Finalement, on avait trop hâte de publier ce chapitre donc Nsperis a utilisé toutes ses soirées de libres pour le terminer pour cette semaine!
Vous l'aurez remarqué, les chapitres du point de vue de Ventus ont un petit jeu de mots avec son nom... On explore ce personnage comme nouveau narrateur, mais ça a l'air de plutôt bien fonctionner!
Aujourd'hui, chapitre "théories" avec pas mal de références: bien entendu, plusieurs jeux Kingdom Hearts, Kuzco, FF7, FF7 Crisis Core, FF15 et World of Final Fantasy.
Un bruit sourd, profond, répétitif, rassurant…
Le son d'une horloge. Lourde, imposante, gigantesque.
Une salle avec une table. Il y pénètre, hésitant. Il sait ce qu'il va y trouver… Ou plutôt, qui il va y trouver. Il referme la lourde porte derrière lui, sans bruit, et s'avance dans la lumière.
La figure encapuchonnée est encore là. D'un mouvement lent des épaules, l'inconnu retourne son buste et semble le fixer de sous sa capuche enténébrée. Et une voix grave prononce son nom:
Ventus.
...
Ventus prit une grande inspiration paniquée et se redressa dans son lit, comme piqué par une guêpe. Le visage ruisselant de sueur nocturne, le jeune homme releva sa frange blonde pour éponger son front moite et essaya de calmer son souffle précipité. Pour se rassurer, il posa ses yeux couleur bleu royal sur les meubles familiers de sa chambre à coucher. Après avoir passé en revue ses plantes grimpantes (qui avaient bien besoin d'être arrosées) et son télescope tourné vers la vitre à sa droite, d'où s'échappaient des pépillements insouciants d'oiseaux de printemps, Ven parvint à se ressaisir. Il leva une main devant son visage et souffla, d'un timbre à la fois perplexe et habitué:
"J'ai encore rêvé de lui…"
Il déplaça ses yeux vers le dehors: il était encore tôt, tout juste les premières lueurs de l'aube. Cependant, sachant qu'il n'arriverait pas à se rendormir, l'ancien élève d'Eraqus sortit de son lit à l'agréable duvet bouffant et entreprit d'aller se passer de l'eau sur le visage, dans la salle de bain en face de sa chambre. Après un rapide coup d'oeil toujours étonné face à son propre reflet vieilli dans le miroir, Ven revint dans sa chambre et se vêtit uniquement de son kimono blanc et du pantalon de combat qui allait avec, ne voulant pas s'encombrer de ses pièces d'armure inutiles. Ne voulant pas réveiller Sora, Riku, Iwako et Hayate, il se déplaça sans bruit dans les couloirs de son monde d'origine, un sourire nostalgique accroché aux lèvres et frôlant les murs décorés de motifs cuivrés de deux doigts rêveurs. Il retourna instinctivement vers le réfectoire de la veille, et ne put empêcher un doux rire de lui échapper en reposant ses yeux sur l'échiquier abandonné en travers de la table. Puis, après avoir terminé la vaisselle du soir passé, le jeune homme décida de sortir prendre l'air. Mais ce fut à cet instant que son regard se posa sur des marques faites au couteau dans un angle du mur de la salle à manger.
"Non… c'est toujours là?"
Il retrouva sans peine les noms de Aqua, Terra et lui-même à différentes hauteurs, suivis d'indications de chiffres: 7, 13, 15… Eraqus, tel un père adoptif pour les trois Porteurs orphelins qu'il entraînait nuit et jour, avait pris l'habitude, à chaque anniversaire, de les placer devant ce mur pour prendre leur mesure et "le chemin parcouru", comme il se plaisait à leur dire. Ventus, le sourire jusqu'aux oreilles, posa sa grande paume sur la dernière marque portant son nom: Ventus, 15. Puis il nota que celle de "Aqua, 18" devait à peu près correspondre à la hauteur de ses yeux actuellement.
