Et voici la seconde et dernière partie du chapitre "Le joueur du destin", que Lirae a eu un réel plaisir à écrire! (et pas seulement parce que les dialogues entre Riku et Oruld sont hilarants). On espère que vous apprécierez et on se réjouit d'avance de vos théories!
Nsperis et Lirae vous souhaitent un joyeux Noël en retard!

Perdant pied, le jeune Maître de la Keyblade tomba tête la première vers un sol blanc et parvint, in extremis, à réaliser une roulade d'urgence, se relevant d'une traite alors que Larmes de Lumière se matérialisait entre les doigts de sa main directrice dans une explosion de gemmes étincelantes. Observant ses environs avec un œil méfiant, le jeune homme chercha Oruld du regard mais réalisa rapidement qu'il était seul, sur une plateforme rectangulaire opalescente de laquelle partaient quatre escaliers de la même couleur.

"Montre-toi! s'écria le Maître de la Keyblade avec colère, tournant rapidement sur lui-même afin d'assimiler au mieux l'architecture environnante. Je n'ai pas le temps pour tes petits jeux!"

Un mince filet de sueur recouvrit aussitôt la nuque du jeune Porteur, qui réalisa avec effroi qu'il se trouvait au milieu d'un labyrinthe surréaliste sans haut ni bas, parsemé d'innombrables escaliers ascendants et descendants, s'entrecroisant inlassablement et menant à des portes dont l'envers et l'endroit n'était pas discernable. Suspendus au milieu du vide, d'innumérables outils destinés à calculer le temps réalisaient des parcours discontinus: certains sabliers égrainaient paisiblement leur contenu alors que d'autres tournaient inlassablement sur leur cadran. Le cliquetis disharmonieux de montres, d'horloges et de pendules résonnait désagréablement dans le néant des ténèbres, des clepsydres déversant leur contenu liquide alors que des cadrans solaires étaient encastrés dans des murs au-dessus de cadres de portes aux formes diverses et variées, leurs finitions rappelant le style sculptural de différentes époques. Une lumière diaphane illuminait les constructions à proximité de Riku tandis que la profondeur effective de ces milliers d'enchevêtrements de marches disparaissaient dans l'abîme, les dimensions du lieu étant impossibles à déterminer. Perdu dans la cacophonie des faux accords de la symphonie du temps altéré, Riku se rappela avec horreur les paroles du Chercheur, lequel s'était vanté d'être parvenu à perdre Xehanort lui-même dans son esprit pervers. Abaissant ses épaules de désespoir, le jeune Maître dut se rendre à l'évidence: ses pires craintes se réalisaient, il avait été piégé. Avant que la frustration ne puisse l'envahir cependant, une brise légère souleva le pan de son manteau noir, attirant l'attention du jeune homme vers une colossale porte en chêne agrémentée de rouages cuivrés en contrebas.

"C'est par ici…"souffla soudain une voix mystérieuse, un écho sinistre accompagnant le ton enjoué des murmures.

"Qu'est-ce que tu veux?!" tonna à son tour Riku, virevoltant sur lui-même en cherchant l'ennemi de son regard de braise tout en abaissant son capuchon noir de manière à avoir un meilleur angle de vue.

"Toujours si méfiant, se lamenta derechef la voix d'Oruld, qui semblait alors venir de la gauche du jeune porteur. Je te l'ai pourtant dit:ce n'est pas nécessaire…"

Sur ces mots, le palier sous les pieds du Porteur scintilla et l'aspect phosphorescent du sol se mit à couler, telle une rivière illuminée par la lune, en bas de l'escalier menant à la porte en bois épais et noble.

"Xehanort s'est égaré car j'en avais décidé ainsi, reprit Oruld d'un ton moqueur. Mes plans te concernant sont d'une toute autre nature…"

Acceptant son destin, Riku poussa un soupir bruyant avant de descendre les marches pâles en direction de la destination qui lui était imposée par le Chercheur.

