Nsperis et Lirae sont enfin de retour! Comme les prochains chapitres demandent beaucoup de travail, de concertation etc. On doit les écrire à deux. Et comme Nsperis travaillait beaucoup, c'était un peu compliqué de s'appeler. MAIS voici un premier chapitre du point de vue de Riku, toujours seul dans le monde ennemi, à la recherche d'Iwako...
"Touché, c'est toi le chat."
De fins cheveux argentés s'hérissèrent dans la nuque de Riku alors qu'une voix familière aux sonorités enjouées susurrait dans son oreille gauche. Couvrant son lobe agressé d'une main paniquée, le jeune Maître de la Keyblade se retourna brusquement et réalisa hâtivement un bon en arrière, tentant de mettre un maximum de distance entre lui et le Chercheur. Oruld se tenait devant lui, affichant une mine satisfaite alors qu'il caressait sa barbe avec une sombre nonchalance.
"Ne sois pas si surpris, ricana l'homme aux cheveux blond taillé en faisant apparaître un set de cartes entre ses mains gantées. Tu ne pensais tout de même pas que tu pouvais me rendre visite sans apporter une friandise?"
"Qu'est-ce que tu me veux! s'exclama Riku en se frottant l'oreille, l'air dégouté. Pourquoi j'aurais envie de te rendre visite?"
"Mais pour nos mémorables et palpitantes soirées poker du mercredi soir, bien évidemment, minauda l'ancien Simili en passant habilement plusieurs des cartes qu'il tenait entre ses doigts gantés. Les aurais-tu oubliées?"
Déconcerté, Riku écarquilla les yeux, effrayé à l'idée qu'il aurait mal jugé la relation entre Néo-Riku et le Chercheur lui faisant face. Ce dernier le regardait d'un oeil amusé, un sourire espiègle déformant son visage agrémenté d'une barbe méthodiquement taillée alors qu'il faisait un grand pas en direction du jeune homme, dont le dos se heurta dramatiquement au mur du couloir en réaction à ce mouvement impromptu de la part de son ennemi.
"Je suis blessé, continua l'homme vêtu intégralement de noir alors qu'il détournait tragiquement son facièce, une main portée à l'endroit du coeur et la seconde s'élevant passionémement en direction du ciel. Je pensais que toi et moi partagions quelque chose de spécial, bravant l'ennemi main dans la main tels le roi et la reine noirs encore debout, seuls, sur l'échiquier!"
Tétanisé, l'esprit de Riku s'était brièvement perdu dans une série d'images horrifiques de son double artificiel enlaçant romantiquement Oruld lors d'un dîner aux chandelles agrémenté de jeux de plateaux divers. Fort heureusement, le jeune homme parvint à se ressaisir rapidement, poussant violemment le torse lui faisant face.
"Arrête ça! s'exclama Riku avec colère, fixant d'un regard plein de reproches les yeux couleur miel de son interlocuteur loustic. J'en ai assez de tes brimades!"
"Ah, lâcha aussitôt l'ancien numéro X de l'Organisation, en faisant un pas poli de côté, son visage reprenant tout son sérieux habituel. Tu as vu clair dans mon jeu! Quel dommage, je pensais pouvoir encore m'amuser un peu plus longtemps avec toi… Riku."
Restant immobile, le Maître de la Keyblade plissa ses yeux longilignes, observant avec méfiance les iris orangées pétillantes de malice du Chercheur, marque de l'ennemi qu'il partageait à présent. Déconcerté par la soudaine énonciation de son nom, Riku était incertain concernant les réels motifs du dialogue se déroulant dans ce couloir déserté: Oruld se jouait-il de Néo, tentant de l'amadouer en l'appelant par le nom tant convoité de son original, ou l'avait-il réellement démasqué?
"Je vois le désarroi dans tes yeux, reprit-il d'un ton posé tout en levant deux doigts devant lui. Celui-ci n'est nullement nécessaire toutefois."
Sur ces paroles, un objet fin se libéra de la veste du Maître de la Keyblade et vint rejoindre, fidèlement, la main tendue de son créateur, se posant dans un bruit de papier entre son index et son majeur. Riku écarquilla les paupières lorsqu'il reconnut la carte blanche que le Chercheur des Ténèbres lui avait remise lors de leur passage dans le monde de la tribu des Powhatan.
