Aujourd'hui au menu, chapitre un peu "délire" avec nos 5 héros, mais parsemé de scènes un peu plus "tristes" et de 2-3 informations sur les passés de Hayate et surtout Ventus.
Bonne lecture!
Iwako avait fait part à Sora et Riku du désir de Ventus d'enterrer proprement la mémoire de son Maître. Ainsi, les cinq Porteurs, d'un commun accord, œuvrèrent une journée entière à la création du monument funéraire qui allait accueillir le souvenir d'Eraqus, dans la cour de la Contrée du Départ. Riku utilisa la Clé de La Terre pour fabriquer, à même la roche de la montagne, une stèle de pierre rappelant la forme de Garde du Maître, la Keyblade du défunt Porteur. Hayate y grava par la suite quelques mots en ancien langage à l'aide de la Clé du Vent:
In memoriam Eraqus dilecti magistri, qui primorum Keyblade ferentium heres et amatus durusque pater fuit. Utinam anima sua tandem amorem et pacem inuenat.
Ce qui signifiait, selon la jeune femme: "En mémoire de notre bien-aimé Maître Eraqus, descendant des premiers Maîtres de la Keyblade, Maître exigeant et père aimant. Puisse son âme trouver enfin le repos et l'amour qu'il a tant donné."
Après qu'Iwako eût respectueusement déposé la couronne florale qu'elle avait créée avec Ven en haut de la stèle mortuaire, Sora se tint aux côtés de l'ancien élève d'Eraqus, posant une main fraternelle et encourageante sur son épaule alors que le jeune homme récitait un court discours touchant et empli d'émotions à l'égard de celui qu'il considérait comme son père adoptif. Les cinq Porteurs de Keyblades rendirent de longs hommages silencieux à l'âme qu'ils avaient libérée du Manoir Oblivion, car chacun, à sa manière, se trouvaient proche de cet homme, fugacement connu: si Ven le considérait comme une part de sa famille, Riku voyait en lui comme un miroir de lui-même, ou une projection de son futur possible. Sora, quant à lui, ne pouvait que s'identifier à cet ancien Élu de la Keyblade, abandonné par Chaîne Royale. Iwako pour sa part, avait ressenti mieux que quiconque la douleur du fantôme due à son enfermement dans le Manoir, et avait été touchée que le Maître valorise ses talents de magicienne. Enfin Hayate, bien qu'amnésique, avait comme un vague souvenir de son échange avec son esprit et savait que "leur passé semblait intimement liés". Ainsi, les jeunes guerriers de la Keyblade restèrent devant la tombe d'Eraqus jusqu'à la tombée du Crépuscule, qui enflamma soudain les dorures miroitantes des façades de la citadelle derrière eux, comme ravivant la mémoire du défunt qui avait su marquer leurs vies à tous.
Ce soir-là, ils mangèrent à leur faim. Mais Ventus, fatigué par la charge émotionnelle de cette journée, alla se coucher de bonne heure, vite imité par ses compagnons pour qui cette veillée funèbre avait marqué comme une étape sur leur chemin, et la tombée de la nuit fut telle la porte d'un passé révolu que l'on referme tristement mais tendrement derrière soi…
…
Un rayon de soleil vint chatouiller son visage assoupi, le forçant à passer un bras bras dénudé sur son visage, dans le mince espoir de gagner quelques minutes de sommeil supplémentaire… Un oiseau passa devant sa fenêtre entre-ouverte en chantant, et une brise légère souleva le fin rideau qui recouvrait à demi-l'encadrement de bois au-dessus de son lit.
"Mmmmmh..."grogna-t-il d'une voix rauque matinale.
Ventus cligna plusieurs fois des paupières, car ses yeux le piquaient beaucoup et dérangeaient sa vision, l'empêchant de devenir nette. Il roula dans son duvet douillet, et fixa la porte en bois de sa chambre entre-ouverte, derrière laquelle lui parvenait le murmure d'une chanson fredonnée, sans doute de la voix d'Iwako. Lorsque les yeux bleu mi-clos du jeune homme glissèrent dans leurs orbites pour chercher le miroir posé contre son mur, la glace lui renvoya l'image d'une grand jeune homme débraillé et balafré le fixant mollement sous une masse de cheveux blonds en pétards.
