005 Sinistre puzzle
Pov Glorfindel
Amon retour, Lindir était toujours assis sur le banc, dans le long couloir clair de l'infirmerie, occupé à remplir des documents d'une main tout en les triant, la wyverne endormie en boule sur ses genoux à la manière d'un chat. Je suis venu m'installer à côté de lui, ayant d'un seul coup l'impression d'être au milieu de la nuit. Il redressa la tête, me sourit et réarrangea ses documents en pile nette à côté de lui.
-Je vais finir par t'appeler l'Homme qui murmurait à l'oreille des Wyvernes.
Un petit rire lui échappa.
-Oui. Ou coussin pour wyverne.
J'ai fait mine de poser ma tête sur son épaule et il m'a gentiment repoussé en haussant son épaule :
-Je suis désolé pour toi Guerrier Doré mais tu vas devoir trouver quelqu'un d'autre pour aller faire une sieste. Attends-moi une seconde, je vais juste ranger ça et je reviens.
Il déposa la wyverne sur le banc- sa seule réaction fut de se serrer un peu plus sur elle-même- prit la pile de documents et disparut dans un des bureaux avant de revenir s'asseoir. Il reprit sur les genoux la petite créature lovée sur elle-même, ses longs doigts glissant un bref instant entre le rouge écarlate et le noir de ses écailles dorsales.
-...Ils ont toujours pas fini là-dedans?
-Toujours pas, non.
Un bref silence s'est installé, et la wyverne a redressé la tête avec un bâillement. Elle a regardé autour d'elle, semblant se rappeler d'où elle était, salua Lindir d'un coup de museau affectif avant de venir le poser sur ma main, son souffle chaud caressant ma peau à intervalle régulier. Elle devait sentir l'odeur des chevaux, celle du cuir des rênes et des mitaines, celle de la pierre de la Grotte, la mienne aussi, mais il n'y en avait qu'une seule qu'elle cherchait : celle de Thranduil. Une fois trouvée, elle pressa sa tête contre ma paume et se réinstalla.
-… Sinon, j'ai un message pour toi de Calimmacil : rien d'autre à signaler pendant la patrouille, il t'a laissé son rapport dans ton bureau avec celui d'Erawen. Il s'est aussi occupé d'organiser les autres groupes.
-Bien. C'est… Très bien.
-Oh et Erawen va s'occuper d'Asfaloth pour toi, pour s'excuser de tout à l'heure.
-Oh, je lui en veux pas, en fait je m'y attendais un peu, mais merci, c'est gentil à elle.
-...Et toi, tu as trouvé quelque chose?
-Oui. Disons que c'est une sombre histoire. Pour ne pas dire autre chose.
-C'est si terrible?
-Tu vois, pour toi aussi triste et cruel que ça soit c'est simple : une bande d'orcs à fait un raid sur ton village, tu as réussi à t'en tirer, sans tes souvenirs certe mais en vie et je t'ai ramené ici avec moi. Lui c'est plus compliqué et complètement fou.-
La porte a fini par s'ouvrir, la wyverne dressa sa tête et je me suis coupé net dans ma phrase. D'abord sur Sirthaal, la brune, avec des serviettes-éponge tachées de rouge dans les bras, elle nous a adressé un petit sourire fatiguée accompagné d'un hochement de tête, ça devait être bon signe, avant de continuer son chemin. Puis Tintallë, la blonde, et elle aussi avait l'air fatiguée, épuisée même, encore plus que son élève, elle étouffa difficilement un bâillement en laissant la porte se refermer derrière elle. On a échangé un regard avec Lindir, à la fois interrogateur et un peu inquiet, qu'est ce qui c'était passé dans cette chambre? Elle passa la tête par une des portes :
-Si quelqu'un me cherche, je suis dans notre salle.
Elle allait refermer la porte et continuer elle aussi, vers la salle qui était réservée aux guérisseurs- quand ils voulaient se reposer un peu après une opération compliquée- lorsqu'elle s'arrêta. Après une seconde, elle entra et resortit, avec quelques fraises en main, cette fois-ci elle reprit son chemin sans se retourner.