"Tu ne pensais tout de même pas pouvoir échapper à ma vigilance alors que mon Joker accompagne chacun de tes pas?" continua Oruld en faisant tourbillonner la carte entre ses doigts agiles, observant Riku de ses yeux scintillants avant de lui retourner le mystérieux objet d'un mouvement du poignet maîtrisé.
Le Maître de la Keyblade rattrapa d'un geste vif le projectile de fortune, observant la blancheur immaculée de sa surface en carton souple. Bien qu'il tentait de ne pas le laisser paraître, Riku n'aimait guère la tournure que prenait leur discussion. Il n'arrivait pas à cerner les intentions d'Oruld à son égard et ne savait pas encore s'il retardait le moment de le dénoncer à son Maître ou s'il désirait lui faire subir un quelconque chantage dans le but d'obtenir quelque chose de sa part.
"C'était donc à ça qu'elle servait depuis le début, lança le jeune homme d'un ton empli de sarcasme à l'attention de son ennemi, parlant de la carte qu'il semblait obligé de conserver. À nous espionner?"
"Parbleu, que nenni! Il ne s'agit que d'un effet secondaire fort utile mais absolument involontaire. Cette carte a, dans les faits, pour seul objectif de vous venir en aide à l'heure la plus opportune. Je dois cependant admettre que notre rencontre me réjouit au plus haut point puisque j'ai un marché à te proposer."
"Un marché? répéta Riku en haussant un sourcil intrigué, masquant par ce geste sa réelle inquiétude. Pourquoi je te ferais confiance?"
"Parce que tu es à ma merci, voyons, se moqua l'ancien membre de l'Organisation en affichant un air satisfait, avant d'ouvrir d'un geste sec ses cartes tels un éventail, révélant en son centre une carte face visible décorée du portrait d'une dame vêtue de rouge. Également parce que je représente ta meilleure chance pour sauver la reine de ton cœur."
Hésitant un instant, Riku relâcha la tension dans ses épaules et lâcha ses bras le long de son corps, glissant simplement la carte lui ayant été confiée à nouveau dans une poche de son pantalon.
"Je t'écoute, concéda-t-il en plongeant ses yeux oranges dans ceux - identiques - de son allié potentiel et hasardeux. Qu'est-ce que tu me proposes?"
"N'en parlons pas ici, suggéra l'homme aux larges épaules en claquant des doigts, ouvrant par ce geste un portail de ténèbres. Ce couloir austère ne sied guère à des négociations marquées par le signe de la Providence; suis-moi."
Estimant que cet être retort et imprévisible était à présent le seul individu moyennement dangereux apte à faciliter ses retrouvailles tant espérées avec sa bien-aimée, le Maître de la Keyblade accepta l'invitation si généreusement formulée et entra sans hésitation dans le portail ennemi. De toute manière, sachant que sa véritable identité avait été découverte et était le moyen de pression optimal à son égard, Riku n'avait d'autre choix que d'entrer dans le jeu du Chercheur sous peine de se voir exposé aux hordes de créatures des ténèbres qui grouillaient dans l'ensemble de la termitière urbaine qu'ils appelaient leur base... Quelques secondes plus tard, le pied du jeune homme heurta un sol en métal froid et que ne fût pas sa surprise lorsqu'il discerna une série de casiers et de cintres, instruments servant visiblement à ranger soigneusement une centaines de manteaux en cuir noir de tailles différentes et variées.
"Après vous, énonça courtoisement Oruld en réalisant un geste élégant du bras en direction d'un secteur spécifique du vestiaire. Je pense ne pas me tromper en affirmant que les manteaux de Néo devraient te sied à la perfection."
Tandis que Riku s'empressait de suivre son allié de fortune en observant silencieusement ses alentours avec une vigilance accrue, toujours incertain de sa décision de faire confiance - même provisoirement - à un sbire de Xehanort, ce dernier ramassait machinalement divers bottes et manteaux, qu'il déposait dans les bras de Riku en continuant allègrement son récit.
