Voilà! Nsperis est de retour avec un chapitre un peu court mais volontairement détaché de la prochaine partie Riku! C'était un joli challenge niveau points de vue et narrations. Chapitre avec moins de révélations, mais des informations personnelles sur des personnages jusque-là secondaires... qui, on l'espère, deviendront un peu plus intéressants!
Une bonne lecture à vous!
PS: On vous laisser aller chercher le sens du titre... à savourer.
Un grand vortex violacé et noir découpa soudain la paisible moiteur des prisons antiques des anciens Porteurs de Keyblade. Un homme en manteau sombre glissa hors du portail et tourna son visage camouflé vers le corps de la jeune prisonnière qui sommeillait paisiblement sur une paillasse, dos à lui. Après un rapide coup d'oeil aux alentours, la silhouette encapuchonnée s'accroupit vers la jeune femme et jeta habilement un petit paquet de tissus en sa direction, évitant de justesse les barreaux magiquement électrifiés. Le faible bruit du colis sur le dallage humide de la cellule éveilla sa captive en sursaut, et elle se redressa derechef sur son séant pour dévisager le nouveau venu de bas en haut. Ses sourcils arqués se relevèrent brusquement, au moment même où un rayon d'espoir illuminait son visage blême, et elle s'exclama à mi-voix:
"Riku?!"
En guise de réponse, le jeune homme tira sa capuche vers l'arrière, révélant de longs cheveux argentés qui retombèrent placidement contre ses larges omoplates alors qu'il tournait un demi visage éclairé par un iris ambré en sa direction.
La magicienne l'observa plus attentivement, plissant ses paupières sur ses yeux améthyste, et décréta:
"Oui… Maintenant que je te connais un peu plus, je sens une légère différence d'aura… Il y a plus de colère en toi…Neo."
Le jeune homme grimaça à l'énonciation de son nom, mais ne rétorqua rien, se contentant de jeter son menton en direction du paquet abandonné vers les jambes de la détenue.
"Mange, ordonna d'une voix éteinte le clone du Maître de la Keyblade. Isa je ne sais pas. Mais Braig peut essayer de t'affamer…Iwako, c'est ça?"
La dénommée Iwako jeta un coup d'œil à la fois écoeuré et suspicieux au paquet, avant de le déplier du bout de deux doigts, comme si quelque chose d'horrible risquait de lui sauter au visage au moindre faux mouvement. Finalement, le petit ballot révéla un morceau de pain et une pomme verte, qui firent ricaner la magicienne. Elle tourna un visage moqueur en direction de son kidnappeur puis siffla entre ses dents:
"Une pomme? C'est une plaisanterie de mauvais goût, tu ne crois pas? La dernière fois que j'ai accepté un cadeau de ta part, il était littéralement empoisonné…"
Neo Riku baissa son regard ambré en direction de ses bottes de cuir, paraissant embarrassé, puis se détourna de son interlocutrice en lâchant sèchement:
"Je prends de gros risques en venant ici. Alors soit tu manges, soit je repars avec la nourriture maintenant."
Un silence sourd résonna tout autour des deux antagonistes, seulement entrecoupé par des gouttes d'eau tombant d'une alcôve mousseuse et s'écrasant à un rythme irrégulier dans une flaque sur le dallage sombre en contre-bas. Puis la jeune femme se mit lentement sur ses jambes, lissant rapidement les plis apparents sur son manteau couleur lilas et s'avança d'un pas en direction de ses barreaux en demandant, d'une voix sérieuse mais non dénuée de douceur:
"...pourquoi m'aider?"
Après quelques instants de malaise, le Chercheur des Ténèbres détourna son visage d'un quart sur sa droite et souffla, tout en gardant son seul oeil visible à demi-fermé sous sa frange:
"...Je n'en sais rien…"
Comme s'il venait de noter un quelconque mouvement de faiblesse de sa part, Neo Riku s'empressa de faire volte-face et de reprendre son ton incisif habituel alors qu'il fixait durement la magicienne et la pressait de questions:
"Pourquoi tout le monde te recherche? Pourquoi tu les intrigues tant? Pourquoi il est autant attaché à toi?"