"...tu crois pas que t'as déjà assez dormi comme ça…?" grommela-t-il avec ironie depuis l'intérieur de son coussin à l'intention de son reflet.
Un éclat de rire masculin, appartenant sans aucun doute à Sora, résonna dans toute la cour en contrebas de la tour dortoire et décida Ventus à s'extirper hors de son lit. Comme il avait beaucoup pleuré, ses yeux étaient quelques peu injectés de sang et étrangement rapetissés par la douleur. Ne désirant pas que ses amis le voient dans cet état, il décida d'utiliser son plan d'urgence, qui datait de l'époque où Aqua et Terra étaient toujours plus rapides que lui à atteindre la salle de bain: une cruche d'eau et sa cuvette! Utilisant les grands moyens d'emblée, Ventus y versa toute l'eau à l'intérieur puis y plongea violemment la tête en avant, la submergeant totalement. Lorsqu'il jeta sa tête en arrière dans un soupir de soulagement, ses cheveux imbibés d'eau repeignirent tout le parquet de sa chambre avant qu'il ne pose urgemment un grand linge sur son crâne, faisant totalement disparaître sa tête au-dessus de son torse nu. Comme il faisait déjà chaud ce matin-là, Ven resta là un instant, bras ballants tel un zombie, savourant l'agréable fraîcheur des gouttes d'eau roulant dans sa nuque.
"Bonjour Ven! Bien dormi?"
Le coeur de Ventus rata un battement en reconnaissant la voix d'Iwako et, dans un petit cri bien trop aigüe par rapport à son physique de jeune homme de 25 ans, il arracha le linge du haut de sa tête pour le plaquer maladroitement sur son torse, tentant de garder un semblant de pudeur devant la magicienne.
"Désolée de t'avoir fait peur", lâcha Iwako qui pouffait de rire derrière une main.
"C'est… bredouilla Ven qui savait pourtant qu'il rougissait. C'est rien…"
"Je vais vite me laver les cheveux, explicita la jeune femme en montrant le couloir derrière elle d'un pouce par-dessus son épaule. Mais tu peux aller m'attendre dans notre cabine, sur le vaisseau, s'il te plaît?" J'aimerais ajouter le tissu quadrillé sur tes vêtements."
"Heu… lâcha Ven, décontenancé par le ton naturel que prenait la magicienne avec lui. OK."
Devant le timbre gêné du jeune homme, Iwako parut mal interpréter son hésitation et précisa, avec une pointe d'amusement dans la voix:
"... personne n'est nu, je te rassure."
"...Da… accepta finalement Ventus, qui était encore plus embarrassé à présent. D'accord…"
Alors qu'Iwako allait s'enfermer dans la salle de bain de l'étage, l'ancien élève d'Eraqus plia rapidement son kimono autour de son buste et descendit une volée de marches qui l'amenèrent à Hautvent, toujours posé sur une sorte de plateforme herbeuse juste devant l'entrée du manoir. Des blocs gummi de tailles et de formes différentes jonchaient le sol tout autour de l'appareil, comme s'il avait essuyé une pluie de météorites. Néanmoins, songea Ventus en ouvrant le saas avant de s'y engager, il n'y avait aucune trace d'un quelconque affrontement spatial…
Parvenu devant la porte métallique de la cabine portant le numéro 3, Ventus leva une main hésitante et toqua faiblement de deux doigts sur sa surface, s'annonçant avec incertitude:
"Heu… c'est Ven. Iwa m'a demandé de passer…?"
Il y eut un bruit sourd à l'intérieur, comme le son d'une masse tombant au sol, suivi d'un juron venant d'un autre temps. Puis une voix de jeune femme s'écria:
"V-Ventus! Entre!"
Lorsque le jeune homme passa la porte coulissante qui se referma derrière lui, les épaules voûtées par le malaise, il nota un geste rapide d'Hayate, à savoir un coup de pied contre ce qui ressemblait à un bout de vêtements, qui finit sa course sous le lit de la jeune femme. Prenant son air faussement fier, Hayate croisa les bras sous sa poitrine (seulement cachée par une bande de tissu magenta) et leva son menton en direction de l'intrus, en lui lançant:
"J'espère pour toi que tu n'utilises pas ton innocence naturelle pour me tromper et pénétrer ici impunément?"