"Ton jeu d'acteur est impressionnant, je te le concède, mais ne sous-estime pas le pouvoir des accessoires! s'esclaffa le Chercheur en désignant fièrement les multiples boucles argentées qui couronnaient ses oreilles. Si tu veux que tous les Chercheurs croient à ton imposture, tu ne peux continuer à porter ces traîtresses loques. De plus, ces manteaux seraient également fort commodes si pour des raisons hasardeuses tu devais t'aventurer un peu trop près des Ténèbres… Mais je suppose que je ne t'apprends rien…"
Agacé par le comportement volubile du Chercheur aux tendances excentriques, le jeune Maître laissa tomber sa charge costumière sur un banc en bois longeant l'intégralité de la pièce et jeta un regard piquant en direction du dos tourné d'Oruld, lequel s'arrêta net et se retourna, ses yeux ambrés luisant dans la pénombre de la pièce.
"ça suffit, lâcha le Maître de la Keyblade, irrité. C'est vrai qu'un déguisement plus convaincant serait opportun, mais tu m'as amené ici pour me parler d'un marché, pas pour jouer à la poupée: qu'est-ce que tu veux de moi en contrepartie de ton aide?"
"Quelle impétuosité, déplora l'homme vêtu de noir en secouant la tête. L'impatience de la jeunesse est parfois source de défaite, je te recommande d'être plus patient si tu souhaites tromper tes ennemis et gagner la partie."
"Comme ce que tu fais, répondit Riku en observant Oruld d'un œil perçant. Qui souhaites-tu tromper exactement: Xehanort ou moi?"
"Je n'ai actuellement aucun intérêt à te tromper Riku, avoua l'homme blond avec un grave sérieux. Car j'ai misé tous mes jetons sur toi! Après tout, seuls ceux qui prennent des risques remportent le trésor final!"
"Qu'est-ce qui me garantit que ceci n'est pas un piège de Xehanort? suspecta explicitement le jeune homme argenté. Je sais pertinemment qu'il peut vous contrôler. J'ai même eu l'occasion d'expérimenter un aperçu de son pouvoir sur vous."
"Et pourtant, te voilà libre de toute entrave, déclama Oruld en ouvrant ses bras cachés par de lourdes manches de cuir. Complètement indépendant de sa volonté, il n'a même pas su te distinguer de son caniche apprivoisé qui te ressemble pourtant de si près. Comme je t'envie, mon cher Riku..."
Le jeune homme comprit que son interlocuteur faisait référence avec mélancolie aux chaînes invisibles qui le liaient contre son gré au plan sadique du vieux fou qui avait déjà prouvé à de nombreuses reprises que seules désolation et terreur demeuraient après son passage. C'est alors que le Maître de la Keyblade ne put s'empêcher de ressentir une pincée de compassion lui envahir le cœur tandis qu'il se remémorait les souffrances subséquentes à sa propre manipulation par Ansem le Sans-cœur. Adoucissant le ton, il reprit, se raclant la gorge tout en s'asseyant sur le banc en bois afin d'enfiler les bottes noires représentatives de l'Organisation XIII.
"C'est donc ça que tu veux de moi? Que je t'apprenne à bloquer Xehanort? Qu'est-ce qui te fait penser qu'il ne sait pas ce que tu manigances à l'instant, si son pouvoir sur toi est si dérangeant?"
"Xehanort ne s'aventure plus dans ma conscience depuis notre dernier petit jeu, pouffa Oruld non sans fierté. Durant lequel il semble s'être momentanément perdu dans le labyrinthe de mon subconscient… Malheureusement, sa récalcitrance relative à l'exploration de mes pensées intimes ne l'empêche nullement d'exercer son emprise sur ma personne par la douleur physique - ou pire. Or, tu es capable d'enfermer suffisamment son fragment pour l'empêcher de te nuire de la sorte..."
"Tu aimerais que j'enferme le fragment de Xehanort en toi? comprit aussitôt Riku, ses sourcils se perdant derrière sa frange argentée sous le coup de la surprise. C'est certainement possible dans une certaine mesure mais le maintien de ce statut quo nécessite un travail au quotidien - mon pouvoir n'est pas un remède miraclemais une philosophie d'équilibre qui doit être préservée au sein de ton coeur avec un travail sur toi permanent… et je ne serai pas toujours là pour faire pencher la balance en ta faveur."
