Un chapitre qui consiste en un intermède et qui nous remet un peu du côté de Lea et Kairi! Mais aussi d'un autre point de vue...
Malgré le ton comique de plusieurs dialogues, un certain nombre d'indices ont été cachés ici et là... Notamment à la fin, mais également dans le dialogue entre Lea et Kairi!
PS: une grosse référence "Aux mondes de Ralph" s'est glissée par là... De même qu'une référence évidente à Birth by Sleep.
"Je mise encore 50 Munnies. Qui me suit?"
Lea redressa ses yeux émeraude cachés derrière deux verres noirs et leva un sourcil rouge en direction de son opposante: Belle, vêtue d'un large t-shirt jaune faisant office de pyjama, ses cheveux bruns libérés tout autour de son visage blanc, elle le fixait sauvagement derrière ses lunettes noires, un sourire déjà victorieux accroché aux lèvres. Ne voulant pas lui donner le loisir de se croire en meilleure posture que lui, et après avoir rapidement vérifié sa main, le jeune homme aux cheveux rouges attachés en une queue de cheval haute sortit également son dernier sac de Munnies, qu'il lança sur l'énorme tas de pièces qui s'amassait toujours plus haut sur le côté de leur table de jeu.
"Je suis. Jasmine?"
La jeune princesse orientale, sur sa gauche, retira ses lunettes de soleil et se massa les tempes en fermant ses yeux en amande tout en se calant contre le dossier de son siège, révélant son buste couvert d'un petit marcel turquoise qui semblait avoir comme motif deux doigts levés du génie bleu d'Aladdin: oui, Lea savait qu'elle était de loin en dernière position dans leur Chasse aux Commandes. Mais quelque chose lui disait que la fierté de la jeune femme allait la pousser à ne pas se retirer du jeu si proche de la fin de la partie… Ce fut avec un sourire amusé que le Porteur la vit soudain pousser une petite bourse de pièces vers ses consœurs en soupirant:
"Si ça continue comme ça, je vais devoir miser Agrabah elle-même!"
Heureux que la partie continue contre les deux Princesses de Cœur, Lea posa son menton sur le dossier de sa chaise, sur laquelle il s'était volontairement assis à l'envers, et débuta l'analyse de ses dernières cartes, ainsi que du plateau de jeu holographique devant lui dans le but d'élaborer une stratégie: si tout se passait bien avec les jets de dés, il s'agissait du dernier tour, qui allait ramener tous leurs pions avatars sur la case départ. Cela faisait déjà deux bonnes heures qu'ils avaient commencé le jeu, et Lea, qui le connaissait assez bien pour y avoir joué toute sa jeunesse à Jardin Radieux, dut admettre que les jeunes femmes (bloquées dans la Tour de Yen Sid depuis plusieurs semaines) étaient de farouches adversaires!
"Tu peux tomber dans un trou comme dans le jeu de l'oie?" voulut soudain savoir la petite Alice, vêtue d'une longue chemise de nuit blanche, en se levant sur ses pointes de pieds à côté de Lea pour essayer de comprendre les règles.
"C'est pas exactement le jeu de l'oie ma p'tite, expliqua le jeune homme calmement en tapotant sa tempe de son index. Ça demande un peu plus de réflexion…"
"Mais vous avancez tout de même au hasard des jets de dés, intervint la voix de Cendrillon, et certaines cases ont des effets… comme le jeu de l'oie. Alice a raison."
Lea se retourna et dévisagea les deux Princesses qui s'activaient à confectionner une tarte derrière lui: Cendrillon et Blanche-Neige avaient taché leurs pyjamas de farine et plaçaient méticuleusement des quartiers de pommes au centre de la pâte brisée qu'elles avaient faite maison.
"C'est plus un mélange de jeu de l'oie, de poker et de Monopoli en réalité… explicita Lea en souriant de toutes ses dents à la Princesse du Palais des Rêves. Mais je peux te montrer les règles après si tu veux?"
