003 Au bord de la route
Pov Glorfindel
Le Soleil était haut, et brillait en maître incontestable dans l'azur du ciel d'été, quand je quittai la cité avec quatre autres cavaliers après le retour de la première patrouille partie à l'aube. La journée s'annonçait belle et chaude. Imladris avait depuis longtemps disparue, cachée derrière ses falaises au creux de sa combe, et seule s'étendait la plaine aux herbes hautes autour de nous, uniquement coupée un peu plus loin sur notre gauche par un bois, où résonnait le galop des chevaux comme le roulis du tonnerre. Et pourtant, derrière ce calme apparant, chacun d'entre nous était tendu et sur ses gardes. Les bêtes étaient particulièrement nerveuses aujourd'hui, les chiens aboyaient et grognaient. Ils étaient dressés à la garde et la protection de la cité mais aussi à la chasse et, tournant en rond, ils agissaient comme si ils avaient flairé une proie potentielle ou quelque chose d'autre. Les chevaux trépignaient dans leurs boxs, le claquement sec de leurs fers résonnant fort dans l'espace clos des écuries, les oreilles rabattues vers l'arrière comme si ils avaient peur et voulaient fuir un danger quelconque. La patrouille de l'aube n'avait rien trouvé lors de sa ronde qui pouvait expliquer ce comportement, et la mienne était partie juste après leur retour.
On a ralenti l'allure dans la plaine, les montures toujours nerveuses, la seule qui semblait immunisée étant Perle la jument grise de Calimmacil, qui avançait tranquillement à côté, elle semblait même détendue. C'est à ce moment qu'on l'a tous entendu : un choc sourd qui venait des arbres, le bruit de quelque chose qui tombe. Juste ça, personne n'y aurait fait attention après tout il pouvait s'agir d'une branche, mais il fut suivi par un cri. J'ai levé un poing, et les quatre cavaliers à ma suite ont stoppé net leur monture. Le cri s'est de nouveau élevé, ça ressemblait de façon troublante à des pleurs, à un appel à l'aide. On a tous échangé un regard, les chevaux ont rabattu les oreilles.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Aucune idée. Peut-être un animal ?
-Du braconnage tu crois ? La pauvre bête doit être amochée…
-Ou alors quelqu'un, tu te souviens pas du chien qui a couru jusqu'à un abri de chasseur pour aider son maître blessé ?
-Bien sûr que je m'en souviens! Mais là, la zone n'appartient à personne… Et les premières habitations sont loin.
-Capitaine ?
J'ai réfléchi un instant. En soit je ne perdais pas grand-chose à aller jeter un œil et revenir. J'étais sûr d'avoir entendu quelque chose tomber, et la bête continuait de pleurer, d'appeler, et je n'étais pas du genre à me détourner d'un appel à l'aide. Juste aller voir et revenir. Simple. Mais il y avait cette petite voix dans ma tête qui me murmurait que ce n'était pas un animal blessé, cet instinct qui me soufflait qu'il s'agissait d'autre chose, et je faisais confiance à mon instinct. Et peut-être que ce serait la raison de cet étrange comportement…
-Je vais aller voir. Attendez-moi ici, je reviens vite.
-Vous-êtes sûr de vous Capitaine ? Je pourrais venir.
-Oui, ça va aller.
Je les ai sentis me suivre des yeux jusqu'à la lisière des bois où j'ai laissé mon cheval avec une tape amicale sur son encolure, avant de suivre à pied le chemin de terre qui s'enfonçait entre les arbres, la cape rouge de Capitaine disparaissant à ma suite.