"Ne me fait pas perdre mon temps, s'impatienta-il cependant en levant les yeux vers le ciel vide, comme si son interlocuteur s'y trouvait. Si tu veux que je t'aide, je vais le faire de suite. Si tu veux me piéger, fais-le rapidement. Si tu veux te battre, viens maintenant!"

Comme aucune réponse ne parvint à ses oreilles, le jeune Maître de la Keyblade se mit à courir avec un élan empli d'énervement. Condamné à suivre la voie lui étant indiquée par son ennemi tel un sage petit toutou, Riku passa le premier portail pour, en fin de compte, se retrouver face à une pièce en tous points similaire à la première. Hurlant de rage cette fois-ci, le jeune homme lâcha une véritable onde de Ténèbres, qui parcourut la salle interminable de bout en bout, ses yeux jaunâtres scrutant l'obscurité avec une haine peu commune pour le Maître de la Keyblade devenu Chercheur. Il ne repéra aucune présence, confirmant qu'il était présentement seul - à tout le moins physiquement - dans ce dédale de cauchemars. Son cœur battait la chamade dans son torse alourdi par l'inquiétude, la frustration de la situation le rattrapant enfin alors qu'il désespérait de retrouver sa bien-aimée enlevée. Baissant la tête, un fin filme d'humidité recouvrit ses pupilles et il ferma brusquement les yeux, tentant en vain de dissiper les larmes qui se déversèrent irrémédiablement sur ses joues tandis que les échos de sa solitude résonnaient à l'infini dans son coeur endolori. Sans un mot de plus de la part de la mystérieuse voix d'Oruld, la surface blanche sous ses pieds s'illumina à nouveau et, manquant d'options, Riku n'eut d'autre choix que de suivre aveuglément la voie tracée par l'ennemi, essuyant son visage d'un mouvement de bras gagné par la lassitude. Plusieurs heures semblèrent s'écouler alors que, traversant pièce après pièce à en perdre la mémoire, les yeux safran de Riku perdirent peu à peu leur éclat habituel, remplacé par un vide mécanique dépourvu d'émotions et focalisé uniquement sur leur objectif...

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Lorsque Riku passa pour la énième fois une nouvelle porte, toujours ornée d'un cadre aux gravures différentes et précédé d'un cheminement alternatif malgré la similitude des lieux traversés, il fut brutalement ébloui par une lumière nitescente et contraint de s'arrêter net alors qu'une floppée de colombes s'envolèrent dans un puissant froissement d'ailes. Momentanément aveuglé, le Maître de la Keyblade ouvrit finalement les yeux, qu'il avait initialement caché derrière son avant-bras en guise de protection, réalisant avec étonnement qu'il se trouvait debout au centre d'un vitrail circulaire séparé en douze cadrans chiffrés, à l'image d'une gargantuesque horloge chatoyante. Chaque section était somptueusement décorée de verres colorés, représentant des visages ou des objets, lesquels étaient encadrés par des cercles métalliques de bronze en forme de rouages. Le Palier de Coeur d'Oruld, comprit le jeune Maître, était à moitié effacé par endroits, dissimulant à demi la partie supérieure du propre corps du Chercheur qui y était dessiné, ne laissant de visible que la cape de son manteau noir. Observant deux portraits encadrés sous ses pieds, quelle ne fut la surprise de Riku lorsqu'il reconnut, d'une part, les traits adolescents de Ventus et d'autre part, ceux d'une mystérieuse jeune fille au visage opalescent encadré de cheveux d'ébènes à reflets bleutés. Coupée en frange droite, sa chevelure sombre contrastait avec l'éclat de ses yeux auréolin couronnés de sourcils arqués et ses lèvres pulpeuses éveillèrent en Riku une familiarité nostalgique. Figé dans sa contemplation, le jeune homme se demanda avec incertitude pourquoi un sosie plus jeune d'Iwako figurait sur le Dive d'Oruld aux côtés de Ventus, lorsqu'il réalisa avec stupéfaction qu'au centre du cadran ne se trouvait nul autre que le visage tant détesté d'Enna Kros, surmonté d'un sablier brisé dont le contenu semblait se déverser dans la noirceur des recoins dissimulés du palier, cachant ainsi les autres portraits et l'identité de leurs icônes.