Elrond a fini par sortir à son tour avec dans l'une de ses mains la chemise rigide contenant leur rapport, il avait l'air à bout lui aussi, et il m'a semblé plus vieux que tout à l'heure. Ses traits étaient tirés, son expression grave et fermée, ses yeux gris paraissaient plus sombres que d'habitude, avec quelque chose de troublé en eux, presque hanté. Derrière sa fatigue, il me donnait l'impression d'être profondément dans ses pensées, je pouvais pratiquement les voir tourner et s'emmêler entre-elles. Il allait poursuivre sa route quand il s'est arrêté et nous a regardé avec Lindir.
-C'est vrai, j'avais presque oublié. Venez avec moi tous les deux.
On a échangé en coup d'œil en biais lui et moi, ses grands yeux brun foncé m'appelant à l'aide, criant presque qu'il n'avait rien demandé. Après une brève seconde, on s'est tous les deux levés du banc, pour se mettre en marche juste derrière notre Seigneur et le suivre hors de l'infirmerie- la wyverne râla un peu en voyant qu'on s'éloignait de la chambre mais reposa sa tête contre le bras de Lindir,- dans son bureau du grand bâtiment principal, attirant quelques regard curieux sur la boule d'écailles rouge dans les bras du brun. En chemin, je repérai la silhouette de Calimmacil occupée à discuter avec quelqu'un que je ne voyais pas, Erawen repérable à sa chevelure blanche était à côté. Captant leur attention, je leur fis un petit signe, on parlera de tout ça plus tard.
Elrond s'est assis derrière le meuble en bois massif avec un soupir, Lindir claqua doucement la porte après nous et on est venu se placer devant lui.
-Je suppose qu'il faut commencer par le commencement. Et je vous avoue que je n'ai aucune idée d'où il est.
-Est-ce qu'il va bien?
-J'imagine que c'est un bon point de départ. Il va bien, mais je dois dire qu'aucun de nous trois n'a jamais vu quoi que ce soit de semblable.
-Comment ça?
Il sembla chercher ses mots un moment avant de répondre :
-Ses blessures. Elles semblaient récentes mais présentaient pour la plupart des marques de cicatrisation avancées, certaines étaient même complètement guéries. Même ses os avaient déjà commencé à se ressouder.
Il s'arrêta et ouvrit le dossier devant nous, j'avais rempli assez de ses fiches pour les connaître. D'un côté un croquis représentant les contours d'un corps humain de face et de dos où on indiquait l'endroit de la -ou des- blessure et de l'autre la nature de l'intervention et les observations faites. J'ai reconnu l'écriture soignée de Sirthaal, et dans le long paragraphe, deux mots avaient été soulignés et même à l'envers je réussi à lire "reptiles" et "oiseaux". J'ai jeté un regard de biais à la wyverne, qui avait attrapée une des mains de Lindir entre ses grandes ailes. "Reptiles", "oiseaux", wyverne. Elrond posa un doigt au niveau de la joue du dessin, et c'est là que j'ai remarqué que deux couleurs avaient été utilisées.
-Prenons ce point : une balafre sur la joue. Une fois nettoyée, il n'y avait absolument plus rien. Pareil pour sa main ou sur ses bras. La seule plaie qu'il a fallu suturer et bander est celle à sa cuisse, et même là je crois qu'elle avait déjà commencé à se refermer.
Sur l'autre dessin, il montra cette fois le dos.
-Ses os maintenant, ses omoplates et ses côtes portaient des sortes de bosses plus ou moins marquées aux endroits où elles ont été cassées. Ses traces indiquent l'endroit d'une fracture, là où l'os s'est réparé, un peu comme les cicatrices sur la peau et normalement on ne peut pas les voir ou les sentir au toucher.
-Je suis pourtant à peu près certain d'avoir entendu et senti les dis os brisés craquer.
