation critique. Il plaça une paume sous le sternum de Iwako et posa sa seconde main sur la première, entrelaçant les doigts avant d'appuyer, coudes bloqués et bras tendus, de manière répétée, dans l'espoir de la faire respirer à nouveau. Le souffle court et paniqué, le Maître de la Keyblade rassembla toute sa magie, usuellement si inutile, et en transférera le flux dans le corps inerte de sa compagne. Les gouttes de ses cheveux argentés se mélangeaient à l'eau perlant depuis son visage, dont il ne savait s'il s'agissait de larmes, du sang de coupures recouvrant son corps tout entier, de sueur ou de l'eau du maudit lac sur lequel ils flottaient. Après quelques secondes tortueuses, durant lesquelles Riku avait l'impression de se vider de sa vie, refusant de céder à la fatigue, le torse de la jeune femme se mit à trembler et elle commença à tousser. Enfin.
Un hurlement rauque, entrecoupé par des toussotements, s'échappa de la gorge de la jeune femme parcourue de mouvements erratiques. Comme Riku vit la magicienne se débattre, tétanisée par sa récente perte sensorielle et motrice, il comprit avec soulagement que sa compagne avait récupéré l'usage de tous ses membres. L'ouïe de Riku était elle aussi revenue, leur indiquant sans doute qu'ils venaient de passer une première étape de leur épreuve. Toutefois, alors qu'il voulait réconforter la jeune femme, le Maître de la Keyblade réalisa que sa voix restait tristement éteinte. Incapable de communiquer et elle, incapable de voir, il n'eut d'autre choix que de l'attirer dans ses bras afin de l'étreindre avec toute la douceur et toute l'affection qu'il aurait voulait lui murmurer à l'oreille, priant qu'elle le comprenne même sans paroles. Quand la joue d'Iwako se posa sur le torse de Riku, dont le coeur battait la chamade suite à leur péripétie et au transfert désespéré de magie, elle se calma immédiatement. Inspirant profondément et semblant reconnaître l'aura du jeune Maître de la Keyblade, un sourire soulagé s'afficha graduellement sur son visage pâle.
"Riku, hoqueta-t-elle au travers de ses pleurs, ses deux bras fins encerclant le torse du jeune Maître. Pourquoi c'est toujours moi qui finit paralysée?"
Incapable de répondre à cette interrogation plus que justifiée, Riku enfouit son visage dans les cheveux mouillés de la jeune femme encore fermement maintenue dans ses bras, la serrant contre lui afin de réchauffer son corps frigorifié. Alors qu'il passait une main dans les cheveux sombres de la magicienne, il découvrit des filaments de sang et l'observa de plus près. Réalisant que le visage opalin d'Iwako était recouvert de micro-abrasions dues aux éclats du vitrail, il fouilla rapidement dans ses poches et en retira une fiole verte remplie de sérum de soin. Il tenta d'ouvrir la bouche afin de lui conseiller de la boire, considérant par ailleurs que des séquelles pouvaient encore apparaître suite à son asphyxie momentanée, mais aucun son ne s'échappa de sa gorge.
"Riku, tu es muet?" demanda-t-elle finalement en levant une main glacée vers le visage du jeune homme, ses doigts délicats traçant les traits du visage mouillé du Maître de la Keyblade, comme pour le mémoriser.
Soupirant, celui-ci ne pût qu'hocher la tête, plaçant la fiole dans la paume de la jeune femme avec insistance. L'air peiné, elle lui rendit cependant l'objet et fit apparaître Cristal de Givre dans sa main directrice.
"Soin X!" s'écria-t-elle, lançant un puissant sortilège, les plaies de Riku s'évanouissant aussi subitement que les diverses douleurs qui lui parcouraient le corps suite à son escapade dans les eaux profondes.
Les blessures visibles sur le visage d'Iwako s'évanouirent également, ne laissant aucune trace de leur périple.
"Garde ta potion Riku, continua-t-elle, un sourire satisfait étirant ses lèvres corail. On ne sait jamais quand tu en auras besoin."