La première chose que j'ai vue fut le corps d'un homme aux vêtements sombres, dans des teintes de gris. Immobile, allongé sur le sol, seul et blessé. C'est en m'approchant de lui qu'une nouvelle plainte s'est faite entendre, et que j'ai vu qu'il n'était pas seul mais qu'une petite créature ailée aux écailles rouges se tenait près de lui, qui essayait de le pousser à se relever, appuyant sa tête contre la sienne, ou contre son épaule et son bras, ne gagnant aucune réaction malgré ses efforts. J'aurais dû courir vers la personne allongée, vérifier si elle était consciente, tenter d'estimer l'étendue et l'importance de ses blessures, lui faire les premiers soins du mieux que je pouvais, siffler mon cheval et repartir au galop vers Imladris. Mais non, je suis juste resté là à regarder la bête écarlate qui tentait de le remettre debout, paralysé, une main tremblante serré sur la garde dorée de mon épée, alors que les souvenirs d'un temps depuis longtemps révolu remontaient les uns après les autres à la surface. J'avais vu l'enfer, c'était une cité en ruine, ravagée par les flammes et en proie aux monstres. J'avais vu l'enfer et à cet instant, debout dans ce bois pourtant calme, je m'y retrouvais. Les arbres ont laissé la place aux murs de pierre blanche, détruits et noircis par la cendre. L'air est devenu sec et irrespirable, chargé de l'odeur des incendies, de celles du sang et de la peur aussi. Le vent portait les cris, de colère, de peur ou de douleur, le crissement de l'acier contre l'acier dans les combats, il faisait danser les flammes et s'élever en tourbillons les cendres et la fumée. Le feu qui s'était abattu du ciel en cascade, était absolument partout et léchait avec autant d'avidité les bâtiments que ceux essayant de lui échapper, faisant fondre le métal des armures sur leur peau quand ils se retrouvaient encerclé, ne laissant que des os calcinés après la brûlure de son étreinte mortelle. Un monde terrifiant découpé entre la lumière des flammes et les ombres qu'elles dessinaient. L'enfer était une ville en ruine. L'enfer était ma Gondolin bien-aimée après que les 'dragons' de Morgoth soient descendus des cieux pour y faire pleuvoir leur fureur et leur feu, impitoyables et destructeurs.
Dans le chaos, un cri a percé, faisant taire la rage de mes souvenirs et les chassant loin presque aussi violemment qu'ils m'avaient assailli, me ramenant à la réalité : celui de la créature ailée aux écailles rouges. Elle avait pris l'avant-bras de l'homme dans sa gueule et essayait de le tirer avec une détermination proche de l'acharnement, mais il était trop lourd pour elle. Une autre image s'est superposée à la scène, à nouveau de Gondolin dans sa chute, mais celle-ci n'était pas juste triste et douloureuse. Quelque part dans la bataille, les ailes immenses d'une ombre gigantesque s'étaient dessinées dans le ciel au-dessus de la ville en ruine, dans la nuit noire zébrée de rouge et d'orange par les incendies, Plus noire que le ciel, les nuages et la fumée, et tellement grande. Sur le coup elle m'avait emplie de terreur, mais maintenant je me rappelais de sa forme sombre et démesurée comme ce qui nous avait offert une échappatoire à cette fournaise. La pression de l'air m'avait semblé différente, plus lourde, plus intense alors que dans les volutes sombres se formaient les contours d'une tête au long museau, des cornes, d'un cou, puis du reste du corps et de la queue. A peine plus qu'un souffle, le grand dragon noir glissa au-dessus de nos têtes, puissant et majestueux. Il ouvrit la gueule, et le monde trembla sous la force de son rugissement, et le ciel entier s'embrasa quand une colonne de feu s'abattit sur le sol. Je me souviens que je m'étais demandé comment battre un tel adversaire alors qu'il planait dans les nuages, lorsqu'une seconde cascade brûlante déchira l'air et s'abattit sur les bêtes noires de Morgoth et ses serpents de feu, les tuant sur le coup ou les faisant glapir de douleur alors que les flammes les engloutissaient vivantes. C'était ça un vrai dragon, noble et puissant. Il vira sur le côté faisant s'enrouler nuages et fumées sombres autour de lui, et j'ai cru distinguer entre ses épaules la silhouette de quelqu'un habillé en noir sur le dos du dragon. D'un battement d'aile silencieux, il disparut dans les volutes et la nuit, tel un spectre, les Armées Noires dans son sillage, nous offrant l'occasion de nous enfuir par la passe cachée dans les Montages.
J'ai serré mes doigts sur mon épée. C'était là que je m'étais retrouvé face-à-face avec un des démons de feu. Et aujourd'hui, la créature aux écailles rouges, me rappelais étrangement le grand dragon noir que j'avais vue planer au-dessus des ruines fumantes de la ville incendiée avant que les nuages se referment sur lui. Quelque chose dans la pression de leur aura, peut-être pas encore aussi fort ni aussi puissant que le fantôme de cette nuit-là, mais indéniablement similaire. C'est là que j'ai réalisé qu'il ne s'agissait pas d'un dragon, mais d'une wyverne ; elle n'avait que deux pattes en plus de ses grandes ailes. Et c'était donc probablement elle qui avait rendu les bêtes si nerveuses aujourd'hui.