"Tiens… fit-il d'une voix douce. Je suis plus grand que toi maintenant, Aqua."
Il déplaça son regard et sourit tout en soupirant, notant un "Terra, 20" bien au-dessus de lui:
"Hum… quelque part, je savais que je n'arriverai jamais à te rattraper, Terra. Mais j'avais un peu espoir, quand même…"
Parler à ses amis, à leurs souvenirs… l'aidait à garder les pieds dans sa réalité, dans sa vie d'avant son long sommeil. Comme un malade qui se réveille d'un long coma, il chérissait chaque moment dont il se souvenait progressivement, car cela lui donnait à nouveau une identité, et un but. Néanmoins, nul ne peut empêcher le passage des ans…
"Ce temps perdu… fit-il en passant une main affectueuse sur les marques de ses meilleurs amis, presque son frère et sa sœur. On aurait dû le passer ensemble. A s'amuser, à apprendre et à grandir ensemble."
Rattrapé par la fatalité, Ventus apposa son front contre le mur de son enfance insouciante puis, tout en fermant les yeux, s'excusa en s'adressant à nouveau à sa famille d'adoption, comme si elle était à ses côtés:
"Je suis tellement désolé… Si je n'étais jamais arrivé à La Contrée, alors Xehanort n'aurait pas…"
Ravalant ses larmes, qui ne laissèrent au coin de ses cils blonds que des perles en suspens, il imagina la moue boudeuse d'Aqua l'accusant du regard, ainsi que le coup de coude de Terra qui l'empêchait de terminer sa phrase.
"Oui… accepta-t-il comme pour leur répondre, avec un éclat de rire dans la gorge. Vous ne me laisseriez pas dire une chose pareille, n'est-ce pas?"
Il passa son bras sans manche, celui qui était décoré d'un bracelet noir et blanc, sur ses paupières et, ragaillardi, sortit calmement dans la cour de l'école. Les réverbères ronds qui l'entouraient commençaient tout juste à s'éteindre, grâce au point du jour qui colorait joliment de rose les nuages entourant de leur bras protecteurs la montagne sur laquelle le manoir siégeait noblement.
"Haaaaa! fit-il en s'étirant de tout son long. Ce calme m'avait manqué…"
D'un pas de promeneur tranquille, il s'engagea sur le sentier en colimaçon, creusé à même le flanc de la montagne, qui le mena jusqu'à la terre ferme. Caché par le couvert des arbres, Ventus avançait, bras croisés derrière la nuque, le long d'un sentier qui crissait sous ses grandes chausses pointues, profitant de l'air matinal que son corps avait enfin le droit de sentir à nouveau jouer avec ses mèches de cheveux en pics. Il ne tarda pas à parvenir au bord du lac qui entourait l'école, et dont il longea encore la berge pour se diriger, presque instinctivement, vers leur ancien terrain d'entraînement. Celui-ci avait été envahi par la végétation et les différentes installations rotatives étaient à présent recouvertes de jolies fleurs multicolores au parfum enivrant.
"La nature a repris ses droits... " commenta Ven avant de débuter le jardinage de la zone.
Le jeune homme, trouvant les fleurs aux grands pétales bien trop jolies, ne put se résoudre à le jeter impunément par terre, comme le reste de la mauvaise herbe, et débuta un bouquet qu'il déposait sur un banc, à ses côtés. Trop absorbé par sa tâche, il sursauta en entendant une voix mélodieuse s'élever dans son dos:
"Je t'ai vu t'affairer depuis la cour… je me suis dit que tu aurais peut-être besoin d'un coup de main?"
Ventus se retourna et vit Iwako avancer vers lui, déjà vêtue de ses habits d'aventurière, mais sa belle natte de cheveux de nuit encore libérée de toute entrave.
"Déjà debout? s'étonna le jeune homme en lui souriant gentiment. Tu veux petit-déjeuner?"