"Oh non merci! fit la jeune femme blonde en éclatant de rire. L'argent ne m'a jamais vraiment intéressée… Alors des jeux d'argent, encore moins."
"Oui, le menaça Blanche-Neige en le pointant d'une pomme rouge qu'elle était en train de peler. Et n'essaie pas de nous emberlificoter avec tes manigances… Tu as réussi à séduire une Princesse de Cœur, mais tes charmes ne marchent pas sur nous autres!"
Il y eut un silence durant lequel Lea glissa ses lunettes noires sur son front et adressa son plus beau sourire aux jeunes femmes présentes. Il y eut un silence, puis plusieurs gloussements et enfin ce fut la voix adorable d'Alice qui admit, en posant ses petites mains sur les épaules du jeune homme:
"Moi je l'aime bien, Lea. Il est gentil."
"Oui et il faut avouer qu'il est charmant… plaisanta Cendrillon en mettant une petite main devant sa bouche tout en se tournant vers sa camarade pâtissière. N'est-ce pas?"
"Charmant peut-être… admit Blanche-Neige en croisant les bras. Mais il a un petit air de vaurien qui ne m'inspire pas confiance…"
"Les vauriens sont parfois pleins de surprises, le défendit Jasmine, en souriant doucement tout en regardant une belle bague à son doigt. Méfie-toi."
"Oui et les apparences sont souvent trompeuses, prévint Belle en réagençant les cartes dans sa main, concentrée. Mon mari était bien une énorme bête violente et velue quand je l'ai rencontré…"
Tous les visages se tournèrent vers la Princesse brune, inquiets pour elle et son couple sans doute, cependant elle se contenta de relever ses yeux noisettes vers eux en lâchant, imperturbable:
"Bon… on la termine, cette partie?"
"C'est à toi…" rappela Lea en se replaçant devant le plateau de jeu.
"Voici donc! s'exclama Belle, sûre d'elle en jetant une carte sur la table. Une carte attaque, que je tire sur Lea."
"NOOOOON!" hurla ce dernier en attrapant sa tête de ses deux mains, horrifié.
"Tu lui fais passer un tour alors qu'il est presque sur la ligne d'arrivée? s'étonna Jasmine en dévisageant le sourire sadique de la femme de la Bête. C'est cruel, non?"
"C'est de la stratégie, se défendit Belle en s'emparant du dé. Et maintenant, si j'arrive à faire un 4, je suis de retour sur la case de départ et je remporte la mise…"
Joignant le geste à la parole, la Princesse de Cœur lança le dé que tous regardèrent avec une attente fiévreuse… Lorsque le petit cube blanc cessa de bouger, sa face visible indiqua "2", au plus grand soulagement de Lea: il avait encore ses chances de gagner! Car il n'était qu'à 3 cases de l'arrivée, et Jasmine à 8.
"Pas de bol, chantonna le jeune homme aux cheveux rouges tout en se tournant vers la Princesse d'Agrabah. A toi ma chère, vu que je ne peux rien faire ce tour-ci…"
Jasmine ne dit mot durant une bonne minute, analysant sans doute le plateau et la position de ses deux adversaires sur celui-ci derrière ses verres noirs. Enfin, la jeune femme à la peau dorée par le soleil abaissa enfin son jeu et, sous le regard conjointement terrifié de Belle et Lea, elle expliqua:
"Je combine deux cartes Magie, ce qui m'octroie un dé supplémentaire. Si je fais 8 ou plus, je gagne la partie…"
Sous le coup de l'adrénaline (car ils avaient misé beaucoup d'argent), Lea et Belle se levèrent de leurs chaises pour fixer, tels des rapaces, les deux dés quitter la main de Jasmine au ralenti et venir rebondir par trois fois sur le bord de la table de jeu. Quand leur tournoiement cessa enfin, les deux faces visibles indiquèrent les chiffres "4" et "5". Tandis que Belle et Lea se laissaient retomber sur leurs sièges, gémissants et désespérés, la fiancée d'Aladdin se saisit du tas de Munnies qu'elle ramena à elle de ses deux bras nus et, après avoir croché ses lunettes de soleil dans ses abondants cheveux noirs, elle minauda:
"Et bien finalement… j'aurai pu parier Agrabah."
