Dès maintenant s'ouvre une phase du tome 2 qui alternera plusieurs points de vue.
Mais nous laisserons Sora et Ventus de côté un moment pour nous intéresser à ce qui est advenu quelques heures avant l'arrivée des héros à la Tour Mystérieuse...

Quelques heures plus tôt...

Noyé dans l'océan d'obscurité qu'était le portail dimensionnel créé par l'ennemi, un courant invisible emportait Riku vers une destination inconnue. Tandis que les ténèbres le prenaient d'assaut, le Maître de la Keyblade érigea une forteresse autour de son cœur, usant de ses multiples expériences et souffrances du passé pour se protéger des forces ennemies s'apprêtant à percer une brèche dans son armure de volonté. Après quelques instants de lutte douloureuse, le jeune porteur se vit finalement propulsé hors du passage ténébreux à l'image d'un voyageur clandestin expulsé hors de son moyen de transport illégal par des agents peu scrupuleux. Immédiatement, l'air lui manqua et Riku se retrouva brutalement plongé sous l'eau, désorienté et ne sachant pas dans quelle direction se trouvait la surface. Cessant bientôt de se débattre, le jeune homme disciplina son esprit endiablé et laissa l'air de ses poumons le guider gentiment en direction de la surface. Aidant son ascension en brassant l'eau, formant des mouvements rotatifs symétriques à l'aide de ses bras en y ajoutant de grands jets de jambes le propulsant vers le haut, la chevelure argentée de Riku brisa enfin la surface noirâtre d'une mer d'huile. Ses poumons enfin capables de s'emplir d'air, le jeune homme éclata en une explosion de toussotements et de crachats fort soulageants, alors que le goût salé de la mer lui brûlait les sinus. Constatant qu'il se trouvait ainsi dans un océan surplombé d'un ciel étoilé, le Maître de la Keyblade se concentra pour discerner la terre ferme - qui ne pouvait être si éloignée... à moins que Néo-Riku ne les ait emmenés à Atlantica. Soulagé que ce ne soit pas le cas, le jeune homme réalisa qu'il était visiblement entouré par une chaîne de montagnes qui obscurcissait encore davantage l'horizon nocturne. L'eau salée lui brûlant les yeux et la fatigue de son voyage impromptu et sans protection dans un Entre-Chemin menaçant sa lucidité, il s'empressa de rejoindre le pic rocheux le plus proche, lequel semblait surplombé d'un bâtiment illuminé. Une fois parvenu sur une sorte de débarcadère, Riku, exténué, se hissa difficilement sur les dalles en pierres pâles qui entouraient une zone verdoyante au centre de laquelle se trouvait une série d'arbres. Posé à plat ventre durant quelques instants, il se retourna comme un pancake imbibé de beurre et s'accorda quelques instants pour respirer. Après quoi il fouilla dans ses poches et en retira son commlink pour enfoncer son pouce sur la touche de communication.

"Riku à Sora, est-ce que tu me reçois?"

En guise de réponse, le jeune homme n'obtint qu'une série de grésillements indistincts et, réalisant que l'appareil était endommagé, il grommela, un bras fatigué posé sur son visage:

"Je déteste l'eau."