"Tu vois que je ne te menais pas en bâteau? se courrouça la voix vibrante du Joueur du Destin. Je t'ai amené tout droit vers la fenêtre de mon âme…M'accorderas-tu enfin ta confiance?"

"Où es-tu? l'interrogea derechef un Riku confus, tentant à nouveau de repérer son interlocuteur au sein de la vacuité, en vain. Qu'est-ce que tu me veux à la fin?"

"Tu es dans mon coeur Riku, marmonna la voix amusée du Chercheur. Donc par définition, je suis partout. Quant à mes intentions, j'estime avoir été plus que transparent à ce sujet… il suffit que tu ouvres les yeux!"

Plissant les paupières, le Maître de la Keyblade guettait ses environs tel un animal pris au piège puis, comme un appel au plus profond de la nuit, son cœur le guida jusqu'à l'extrémité de la plateforme flottante. Sans une pointe d'hésitation, le jeune homme posa un pied hors du cadran, dans le vide alentour et, au lieu de chuter vers les abysses, il continua sa route d'un pas décidé tandis que sous chacun de ses pas se dessinait une structure translucide en escaliers, ressemblant à du verre brisé. S'enfonçant au plus profond des ténèbres, Riku fut conduit vers un recoin obscur du cœur d'Oruld et y trouva enfin un cristal jaunâtre, pulsant et luisant lugubrement tel un feufolet attirant des âmes perdues à la noyade. Avançant vers l'objet néfaste avec répulsion, il examina le fragment dormant du cœur de Xehanort qui habitait Oruld tel un parasite dévoreur d'âmes et posa une de ses mains gantées sur sa surface inégale.

"Cède", ordonna le jeune homme avec sévérité, l'autorité de sa voix commandant un respect digne du Maître qu'il était.

Sur ces mots, le Porteur libéra une salve de chaînes rutilantes. Avec la force d'une explosion, les mailles partirent du jeune homme et entourèrent le vile fragment de toutes parts, avant de resserrer brusquement leur étau sur leur proie. Aussitôt, la couleur jaune de l'éclat nuisible se transforma en rayonnement violacé dont les ondes de choc envoyèrent valser Riku à plusieurs mètres de son emplacement initial. Suspendu dans les airs grâce au manque de pesanteur de ce lieu onirique, le jeune homme virevolta gracieusement sur lui-même afin d'atterrir sur ses pieds tel un chat agile tombant d'un arbre.

"C'est fâcheux,maugréa, insatisfait, l'écho réverbéré du Joueur du Destin. Je pensais que ce serait un jeu d'enfant pour toi mais tu as l'air de peiner quelque peu…"

"Je t'ai déjà expliqué que mon pouvoir n'avait rien d'un miracle, cracha Riku en se redressant de toute sa hauteur, ses pupilles brillantes fixant d'un œil mauvais le fragment de son ennemi. Si tu veux que ce marché soit concluant, tu devras y mettre un peu du tien. C'est ton coeur, après tout, pas le mien!"

Après quelques secondes de silence, durant lesquelles la respiration de Riku s'accéléra sous l'effet de la colère, une forme sombre se détacha des ombres et la silhouette encapuchonnée du Chercheur s'avança d'un pas désagréablement lent vers le jeune invité de son cœur.

"Que dois-je faire?" demanda-t-il d'un ton si grave, si différent de ses boutades habituelles, que Riku comprit enfin qu'Oruld prenait la situation au sérieux et lui avait effectivement accordé sa confiance, le guidant de son plein gré jusqu'au plus profond de sa conscience.