En baissant les yeux, j'ai réalisé que mon épée était à moitié dégainée, comme si je m'apprêtais à abattre la petite wyverne d'un seul coup à l'arrière de la tête ou au cou, comme si la tuer aurait chassé les souvenirs qu'elle m'avait rappelé. Claquant la langue, j'ai rengainé ma lame et je me suis approché assez lentement, comme je l'aurais fait devant un loup ou cheval sauvage, gardant mon aura la plus calme et la moins menaçante possible, les mains levées en signe d'apaisement. Cette fois-ci, elle a entendu mes pas et a lâché le bras de l'homme qu'elle essayait toujours de tirer sur le chemin, et s'est tournée vers moi, déployant une aile par-dessus lui, comme pour le cacher à ma vue, pour le protéger. Pour la seconde fois, je me suis retrouvé paralysé, aussi sûrement que si quelqu'un m'avait balancé un coup de poing dans l'estomac, me pliant en deux et me coupant le souffle, alors que je plongeais dans les fjords gelés de ses grands yeux. Je connaissais ses yeux, mais c'était impossible pas vrai ? C'était la première fois que je voyais cette wyverne, la première fois que j'en voyais une tout court d'ailleurs. Pourtant sa posture changea, plus intriguée par moi qu'autre chose, j'avais l'impression qu'elle voulait venir vers moi, comme si elle me reconnaissait, mais qu'elle refusait de s'éloigner même un tout petit peu de la personne couchée auprès d'elle. Le plus longtemps nos regards restèrent accrochés l'un à l'autre, le plus fort s'est faite la sensation, jusqu'à devenir une certitude : je connaissais le bleu de ses yeux, je l'avais déjà vu avant, et ce simple fait a changé en glace le sang dans mes veines. Il y a longtemps, un petit elfe tout juste assez grand pour apprendre à se battre avait levé vers moi les mêmes yeux, et les traits de son visage se sont superposés à ceux de la wyverne. Je m'étais souvent demandé ce qu'il était devenu depuis tout ce temps, depuis que son père s'était renfermé encore plus sur lui-même -qu'il avait fini par perdre complètement la tête- et avait fermé les frontières de la forêt noire, depuis que j'étais rentré à Imladris avec Elrond. La glace dans mes veines s'est faite plus froide encore, plus solide, alors que la réalisation de l'identité de la personne, inconsciente sur le sol, s'insinuait peu à peu en moi, froide et désagréable. Mes yeux se sont de nouveau posés sur le corps. C'était impossible … Pas vrai ?
-Je suis Glorfindel d'Imladris. Je suis un ami.
Quand je me suis approché la wyverne m'a laissé faire, comme si elle avait compris mes intentions et à replié son aile, son regard ne me lâchant pas une seule seconde. Je me suis mis à genoux à côté de lui, cette même sensation froide profondément ancrée en moi, ce n'était juste pas possible. Pourtant, c'était bien les mêmes cheveux blonds platine, plus longs et sales, tachés par la terre et la poussière, et… C'était du sang séché à l'arrière de sa tête ? Le bras tendu par lequel la wyverne avait essayé de le tirer, portait des traces rouges comme si il avait traîné ou glissé sur quelque chose au bord tranchant, je penchais plus pour une pierre que par une blessure infligée avec une lame. J'ai réalisé que mes mains tremblaient quand j'ai voulu les poser sur son bras. Prenant une grande inspiration, j'ai calmé mes nerfs et j'ai repris le contrôle de moi-même. Replaçant mes mains sur lui, je l'ai retourné sur le dos le plus doucement possible, mais ça n'a pas empêché des craquements d'os brisés de se faire entendre. Le choc de la révélation à coincé un moment la respiration dans ma gorge, c'était bien lui.
Thranduil.
« Dis Glorfindel, tu crois que je serais aussi fort que toi un jour ? »
Le visage de l'enfant qu'il avait la dernière fois que je l'ai vu –ou je le taquinais avec ses ''joues de bébé''- c'est superposé à celui de l'adulte plus noble, plus mince et dur, avec une balafre sur un os saillant, que j'avais maintenant en face de moi, et le voir comme ça, abandonné à moitié mort sur le bord de la route, j'ai cru que j'allais être malade. De plus près, il ni avait pas que son bras à être marqué de traînées rouge, de longues estafilades s'étiraient sur ses membres, une plaie à sa cuisse m'avait l'air profonde, le tissu déchiré de son pantalon collé à sa peau par son sang. J'ai suivi des yeux la longue ligne de ses jambes, jusqu'à ses empreintes sur la terre du chemin.
J'allais revenir ici, essayer d'en apprendre plus, de comprendre au moins un peu ce qui avait pu lui arriver, avant qu'il ne soit capable de me le dire, pour l'instant j'ai porté deux doigts à ma bouche et j'ai sifflé Asfaloth. Tournant la tête, je me suis retrouvé face à face avec les deux fragments de ciel du Nord des yeux de la wyverne, installée tout contre le torse de Thranduil, s'accrochant à ses épaules avec ses grandes ailes. Ses yeux avaient une intensité incroyable, ils me fixaient sans ciller plein d'attente et d'espoir.