Soupirant, Riku posa le télécommunicateur désormais inutilisable à côté de lui et observa un instant le ciel, ses pensées rejoignant sa bien-aimée enlevée, soucieux. Après quelques instants de contemplation stellaire, il ferma les yeux et se concentra, tentant de localiser la présence d'Iwako. En lieu et place, il discerna non pas des dizaines mais des centaines de créatures des ténèbres qui semblaient grouiller sur la montagne qu'il avait rejointe. Observant ses environs avec ses iris désormais habitués à l'obscurité, il constata que le paysage qui l'entourait était loin d'être naturel: il se trouvait dans une cité dont les murailles brillaient d'un pâle halo bleuté sous les rayons lunaires. Reprenant instinctivement ses vieilles habitudes datant de l'époque où il avait infiltré l'Organisation XIII, Riku garda les yeux clos et scana les environs. Juste à temps pour repérer un détachement de ce qui devait être des sentinelles en train de bifurquer dans sa direction. Le Maître de la Keyblade s'empressa aussitôt de rejoindre l'un des arbres à sa proximité et sauta discrètement sur l'une des branches recouverte de feuillages verdoyants, avant de se figer telle une gargouille de pierre ornant les façades d'un bâtiment ancien. En contrebas, il aperçut ce qui ressemblait à une patrouille de Sans-cœurs de type "cabot indigo" reniflant les environs, lesquels rejoignirent ensuite l'emplacement humide au sol sur lequel Riku s'était allongé quelques instants plus tôt pour reprendre son souffle. Se maudissant intérieurement, le Maître de la Keyblade réalisa qu'il avait oublié son commlink lors de sa fuite précipitée. Entouré d'ennemis de toute part, il dut observer, impuissant, comment l'un des Sans-coeurs canins ramassa le petit objet métallique, le serrant entre ses dents acérées avant de s'en aller en compagnie de ses compatriotes, sans doute pour informer ses supérieurs de la présence potentielle d'intrus. Tandis que le jeune Maître de la Keyblade demeurait immobile dans sa cachette, il sentit deux gouttes d'eau sur le dos de sa main et, baissant le regard, il réalisa que la paume posée sur son genou tremblait perceptiblement, un froid menaçant s'emparant de ses entrailles. Bien plus qu'un simple refroidissement provoqué par des vêtements trempés, ce courant glacial tentait d'atteindre son cœur et le jeune homme en déduisit que son récent périple dans les Ténèbres l'avait potentiellement affaibli. Il devait se reposer et reprendre ses forces avant de continuer sa recherche, sans quoi tout éventuel combat risquerait d'être dangereux pour sa santé mentale. Balayant les environs de ses yeux turquoises plissés, le jeune homme repéra enfin une série de maisonnettes carrées construites de plain-pied et agencées les unes contre les autres. Se laissant discrètement tomber au sol, il se dirigea vers les bâtisses à coup d'avancées ponctuelles, usant de divers plantes et éléments de décor pour se dissimuler stratégiquement. Alerté par le bruit de battements d'ailes, le jeune Maître se jeta furtivement par terre, roulant de tout son corps sous un banc en bois tandis qu'une nuée de chauve-souris Sans-coeurs passait au-dessus du débarcadère en poussant de petits couinements stridents. Retenant sa respiration saccadée et s'efforçant de calmer son cœur qui tambourinait sans retenue contre ses côtes, le jeune homme jugea finalement que ses ennemis s'étaient suffisamment éloignés pour reprendre son avancée. Usant de ses deux coudes et de mouvements de jambes, il rampa dans l'herbe jusqu'à atteindre une grande place centrale ronde illuminée par des lampadaires. Décidant d'éviter de passer par une zone découverte, Riku bifurqua dans l'obscurité, en direction d'habitations situées derrière une courte volée d'escaliers, et longea les façades en crépis jusqu'à atteindre une petite porte en bois peinte. S'assurant de sa solitude d'un rapide coup d'œil des environs et réalisant qu'il ne pouvait invoquer la Keyblade au risque de prévenir tous les ennemis alentours de sa présence, il se posa dos contre le portail et brisa la serrure d'un rapide et puissant mouvement de poignet avant de s'engouffrer telle une ombre à l'intérieur de la maisonnette.

Il faisait parfaitement sombre dans l'entrée de l'habituation et Riku ne fut alerté par aucune présence. A son grand soulagement, le jeune homme conclut que la maison devait actuellement être inhabitée. Il se dirigea d'un pas lent jusqu'au fond de la pièce et s'installa dans l'angle d'un mur, le dissimulant de la vue de potentiels ennemis, où il se laissa tomber, profondément épuisé par sa traversée inopportune du couloir obscure de Néo-Riku. Une main tremblante touchant son front, le Maître de la Keyblade sentit la chaleur d'une fièvre débilitante émaner de tout son corps, manifestation physique du combat entre sa lumière et des ténèbres étrangères qui déchirait actuellement ses entrailles. Des tremblements parcouraient ses membres endoloris et sa respiration se transforma rapidement en halètements inquiétants. Incapable de se tenir droit plus longtemps, le jeune homme laissa finalement son corps massif tomber à terre dans un bruit sourd, son crâne heurtant lourdement le sol en bois tandis qu'il perdait connaissance…