-J'y viens. C'était encore fragile et disons assez mal fait et… On a dû l'opérer et recasser, s'assurer que les os étaient bien en place, qu'il n'y ait pas de lésions internes, que sa colonne vertébrale soit intacte…
Il y eu un bref silence avant qu'il ne reprenne la parole :
-Physiquement, il devrait se remettre, il ne gardera aucune cicatrices de ce qui lui est arrivé. Mis-à-part une petite tâche ici, comme un tatouage... Pour ce qui est du mentalement en revanche, il faudra attendre qu'il se réveille.
En disant cela, il s'inclina un peu et désigna un point sur son flanc gauche, juste en dessous de ses côtes. Et les yeux gris du Seigneur elfe se sont posés sur la forme de la wyverne.
-Un tatouage à son effigie, une wyverne noire et rouge, les ailes déployées. Pour être honnête, je ne m'attendais pas à en voir une un jour.
Comme sur commande, elle ouvrit juste à ce moment ses grands yeux bleus. Salua Lindir du museau, puis moi d'un petit rugissement joyeux et elle finit par poser son regard sur le Seigneur elfe en face d'elle. Il y eut une seconde, une seule, pendant laquelle elle sembla s'arrêter et réfléchir, essayer de se souvenir et puis elle réalisa. Plus tôt, j'avais eu l'impression qu'elle me reconnaissait et qu'elle voulait venir vers moi mais que ce qui l'avait retenu était la présence de Thranduil allongé sur le sol près d'elle. Cette fois elle était seule, elle quitta alors sa place et vint se poser sur les genoux d'Elrond, ses ailes déployées de la même manière que si elle voulait lui faire un câlin. Elle lui en faisait un. Et encore une fois, sa silhouette c'est superposée de manière étrange à celle de Thranduil quand il était enfant, il devait avoir fait exactement la même chose un bon millier de fois, de venir s'asseoir sur les genoux d'Elrond et de passer ses bras autour de son cou, il le faisait avec moi aussi. L'elfe releva les yeux vers moi, me demandant silencieusement des explications.
-C'est grâce à elle que je l'ai récupéré, tout seul il serait encore dans les bois.
Toujours sans un mot, il pencha un peu la tête sur le côté, m'incitant à continuer. La wyverne en profita pour poser sa tête entre la sienne et son épaule, ses ailes à demi pliées sur ses bras.
-On passait avec la patrouille quand on a entendu crier, on pensait que c'était juste un animal blessé, alors je suis allé voir et je les ai tous les deux emmenés ici avec moi.
-Et te connaissant je suppose que tu es reparti tout de suite après?
J'hochai simplement la tête une fois en signe d'affirmation, son regard se fit plus pesant. Ce n'était pas que j'hésitais à lui dire les choses, mais que je n'avais aucune idée de comment lui annoncer. Après une longue expiration, j'ai fini par opter pour la franchise.
-Vous avez tous les trois dispensé vos bons soins à un homme mort.
Dans le silence de plomb qui tomba sur le bureau, j'entamai mon récit des événements. De remonter la trace laissée sur la route dans les bois, à mon entrée dans la grotte sans âge, sans faire mention des Dragons les rassurant juste que la wyverne devait être seule et qu'on ne risquait pas de voir un adulte mettre la ville en feu pour récupérer son petit, jusqu'à la conversion que j'ai réussi à surprendre, la leur rapportant mots pour mots.
-C'est horrible…
-En effet, c'est sinistre comme histoire.
-Qu'est ce qu'on fait alors?
-Pour l'instant rien du tout. On le laisse se reposer et reprendre des forces, quand il en sera capable il nous racontera son histoire et on pourra compléter le puzzle. Si officiellement il est mort, cela veut dire qu'on a tout le temps du monde pour comprendre, et attendre le bon moment pour agir, celui où il reprendra son trône-
Il fut coupé dans sa phrase par du bruit dans le couloir : le clac! sec d'une paire de bottes à talons accompagné par des éclats de voix se superposant, parlant les une sur les autres et forts, les rendant inintelligibles, mais je reconnaissais celle d'Erestor et à son ton je sentais qu'on allait tous se faire copieusement engueuler. Ce devait être lui la troisième personne présente avec Erawen et Calimmacil plus tôt, ou alors il nous avait vu sortir de l'infirmerie. Et en effet quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit avec violence sur Erestor, les deux gardes à sa suite. Ils me lancèrent un regard penaud, me disant silencieusement qu'ils avaient vraiment essayé de le retenir et refermèrent la porte à leur suite. Ils le firent très doucement, leur geste contrastant nettement avec la colère d'Erestor, et vinrent se placer à mes côtés avec Lindir devant le bureau du Seigneur de la cité. Et conformément à mon intuition, toutes les personnes rassemblées dans la pièce en prirent pour leur grade face au courroux du conseillé.