"Heu… se défendit Ven en levant deux paumes ouvertes devant lui en souriant nerveusement. Non c'est vraiment Iwa qui m'a dit qu'elle avait un vêtement à me faire essayer, je crois…"
Un éclair de profonde euphorie passa dans les yeux bleu ciel de la défenseuse, qui ne put retenir une exclamation étouffée:
"Oooooh un essayage…!"
Après quoi elle se reprit, se racla profondément la gorge, et désigna négligemment du bras le lit en face d'elle:
"Assieds-toi là, le temps qu'elle arrive. Tu tombes à point nommé: j'ai quelque chose à te montrer."
Toujours aussi mal à l'aise, Ven se dirigea vers le matelas indiqué, qu'il identifia être celui d'Iwako: le lit était méthodiquement fait, et tout le côté gauche de la salle était encombré de porte-robes dont les ceintures semblaient avoir de la peine à supporter le poids des lourds tissus qu'ils retenaient de leur bois en équerre. Il s'agissait, comprit le jeune homme, de tous les costumes et vêtements créés par la magicienne, en cours d'achèvement ou encore jamais utilisés par l'équipe. Une petite étagère en bois surplombait sa taie d'oreiller, mettant en valeur une bague en forme de serpent, divers livres de magie, un bouquet de fleurs séchées et un petit lampion orangé marqué d'un symbole solaire. La droite de la chambre, en revanche, semblait être… un chaos organisé de diverses piles de livres, de feuilles volantes et de crayons. Le second lit, vaguement fait, était décoré de deux gros coussins ainsi que d'une petite peluche de renard blanche. Une sorte de grand drap beige cachait tout le pan de mur métallique au-dessus du matelas. Or c'était précisément ce voile mystérieux qu'Hayate regardait avec orgueil.
"Je l'ai terminé ce matin même! Admire!"
D'un geste de ses bras puissants dénudés, la défenseuse tira sur le rideau qui tomba mollement sur le lit, dévoilant un panneau de bois épinglé de nombreux clous et recouvert de feuilles gribouillées de notes, croquis et points d'interrogations. Chaque feuillet était relié à un ou plusieurs autres par des ficelles multicolores. Ventus, intrigué par ce qui ressemblait au tableau de recherche de suspect dans une enquête policière, osa demander:
"Qu'est-ce que c'est?"
"Un aperçu de mon raisonnement", affirma la jeune femme en posant fièrement ses mains sur ses hanches en admirant son travail.
Ventus sourit: oui, ce qui se passait dans la tête de Hayate devait à peu de chose prêt être aussi complexe, chaotique et bizarrement organisé. Le jeune homme, dédaignant la vue du tableau quelques instants, observa la jeune femme debout devant lui: que ce soit sa position victorieuse, son sourire enfantin ou encore la masse de cheveux roses en bataille sur son crâne (qu'elle n'avait sans doute pas peignés ce matin par négligence), Ventus comprenait mieux pourquoi Sora n'avait pu que tomber sous le charme de cette femme qui avait, contre toute attente, un certain nombre de points commun avec l'Elu.
"Alors? s'impatienta Hayate en posant un regard bleuté sur Ven. Qu'en penses-tu?"
"Et bien… hésita le jeune homme blond en revenant à la réalité et en essayant de suivre les fils du regard. Il faudrait d'abord que je sache ce que tu cherches, exactement…"
"Mon souvenir perdu, pardi! déclara Hayate en sautant sur son duvet pour pointer les différentes feuilles du doigt. Chaque fois que je perds le fil d'une conversation, que je ne comprends pas de quel événement vous parlez ou lorsque j'ai comme un "trou" en tentant de me souvenir de quelque chose, je le note. J'ai tout organisé et recensé ici, et j'essaye, par déduction logique, de trouver ce que j'ai bien pu abandonner au Manoir."