Tapis dans l'ombre, Isa observait sa proie endormie de ses yeux ambrés, qui scintillaient dans l'obscurité. L'air était humide et froid à cause des gouttelettes d'eau de mer qui passaient parfois à travers les fissures parcourant les vieilles pierres usées par le temps et venaient former de petites flaques sur le sol dallé, envahi d'herbes marines. Il y avait une autre présence dans la pièce, indésirable. Isa lui avait envoyé plusieurs coups d'œil agressifs, pour lui intimer silencieusement de quitter la salle. Mais le jeune homme l'avait totalement ignoré, refusant de le regarder, restant mutique et adossé au mur opposé, lui aussi camouflé par les ténèbres ambiantes. La seule parcelle de lumière, éblouissante, éclairait de tous ses feux la cellule métallique de leur prisonnière, toujours avachie à même la roche. Au comble de l'impatience, Isa lâcha un profond soupir: combien de temps Braig allait-il encore prendre pour les rejoindre?

"Hmmm…"

Les gémissements de la jeune femme reportèrent l'attention du Chercheur sur la cellule et il l'observa sans un mot, l'analysant avec intérêt: elle se redressa lentement sur ses coudes, puis sur ses genoux, toussant. D'un geste incertain, elle écarta un grand pan de cheveux bleu nuit de devant son visage blafard, presque livide, et plissa ses yeux en amande à cause de la puissance de l'éclairage, sans doute totalement éblouie. Isa fronça ses sourcils, ce qui plissa sa cicatrice faciale vers l'arête de son nez: cette femme... Elle devait avoir à peu près le même âge que lui. Et elle paraissait si fragile… Était-ce vraiment elle qui avait fait plier la volonté de la Gardienne de la Terre changée en Sans-Coeur?

"Où… marmonna-t-elle en jetant des coups d'œil aux alentours. Où suis-je…?"

Ses yeux mi-clos, violacés, se posèrent fugacement sur Isa et, semblant réaliser la position dans laquelle elle se trouvait, la jeune femme sauta sur ses jambes dans un mouvement étonemmant véloce, sans doute par instinct de survie. Se plaçant directement en position de garde, la Porteuse effectua un étrange moulinet du poignet dans l'air, ce qui fit cliqueter les quelques bracelets qu'elle portait à cet endroit. Comme rien ne se produisit, la jeune femme papillona des paupières, la panique se lisant à présent sur les traits altiers de son visage. Tel un animal pris au piège, la magicienne abandonna l'invocation de sa Keyblade et jeta le bras en direction des barreaux de sa cage, probablement dans le but de les faire exploser… Décontenancée, elle finit par observer sa paume tremblante sans un mot. Isa décida alors de se manifester: il fit un pas dans la lumière, suffisamment proche de la cellule pour se faire entendre.

"Cela ne sert à rien, affirma-t-il en la voyant retourner une carte blanche en tous sens entre ses doigts agiles, tentant sans doute d'invoquer quelque chose. Ces prisons ont jadis été construites pour retenir des Porteurs de Keyblades. Tu ne pourras donc pas invoquer ton arme. De plus, chaque cage est équipée d'un inhibiteur de magie…"

Nullement effrayée, la jeune femme le froudroya de ses yeux violets brillant de colère et se mit à faire le tour de sa cellule, comme une panthère en cage cherchant une échappatoire. Isa retint un sourire sadique et se contenta de lui expliquer, placidement:

"J'ai parcouru tous les rapports de missions te concernant. Ceux d'Ansem et de Lauriam stipulaient bien que tu pouvais t'engouffrer dans les ombres pour t'échapper ou te téléporter… C'est pourquoi j'ai veillé à ne laisser aucune zone d'obscurité ici… Te voilà piégée, révélée au grand jour."