-Lequel d'entre-vous a eu l'idée de génie de faire rentrer cette bête ici?!
Je connaissais bien l'elfe habillé en noir, aussi je n'ai pas prêté la moindre attention à son discours, et si les deux gardes sont restés stoïques, Lindir fit la grimace en rentrant un peu la tête dans ses épaules. La wyverne quand elle sembla effrayée par le soudain éclat de voix dans la pièce et tenta de se cacher derrière Elrond, passant sa tête entre son bras et son corps. Le Seigneur baissa vers elle ses yeux gris, la regardant essayer de se faire la plus petite possible sur ses genoux, bien que son gabarit de chat ne soit pas bien gros, ignorant de ce fait son fidèle conseiller qui aurait continué ses remontrances si il ne fut pas stopper dans son élan par Elrond qui leva simplement les doigts de sa main libre.
-Je te remercie de t'inquiéter mon ami, mais je crois que tes peurs n'ont pas lieu d'être. Nous n'avons rien à craindre de cette Wyverne.
-Justement. C'est une Wyverne. Relâchez-là avant que cette cité soit réduite en cendres et que quelqu'un se fasse tuer.
-Je n'en serais pas aussi sûr. Et, si il a décidé de la ramener ici, je fais confiance au jugement de mon Capitaine.
D'entre ses longues mèches noires, il me lança un regard de côté absolument acéré, que je lui rendit avec la même intensité. Dans l'espace clos du bureau, l'air devient plus lourd.
-C'est donc à toi qu'on doit cette… Situation. Je te pensais plus sage Guerrier de la Légende, Gondolin ne t'a donc rien appris de ses créatures?
-Ne me parles pas de Gondolin, ami.
-Justement. Je t'en parle. Tu as envie de voir Imladris sous le feu des Dragons? Ta charge est de protéger cette cité, pas de la conduire à sa ruine.
-C'est un Dragon qui nous a sorti des flammes cette nuit-là.
Il se tourna pleinement face à moi, ses yeux soutenant les miens un long moment, d'un côté il semblait me défier, mais de l'autre c'était presque avec tristesse qu'il me contemplait. Sa voix se fit presque douce.
-Glorfindel, Il n'y a jamais eu de dragon noir dans le ciel. C'est toi qui les a sauver-
-Je sais ce que j'ai vu.
Elrond reprit la parole d'un ton calme, expliquant brièvement la conversation que l'on venait d'avoir.
-Alors dis-moi, qu'aurais-tu fait à la place de Glorfindel? On sait que tu as bon fond et que tu aurais très certainement pris la même décision que lui.
Longtemps, très longtemps, il resta sans parler. Promenant son regard des documents sur le bureau, à la forme recroquevillée d'écailles rouges et noires, triste et apeurée sur les genoux du Seigneur d'Imladris. Un soupir résigné lui échappa.
-C'est vrai, je me serais arrêté moi aussi. Mais je les aurais laissés à l'un des postes à l'extérieur de la cité.
J'ai dû me retenir de rouler des yeux, alors qu'il repartit dans l'une de ses longues explications détaillées sur la sécurité et le danger que ça représentait de la garder ici. Alors que je sentais un mal de crâne venir, le claquement sec d'une botte à talon se fit entendre, et l'elfe se tut. Merci pour ma tête Erawen.
-Pour l'amour de ma Fortuna Erestor, c'est un bébé!