"Tu jouais la comédie tout le long du jeu?! explosa Belle, choquée. Tu nous as fait croire que tu avais de mauvaises cartes jusqu'au bout?!"
"C'est de la stratégie… fit Jasmine en toisant sa consœur du regard, reprenant volontairement ses mots. C'est Aladdin qui m'a appris."
"Et après c'est moi qui ai un air de vaurien, plaisanta Lea en croisant ses bras fins sur son large torse. Ah là là… Et moi qui croyais qu'il n'y avait que de la Lumière dans votre cœur…"
"On ne se méfie jamais assez des Princesses de Cœur, prévint Belle. Ce n'est pas parce que notre cœur est empli de Lumière que nous sommes toujours de petites jeunes femmes sans défaut…"
"C'est retenu…" lâcha Lea qui savait que la jeune femme était connue dans l'Organisation XIII pour avoir donné un puissant coup de coude à Xaldin, ce qui lui avait fait perdre toute crédibilité auprès des Simili par la suite.
Les trois joueurs entreprenaient de ranger les différentes cartes devant eux, décidant d'un commun accord de ne pas faire de revanche, lorsqu'une nouvelle Princesse de Cœur entra dans le grand salon de la Tour Mystérieuse, une main posée sur sa discrète poitrine cachée par une longue robe de nuit bleu ciel. Ses abondants cheveux blonds tressés sur le côté de son cou, elle sembla chercher quelqu'un du regard. Lorsque ses yeux bleus rencontrèrent ceux, émeraude, de Lea elle le héla:
"Ah tu es ici: je te cherchais…"
Aurore marcha gracieusement jusqu'au Porteur de Keyblade (qui songea un instant que d'être entouré de tant de belles jeunes femmes était sans doute un rêve qui aurait rendu jaloux plus d'un homme) et lui saisit le bras, le forçant à se lever en déclarant:
"J'étais avec Kairi lorsqu'elle m'a dit qu'elle avait eu mal…"
"Mal?! paniqua derechef le grand jeune homme. Elle est où?!"
"Dans sa chambre, expliqua la princesse du Domaine Enchanté. J'ai déjà utilisé ma Lumière sur elle, ça a semblé la soulager, mais… je pense qu'elle ne me dit pas tout."
"C'est noté, lâcha Lea en s'élançant au travers du couloir, inquiet. Merci Aurore!"
Courant quatre à quatre dans les interminables escaliers de la Tour de Yen Sid, Lea rata une marche et faillit s'étaler de tout son long parvenu à l'étage du dortoir des filles. Le jeune homme, que le manque de précisions d'Aurore avait rendu fébrile, ne prit donc pas la peine de toquer à la porte et poussa brutalement le battant décoré de symboles stellaires. A moitié en train de s'étouffer à cause de l'effort, Lea s'accroupit et posa ses paumes sur ses cuisses, haletant comme un dément, tentant de reprendre sa respiration. Lorsqu'il releva la tête, il tomba nez à nez avec un doux visage rond entouré de mèches magenta et dont les grands yeux bleu saphir le dévisageaient, interloqués. Voulant détendre l'atmosphère, Lea se redressa de toute sa hauteur et écarta ses longs bras en chantonnant, à moitié essoufflé:
"Et voilà! L'homme de la situation est arrivé!"
Kairi l'observa un instant, sourit vaguement devant son numéro de pitre, avant de détourner le visage et de poser sa fine main contre son buste, soucieuse.
"Hé…" reprit Lea qui redevint alors tout à fait sérieux.
Il marcha vers la princesse et alla attraper sa main gauche, encore libre, pour l'entourer de ses deux grandes paumes. Il courba le dos pour être à peu près à sa hauteur et demanda, d'une voix calme:
"Qu'est-ce qui va pas?"