-Je vous emmène avec moi, en sécurité.
Doucement, je l'ai soulevé, calant sa tête le plus confortablement possible contre mon épaule. Malgré mes précautions, ça n'a pas empêché les os de craquer de nouveau avec le mouvement, me faisant grimacer.
Le son des sabots s'est fait entendre sur la terre, alors que l'étalon blanc venait vers nous, calme même avec la wyverne tout près- qui avait blotti sa tête dans le cou de Thranduil. Il s'est couché près de nous, et a attendu que je monte sur son dos. Je n'étais pas tout à fait sûr de savoir quoi penser, et si je n'aurais pas préféré croiser un animal blessé. Prenant les rênes d'une main, et maintenant le corps de l'elfe contre moi de l'autre, j'ai fait faire demi-tour à ma monture qui est reparti au galop rassemblé, sur le chemin vers l'endroit où les autres nous attendaient.
-Il revient.
Les chevaux ont paniqué en nous voyant venir- un pie tobiano s'est cabré- tous devaient sentir la wyverne contre moi et ont cherché à s'éloigner, les oreilles rabattues vers l'arrière, leur instinct leur disant de courir. Tous, sauf la jument gris pommelé de Calimmacil qui se tenait un peu détachée du groupe. Rien ne semblait pouvoir affecter son calme. J'ai ralenti et je me suis arrêté à côté d'elle, son cavalier leva la tête vers moi, attendant mes instructions avec le même calme que sa monture. C'est à peine si il a écarquillé les yeux en voyant que je n'étais pas seul sur ma selle.
-Je rentre directement, je te laisse prendre la tête. Au moins pour la journée.
-Bien Capitaine.
On a échangé un sourire, puis il a rappelé les autres d'un signe avant de partir en tête du groupe, alors que je lançai mon cheval au galop dans la direction opposée à la leur, gardant mes yeux fixés droit devant, sur la plaine qui s'étendait au-devant, entre les oreilles courbées de l'étalon.
C'est uniquement lorsque les fers ont claqués sur le sentier rocheux menant à Imladris, que la wyverne a redressé sa tête, les écailles lisses de son museau frôlaient ma peau quand elle bougeait, observant les hautes falaises qui cachaient la cité. Le gris de la pierre, le vert des conifères et le blanc bleuté des cascades. La cité des Elfes au creux de sa combe. Je pouvais sentir son souffle chaud qui passait contre ma mâchoire, au même rythme que je ressentais les mouvements du torse de son maître contre le bras qui le tenait en place.
J'ai tout juste eu le temps d'arrêter mon cheval au milieu d'une cour pavée et de descendre, elfe et wyverne toujours bien calés contre moi, que quelqu'un m'a interpellé dans mon dos :
-Déjà de retour ?
C'est là qu'il les vit tous les deux, l'elfe inerte dans mes bras et la petite wyverne en boule contre lui qui observait la cité. Ses yeux brun foncés se sont écarquillés.
-Oh ma Fortuna-
Il se coupa net dans sa phrase, ses lèvres formant silencieusement ''bordel'', et aussi surprenant que ça soit venant de lui, c'était un bon résumé de la situation actuelle. Le meilleur même.
-Lindir, est-ce que tu sais où est Elrond ?
-A l'infirmerie.
J'ai fait un signe de la tête à l'elfe qui nous avait rejoints pour emmener mon cheval à l'écurie, lui indiquant que je repartais bientôt, avant de suivre Lindir, marchant vite dans les couloirs. Le porter comme ça et pas juste le tenir sur la selle, j'ai réalisé à quel point Thranduil n'était pas seulement plus grand que la dernière fois, mais aussi plus lourd dans mes bras. Je ne savais pas comment me sentir par rapport à ça, si je devais être heureux ou triste, mais je crois que j'étais juste étrangement malade et en colère, et que je voulais comprendre.
« Tu veux bien me porter sur ton dos, s'il te plaît ? »
Et les souvenirs du gamin qui se mélangeaient dans ma tête et son image qui se superposait à celle de l'adulte que j'avais maintenant dans les bras cinq cent ans plus tard.
-Qu'est ce qui s'est passé exactement ?
-J'aimerais bien le savoir, je l'ai trouvé comme ça.
Lindir nous a ouvert la porte qui donnait sur le long couloir de l'infirmerie, nos pas raisonnant d'un coup plus fort le long des murs clairs.