Ventus perdit progressivement son sourire joyeux, vite remplacé par son cousin ironique: la nature même d'Hayate ne pouvait se résoudre à ne pas "chercher" la solution à un mystère. Plein d'empathie à son égard, il posa ses coudes sur ses genoux, se penchant en avant vers elle, et soupira avec amusement:
"C'est vraiment ingénieux de ta part… je devrais peut-être faire de même pour moi…"
Il se redressa derechef, mal à l'aise, ne désirant pas commencer à plaindre sa situation devant celle de la jeune femme. Néanmoins Hayate parut tout à fait le comprendre car elle se laissa retomber sur son matelas, en face de lui, et lui demanda:
"Toi aussi, tes souvenirs sont embrouillés, je me trompe? A quand… remonte ton dernier souvenir?"
Ventus se massa la nuque en évitant de regarder la défenseuse de face, admettant sans émotions:
"Je crois… que je n'ai plus aucun souvenir clair de ma vie avant que Xehanort me trouve dans la Nécropole des Keyblades… A l'âge de 11 ans."
Hayate ouvrit de grands yeux ronds étonnés, dépliant la cicatrice qui lui barrait le côté gauche du visage. Après quoi elle se saisit du carnet de Naminé qui reposait sur sa table de chevet et chercha une page précise. Il s'agissait chronologiquement d'un des premiers croquis qu'elle avait fait. D'un incroyable réalisme, on pouvait y distinguer des centaines de Keyblades plantées dans un sol désertique, et ce qui ressemblait à un Kingdom Hearts coupé en deux, dans les cieux. Ven, curieux, passa sa grande main sur la page, comme pour essayer d'en révéler l'énigme d'une quelconque manière, avant de lever ses yeux bleu roi pour les plonger dans ceux, cristallins, de Hayate:
"Alors toi aussi tu… te souviens précisément de ce lieu?"
"J'ignore ce que j'y ai vécu… admit la jeune femme en fronçant ses sourcils roses. Mais c'est un des premiers lieux dont je me suis clairement souvenu, en rêves. Je sais qu'il s'y est passé quelque chose d'abominable, qui m'a profondément marquée, peut-être même changée…"
Peu encline à s'épancher davantage sur elle, la défenseuse redressa son visage plein de taches de rousseur vers Ventus, reportant son attention sur lui:
"Mais que faisait un enfant là-bas? Étais-tu perdu? T'y a-t-on emmené? Ton monde d'origine a-t-il été détruit? Et...où sont passées les 11 premières années de ta vie?"
Ven, assailli par ce flot de questions pertinentes mais auxquelles il n'avait pas la moindre idée de réponses, se contenta d'hausser les épaules et d'admettre:
"J'en sais rien… et j'ai peu de …"flashs" de cette période. Comme si…"
"...ça avait été effacé."
Hayate, plantant ses iris d'acier dans les siens, avait prononcé la fin de la phrase à l'unisson avec lui. Son visage dur et sérieux indiquait qu'elle venait d'énoncer un fait, et non une supposition. Pourtant, le regard célestine de la jeune femme vibrait étrangement, peut-être de compassion à son égard. Pour détendre l'atmosphère, et tenter de relativiser un peu leur situation compliquée, Ventus se redressa sur le lit d'Iwako et plaisanta en faisant tournoyer un doigt autour de sa tempe:
"En vérité, c'est vraiment un peu le souk là-dedans. La plupart du temps j'arrive à gérer, mais des fois j'ai un "passage" et… j'avoue que j'ai besoin de m'isoler un moment, le temps que ça passe, sinon vous me verriez un peu "figé" bêtement au milieu du chemin… Donc je ne vais pas si souvent que cela aux toilettes, en réalité… Je voulais que quelqu'un sache que ma vessie va très bien."
Hayate, surprise par ses aveux inopportuns, pouffa discrètement avant de sourire et d'admettre également, en tapotant son crâne d'un doigt:
"Personnellement je compare ma mémoire à un champ de bataille en ruines recouvert d'une sorte de ratatouille, ou de clafoutis… avec des gouffres insondables un peu partout, comme un gros gruyère malodorant. J'admets que depuis la sortie du Manoir Oblivion, j'essais de faire bonne figure, mais parfois je n'ai pas la moindre idée du sujet de la conversation... Et je me demande aussi comment j'ai fait pour oublier les nouveaux muscles de Sora!"