"Il? répéta Iwako, cherchant à comprendre. Tu veux dire Riku? Eh bien… Je suppose que tu es bien incapable de comprendre ce sentiment, mais je pense ne pas me tromper en affirmant qu'il doit être amoureux."
Une vague de colère traversa le corps sombre du jeune homme, qui contracta tous ses nerfs alors qu'il crachait, irrité:
"Qui es-tu pour croire savoir ce que je ressens?! Tu penses comme tous les autres, n'est-ce pas? Tu penses que parce que je ne suis qu'une vulgaire réplique, je suis incapable de ressentir des émotions humaines!"
La jeune magicienne, nullement effrayée par la crise de son geôlier, se contenta de lever un sourcil arqué sur son front de porcelaine et d'oser demander, après hésitation:
"Tu… tu as déjà aimé?"
Neo Riku abaissa soudainement ses sourcils argentés de tristesse, toute rage désertant ses traits altiers, comme soufflée par le vent. Semblant ne plus pouvoir supporter le regard de son interlocutrice, il lui tourna brusquement le dos et finit par admettre, d'un timbre éteint:
"Une fois… et même si les souvenirs qui avaient été implantés en moi étaient factices, je sais que mes sentiments pour elle étaient sincères… Seulement, ce n'était pas réciproque… Elle n'a toujours eu d'yeux que pour Sora…"
Une nouvelle ire parut embraser le coeur du jeune homme alors qu'il serrait le poing devant lui et acceptait de faire de nouveau face à la magicienne, ses yeux jaunes plissés par la colère:
"Encore aujourd'hui, sa présence ne veut pas s'éloigner de son cœur. Je l'ai sentie en lui, dans le Manoir Oblivion."
"Tu… intervint Iwako, essayant de comprendre. Tu parles de Naminé?"
Le jeune homme, comme réalisant qu'il en avait trop dit, lâcha un grognement sourd et refusa de répondre. Puis il s'écarta de la cage et fit mine de quitter la pièce. La magicienne, comprenant sans doute qu'un potentiel allié était en train de lui filer entre les doigts, s'exclama hâtivement pour récupérer son attention:
"Attends! Il y a quelque chose que je ne comprends pas: si ce que tu dis est vrai, et que tu es bien en tous points semblable à Riku alors… Pourquoi es-tu du côté de Xehanort? Jamais Riku ne s'allierait à lui, ça, j'en suis certaine."
La réplique du Maître de la Keyblade se stoppa dans sa marche et, faisant virevolter ses cheveux argentés, tourna un visage agacé de manière à lui répondre froidement:
"... Ce n'est pas si simple. Ce n'est pas qu'une question de volonté."
"Xehanort… déduisit la jeune femme, en faisant un pas vers lui. Il te contrôle? Comme il contrôle Aqua?"
Comme si la jeune femme l'avait vulgairement outragé, le Chercheur des Ténèbres marcha rapidement à elle et cracha, contrarié:
"Non, il ne me contrôle pas. Je suis seul maître de mon cœur! En revanche, je…"
Il souffla bruyamment par le nez, tel un taureau prêt à la charge, avant de terminer, animé d'une sourde haine:
"Je lui dois la vie."
"...Quoi? s'étonna la compagne de son modèle originel. Mais je croyais que c'était ce Simili, Vexen, qui…"
"Vexen est le scientifique qui m'a créé, lâcha-t-il avec dégoût. Et de manière imparfaite. Piégée durant des années dans les Entre-Chemins puis dans le Domaine des Ténèbres, mon enveloppe physique était en train de se désagréger lorsque Xehanort m'a retrouvé… Et le morceau de cœur qu'il a placé en moi…"
Le jeune homme effleura son large buste de deux doigts gantés avant de murmurer:
"S'il retire ce fragment, j'en mourrai."
Il fixa la prisonnière, droit dans les yeux, ses iris brillant d'une vive lueur dorée. La magicienne, clairement compatissante, adoucit son timbre de voix alors qu'elle posait une main sur son propre coeur et avouait:
"Je ne savais pas… Je suis tellement désolée… Mais il y a peut-être un moyen de…?"