Kairi se força à sourire, mais elle était très mauvaise actrice: cela ne lui fit afficher qu'une sorte de grimace douloureuse et froncer ses fins sourcils ronds alors qu'elle soufflait:
"C'est rien… je ne voulais pas t'inquiéter…"
"Menteuse, trancha Lea en plissant ses yeux émeraude. Allez, dis-moi ce qui va pas… Aurore a dit que tu avais eu mal… où ça?"
Kairi détourna à nouveau le regard, mais ce fut pour le poser sur une étagère possédant quelques livres, dont un semblait manquer. Le jeune homme suivit les yeux de sa compagne, essayant de se rappeler ce qui se trouvait à cet emplacement. Cependant, ce fut la Princesse de Cœur qui fut plus rapide:
"C'est… mon cœur. Il m'a soudain lancé… et maintenant j'ai l'impression…"
Elle releva alors deux grands yeux bleus vers lui et avoua enfin, troublée:
"J'ai l'impression que Naminé n'est plus là…"
Lea papillonna plusieurs fois des yeux, sous le coup de la surprise, et un million de questions se déversèrent dans son esprit: pour être lui-même passé de Simili à lui actuellement, il ne considérait plus Axel comme "indépendant" de sa personne, mais plutôt comme un fragment de son passé sombre… Or Kairi avait déjà plusieurs fois parlé de Naminé comme d'une personne à part entière, avec sa propre volonté… Mais un Simili pouvait-il vraiment faire cela? N'était-il pas censé ne pas avoir de cœur? Et Naminé, de retour dans son être d'origine, pouvait-elle encore être considérée comme une Simili? Pour condenser toutes ses interrogations en une, le jeune homme aux cheveux de feu se contenta finalement de balbutier:
"M-Mais…? Elle peut vraiment faire ça? Partir de toi comme ça, pouf! envolée?"
"Lorsque Sora m'avait posé la même question la dernière fois que l'on s'était vu, répondit Kairi en attrapant ses deux bras fins, comme si elle avait froid. Je lui avais dit que ce n'était pas possible… et que je la sentais encore à l'intérieur de moi. Mais il m'avait assuré lui avoir parlé, dans ses rêves, alors que je ne me souviens de rien…Et là… je ne la sens plus du tout."
"Attends attends attends! l'arrêta Lea en levant deux paumes devant lui tout en ouvrant ses yeux allongés en grand. T'es en train de me dire qu'elle est morte ou un truc du genre?!"
La panique de Lea fit pouffer de rire la Princesse de Cœur, qui mit une petite main devant sa bouche pour cacher son hilarité, avant de reprendre, en souriant cette fois-ci:
"Non, gros bêta… Je m'inquiète juste de la savoir loin de mon cœur. Mais surtout… quand Aurore a utilisé son pouvoir sur la Lumière, j'ai remarqué que..."
Joignant le geste à la parole, la jeune femme aux cheveux magenta leva une paume devant elle et tenta de matérialiser une sphère de Lumière… mais seule une petite et faible lueur apparut, flottante et tremblotante, entre ses doigts écartés. Lea écarquilla ses yeux tandis que Kairi se questionnait à voix haute:
"Je commence à me demander qui est vraiment Naminé… et quel est son lien avec mes pouvoirs…"
"C'est vrai que c'est pas très clair cette histoire… admit Lea en se frottant le menton tout en levant les yeux au ciel. De base, une Princesse de Cœur ne peut pas avoir de Simili… mais toi, t'as Naminé. Et si j'ai bien tout compris de ce que Xemnas m'avait expliqué quand j'étais Axel, elle est née de toi ET de Sora, quand il s'est arraché le cœur pour libérer le tien… donc ça explique le lien profond entre Naminé et Sora aussi… Mais son pouvoir sur les souvenirs, ça on a jamais vraiment pigé, pour être honnête. Marluxia l'utilisait juste pour manipuler Sora et Riku dans le Manoir Oblivion, mais il ne s'est jamais demandé d'oùça lui venait au juste…Par contre... elle avait pas un carnet? On trouverait peut-être des infos sur elle dedans, non?"