"Je n'arrivais pas à me rendormir… soupira la jeune femme en se plaçant aux côtés de Ven pour débrousailler un mannequin particulièrement amoché. Et c'est gentil mais je voulais attendre que les autres soient tous debout… D'habitude c'est Haya qui est la première levée, je ne m'attendais pas à trouver un autre matinal dans le groupe!"
La magicienne sourit de ses belles lèvres corail en direction du jeune homme blond, qui avoua:
"Je… fais des rêves étranges, depuis mon sommeil forcé. Je pensais qu'ils s'estomperaient à mon réveil, mais certains semblent encore plus forts qu'avant."
Il repensa fugacement au visage caché de l'homme en noir et s'apprêtait à changer de sujet lorsqu'Iwako, baissant ses yeux améthyste vers le sol, admit:
"Je fais de plus en plus de rêves depuis quelque temps, moi aussi… Parfois des cauchemars, parfois des images, des bribes incompréhensibles… Pas forcément négatives, mais que je ne comprends pas. Je pense que comme Haya, il s'agit de souvenirs enfouis profondément dans ma mémoire…"
Iwako s'accroupit souplement pour couper la tige d'une fleur entre deux doigts fins puis se releva gracilement pour l'ajouter au boquet débuté par Ven en ajoutant:
"Je pense que c'est à cause du sortilège d'Enna Kros."
"Le sortilège… répéta Ventus, en papillonnant des paupières. D'Enna Kros? Qu'est-ce que c'est?"
La magicienne se tourna vers lui et remit une mèche de cheveux bleus qui voletait dans une brise légère derrière son oreille avant d'expliquer:
"Je crois que lorsque Kros nous a proposé de participer à ce qu'elle a nommé "la quête des souvenirs", elle a comme passé un "pacte" avec nous. Ce type de sortilège était souvent utilisé, d'après Yen Sid, pour guider certains Porteurs de Keyblade investis d'une noble tâche. Et dans notre cas je pense… que ce pacte influe sur nos souvenirs, nous forçant à les revivre…"
Elle tourna vivement la tête vers Ventus, qui ne put qu'admirer la beauté de sa peau de lait agrémentée de trois grains de beauté, et termina avec assurance:
"Je pense que ta connexion au coeur de Sora a pu, contre ton gré, t'impliquer également dans cette quête."
"Alors… comprit Ven en rouvrant sa paume pour en regarder les lignes d'un regard distrait. Mes rêves seraient… des souvenirs?"
"...toi aussi n'est-ce pas? fit Iwako avec empathie. Tu étais amnésique, avant ta rencontre avec Xehanort….Toi aussi, tu ne sais pas réellement d'où tu viens, ni qui tu es…"
Une bourrasque de vent frôla les deux jeunes Porteurs de Keyblade, gonflant le kimono blanc de Ventus autour de son coeur battant et soulevant la cascade de cheveux d'Iwako dans son dos, à la manière d'une cape rappelant un ciel étoilé. Oui, songea Ven en observant les traits fins de la magicienne avec un nouveau regard, il était comme elle. Et comme Hayate.
Ils vivaient tous les trois dans l'obscurité de leur passé trouble, habités de rêves et de sensations inconnues, fantômes d'une époque dont ils ne semblaient plus faire partie.
"Au début j'étais effrayée à l'idée de savoir qui j'étais… soupira Iwako avec un sourire, tout en posant ses deux mains sur son bustier à carreaux. Mais maintenant, je sais qu'il ne sert à rien de vivre dans le passé, et que j'ai le droit d'être qui je veux à présent. Je profite de chaque instant passé avec Sora, Hayate et… Riku."
Ventus, attendri par ses paroles sincères, qui lui firent fugacement penser au dialogue qu'elle avait eu avec Sora il y a longtemps, ne répondit pas. Elle enchaîna donc, quelque peu tendue:
"Et toi bien sûr maintenant que tu es de retour parmi les "éveillés"! Je me réjouis de pouvoir apprendre à te connaître! Même si…"
Bien que touché par sa gentillesse, Ven perdit son sourire pour lever un sourcil blond interrogateur. "Même si" quoi? Mais elle ne lui laissa pas le loisir de lui demander de poursuivre qu'elle se retourna, mains dans le dos, et demanda jovialement:
"Que vas-tu faire de ces jolies fleurs?"