Heureux, Riku voulut exprimer sa reconnaissance en l'enlaçant à nouveau mais fut arrêté par le puissant éternuement, semblable au hurlement d'une harpie, de la magicienne encore trempée jusqu'aux os. Les ondes de son cri se répercutèrent quelques fois en échos sur la surface immobile du lac souterrain où ils se trouvaient, tandis que la jeune femme se cachait le visage de honte.
"Attends, ajouta-t-elle d'un air profondément embarrassé. Je vais nous sécher. Et puis, je vais tenter un petit Esuna. Je doute fortement que ça suffira pour nous redonner nos sens perdus, mais pourquoi pas essayer."
D'un geste maîtrisé, la magicienne leva sa Keyblade au ciel, en s'écriant successivement:
"Zephyr! Esuna!"
Si le second sort n'eut visiblement aucun effet, le premier s'exécuta immédiatement: un vent doux et chaud fut libéré de l'extrémité de son arme, encerclant les deux guerriers trempés d'une spirale de vent ininterrompue et sécha leurs habits et cheveux imbibés d'eau. Leurs membres réfrigérés cessèrent enfin de trembler et leurs lèvres bleues retrouvèrent leurs couleurs rosées, tandis qu'Iwako fit disparaître son arme dans une explosion d'étoiles de givre étincelantes.
"Ah, j'aime mieux ça", s'exclama-t-elle en tâtonnant le torse de Riku, désormais recouvert d'un t-shirt sec, l'air satisfait.
Quand le contact entre les pectoraux du jeune homme et la paume de la magicienne se prolongea soupçonneusement toutefois, Riku sentit ses joues se chauffer, sans doute empourprées par l'incroyable gêne qu'il ressentait face à cette soudaine proximité avec l'élue de son coeur.
"Oouuuh", lâcha finalement Ia jeune femme aveugle alors qu'elle commençait à faire des mouvements circulaires avec ses paumes, comme si elle essuyait une vitre, explorant méticuleusement d'un air surpris les muscles abdominaux de son compagnon, se rapprochant de plus en plus dangereusement des os de son bassin.
Terriblement gêné, les sourcils de Riku se réfugièrent pudiquement sous sa frange quand il se saisit finalement des deux poignets de la magicienne, ne supportant plus l'étrange sensation qui s'emparait graduellement de lui. La jeune femme quant à elle, sembla brusquement réaliser ce qu'elle était en train de faire, et recula en rougissant de plus belle, se heurtant le dos contre le bord de la barque. Effrayé à l'idée qu'elle ne tombe à nouveau à l'eau, Riku, toujours fortement sous adrénaline suite à la survie in extremis de sa bien-aimée, l'attrapa en vitesse et se saisit de ses épaules, pour lui signifier de ne pas bouger. Pendant quelques instants tendus durant lesquels Riku tenta de ralentir son pouls effréné, les deux jeunes compagnons restèrent figés face à face, leurs souffles saccadés se mêlant en raison de leur proximité, forcée par l'étroite embarcation sur laquelle ils étaient prisonniers. Affolement et embarras se mêlaient dans le cerveau troublé du Maître de la Keyblade, qui sentit l'entier de son visage s'enfiévrer, toutes ses pensées se perdant graduellement dans le néant. L'innocente voix de la magicienne vint soudain interrompre ses rêveries corrompues.
"J'ai… j'ai failli tomber c'est ça? Où sommes-nous exactement?"
Le jeune homme au cerveau toujours surchauffé inspira profondément avant de poser délicatement son index et son majeur sur la partie intérieure de l'avant bras de Iwako.
"B.A.R.Q.U.E - P.R.U.D.E.N.C.E", lui signifia-t-il par le biais de tapotements rythmés, scrutant son visage en priant qu'elle le comprenne.
"C'est bien essayé Riku", le félicita-t-elle, souriante et les joues toujours empourprées, avant de secouer la tête l'air désolé. Mais je ne parle pas le morse".