"… Tu ne le sais pas encore mais tu es déjà la clé de ma délivrance ultime...déclara mystérieusement le Joueur du Destin en faisant apparaître un Munny de sa manche à la manière d'un magicien qu'il fit tournoyer entre deux doigts. Yin ou Yang…Lumière ou Ténèbres… Bien ou Mal… Pile ou Face. Passé ou Présent. Tout est relatif! Mon passé et ton futur se rencontrent dans ma présente réalité et l'équilibre dont tu me parles présuppose deux éléments qui se contrebalancent alors que j'estime qu'ils sont liés par une seule et même énergie."
"Ton pouvoir… comprit Riku de plus en plus hébété. Il a un lien avec le Temps… Et tu sais quelque chose qui m'échappe encore… Mais tu ne peux pas me le révéler sous peine de changer le Destin…"
"En plein dans le mille…" admit Oruld avec une étrange étincelle dans le regard.
"Donc, continua à hypothétiser le jeune homme tout en fronçant ses sourcils arqués. Tu estimes que si je t'aide maintenant à sceller le fragment de coeur de Xehanort, le futur que tu souhaites obtenir serait favorisé?"
"Disons que j'aime avoir plusieurs coups d'avance sur mes adversaires."
Un souffle d'air froid souleva les vestes noires des deux hommes, traversant le vestiaire vide de la forteresse telle une sylphide fuyant un quelconque danger.
"Tu m'a informé il y a tout juste quelques instants que Xehanort lui-même s'était égaré dans ton esprit, continua Riku en remontant la fermeture éclair du long manteau en cuir noir qu'il venait d'enfiler sur son torse dénudé. Ne serais-tu pas en train de tenter de me piéger en me perdant dans les méandres de ton subconscient labyrinthique?"
"Et bien, susurra l'homme aux cheveux blonds soigneusement coupés en esquissant un sourire amusé. Si tu souhaites augmenter tes chances de retrouver ta magicienne, tu seras obligé de me faire confiance…"
Baissant la tête un instant pour réfléchir, Riku serra les poings de frustration, ses mains gantées réalisant un bruit de friction mate alors qu'il fermait ses paupières pour mieux réfléchir. Bien qu'Oruld proposait actuellement un pacte aux allures suspicieusement favorables, il ne savait s'il pouvait lui faire confiance. En réalité, le jeune homme n'avait cependant pas réellement le choix de refuser cette proposition: ce n'était qu'une question de temps avant que ses ennemis réalisent sa présence dans la cité. Pire, Oruld lui-même pourrait alerter les autres Chercheurs dans le cas où il refuserait le marché et il ne serait alors plus en mesure de retrouver Iwako, ne connaissant pas les divers secrets et recoins cachés de l'énorme ville qui l'entourait. Levant le menton d'un air hautain et cachant sa chevelure argentée dans la capuche obsidienne du manteau qui lui rappela désagréablement l'Organisation XIII, le Maître de la Keyblade lança un regard amer en direction du Chercheur à la barbe taillée avant de lancer avec un air de défi:
"J'accepte."
"Merveilleux, s'enthousiasma l'homme à la carrure titanesque en ouvrant d'un geste fluide un portail des Ténèbres derrière lui. Nous allons devoir trouver un endroit plus… adéquat… pour réaliser notre petite séance de thérapie. Suis-moi."
Avec regret, Riku regarda la veste en cuir et le T-shirt blanc innocemment posés sur le banc en bois qu'il venait d'occuper et lança, non sans un léger pincement au coeur, un Brasier obscure sur les pièces vestimentaires qui l'avaient fidèlement accompagnées jusqu'alors, lesquelles s'évaporèrent promptement en fûmée, sans laisser de traces.