Revenant au présent, Ventus se gratta la tempe en admettant:
"J'y avais pas trop réfléchi… Mais j'aime les plantes. Ça me fait toujours mal au cœur de devoir les couper…Surtout qu'elles ont toutes une symbolique, un langage...c'est Maître Eraqus qui me l'avait appris."
Le jeune homme se pencha pour ramasser les trois espèces qu'ils avaient rassemblées, blanches et rosées pour la plupart, et lista leurs différents noms tout en s'asseyant sur le banc:
"Colchique, églantine…et chrysanthème."
"Et que signifient-elles en langage des fleurs?" voulut savoir Iwako, intriguée, en prenant place à ses côtés.
"Amour, précisa Ven. Remerciements et…"
Il se rembrunit avant de terminer, tristement:
"Deuil."
La magicienne posa sur lui un regard peiné, ainsi qu'une fine main sur son bras recouvert d'une manche, et proposa, d'une voix douce:
"Tu aimerais qu'on fasse une couronne de fleurs… pour lui?"
Ventus la regarda en souriant, la remerciant silencieusement. Oui, il avait besoin de faire le deuil de son Maître… Son âme enfin en paix, Eraqus avait le droit à une sépulture digne de ce nom. Ventus n'avait pas osé le formuler à voix haute, de peur de "briser" la légèreté de l'ambiance à toute l'équipe, mais son cœur désirait faire cette cérémonie.
"Merci Iwa… Avec plaisir."
Les deux jeunes gens débutèrent alors la confection d'une belle couronne florale bien fournie, mêlant les doigts experts d'Iwako et les connaissances botaniques de Ventus. Tout en parlant de choses et d'autres, les deux Porteurs commencèrent à se détendre et au bout de quelques minutes, Ventus se surprit à ressentir une sorte de nostalgie envers la magicienne, intrigué par le profond lien qui semblait se tisser entre leurs deux natures calmes et sereines. Enfin, leur œuvre achevée, Iwako se mit à farfouiller dans l'herbe à leurs pieds à la recherche d'un brin de lierre qui lui permettrait de fermer le bouquet. Mais lorsqu'elle se redressa, elle tenait une dent-de-lion entre les doigts et la regardait avec l'émerveillement d'une enfant. Ventus, réjoui et fasciné également, se remémora alors une petite contine qu'il fredonna à mi-voix:
"Souffle, souffle, vent de minuit.
Vole, vole, joli pissenlit.
Et de tes graines emplis la triste nuit..."
Ventus s'arrêta et tourna un regard hagard en direction d'Iwako, qui tournait pareillement son visage de porcelaine pour le fixer avec désarroi.
Elle avait chanté en chœur avec lui. Elle connaissait aussi cette chanson, et cet air…
"Tu…? débuta Ven en levant un doigt interrogateur en direction de la magicienne. Comment?"
"Je l'ignore…" avoua Iwako, en tendant la dent-de-lion à Ven, soudain mal à l'aise.
Néanmoins, la jeune femme posa une main sur son coeur et baissa la tête, comme songeuse.
"Oserai-je me joindre à vous ?"
La voix d'Hayate leur parvint depuis l'autre bout du pré fleuri et Iwako lui fit de grands signes pour l'inviter à s'asseoir avec eux, dans les fleurs. La magicienne lui expliqua rapidement, devant le sourire triste et gêné de Ventus, que le jeune homme désirait enterrer officiellement son maître. Hayate, compatissante, proposa alors diligemment:
"Je peux graver des mots en langue du Livre des Prophéties sur la tombe, si tu es d'accord. Je pense… que cela serait un bel hommage à l'homme que Maître Eraqus était, ainsi qu'à sa lignée et à l'héritage qu'il t'a transmis."