Déçu, Riku se laissa cheoir contre le rebord de leur embarcation, fatigué. Lui qui ne parlait pas beaucoup habituellement, souhaitait pourtant plus que jamais récupérer la parole. Décidé à rapidement en finir avec cette épreuve et à retrouver sa voix et la vue de Iwako, le Maître de la Keyblade commença à observer l'étrange endroit dans lequel ils se trouvaient depuis leur chute vertigineuse. En lieu et place de la galaxie étoilée dans laquelle avait flotté le vitrail s'étant brisé sous leurs pieds, une vacuité sans fin surplombait les flots interminables. A perte de vue, des piliers gargantuesques étaient éparpillés à intervalles réguliers, dotés de grands chandeliers muraux qui illuminaient la surface de l'eau sombre les entourant de toutes parts. Certaines des colonnes étaient brisées à mi-hauteur, des débris de roche reposant au fond de l'eau, tandis que d'autres semblaient se perdre dans l'infinité enténébrée au-dessus de leurs têtes. En regardant de plus près les abîmes aqueux tout autour de leur embarcation, Riku parvint à reconnaître un cadran d'horloge titanesque gisant parmi des tourelles éclatées et des chemins en pavés brisés éparpillés dans les bas-fonds. Comme si les murs de cette salle submergée étaient recouverts de miroirs, les colonnades semblaient s'évanouir dans un horizon lointain, englouti par l'obscurité menaçante, seulement entrecoupée par le faible éclat tremblant des bougies qui se répétaient à l'infini dans toutes les directions.
"Riku, lui vint finalement la voix de Iwako qui semblait fixer le rebord de la barque avec ses yeux non-voyants. Il y a quelque chose devant moi. Je ne sais pas ce que c'est mais je le sens."
Rejoingant la jeune femme, Riku jeta un coup d'oeil par dessus bord et vit, dans l'eau jouxtant leur canot et à proximité immédiate de la surface, des centaines de visages anémiques, semblant les épier avec avidité. Immédiatement, il attrapa la magicienne afin de l'éloigner de ces créatures tandis que la barque commença à tanguer, comme si les spectres aquatiques grattaient le vieux bois qui leur servait de refuge.
A cet instant, un effroyable bruit de rouages leur parvint depuis le haut d'un pilier, directement adjacent à leur emplacement. Riku leva la tête vers le sommet de la salle et aperçut, horrifié, des projectiles chutant à toute allure en leur direction. Se levant précipitamment, le jeune homme fit apparaître Garde du Maître et, la Clé de la Terre conjointement en mains, il dévia à l'aide de sa magie élémentaire les gigantesques rochers qui menaçaient de les écraser. D'énormes vagues naquirent au point du chute, faisant violemment osciller leur barque, quand un des revenant aquatique fut éjecté de son habitat et atterrit directement devant Iwako. Celle-ci, sentant instinctivement la présence de ces créatures cauchemardesque, transforma Cristal de Givre en sceptre et le leva devant elle. Une puissante vague vint alors raser la surface de leur embarcation, emportant avec précision la créature tel un tsunami, tout en les épargnant. Le raz-de-marée causé par la chute des bloques ne s'arrêta pas toutefois, de nombreux décombres continuant à tomber du ciel telle une pluie divine et abondante. Bien que Riku parvint à dévier la trajectoire de tous les projectiles, leur canot ne se vit pas moins emporté par les flots et ballotté en tous sens alors que Riku sentait que son mana était à présent entièrement épuisé. Finalement, à bout de patience, Iwako s'écria:
"Glaciation!"
Sans attendre, la salle submergée se vit parcourue d'un ouragan arctique, glaçant la surface des eaux sombres en quelques fractions de secondes. Bientôt, la totalité du lac souterrain fut figée, les vagues immobilisées en plein mouvement formant des montagnes escarpées dans le paysage hivernal. Riku se rassit brutalement dans leur embarcation à présent immobile, à bout de souffle, et haletait tout en jetant un dernier regard au haut d'un pilier qui dépassait de la glace et qui portait en son sommet un étrange dessin rappelant au jeune homme deux petites tornades surmontées d'une étoile.
"Je déteste cette épreuve", finit par avouer Iwako en baissant son sceptre, ses cheveux céruléens s'affolant autour de sa fine silhouette alors qu'elle lévitait magiquement à quelques mètres de la surface gelée.
Leur épreuve est loin d'être terminée: il leur reste encore 2 sens à récupérer et la porte à trouver dans cette étrange salle submergée...
Suite au prochain chapitre!