Réalisant l'absurdité de leur discussion, Ventus ne put retenir un discret petit rire, qui se mua bientôt en une franche rigolade entre les deux jeunes gens, avant que le jeune homme ne conclut:
"J'ai vraiment l'impression de devenir fou parfois…"
"La folie mène parfois à la grandeur… déclara sagement Hayate en lui tendant son poing fermé. Camarades de folie?"
Dans un geste fraternel, Ventus plaça également son poing contre celui, bien plus tenu, de la jeune femme et accepta:
"Camarades de folie…"
Un courant d'air entra par la lucarne ronde de la cabine, laissée entre-ouverte, et souleva soudain plusieurs feuilles placées vers le centre du tableau d'enquête mural. Ventus papillonna de ses cils blonds en tentant de suivre les différents fils pour en trouver le centre. Y repérant un grand point d'interrogation, il osa demander:
"Et du coup... tu as trouvé quelque chose d'intéressant avec ton "raisonnement"?"
Le sourire de la jeune femme fondit sur son visage crême, telle la neige aux premières chaleurs du printemps, et elle se mit à nouveau debout sur son lit tout en attrapant une craie au passage, de manière à pouvoir inscrire la réponse à la question de Ven au centre du tableau, sans un mot. Ventus écarquilla ses yeux en parvenant enfin à lire ce qu'elle avait écrit sur la paroi murale:
SORA
"Alors tu… murmura Ven choqué. Tu as compris?"
"Evidemment, soupira la jeune femme tristement tout en baissant la tête. Iwako m'a aussi vu faire ce matin et elle m'a plus au moins aiguillée sur cette piste…"
Hayate déplia ses poings devant elle et, tout en les regardant vaguement, reprit:
"J'ai de nombreux souvenirs de nos combats, de nos aventures et de nos chamailleries dans le vaisseau. Mais à chaque fois, il manque une personne dans mes tableaux mémoriels: Sora. A sa place,je n'y trouve qu'une forme blanche et opaque, comme un fantôme, à la fois présent et absent de toutes ces scènes. Enfin... je ne suis pas très douée pour lire les émotions d'autrui, néanmoins j'ai déjà noté plus d'une fois…"
Hayate tourna un visage au sourire douloureux et navré en direction de Ventus, avant de terminer sa phrase dans un soupire:
"... l'éclat de tristesse qui passe dans ses yeux, lorsqu'il me regarde."
"Hayate…" chuchota Ven en abaissant ses sourcils blonds de tristesse.
"J'ignore aussi également… reprit la jeune femme comme pour dévier la conversation, tout en farfouillant dans un tiroir de commode…. pourquoi je ne la porte plus?"
Ventus se pencha en avant pour voir ce qu'elle lui montrait entre ses doigts mi-écartés: son ancienne barette argentée! Celle en forme de couronne!
"Je sais que j'ai pris la décision de l'ôter… admit-elle. Mais j'ignore la raison d'une telle décision…"
Le coeur en miettes, Ventus, ne pouvant plus se retenir, décida d'émettre une supposition, sans toutefois expliquer quoi que ce soit:
"Peut-être… qu'elle te rappelait Sora? Elle a... presque la même forme que celle de son collier, non?"
Hayate ouvrit de grands yeux étonnés, ahurie, en posant un nouveau regard sur le bijou enfermé dans sa paume. Puis, contre toute attente, elle alla se poster devant une glace murale accrochée du côté d'Iwako et s'en aida pour raccrocher la barrette en-dessus de son oreille gauche. Après quoi elle se tourna vers Ventus et déclara, mains sur les hanches:
"Voilà. Ainsi, j'aurai un peu moins l'impression de l'avoir oublié..."
Un frisson d'hésitation passa sur ses traits, et elle demanda:
"Ou penses-tu que cela n'a aucun sens?"
Ventus sourit, touché par cette marque d'attachement inconsciente de la part de la jeune femme, et infirma, gentiment:
"Au contraire… Je pense que cela aura aussi un sens, pour lui."
...
La porte de la cabine numéro 3 s'ouvrit dans un glissement essoufflé et Iwako, ses magnifiques cheveux redoublant de volume et de reflets miroitants, entra jovialement dans la chambre. Lorsque la magicienne posa ses yeux améthyste sur Hayate souriant à Ventus, elle s'empressa d'ordonner à la jeune femme:
"Allez, ouste! C'est l'heure de l'essayage pour Ventus!"