"Merci Hayate… accepta Ven les larmes à nouveau dangereusement au bord des yeux. Je pense qu'il en sera très fier…"
Comme le jeune homme ne voulait pas pleurer devant les deux jeunes femmes, il tourna sa tête vers le ciel qui devenait de plus en plus bleu. Hayate et Iwako, après un hochement de tête commun, attrapèrent chacune un bras de Ventus, pour le soutenir dans cette épreuve émotionnelle, et levèrent à leur tour leur menton vers la voûte céleste.
…
Sora était caché depuis un bon quart d'heure dans les fourrés aux côtés d'un Riku particulièrement silencieux. Néanmoins, son mécontentement était visible au travers du sourcil argenté qui tressautait chaotiquement sur son front alors qu'il observait Ventus converser avec la femme de ses pensées. De là où les deux jeunes hommes se cachaient, il leur était impossible d'entendre clairement ce que Iwako et Ventus se disaient, mais leurs interactions étaient particulièrement familières aux yeux de Sora. Et lorsque Hayate avait rejoint le duo initial pour finir enlacée avec le grand blondinet, la jalousie lui avait finalement empourpré les joues.
"Je commence à regretter que tu l'aies réveillé celui-là..." grogna finalement Riku avec une sourde colère, en fixant Iwako pendue au bras de Ven.
"Je te le fais pas dire…" bougonna l'Élu de la Keyblade qui fixait, pour sa part, Hayate.
Les deux jeunes hommes tournèrent alors leurs visages blasés l'un vers l'autre, prêts à débuter un plan tactique visant à séparer le jeune rival de leurs deux dulcinées, lorsque Sora vit une puissante poigne attraper Riku par le col de sa veste, à la manière d'un chaton, et qu'il sentit une main faire de même sur son propre capuchon. Soulevés de terre simultanément, et extirpés de leur cachette par la force, les deux jeunes hommes se regardaient, effrayés, alors qu'une voix de femme lâchait:
"Quelles sombres messes basses êtes-vous en train de siffler comme des vipères dans cet arbrisseau?"
Tandis que Riku se débattait pour son honneur et arrachait sa veste de la main de Hayate, lui intimant de le lâcher tout de suite, Sora attendit qu'elle le repose au sol avant de lui sourire de toutes ses dents en se grattant nerveusement sa masse de cheveux en pics:
"On...on était venu vous chercher parce qu'on a préparé le petit-déjeuner… et qu'on commençait à avoir faim à vous attendre…"
Comme pour confirmer son témoignage, le ventre de Sora émit un terrible gargouillis et Ventus et Iwako éclatèrent conjointement de rire avant que la magicienne ne se relève dans un souffle magique pour chantonner:
"Alors allons manger! Je me réjouis de voir ce que vous avez réussi à nous concocter."
"J'ai suivi des recettes! déclara fièrement Sora alors que le groupe de cinq Porteurs remontait vers le vaisseau. Vous allez pas être déçus!"
"C'est des œufs brouillés et du lard grillé… lâcha Riku sans émotions. C'est pas non plus la mer à boire à préparer…"
"HEY! se défendit Sora. Toi, déjà, t'as préparé quele café, et t'en as déjà bu la moitié tout seul je te signale!"
Dans un nouvel élan d'hilarité générale, les Porteurs de Keyblade allèrent donc prendre un petit-déjeuner peu caféiné mais rempli de plats protéinés, dans la joie et la bonne humeur.
…
Clic-clac-clic-clac-clic-clac...