Fier de son jeu d'esprit, Isa s'autorisa un sourire, ce qui alluma une prodigieuse animosité chez son interlocutrice.

"Qu'est-ce que vous me voulez? Pourquoi m'avoir capturée, moi?"

Si sa voix était sûre et tranchante, les yeux de la jeune femme vibrèrent un instant d'indécision: elle faisait bonne figure, mais elle n'était pas rassurée. Isa se passa une main dans les cheveux, remontant sa frange bleu azur sur son crâne, avant de répondre, sincèrement, tout en plaçant ses mains derrière son dos et en commençant à marcher de long en large de la cellule:

"D'un point de vue strictement objectif, c'est Xehanort qui m'a donné ordre de t'amener à lui, après avoir découvert tes prodigieuses habiletés dans la monde de la Gardienne de la Terre. Cela n'a pas été une mince affaire: il me fallait des alliés, et il fallait que j'attende le bon moment. Un moment où tu serais seule, sans défense et surtout… en complète confiance."

Isa s'arrêta et ouvrit le bras en direction d'une table murale recouverte de poussière derrière lui, plongée dans la semi-obscurité.

"La providence a fait que j'ai reçu l'aide de la copie conforme de l'homme que tu sembles aimer…"

La prisonnière plissa ses yeux fatigués par la lumière sous laquelle elle était maintenue, tentant de s'éloigner du premier spot pour discerner la silhouette résolument dissimulée dans les ombres.

"Ne fais pas ton timide Neo… l'appela Isa en ouvrant les bras, l'invitant à le rejoindre. Viens dire bonjour à notre invitée…"

Un éclat de pupilles orangé scinda les ténèbres et de longs cheveux argentés brillèrent sauvagement à la frontière entre la lumière et l'obscurité de la salle prison. Le faux Riku cracha, impérieusement:

"Ne m'appelle pas comme ça!"

"Alors c'était toi…"

La voix de la jeune femme, comme brisée par un sanglot, avait raisonné soudainement. Néo Riku lui jeta un rapide regard, avant de détourner brusquement son visage, faisant virevolter son impressionnante chevelure argentée tout autour de ses larges épaules.

"Eeeeh oui… confirma Isa d'une voix amusée, sachant pertinemment qu'il allait enfoncer le poignard de la trahison dans une plaie récente. Il a parfaitement rempli sa mission de Dom Juan auprès de toi… qui l'aurait cru?"

"La FERME!"

Néo Riku avait presque grogné son injonction. Poings serrés contre ses flancs, il foudroyait Isa de son regard de braises, prêt à en découdre pour laver un soi-disant honneur qu'il n'était même pas en droit de revendiquer, de part sa nature même de réplique… Si Isa trouvait toute cette situation parfaitement cocasse et aberrante, il n'en allait pas de même pour leur prisonnière, qui posa un regard triste sur le faux Riku, en comprenant:

"Ton aura… C'est à cause d'elle que je n'ai pas réussi à vous différencier… Mais…"

Elle fit une pause, indécise, avant de terminer sa phrase, à l'adresse de Néo Riku qui sembla fuir son regard chagriné en faisant volte-face:

"Ta manière de parler, d'agir avec moi… Comment as-tu pu si bien l'imiter? A moins que... "

La jeune femme aux cheveux bleus leva une main en direction de son interlocuteur, comme pour essayer de le toucher dans la chaire, comme ses mots ne semblaient point toucher son coeur… Néanmoins, elle cria bien vite et rétracta sa paume, qu'elle colla contre sa poitrine. Les barreaux étaient électrifiés magiquement. Quelle mauvaise idée de les toucher…

Isa l'observait, au comble du désarroi: elle était prise au piège, capturée par ses ennemis mortels et elle le savait… Alors comment faisait-elle pour rester si calme? Et comment se faisait-il qu'il discernât un éclat de compassion dans son regard? Elle aurait dû haïr ce clone qui lui tournait le dos, qui avait usurpé la place d'un être cher et était responsable de son enfermement… Pourquoi lui parler si gentiment?