"Diantre! s'exclama Hayate avec irritation. Et pourquoi n'aurais-je pas le droit de rester?"
"Tu sais pertinemmentpourquoi…" la gronda implicitement la magicienne.
Hayate croisa ses bras, colérique, avant d'admettre une vérité qui échappait totalement à l'esprit de Ventus. La défenseuse passa donc devant sa meilleure amie pour gagner la sortie en se plaignant, les yeux nonchalamment fermés:
"Très bien, je me retire. Néanmoins, je trouve que l'on a une bien basse estime de ma personne, sur ce vaisseau… si vous me cherchez, je serai sur le terrain d'entrainement."
Une fois les pas de Hayate s'étaient suffisamment éloignés dans le couloir, Iwako se tourna vers Ventus et lui remonta également les bretelles:
"Et toi tu ne nous facilites pas la tâche! Rester seul dans une pièce avec Haya, tu n'es pas un peu fou? Tu n'as pas compris qu'elle est sensible à tes charmes?"
"Mes charmes?!" s'étrangla Ven, pris de cours.
"Allez… soupira de dépit la magicienne en sortant sa boîte à couture. Viens par-là. Ce sera rapide, mais j'ai besoin que tu retires ton haut."
Quelques minutes plus tard, Ventus sortit de la cabine numéro 3 et, réjoui de trouver à présent un motif à carreaux noir et vert au bas de son kimono blanc. Il tirait rêveusement sur le tissu tout en l'admirant lorsqu'il aperçut Riku tranquillement assis sur le sofa du salon, un coude abandonné sur le haut du canapé. L'ancien élève d'Eraqus alla le rejoindre, levant un bras pour signaler sa présence et lui souhaiter silencieusement le bonjour. Le Maître de la Keyblade répondit à son geste, avant de froncer ses sourcils argentés tout en reposant le Livre des Prophéties sur ses genoux et de questionner, presque de manière inquisitrice:
"Tu sors de la chambre des filles toi? Comment se fait-il que tu as eu le droit d'y entrer?"
Ventus, ne cherchant aucune embrouille, se contenta d'hausser les épaules et de montrer le nouveau motif quadrillé présent sur ses habits. Riku émit un son proche d'un reniflement, avant d'ignorer tout à fait la présence de Ven qui s'asseyait à ses côtés, tournant une page du Livre avec dédain. Ventus sursauta alors en levant les yeux au plafond: le bruit d'un gros animal qui court avait attiré son attention.
"Sora", expliqua succinctement Riku, sans que ses yeux ne cessent de parcourir sa lecture actuelle (mais lisait-il seulement?).
"Qu'est-ce qu'il fabrique?" s'enquit Ven, inquiet, en entendant des bruits sourds de martèlements au-dessus de sa tête.
"Va savoir… lâcha le jeune homme en posant quelques doigts sur sa tempe, pour se concentrer. Il a trouvé des blocs gummi dans les sous-sols de l'école ce matin. Depuis, il a comme une vague d'hystérie…"
CRAC!BAAAAM!
Le cœur de Ventus faillit s'arrêter alors qu'il sautait sur le côté du canapé, dans le sens inverse de Riku, qui avait fait de même par réflexe de survie. Un pan entier du plafond métallique venait de s'en détacher et était tombé en plein milieu du salon, manquant de peu d'écrabouiller meubles et jeunes hommes dans sa chute. Se découpant sur le ciel bleu sans nuage derrière lui, la tête hirsute de Sora surgit soudain par l'ouverture. Le sourire accroché aux lèvres, et des lunettes d'aviateur coincées dans ses cheveux en pics, il s'exclama d'une voix enfantine:
"Désolé!"
Puis son visage sali de graisse disparut comme il était venu et Ventus entendit ses pas repartir sur la coque du vaisseau. Riku, protégeant le Livre des Prophéties contre son torse, le héla de toute la puissance de sa voix virile:
"HEEEE! T'essaie de nous TUER ou quoi?!"