"Je ne veux pas de ta pitié!" la coupa brusquement Neo Riku en la fusillant du regard.
Alors la jeune femme aux cheveux bleus, hors d'elle, sa patience ayant sans doute atteint ses limites, jetta un bras laiteux de côté et se défendit:
"Ce n'est pas de la pitié! C'est de la compassion! Mais c'est un mot que tu ne comprends sans doute pas, sachant que tu m'as trompée et enlevée sans le moindre remords! Et je ne parle même pas du fait que tu veux, si j'ai bien compris, tuer Riku, alors qu'il n'est en aucun cas coupable de ton existence!"
Les épaules du clone se levèrent et s'abaissèrent de nombreuses fois, à un rythme de plus en plus accéléré, témoignant de la rage qu'il tentait de contenir mais qui prenait peu à peu possession de tout son corps. Enfin, après avoir entrouvert les lèvres de manière déroutée, ne sachant que répondre pour contrer les paroles de la magicienne, le Chercheur finit par grogner de frustration en ouvrant un portail sombre derrière lui. Juste avant de s'y engager, il ordonna d'une voix éteinte:
"Une fois que tu auras tout mangé, cache le tissu dans ta veste."
Puis il disparut dans les Ténèbres, abandonnant sa prisonnière à sa froide solitude.
…
Isa regardait pensivement la lune à travers un carreau de fenêtre de la haute citadelle, ses yeux orangés perdus dans le lointain. Le jeune homme avait délaissé la tasse de café à présent froide qui reposait à côté d'un ordinateur allumé. Sur son écran, l'on pouvait noter un nombre impressionnant de fichiers ouverts, évoquant la prodigieuse masse d'informations compulsées par le Chercheur. Tous les dossiers portaient le même titre énigmatique:
X
Isa passa un doigt fataliste sur sa cicatrice faciale, qui arborait également cette forme. Souvenir ineffaçable de son refus, jadis, de participer aux expériences du faux Ansem, alors qu'il n'était qu'un très jeune adolescent un peu trop curieux. Signe à la fois de sa rébellion et de sa soumission actuelle aux Ténèbres, et plus précisément à Xehanort, qui s'était pompeusement arrogé le titre de "Maître" de celles-ci. Douloureuse marque dans sa chair lui rappelant, sans cesse, que son cœur ne lui appartenait plus désormais.
Le jeune homme repensa fugacement à des mots que Xehanort lui avait adressés un jour:
"...se perdre soi-même, est l'un de ces risques... perdre ta mission de vue, en est un autre…"
Isa jeta un fugace coup d'œil aux dossiers toujours ouverts sur le bureau de l'ordinateur dont l'écran bleuté renforçait la couleur marine de ses cheveux. Sa mission, il la connaissait. Il s'en souvenait. Jamais il ne pourrait l'oublier, pas comme cet imbécile de Lea…
De colère, mais aussi de tristesse, Isa serra son poing qui reposait sur la table de travail, ce qui fit grincer le cuir de son gant. Repenser à son meilleur ami d'enfance lui froissait le cœur. Non seulement le rouquin avait, à plusieurs reprises, trahi son amitié (en se retournant contre Isa pour partir de l'Organisation avec Roxas, puis récemment en rejoignant l'équipe de Sora), mais qui plus est, il semblait avoir totalement oublié (voire pire, abandonné), leur but commun...
La raison qui les avait poussés à entrer dans l'Organisation XIII.
La raison qui les avait contraints à s'arracher le cœur.
La raison et l'objectif de la promesse qu'ils s'étaient faite.
"La retrouver", lâcha finalement Isa du bout de ses lèvres, comme pour graver ce pacte solennel dans sa mémoire.