…
Quittant pour la seconde fois de la journée un couloir de Ténèbres réalisé par le Joueur du Destin, Riku se sentit sale alors qu'il tapotait avec dédain les fumerolles noirâtres s'échappant de la surface de son détestable manteau. Immédiatement, ses iris ambrés se posèrent sur le gigantesque planétarium doré de la ville devant lequel il avait auparavant rencontré Xehanort et il comprit que cette place devait faire office de point central de téléportation. Alors que l'attention du jeune Maître fût attirée par la silhouette obscure de son allié de fortune, qui s'était appuyé sur une décoration en fer forgé semblable à un gouvernail doré, il ne put s'empêcher d'analyser brièvement le mécanisme trônant au centre de cette énorme place tel un monument historique. Trois pierres suculptées - turquoise, orange et bleue - étaient incrustées dans le sol en marbre blanc encadré par des fleurs de lys dorées. Devant une impressionnante coupole en demi lune bleutée et quadrillée, encadrée d'arabesques recouvertes de fil d'or et traversée de flèches lilas décorées de lettres semblable à la Langue des Prophètes, se dressait un globe planétaire incrusté dans ce qui ressemblait à un tableau de bord fait d'or massif. Deux bras mécaniques dotés de loupes en verres colorées s'entrecroisaient sur la planète centrale, en-dessus de laquelle était sculpté un indicateur de vitesse dont l'aiguille s'était arrêtée sur la première des quatre sphères en verre translucide.
"Sur votre gauche, vous pouvez admirer le monument central de Scala Ad Caelum, intervint brusquement la voix enjouée d'Oruld qui gesticulait en direction de l'impressionnant mécanisme, à l'image d'un guide touristique particulièrement bien payé. L'endroit où nous nous trouvons retrace l'Histoire de ce monde de manière ludique. Les enfants de Porteurs de Keyblade s'amusaient ici autrefois à aligner les différentes billes colorées pour faire avancer le disque. Le conte leur était narré en trois étapes, sachant qu'il manque toutefois la fin du récit."
Dévisageant son interlocuteur d'un air surpris, ne s'attendant pas à cette soudaine présentation, Riku leva un sourcil en direction de Joueur du Destin, qui le fixait avec intensité en se tenant le menton à l'image d'un grand penseur.
"Je ne t'avais rien demandé", répondit seulement Riku en continuant d'avancer afin de signifier sa précipitation, se cachant un peu plus derrière sa capuche en cuir.
"Tu avais l'air curieux! se défendit l'homme à la chevelure blonde en levant les deux bras au ciel, avant de les croiser, l'air vexé. Je pensais te rendre service en t'enseignant le savoir perdu des grands Maîtres d'autrefois. Mais si je t'importune…"
"C'est très avenant de ta part, maugréa Riku, mais j'ai une petite amie à sauver."
"Ah oui, ricana Oruld en se lissant méticuleusement la moustache d'un geste habitué de la main, affichant une expression mystérieuse. Cette même petite amie qui rêve de villes anciennes et de fontaines, je présume?"
S'arrêtant net en soupirant, le jeune Maître de la Keyblade lança un regard acerbe en direction de Chercheur, allégrement posé contre le mécanisme comme s'il attendait un ami pour boire le café. Un sourire lascif étira ses lèvres tandis qu'il constatait avec satisfaction que ses paroles désagréablement invasives étaient parvenues à attiser la curiosité de Riku.
"Parle."
"Je serai bref, le rassura Oruld en activant l'un des leviers du mécanisme avec une familiarité déconcertante, ce qui fit apparaître un joli paysage urbain chapitré "Daybreak Town". Jadis, ce monde avait une autre forme, un autre nom: La Ville de l'Aubeétait un haut lieu de savoir, de commerces et de formation. Les Porteurs de Keyblade s'y réunissaient par centaines pour apprendre l'art mystique du maniement de leur arme sacrée. Mais aussi pour partir à la découverte de l'Univers, car ce Monde servait stratégiquement de passerelle, de Nexus, menant à tous les mondes de la bordure extérieure. Ton amie connaît la Place de la Fontaine, qui était le lieu de rendez-vous de tous les jeunes en formation."
Oruld activa la seconde lunette mécanique, qui révéla alors un paysage de cauchemar surmonté du seul mot "Break".
"Cette époque, nommée "l'aire des Contes de Fées" s'est terminée avec la tragiquement célèbre Guerre des Keyblades, qui vit s'affronter tous les Porteurs, avides et égoïstes. S'entretuant pour obtenir des cristaux de Lux et tenter de s'approprier un accès au Kingdom Hearts en en absorbant la lumière... Cette guerre apocalyptique déchira ce Monde qui se fit submerger, ainsi que la face de tous les Mondes, qui se séparèrent, leurs ponts brisés à jamais."