-Je ne t'apprendrais certainement pas que ça grandit-
Les yeux vert citron de la blanche étincellèrent et le conseiller se tut. La connaissant, n'importe qui d'autre aurait fini à nettoyer les écuries pendant un an ou deux, mais elle n'ajouta rien et vint simplement s'abaisser talons-fesses aux côtés d'Elrond, juste en face de la wyverne qui essayait toujours de se cacher dans le pli de son bras.
-Salut.
L'elfe parlait doucement, pleine de sa gentillesse habituelle et la wyverne redressa sa tête, curieuse. Sans aucune hésitation, elle tendit ses deux mains, lui prit la tête et commença à la caresser, presque comme si il s'agissait juste d'un chien couvert d'écailles.
-En effet, elle est terrifiante.
Erestor ne trouva rien à dire, il la regardait faire. A son tour, Calimmacil s'approcha et lui tendit la main, la wyverne le laissa la caresser puis attirée par les deux billes de bois qui pendait au fermoir de son bracelet, elle voulut jouer avec en y donnant des coups de museaux.
-Je rejoins l'avis du Capitaine et d'Erawen.
-Le contraire m'aurait étonné.
Il haussa les épaules.
-Là c'est un bébé, mais si l'adulte est pareil? Qu'elle nous reconnaisse comme des personnes ne lui voulant pas de mal? Je ne pense pas qu'il va se passer grand chose… Quant à la taille, il y a de la place près des écuries, ou même la plus haute terrasse, personne n'y va jamais. Et le "vole" et bien, mon bracelet l'intéresse plus que des bijoux en jade. Alors, non, je ne pense pas qu'il y ait une raison de s'inquiéter.
Erestor se tourna vers Lindir :
-Et toi?
-Elle était avec moi jusque là, et a part dormir elle n'a rien fait donc moi non plus, je ne vois pas en quoi ce serait mal qu'elle reste…
Erestor soupira.
-J'imagine que je vais me joindre à la majorité dans ce cas.
Il voulut s'approcher de la Wyverne, qui alla se cacher derrière les jambes de Calimmacil pour mettre de la distance entre eux. Le garde lui servit de bon coeur de bouclier et éclata franchement de rire :
-Je retire ce que j'ai dis : si une personne risque de se faire mordre, c'est vous pour lui avoir mal parlé!
Retournant auprès de Lindir, en faisant attention à passer le plus loin possible d'Erestor, la wyverne mit un coup de museau contre sa jambe avant de désigner la porte. Il la porta et alors qu'elle se réinstallait contre son épaule, Elrond reprit la parole s'adressant d'abord aux gardes, leur disant qu'ils pouvaient repartir et ils s'exécutèrent. Dans le couloir, les clacs! d'une paire de cuissardes à talon résonna accompagné de leur conversation. Je pouvais deviner les paris entre Erestor et la Wyverne. Puis il regarda Lindir et la masse d'écailles rouges et noires contre son épaule.
-Je vais te laisser la ramener. Si tu pouvais passer à l'infirmerie de temps en temps et lui ramener de quoi manger.
Un ronronnement satisfait noya la réponse affirmative du brun, et à son tour il quitta la pièce en inclinant poliment la tête -et la wyverne pressa fort son museau contre ma joue quand il passa à ma hauteur. Quand on fut juste tous les trois, je lui posait la question qui me brûlait les lèvres depuis mon entrée dans le bureau :
-Est-ce que tu as vu quelque chose de tout ça?
-De quelle partie parles-tu? L'Héritier laissé pour mort? Ou la créature que personne ne pensait revoir un jour?
Aucun de nous deux n'avait la réponse. Il se tourna alors, regardant la vue sur sa belle et paisible vallée qu'offrait la fenêtre de son bureau.
-Parfois, je sais qu'un arbre va tomber tel jour à cause de la tempête ou que quelqu'un va chuter en voulant monter un étalon trop fougueux… Mais là, rien du tout. Et pour être tout à fait franc, j'avais eu cette vision, je ne l'aurais pas cru.
-Et maintenant?
Longtemps, très longtemps il resta silencieux, son regard perdu dans le vague.
-Maintenant Erestor, on attend.