Kairi l'avait observé de ses grands yeux bleu saphir avec attention et intérêt durant toute sa tirade, après quoi elle sembla sursauter au mot "carnet" et posa à nouveau ses yeux tristes sur son étagère, en avouant:
"Je ne l'ai plus… je l'avais offert à Hayate, lorsqu'elle était arrivée à la Tour Mystérieuse…"
"A ELLE? cracha Lea, ne cachant pas son traumatisme vécu avec la jeune femme lubrique. Mais pourquoi t'as fait un truc pareil?!"
"Je ne sais pas… admit Kairi en souriant avec nostalgie tout en posant délicatement sa main sur son cœur. Sur le moment, j'ai eu l'impression qu'elle en avait plus besoin que moi…"
La jeune femme eut à peine le temps de terminer sa phrase qu'une vive lumière éclata soudain depuis sa poitrine, chaude et dorée, illuminant l'entier de sa silhouette durant quelques instants, et éclairant la chambre plongée dans la pénombre sérotinale d'une vive aura éblouissante. Tandis que quelques mèches de cheveux magenta flottaient encore autour de son visage rond à cause de la magie de cet instant, Kairi ferma ses paupières, comme apaisée, et posa ses deux paumes sur son cœur en murmurant, rassurée:
"Elle est revenue…"
"Naminé?" supposa Lea.
Kairi hocha la tête, un tendre sourire étirant ses fines lèvres et Lea s'abaissa pour l'enlacer doucement entre ses bras. Il la sentit enfouir son visage dans le tissu à carreaux rouges et noirs de sa capuche de veste, cherchant sa chaleur réconfortante, et il se permit de souffler, d'une voix douce et suave:
"Et si on restait quelques jours ici? Pour essayer de comprendre ce qu'il t'arrive ?"
"...Quoi? lâcha la jeune femme en redressant vivement son visage inquiet vers lui. Mais… Yen Sid a bien dit qu'il était risqué d'avoir toutes les Princesses de Cœur au même endroit, non? Et on doit trouver les gardiens de la Lumière aussi…"
"Ouais mais soyons honnêtes: rappela Lea en plantant son regard améthyste dans celui, saphirin, de sa compagne. On n'a pas la moindre idéed'où chercher, et de quichercher! Sora et son équipe ont rien trouvé après une année de recherches, alors autant essayer de chercher des infos dans la bibliothèque du vieux grigou quelques jours, non?"
Kairi sembla réfléchir quelques instants à la meilleure option possible, après quoi un faible sourire apparut sur son visage… Triste, résigné et mélancolique:
"Peut-être que tous les gardiens sont déjà réunis… Sora, Riku, Hayate, Iwako et toi, je suis sûre que vous en êtes. Et je vous envie un peu, c'est vrai… Je ne suis que la Princesse de Cœur à protéger après tout, encore une fois, de Xehanort… Et qui sait? Je ne suis peut-être qu'une demi-Princesse de Cœur, en fin de compte…"
Lea fronça ses sourcils rouges et comprit alors ce qui tourmentait réellement Kairi: le départ de Naminé et la perte momentanée de ses pouvoirs n'avaient fait que rouvrir une vieille blessure de la jeune femme, qui s'était très (voire trop) souvent sentie mise à l'écart. Devant la vague de fatalisme de la Princesse, Lea attrapa délicatement son visage si doux entre ses deux mains et lui sourit, en parlant avec sincérité:
"Ne dis pas des bêtises pareilles… Tu n'es pasqu'une simple Princesse: tu es bien plus que ça. Tu es la plus courageuse, gentille et la plus grosse tête de mule que je connaisse! Mais surtout, sans toi, et même si je suis redevenu un être humain entier tout seul, je ne serais jamais totalement retourné sur le chemin de la Lumière… Parce que je ne pouvais oublier tout le mal que j'avais fait: trahison, enlèvement, meurtre… Cette violence, j'en avais peur, car je savais qu'elle était encore en moi.Mais toi… tu as cru en moi. Tu m'as fait confiance. Alors que tu avais toutes les raisons du monde de te méfier de moi… C'est toi qui m'as rappelé ce que c'était que l'empathie, la compassion et l'envie d'aider les autres. Et je ne compte même plus toutes les fois où tu m'as sauvé les fesses durant un combat!"