On entendit l'Élu revenir au pas de course et Ventus l'aperçut se pencher à nouveau vers eux par l'embouchure, se défendant, mençant son meilleur ami à l'aide d'un tournevis :
"Je t'avais dit de pas rester là! Mais tu m'as pas écouté… Et non, j'essaie pas de vous tuer: je suis en train d'améliorer la portée et la puissance de tirs des canons. J'essaie aussi d'en ajouter un, mais je crois que la structure va pas tenir... "
"C'est cool, le félicita Ventus en levant son menton barbu vers lui. Mais le trou dans le toit, il sert à quoi?"
Sora s'assit alors sur le rebord du gouffre, pieds ballants dans le vide, ce qui permit à son aîné de constater qu'il travaillait à torse nu et avait sans aucun doute attrapé un coup de soleil.
"Ah ça? se réjouit le jeune homme en faisant fièrement vriller son tournevis entre ses doigts. C'est le réfectoire de la Contrée qui m'a donné l'idée! Ce sera utile pour voir les ennemis venir du haut, et ce sera surtout super joli!"
Atteint d'une soudaine maladresse, Sora laissa tomber le tournevis en contre-bas, qui alla brutalement heurter le crâne de Riku. Ce dernier rentra sa tête dans ses larges épaules à cause de la douleur et serra les dents, sans doute de colère, tout en lâchant le Livre des Prophéties qui tomba lourdement par terre.
"Oups…" souffla Sora, qui reculait de peur sur son toit.
"Hé toi! rugit Riku, sortant de ses gonds en relançant l'outil terroriste au visage de son propriétaire. Je te signale que je t'avais demandé de finir un truc important. Alors arrête tes singeries et mets-toi au travail!"
"Mais j'ai bientôt fini! se défendit Sora qui massait son nez en trompette, meurtri par la contre-attaque de son meilleur ami. Il me reste que l'attache mais hier soir j'avais les yeux qui se croisaient et je voulais faire une pause pour bien faire! Et je te signale, môssieur, qu'il faut encore que je te perce l'oreille, aussi."
"Il est absolument hors de question que je te laisse mes oreilles en sacrifice… trancha net Riku alors que Sora se laissait tomber à terre dans une roulade maîtrisée, à ses pieds. Et depuis quand tu sais faire ça toi?"
"C'est Jack Sparrow qui m'a montré comment faire! expliqua Sora prenant la pause étrange du capitaine fou, mimiquant sa voix: tout bon pirate sait percer ses oreilles moussaillon! Question de survie en mer! Et de style…"
"Me voilà rassuré…" siffla Riku en croisant ses puissants bras, transpirant l'ironie.
"T'es pas sympa… râla Sora en se tournant vers Ventus. Et toi Ven? Tu penses aussi que j'en suis pas capable?... Ven?"
Mais l'ancien élève d'Eraqus n'écoutait plus que d'une oreille la dispute amicale entre les deux garçons, car son esprit était actuellement à nouveau assailli par une rafale d'images incompréhensibles, notamment celles d'une ville inconnue. Ses yeux, vibrants d'émotions, fixaient fiévreusement une page du Livre des Prophéties resté ouvert sur le sol dru du salon.
"ça va?" s'inquiéta Sora en allant à lui, tout en passant sa main devant les yeux de son frère d'âme, comme pour le réveiller de sa transe.
"C'est ça qui le met dans cet état…" en déduisit Riku en allant ramasser le Livre des Prophéties.
Reprenant subitement ses esprits, comme parcouru d'un courant électrique, Ventus se saisit de l'ouvrage à la couverture bleue sombre et fixa plus intensément encore quelques mots gribouillés sur le côté de la page, à moitié jaunie par les ans.
"Tu as repéré les notes? comprit Riku, curieux. On pense que ce sont les différents possesseurs du Livre qui y ont laissé des théories ou même des commentaires de texte. Avec Hayate, nous sommes en train de chercher si certains mots ne seraient pas de Xehanort…"
"C'est… murmura enfin Ventus, estomaqué. C'est impossible…"
"Mais quoi? insista Sora, impatient, en levant deux bras incompris devant lui. Qu'est-ce que tu as vu?"
"Cette écriture… expliqua finalement Ventus, en relevant son nez de la page pour poser un regard perdu sur ses deux compagnons.
C'est la mienne…"
Beaucoup de mystères planent sur le passé de Ventus... avez-vous repéré des éléments de réponses? Avez-vous des suppositions?