Cependant, ce fut Néo Riku qui mit fin à cet étrange échange, en se tournant violemment vers la magicienne et en grondant:

"Je n'imite personne, c'est bien clair?! Je sais que vos pitoyables cerveaux ont de la peine à enregistrer, mais lui et moi, nous sommes la même personne. Et un jour…"

Gonflant ses épaules, le jeune homme aux cheveux argentés avança de manière intimidante vers les barreaux, ce qui fit reculer la prisonnière, de l'autre côté. Mâchoire serrée par la colère, Néo Riku la dévisagea et siffla entre ses dents:

"... j'aurai tout ce qu'il possède."

Sa tirade dramatique terminée, le faux Riku se retourna violemment et, sans une parole superflue ajoutée, il ouvrit un couloir de ténèbres dans lequel il s'engagea.

Bon débarras, songea Isa en reportant directement son attention sur la magicienne, qui semblait parfaitement déstabilisée par le départ inopportun du clone de son allié. Diligemment et d'une voix mielleuse, le Chercheur reprit:

"Mais je n'avais pas terminé mon explication… Si tu es ici et non devant Xehanort, Porteuse de Keyblade, c'est que nous avons décidé d'avoir un petit… entretien… avec toi avant de te livrer officiellement à lui. Car après tout, le fait que tu l'intéresses à ce point te rend prodigieusement intriguante…"

Isa plissa ses yeux et la fixa avant de terminer:

"Et je veux savoir pourquoi il tient tant à te récupérer... "

La jeune femme soutint son regard et demanda derechef, presque agacée:

"Attendez… Vous ne savez pas pourquoi vous m'avez enlevée? Xehanort ne sait pas que je suis ici?"

Comme pour répondre à ses questions, un bruit de vortex explosa dans la salle presque vide, se répercutant en échos contre ses parois pleines de mousse. Un grand homme décharné et vêtu du même manteau qu'Isa en jaillit promptement, bras grands ouverts, comme s'il accueillait une vieille amie de longue date. Il s'exclama en dardant son unique oeil jaunâtre sur la Porteuse de Keyblade:

"Aaaaaah! J'ai enfin le plaisir de voir notre charmante invitée!"

La magicienne jeta un rapide coup d'oeil aux barreaux qui la maintenaient captive avant de froncer ses sourcils arqués, suspicieuse, et de relever avec ironie:

"Vous enfermez souvent vos "invités" dans des cellules de haute sécurité?"

"Tout de suite les grands mots! soupira Braig en levant ses longs bras en direction du plafond. C'est juste qu'on s'est donné beaucoup de mal pour te chopper, ma p'tite donzelle, alors disons qu'on a pris des...dispositions… pour que tu ne nous fausses pas compagnie tout de suite. Mais si tu coopères baaaaah… on n'a aucune raison de pas te laisser gentiment t'en aller tu sais?"

La jeune femme passa rapidement d'Isa à Braig, analysant les deux hommes de bas en haut, avant de trancher:

"Vous me prenez vraiment pour une imbécile? Vous voulez forcément obtenir quelque chose de moi sinon vous n'auriez pas monté toute cette mascarade pour m'enlever. ET vous saviez pertinemment comment fonctionnent mes pouvoirs, ce qui veut dire que vous avez dû passer un certain temps à m'espionner comme deux vulgaires pervers… Et vous n'auriez pas pris la peine de m'enfermer dans une cage faite à partir de Lumière et de Lux."

Tandis qu'Isa tiquait sur le terme "pervers" et hésitait à se défendre, Braig haussa ses sourcils grisonnants sur son large front dégagé à l'énonciation du dernier mot et se mit à sourire. A la fois amusé et intrigué, il demanda d'une voix suave tout en s'approchant de la prison ensorcelée:

"Alors tu sais ce qu'est la Lux… Intéressant… Et une place, avec une fontaine… et une grande tour avec une horloge… ça te dit aussi quelque chose?"

La jeune femme tenta de rester de marbre face à cette question impromptue, néanmoins Isa vit clairement une rapide expression de surprise passer sur ses traits fins alors qu'elle se retenait visiblement de répondre. Braig se caressa le menton de ses doigts gantés et souffla dans sa barbe:

"Hum-hum...Tu dois au moins connaître un de ces lieux vu la tête que tu fais..."