Le cœur débordant de soulagement, Kairi lâcha un petit rire qui fut accompagné de larmes aux coins de ses jolis yeux plissés par la joie. Lea se permit de relever sa frange magenta et de déposer un doux baiser sur son front, en fermant les yeux de manière à savourer cet instant. Puis il plongea son regard amoureux dans celui de la jeune femme et plaisanta encore, avec honnêteté malgré tout:
"Et de nous deux, tu mérites cent fois plus le titre de gardienne de la Lumière que moi…"
Kairi se leva sur ses pointes de pieds pour poser un rapide baiser sur les lèvres de Lea puis, les pommettes légèrement rosées, elle demanda:
"Tu...voudrais bien rester avec moi, cette nuit?"
Lea sentit toutes ses couleurs faciales quitter son visage au souvenir de la dernière fois où il était resté dans la chambre de la Princesse de Cœur: les trois Bonnes Fées l'avait surpris, au matin, quitter la pièce en douce et lui avaient passé un savon (assez humiliant) dont il se souvenait encore...
"M-ma belle… bégaya-t-il en se grattant nerveusement la nuque. Tu sais bien que sur notre vaisseau y a pas de souci, mais qu'ici… tu te souviens des trois cerbères enragées de la dernière fois non?"
Il se pencha en avant et prit une voix très aigüe de vieille femme, en levant un index accusateur tout en parodiant Flora:
"Ce comportement n'est absolument pas con-ve-nable, jeune homme!"
Kairi éclata cette fois franchement de rire, puis embrassa à nouveau le grand rouquin avant de se laisser convaincre:
"C'est vrai… je ne voudrais pas que tu te fasses encore gronder par ma faute… Alors passe une très belle nuit?"
Lea lui sourit en se dirigea mollement vers la porte en chuchotant un petit:
"Je t'aime."
Auquel Kairi répondit par un petit "Moi aussi" murmuré.
Quelque peu peiné de n'avoir pas pu rester plus longtemps auprès de sa princesse, et se réjouissant déjà d'être de retour sur le Hildegarde, Lea marcha d'un pas lent jusqu'à l'étage des garçons, dont il était actuellement le seul pensionnaire. N'étant pas fatigué, il ouvrit la fenêtre de sa chambre en grand pour pouvoir s'y hisser agilement. A cause de sa grande stature, il eut quelques peines à passer le cadre en bois, mais parvint tout de même à se relever et à faire quelques pas sur les tuiles vertes d'une des tourelles de Yen Sid, mains dans les poches de sa veste noire. Il se laissa finalement tomber au bord de la toiture et, jambes ballantes dans le vide, il se coucha sur le dos, bras derrière la tête et observa un instant le ciel parsemé d'étoiles au-dessus de lui. Tous ces mondes scintillants… toutes ses vies brillantes… Lui-même y cherchait encore sa place. Il n'avait actuellement que deux certitudes: il avait choisi le bon camp et il ne quitterait plus jamais Kairi, qui était pour lui comme l'étoile du Berger dans sa vie constamment enténébrée. En revanche, quel était son rôle à lui, dans la guerre à venir? D'un geste las, Lea tourna la tête de droite et de gauche, cherchant les fantômes de son passé, son cœur se souvenant d'images et de visages que son esprit avait oubliés, effacés par la noirceur de ses crimes passés qu'il avait tant désirés annihiler… Oui, il avait changé, mais il avait déjà tant perdu… Avec un pincement à la gorge, Lea posa alors ses yeux émeraude mi-clos sur le gigantesque astre lunaire brillant froidement au-dessus de lui et, se remémorant nostalgiquement son enfance lointaine, il lui demanda, comme l'on parle à un vieil ami:
" … tu trouves pas qu'il manque une bonne glace… et un bon coucher de soleil… et un bon éclat de rire pour détendre l'atmosphère après une dure journée de labeur? Ouais… il manque un paquet de trucs…"
Lea fit une pause en baissant le regard, tristement, avant de conclure en observant à nouveau le croissant de lune au-dessus de lui:
"… et à toi? Tous ces trucs te manquent pas?"