Les battements réguliers du coeur d'une horloge résonnaient dans le silence d'une dimension noire et profonde, sans fond, et presque vide à l'exception d'un gigantesque cristal nacré flottant dans la vacuité du monde. Il avait pour seule compagnie une tour à la hauteur vertigineuse se terminant, en son sommet, par un imposant balcon composé de divers écrous et rouages mouvants. Y apparut soudain une mince silhouette, dans un scintillement éblouissant. Se découpant sur la toile de noirceur qui l'entourait, les yeux d'acier froid d'Enna Kros se mirent à luire de mépris tandis qu'elle observait avec une claire réprobation la scène qui se déroulait en contre-bas. Sa cape blanche de scientifique claqua dans une brusque bourrasque de vent gémissant, alors que son beau visage se durcissait, prenant une effrayante façade colérique.
"L'oublier ne pourra pas effacer tes sentiments à son égard... Tu ne peux rien y faire... et ce sont tes proches qui souffrent toujours inéluctablement de tes erreurs égoïstes…"
Une légère brise caressa soudain la chevelure argentée de Kros, qui tourna son visage radouci en entendant une nouvelle voix fluette résonner dans le silence noctambule:
"Tu la détestes vraiment à ce que j'entends… Tu ne penses pas être un peu trop dure avec elle?"
Enna dévisagea rapidement le corps translucide de la jeune fille aux papillons dans les cheveux, qui avança diligemment pour se tenir à la hauteur de sa compagne, au bord du sommet de l'édifice mécanique.
"Tu sais ce qu'elle m'a fait… rappela Enna avec une distincte ire dans la voix. C'est à cause d'elle que je les ai tous deux perdus..."
"Je ne sais pas si c'est vraiment ce qu'il s'est passé… atténua la Jeune Fille Sans Nom en prenant une mine songeuse. Et je pense qu'elle le paye aussi toujours… tu ne crois pas?"
Enna Kros détourna son regard de sa jeune sœur et parut soudain mal à l'aise. Ne sachant plus que rétorquer, elle se plongea dans un mutisme réflexif, et peut-être un peu honteux. Pour dévier quelque peu l'irritation de sa compagne de son objet initial, la Jeune Fille Sans Nom osa un coup-d'oeil complice en bas de la Tour puis commenta, avec une once d'amusement dans la voix:
"Tu sais… par rapport à la malédiction? Je pense qu'il faut que l'on se laisse le loisir d'être surprises."
Tombant des nues, Kros braqua un regard interloqué sur la fille des Rêves en lâchant, perplexe:
"Que veux-tu dire?"
Clong! Clong! Clong!...
La Jeune Fille Sans Nom n'eut pas le temps de rouvrir la bouche qu'Enna Kros jettait un bras ganté de blanc devant elle, comme la protégeant de son corps, et murmura, nerveusement, en levant son regard vers le ciel inexistant:
"Des intrus dans la Tour du Temps. Cache-toi."
"Mais Enna…?'' tenta de se défendre la petite fillette, en serrant ses deux mains sur son coeur.
"Pas le temps," trancha Kros en lui jetant un regard par-dessus l'épaule.
La Fille aux papillons dans les nattes avait à peine disparu qu'un bruit sourd résonna dans l'espace vide tout autour de la structure titanesque et qu'un grognement bestial, guttural, fit trembler les différents rouages qui s'arrêtèrent quelques instants, relâchant des masses de poussière. D'un geste véloce, la Gardienne du Temps plaça une paume à hauteur de son beau visage, provoquant l'amas d'une masse brumeuse et sombre devant le grand cristal qui flottait devant ses yeux. Après quoi, au-dessus de son écharpe rose victorienne, le faciès de Kros se fit plus sérieux et en même temps plus aimable lorsqu'elle ouvrit un bras accueillant devant elle en déclarant:
"Bahamut… Quel plaisir de te voir me rendre visite. Une petite tasse de thé?"
Jaillissant de l'abysse intemporel au-dessous d'elle, un colossal reptile affublé d'ailes métalliques vola jusqu'au balcon de la femme, le dépassant dans un puissant battement d'ailes, avant de se stabiliser en l'air, dépliant ses impressionnantes ailes dorées et vermeille autour de son corps. Provenant de sous ce qui semblait être un casque de dragon noir entouré d'une auréole cuivrée, une voix profonde et autoritaire résonna alors:
"Enna Kros… Je n'ai pas le temps pour tes boniments. L'heure est grave."