Le Chercheur des Ténèbres activa un dernier levier et termina sa narration d'un ton solennel:
"Néanmoins, les enfants qui survécurent rebâtirent la ville, qu'ils nommèrent "Scala ad Caelum". La civilisation des gardiens de la Lumière fleurit à nouveau durant quelques centaines d'années…L'histoire officielle s'arrête là."
S'éloignant d'un pas décontracté du tableau de contrôle plaqué or, le Joueur du Destin se dirigea vers les trois marches faisant le tour du monument tel un croissant de lune et s'abaissa pour caresser, du bout de ses doigts gantés, la même surface en pierre sur laquelle Xehanort s'était arrêté tantôt, lorsqu'il avait découvert la présence de Riku.
"Renard, Kibo, Carabosse et Cid sont morts ici, cita le Chercheur en lisant l'inscription inscrite maladroitement dans le marbre immaculé, comme si quelqu'un l'avait gravé à l'aide d'un couteau de poche insuffisamment acéré. Cette inscription date du second cataclysme, celui qui a fait disparaître tous les habitants de ce monde, qui a figé le cours du temps en ce lieu et l'a rendu inaccessible…"
"Un second cataclysme?" l'interrogea Riku, à présent sincèrement intrigué par les informations ancestrales qu'il venait d'obtenir de la part de l'individu au comportement parfois juvénile lui faisant face.
"Je n'en sais pas plus que toi à ce sujet, admit finalement le Chercheur en haussant les épaules comme s'ils parlaient de la pluie et du beau temps. Je n'ai pas encore résolu ce fascinant mystère… Mais trêve de bavardage: l'heure tourne! Hâtons-nous!"
Tandis qu'un tsunami très bref mais très intense de haine emplit les pensées du jeune Maître de la Keyblade à l'attention d'Oruld, Riku ravala ses protestations et suivit, très sagement, l'énergumène qui venait de lui faire une présentation non sollicitée des lieux. Les deux protagonistes se faufilèrent dans une ruelle charmante, recouverte et ornée de petites lanternes à la lueur chaleureuse. Riku s'imagina que l'allée abandonnée qu'ils traversaient à pas pressés devaient avoir été, jadis, une sorte de ruelle marchande, semblable à un souk empli des sollicitations des vendeurs et de négociations diverses. Brusquement, Oruld se stoppa net et se tourna vers le jeune homme, qui s'arrêta derechef, manquant de près de heurter le torse musclé du Joueur du Destin avec son menton.
"Tu fais exprès ma parole!" s'irrita explicitement Riku, qui perdait patience.
"Bien évidemment, admit l'ancien numéro X de l'Organisation. C'est par ici!"
Sans attendre la réponse du Maître de la Keyblade, le Chercheur défonça l'une des innombrables portes en bois ornant les petites maisons séquentielles de l'allée d'un puissant coup de pied. Le suivant à l'intérieur de la petite bâtisse, l'esprit aux aguets en cas d'une quelconque traîtrise, Riku observa ses environs d'un coup d'oeil expert et lança, d'un ton mordant:
"Je doute qu'Iwako soit emprisonnée ici. J'imagine que tu aimerais encaisser ton dû avant de m'indiquer où elle se trouve, correct?"
"Correct, reconnut sans sourciller l'homme à l'impressionnante carrure. Maintenant que nous sommes arrivés si loin, toi et moi, je dois te poser la question suivante: Riku, auras-tu le courage de sauter à pied joint dans l'inconnu?"
Sans un mot de plus, le Chercheur fit apparaître une carte de la taille d'un homme adulte derrière lui et s'y jeta sans un mot de plus, l'image vierge de l'objet de jeu étant immédiatement remplacée par un portrait de son créateur. A présent seul dans la pièce inhabitée, Riku observa la carte d'un œil surpris, s'approchant avec prudence de ce qui ressemblait de plus en plus à un piège. Lentement, le Maître de la Keyblade déposa une de ses mains gantées contre la surface luminescente lui faisant face et, aussitôt, maudit son geste alors qu'il se vît aspiré à l'intérieur de la carte.
Qu'avez-vous pensé de ce Chercheur? Avez-vous confiance, ou non? Et avez-vous relevé des phrases étranges de sa part?
Suite dans le prochain chapitre!