Le jeune Chercheur aux cheveux bleus sentit la frustration monter en lui: de toute évidence, son "partenaire" en savait plus qu'il n'avait voulu lui en dire et, depuis qu'il était entré dans les geôles, Isa se sentait totalement évincé de la discussion avec leur prisonnière, voire totalement oublié. Ce fut pour cette raison qu'il intervint soudain brutalement, en faisant un pas en avant, agacé d'être tenu dans l'ignorance par son acolyte:

"On peut savoir ce qu'il se passe? Braig, si tu as des informations sur cette fille, tu dois me les donner: c'étaient les termes de notre marché."

Le balafré éructa une sorte de rire narquois avant de fixer son unique oeil à la lueur malsaine sur Isa et de décréter, avec une étrange voix rauque:

"Pour l'instant, j'en sais pas plus que toi mon p'tit loup-garou… Mais on va se mettre d'accord tout de suite: JE pose les questions, et TOI tu restes bien tranquille… Capiche?"

Isa n'avait pas la moindre envie d'accepter ces conditions, néanmoins il n'avait pas le choix: le chien de Xehanort semblait savoir des choses et c'était l'occasion rêvée pour percer à jour quelques-uns de ses secrets… Ce fut pour cette raison qu'il ne répondit rien, se contentant de faire le poing dans sa poche et de regarder Braig avec toute la fureur et le dédain dont il était physiquement capable. Satisfait, l'homme au bandeau reporta son attention sur la jeune femme qui lui faisait face, noblement, et tira sur ses longs cheveux pour refaire sa queue de cheval haute avant d'annoncer:

"Alors princesse… prête pour l'interrogatoire?"

"Essayez toujours si vous voulez perdre votre temps, menaça la magicienne en levant un menton hostile. Vous n'obtiendrez rien de moi."

"Tu sais… soupira Braig en s'asseyant, sans aucune grâce, sur un tabouret qu'il traîna jusqu'à lui. Je sais me montrer très persuasif…"

Comme s'il avait répété son numéro de clown, le Chercheur farfouilla dans la poche de son manteau noir et en sortit un grand livre à la couverture fort abîmée, mais reconaissable entre mille…

"Quoi?! s'exclama Isa surpris. Tu en as un toi aussi?"

Reprenant son ton rauque et sérieux si peu habituel, Braig siffla entre ses dents, menaçant:

"Si ce secret passe cette porte… Tu sais ce qui t'attend, gamin."

Alors qu'Isa se renfrognait, la magicienne eut la même réaction faciale de pure étonnement que lui à la vue de l'un des exemplaires du Livre des Prophéties, pourtant si rares. Braig, quant à lui, se contenta d'ouvrir le manuscrit comme s'il s'agissait d'une vulgaire BD et le colla le plus proche possible du visage pâle de leur prisonnière, sans un mot, son bras sec tendu devant lui. La réaction de la jeune femme aux cheveux bleu nuit fut rapide, mais n'échappa pas à Isa: ses pupilles violacées s'agitèrent dans ses orbites, signe irréfutable qu'elle avait été capable de déchiffrer les caractères calligraphiés devant elle. Elle fit cependant mine de ne rien savoir en détournant la tête et en croisant ses bras sous sa délicate poitrine, lèvres résolument closes. Braig lâcha un petit rire puis plaisanta:

"Fais pas comme si tu pouvais pas le lire, princesse… ça crève les yeux que tu arrives très bien à comprendre cette langue…Trop bien."

Braig dévisagea la magicienne, avant de plonger son seul œil étrangement vibrant dans les prunelles violettes de son interlocutrice. Après un court silence, le Chercheur borgne appela, incertain, et d'une voix presque trop douce:

"...Ivy?"

Avez-vous compris où se trouvent nos héros?
PS: nous essayons d'écrire la suite au plus vite, mais vous l'aurez compris, les prochains chapitres demandent pas mal de collaboration car ils sont écrits par Nsperis et Lirae conjointement.
Merci pour votre patience!