-C'est pour ça que tu repars, pas vrai ?
Etonnamment, malgré notre passif à tous les deux, le fait que ce soit moi qui l'avait ramené à Imladris après la destruction de son village, après qu'il ait su mon identité, il lui avait fallu du temps pour me tutoyer et laissé tomber le titre, mais il avait finit par le faire naturellement, au moins lorsque l'on parlait tous les deux.
-Oui.
Nous aillant entendu arriver Elrond est venu à notre rencontre, le sourire qu'il affichait disparaissant en un instant de son visage. L'air grave, il ouvrit une porte sur le côté et me fis signe d'entrer, avant de repartir dans une autre pièce, où je l'ai vaguement entendu parler avec quelqu'un. Je me suis arrêté juste sur le seuil.
-Prends-la.
La wyverne s'est serrée un instant contre Thranduil, elle semblait inquiète, comme si elle avait peur et ne voulait pas le lâcher.
-Oh. …D'accord.
Lindir hésita un peu avant de la prendre dans ses bras, où elle finit par se réinstaller contre son épaule, calmée par la douceur de son aura. De sa place, elle ne m'a pourtant pas lâché des yeux, le temps que j'entre et que je dépose Thranduil sur le lit de la chambre avant de ressortir, elle me fixait toujours avec la même intensité mais elle semblait triste. Une elfe est entrée à son tour dans la pièce, en resserrant un des élastique dans ses cheveux blond, son apprentie aux cheveux bruns sur les talons qui referma la porte derrière elles avec un discret claquement. Tintallë était la seule personne à pouvoir rivaliser avec Elrond en termes d'aptitudes médicales et son apprentie se montrait très prometteuse, suivant dignement les traces de son maître. Elrond a fini par les suivre, entrant à son tour dans la pièce. Juste sur le seuil il m'a lancé un regard appuyé qui signifiait clairement « il va falloir qu'on parle toi et moi » et la porte en bois s'est à nouveau fermée. De longues minutes sont passées avant que la voix de Lindir me fasse réagir.
-Tu vas bien ? On dirait que tu as vu un fantôme…
-C'est… une bonne façon de dire les choses je t'avoue. Mais oui, je vais bien.
-Je te crois.
Ses yeux me disaient tout le contraire et c'est avec un soupire que je lui ai répondu :
-Avec Elrond on l'a connu quand il était bien plus jeune, pour « s'occuper de sa formation » disons, prendre soin de lui. Et, pour être franc, après notre départ, aucun de nous deux ne pensait le revoir. Encore moins dans cet état.
-Je suis désolé pour toi.
-Tu n'as pas à l'être. Je vais retourner là où je l'ai trouvé pour essayer de voir si je peux apprendre quelque chose. Si on me cherche, tu peux leur dire de se référer à Calimmacil, au moins pour la journée ?
-Bien sûr. Fais attention à toi.
Il s'est assis sur le banc en face de la porte, caressant doucement le cou de la wyverne, suivant du bout des doigts la ligne d'écailles noires. Le pauvre bébé avait l'air tellement triste blotti dans les bras de Lindir que j'en avais de la peine. J'ai fait demi-tour, m'éloignant d'eux à grandes enjambées.
Rejoignant Asfaloth dans la cour, j'ai d'abord entendu le clac! sec des talons avant de voir la blanche venir vers moi, presque en courant, la large boucle dorée de sa ceinture brillant au soleil.
-Capitaine ! Vous avez eu un problème avec la patrouille ?! Où est ma petite sœur ?!
Erawen. Ça, j'aurais dû m'y attendre. Elle était excellente, mais s'emballait dans la seconde dès qu'il s'agissait de sa sœur. J'ai appuyé un doigt sur son front.
-Tu te calmes. Tout va bien d'accord ?
-… Ils sont où ?
-Disons qu'on est tombé sur un imprévu et qu'on s'est séparé. Mais ils vont bien ne t'inquiète pas.
-Dit comme ça Capitaine, ça ne me rassure pas non plus. Quoi comme imprévu ?
-Un elfe blessé, laissé au bord d'une route. Elrond s'occupe de lui en ce moment.
Je me suis mis en selle.
-C'est pas trop… grave ?
-Des os brisés et des coupures. Il n'a pas été attaqué, c'est tout ce que je sais. Je vais essayer d'en savoir un peu plus et on avisera après de ce qu'on fait. En attendant soit gentille et attends Calimmacil tu veux ?
-Oui Capitaine.
En partant, je l'ai entendu crier un « Soyez prudent ! » pour se faire entendre par-dessus le galop de l'étalon.