Isa regarda une énième fois par la fenêtre décorée d'un rideau de flanelles dévoré par les ans et les mites: la lune montait déjà dans le ciel nocturne, éclairant l'océan de ses reflets froids et argentés.
Il devait se hâter.
Fronçant ses sourcils bleus au-dessus de ses yeux aux pupilles orangées, le jeune homme pianota plus sauvagement sur le clavier en face de lui et se courba afin d'amener son visage encore jeune le plus près possible de l'écran bleu devant lui.
"Hé? râla une voix qui lui fut désagréable à entendre. C'est pas que j'ai envie de te stresser, gamin, mais là va falloir un peu bouger tes fesses si tu veux pas qu'on se fasse choper par le vioque…"
Irrité par les commentaires insultants de son acolyte, Isa se redressa et jeta sa tête par-dessus son épaule pour fixer son interlocuteur avec colère: Braig se cachait dans l'embrasure d'une porte cuivrée, donnant sur le petit bureau dans lequel Isa se tenait dans la pénombre. Son "associé" était armé jusqu'aux dents et, tapi dans un angle mort tel un sniper, il avait collé ses deux arbalètes laser contre ses épaules, prêt à dégainer à tout moment à la vue d'une présence "inopportune".
"Quoi?" lâcha Braig en haussant les épaules, se sentant foudroyé du regard par le jeune homme aux cheveux bleus.
"Ce n'est pas parce que nous sommes des alliés de fortune que tu dois te permettre de t'adresser à moi de cette manière… siffla Isa entre ses dents avant de retourner à sa tâche de piratage. Et je te signale que m'agresser ne me stimule en rienà aller plus vite en besogne…"
"Oooouuuh… minauda de manière agaçante le grand homme borgne en quittant son poste de sentinelle pour se placer aux côtés de l'ancien Numéro VII. On dirait que tu supportes assez mal de plus être mon supérieur, c'est ça hein? Avoue que t'aime bien être le fidèle bras droit de tous ces malades… Xemnas, maintenant Xehanort…"
Isa respirait de plus en plus fort: il tentait de garder son calme, ce qui était un effort surhumain dans ces conditions. Essayer de passer la sécurité informatique de son chef paranoïaque dans un temps limité avec un imbécile collé à ses basques… c'était mettre à l'épreuve sa légendaire colère. Néanmoins, ce fut avec une froideur piquante qu'il répliqua à Braig, sans même le regarder, tout en continuant à pianoter sur son clavier:
"Je te rappellequ'atteindre les sphères de pouvoir m'est nécessaire pour accomplir ma quête… et non, je n'éprouve aucune fierté à servir des hommes dénués de tout bon sens. Mais nécessité fait loi. Mais tu devrais le comprendre mieux que quiconque, non? Toi qui a toujours joué double jeu avec Xehanort..."
Braig le dévisagea des pieds à la tête de son unique œil jaunâtre et lâcha un rictus avant de poursuivre de sa voix cassée, presque menaçant:
"Ne me compare plus jamais avec toi… Ce que je dois faire est bien plus importantque ta minablepetite quête personnelle de gamin dramatique et nostalgique."
Cette fois-ci, le sang dans les veines de Isa ne fit qu'un tour et il se tourna violemment pour attraper Braig par le cou: le plaquant contre le mur, ce qui fit tomber de la poussière sur les deux opposants, Isa se courrouça, ses cheveux bleus se hérissant quelque peu sur son crâne:
"Ne vas-tu donc jamais te TAIRE?"