Craignant d'être découvert en train de farfouiller dans le contenu d'une disquette qui n'était nulle autre que le fruit d'un récent larcin, le jeune homme éjecta le CD compromettant, le rangea dans sa fourre qu'il enfouit dans une poche de son manteau, puis éteignit le poste de travail. Lorsqu'il se retrouva nez-à-nez avec son reflet grisâtre dans l'écran éteint, il ne put s'empêcher de se demander, en revanche, s'il n'avait pas perdu une partie de lui-même lors de sa quête solitaire et secrète…
"Maître… Pour vous."
Isa sursauta, n'ayant pas anticipé un dialogue mental dans un moment aussi incongru. Il reprit toutefois bonne figure, se remit noblement sur ses jambes et tourna son buste en direction d'un énorme Simili aux dimensions gargantuesques et qui portait entre ses deux énormes mains blanches et grises, un minuscule plateau repas. Isa grimaça. Et la vue appétissante d'un rôti encore fumant n'y était pour rien. Non, le jeune Chercheur n'appréciait guère la présence des Bersekers à ses côtés. Si, jadis, ces créatures des Ténèbres lui avaient juré allégeance à cause de son statut de Simili d'ordre supérieur, le contrat tacite qui régissait leurs rapports n'avait plus lieu d'être depuis qu'il avait retrouvé son cœur, et était redevenu humain. Ainsi, c'était sans doute par habitude que les colosses de métal venaient encore le servir… Ou, ce qu'il soupçonnait plutôt, c'était sur ordre de Xehanort. En effet, Isa n'avait pas écarté l'hypothèse d'un potentiel espionnage de la part du scientifique. Et quoi de mieux que d'utiliser les anciens sous-fifres d'Isa pour que la manœuvre passe inaperçu? Le jeune Chercheur souffla ironiquement, après quoi il fit un rapide signe du poignet au Simili, en désignant une table.
"Laisse-ça là, ordonna Isa. Tu peux te retirer."
L'être des Ténèbres s'inclina du haut de ses deux mètres, puis sortit du cabinet de travail. Isa avait parfois pitié de ces âmes errantes, mais il ne le laissait jamais paraître: le moindre élan de faiblesse pouvait signer son arrêt de mort dans la citadelle de Xeahnort. Après avoir poussé un profond soupir de dépit, le jeune homme voulut se rasseoir pour tenter de savourer le met qui venait de lui être apporté lorsqu'il sentit le sang dans ses veines ne faire qu'un tour, et tous les nerfs de son corps se crisper douloureusement. Un râle sourd s'échappa de sa bouche qui s'ouvrit, comme par réflexe, pour laisser la place à deux impressionnantes canines. Son dos émit un terrible craquement, se courbant vers l'avant, et un bourdonnement sourd vrombit au fond de ses oreilles pointues. Paniquant, car sentant qu'il perdait le contrôle de lui-même, Isa se cogna contre le tableau de bois où se trouvait sa pitance, qui dégringola à terre où elle répandit tout son contenu. Il se rattrapa in extremis au dossier d'une chaise alors que sa vision se brouillait, se couvrant peu à peu d'une ombre liquide et vermeille...
Du sang.
Grognant de souffrance, haletant de peur, Isa tourna un visage entouré de cheveux hirsutes vers la sphère lunaire toujours visible par-delà la lucarne et qui répandait son halo fantomatique sur lui à présent.
C'était bientôt la pleine lune, comprit-il.
Isa pourtant se ressaisit. Il tenta d'ignorer la sensation de déchirure nerveuse qui brûlait chaque parcelle de son épiderme et réfréna ses envies bestiales en se plaquant une main contre les lèvres, qui laissaient échapper un filet de bave incontrôlé. Le visage à demi camoufflé derrière un rideau de mèches folles et par le gant noir qui lui barrait la mâchoire, Isa posa un oeil ambré et tremblant de colère sur les Ténèbres de la nuit, en maudissant son état :
Qu'est-ce qui lui était passé par la tête, à l'époque, lorsqu'il avait accepté qu'Ansem le Sans-Coeur fasse des expériences sur lui?
Dès que Lirae aura terminé son déménagement, vous aurez la suite du périple de Riku, promis!
En attendant, on est toujours impatients de découvrir vos théories et retours.