Après une pause dramatique durant laquelle la Gardienne du Temps ne dit mots, le Draconéen reprit durement:
"Le Souvenir de Kingdom Hearts est vide. Sais-tu quelque chose?"
Toujours mutique, Enna Kros se contenta de lever le menton vers l'immense bête et de hausser les épaules. Perdant le peu de patience qui lui restait, Bahamut rugit alors:
"Si tu sais quelque chose, tu DOIS me répondre! As-tu seulement la moindre idée de ce que cela peut impliquer concernant les mondes?!"
"Je l'ai déjà soumis au Conseil il y a fort longtemps… se défendit enfin Kros en fermant les yeux tout en croisant les bras. C'est un mince prix à payer sachant ce que nous pourrions en retirer."
Bahamut retira sa tête draconique vers l'arrière, sans doute choqué, avant de reprendre d'un ton incertain:
"Ainsi, tu te dénonces? Est-ce encore l'une de tes dangereuses expériences?"
Kros rouvrit deux yeux au regard glacial dont elle foudroya son interlocuteur avant de siffler entre ses dents, provocatrice:
"Je te répondrai si tu cesses ta tentative d'intimidation sur moi, dans mon Domaine…"
Un nuage de fumée ardente sortit des naseaux métalliques du crâne du dragon courroucé, après quoi son corps tout entier sembla comme se refondre en une masse plus petite et plus humaine sur le rebord du balcon, aux côtés de la Gardienne des lieux. Un jeune homme aux soyeux cheveux d'un noir de nuit posait à présent ses yeux bleus strillés de gris sur Kros, agacé.
"Réponds", ordonna froidement la forme humaine de Bahamut, d'une voix suave.
"La sortie est temporaire, répondit enfin Kros. Et ce n'était pas ma volonté."
"Insanités!" s'impatienta Bahamut en se détournant d'elle, faisant claquer sa cape noire de rage.
La panique passa alors dans les yeux de la Gardienne du Temps, tandis qu'elle posait son regard sur les larges épaules décorées de dorures du Draconéen… Il faisait à présent face au cristal enténébré. Kros tressauta d'inquiétude lorsque la voix froide et vibrante de colère de l'homme reprit:
"Qu'as... tu...fait?"
Après que le Gardien eût levé un bras devant lui pour dissiper l'illusion qui lui voilait le cristal sacré, il fit volte-face et, son visage altier défiguré par l'ire, hurla:
"QU'AS-TU OSE FAIRE?!"
Devant l'air condescendant et obstiné que lui rendait noblement la Gardienne dont le visage était battu par les boucles argentées de ses cheveux, Bahamut reprit sa tirade véhémente de plus belle:
"ENNA KROS! Tu ne me laisses pas le choix: par le pouvoir qui m'a été conféré par le Conseil, j'ordonne ton arrestation immédiate! A moi, Chevaliers de la Table Ronde!"
Un bruit de métal qui s'entrechoque envahit le silence de la dimension et une douzaine de chevaliers en capes et en armures flamboyantes se déversèrent sur la scientifique depuis l'intérieur de la tour, se saisissant de ses bras et l'immobilisant de par leur nombre.
"Tu as enfreint trois de nos lois divines… explicita Bahamut. Tu as pris de nouveaux Élus, attaqué un mortel et agit sans notre consentement sur le Deus Cristal. Par conséquent…"
Les yeux de saphir du Draconéen brillèrent de magie alors qu'il prononçait son ultime sentence:
"... C'est toi, qui prendra sa place à l'intérieur."
CLONG!
Comme le chapitre était un peu en 2 parties, nous avons 2 questions pour vous:
1) Que pensez-vous de la partie dans la tête de Ventus?
2) Qu'avez-vous compris à la seconde partie (peut-être inattendue)?