"J'en aurai presque les chocottes… plaisanta encore l'homme au bandeau noir. Tu vas me faire ton numéro de loup-garou?"
Isa, ne désirant pas entrer dans son jeu, le relâcha mais soutint le regard de son unique œil provocateur en rappelant:
"Je n'ai absolument aucune envie de m'acoquiner avec un foudans ton genre: mais il se trouve qu'actuellement, nos deux objectifs se recoupent. Jefinis ma part du travail, et toitu vas chercher l'objet, comme convenu. Mais sache, en réalité, que je n'ai jamais eu besoin de quiconquepour mener à bien une mission, alors si tu n'aimes pas mon plan, tu n'as qu'à abandonner. Cependant…"
D'un geste quasiment invisible, Isa fit apparaître sa gigantesque Claymore dans son dos et reprit, d'un timbre uni et incisif:
"... tu ne sortiras pas vivant de cette pièce."
Il y eut un silence durant lequel Braig ne dit mot, se contentant d'analyser la posture d'Isa de son iris jaune démentiel. Puis, une voix de jeune homme s'éleva derrière eux, narquoise:
"Bah dis donc… Bravo la discrétion."
Isa tourna la tête vers la porte, maudissant encore une fois la présence inutile et néfaste de Braig à ses côtés: même monter la garde semblait être une tâche bien trop complexe pour lui. Avec une profonde nonchalance, un autre Chercheur pénétra dans la pièce en baissant sa capuche, révélant de longs cheveux argentés.
"Tiens mais c'est le Riku machin-chose! s'exclama Braig en mettant ses mains sur ses hanches osseuses. Tu viens te suicider ou ça se passe comment?"
"Non merci, s'excusa hautainement Neo Riku en allant s'appuyer contre la table supportant l'ordinateur allumé. Le suicide j'ai déjà essayé et même la Mort n'a pas voulu de moi… En plus, vous me faisiez un peu pitié, alors je me suis dit que j'allais vous proposer un petit coup de main…"
Braig n'attendit pas même la fin de la phrase de l'adolescent qu'il pointait déjà sur lui ses deux pisto-arbalètes et le menaçant, virulent:
"Je vais t'aider à obtenir ton passeport: on va voir si deux gros trous dans ta sale tête de réplique te donne accès au royaume des morts, cette fois-ci."
"STOP."
Isa s'était interposé entre Braig et le jeune intrus, dévisageant ce dernier tout en effectuant une nouvelle série de calculs dans sa tête. Enfin, tout en l'attrapant par le col de son manteau noir, l'ancien Numéro VII plongea dans le regard ambré visible sous la longue frange argentée et demanda:
"C'est bien toi qui avais tué Zexion, non?"
"Ouais, déclara Neo Riku sans se départir de son petit rictus exaspérant. Pourquoi, c'était ta fiancée?"
Malgré sa confiance en lui, le jeune clone ouvrit de grands yeux inquiets en se sentant décoller de terre. Isa, de sa poigne de fer, l'avait brutalement jeté contre un mur de la pièce. Dans sa chute, Neo Riku brisa une chaise en bois moisie par les ans et souleva un impressionnant nuage de poussière tout autour de lui. Braig s'avançait déjà pour terminer le travail lorsqu'Isa leva un bras devant lui pour l'arrêter, en expliquant:
"Non. Qu'il vienne nous aider, si ça lui chante…"
Le jeune homme aux cheveux bleus et à la balafre à la forme fatidique tourna discrètement son visage altier en direction de l'écran d'ordinateur qui venait d'émettre un léger "bip". Il lut rapidement ce qui y était inscrit:
Téléchargement des données réussi. Dossier "X" copié sur la disquette.
Un sourire triomphant s'étala sur le visage blême d'Isa avant qu'il ne termine, d'une voix grave et confiante:
"Il nous sera utile..."
Que pensez-vous de la relation de Lea et Kairi?
Avez-vous compris/ des théories sur le "plan" de nos deux Chercheurs renégats?