"Lorsque j'enferme le fragment, expliqua Riku en déposant ses yeux longilignes sur le visage dissimulé du Chercheur, s'étonnant brièvement de son anonymat au sein de son propre cœur. Je cherche au travers de mes émotions et de mes souvenirs l'ancre qui me raccroche à la terre ferme, des pensées positives ou des images heureuses qui me permettent de braver la tempête et de garder le cap sans m'enfoncer dans l'abysse des océans ténébreux de mon cœur. Je ne parle pas de nierla négativité de tes émotions: seul celui qui a connu le désespoir saura reconnaître son contraire, le surmonter et comprendre celui des autres. Je parle de ne pas te perdredans cette noirceur, d'accepter qu'elle n'est qu'un passage nécessaire - voire inévitable - pour arriver plus efficacement à la destination que tu t'es choisie. Personnellement, je me remémore tout ce qui me donne une raison de me réjouir du lendemain à venir: Iwako, mes amis, ma soeur, et toutes les personnes qui croient en moi. Je ne peux te dire quel sera ton ancrage, car il t'est propre, mais tu dois le trouver rapidement…"

"Pardis! s'exclama d'un ton désinvolte le Chercheur encapuchonné. Quelle surprise: cette leçon de philosophie impromptue fut des plus enrichissantes, jeune Maître. Je tâche d'y réfléchir… Cependant, une inquiétude me ronge…"

"Laquelle?"

"Saurais-je te dévoiler mes plus intimesvulnérabilités?" se plaignit dramatiquement la silhouette vêtue du manteau de l'ancienne Organisation XIII en attrapant son cœur d'une main tout en levant la seconde au ciel.

"Je… peux fermer les yeux?" proposa Riku d'un ton incertain, levant un sourcil légèrement inquiet en observant les gesticulations théâtrales de l'hôte de ce lieu.

"Peu importe finalement, concéda brusquement Oruld, versatile, en abaissant enfin sa capeline et en se tournant vers le fragment luisant de Xehanort, qui semblait s'être assoupi à nouveau. Tu n'y comprendras pas davantage que moi…"

Sous le regard agacé du Maître de la Keyblade, le joueur du Destin posa un pied devant l'autre, se laissant fluidement glisser jusqu'au sol invisible avant de redresser fièrement ses larges épaules recouvertes d'un cuir noir et épais. Jambes croisées et mains sur les genoux à l'image d'un guerrier en méditation, le Chercheur ferma solennellement les yeux et se mit à inspirer profondément, son torse se soulevant et se rétractant au rythme régulier de sa respiration maîtrisée. Aussitôt, l'atmosphère parut se figer et l'obscurité alentour se rapprocha, plus dense, plus menaçante qu'auparavant, assombrissant la vision périphérique de Riku à l'image d'un voile funéraire doucement déposé sur le visage impassible du défunt. Le jeune Porteur eut l'impression d'avoir plongé la tête sous l'eau, une désagréable sensation de congestion obstruant ses conduits auditifs externes. Par réflexe, il se mit à secouer la tête, sans pour autant parvenir à déboucher ses oreilles, mais fut interrompu dans sa tentative par une soudaine brise glaciale qui lui caressa subtilement la nuque. Il sentit les poils de ses avant-bras s'hérisser et son souffle se bloquer dans sa gorge quand il crut entendre, quelque part dans son dos, un discret rire aux tintements flûtés. Se retournant d'une traite, Riku scruta les ténèbres de ses pupilles safranées mais ne fut accueilli que par le silence abyssal d'une noirceur sans fin. Un nouveau staccato retentit dans les ombres, sans que le Maître de la Keyblade ne sût en déterminer la source. Cependant, il réalisa qu'il s'agissait du rire innocent d'un enfant en bas âge. Bientôt, les ricanements se multiplièrent et l'espace fut graduellement empli d'une rumeur montante de petites voix espiègles venant de toutes les directions. A la recherche d'une quelconque silhouette, le Porteur fit volte-face à plusieurs reprises, mais s'arrêta net lorsqu'une sensation de froid s'empara de son mollet gauche. Baissant lentement la tête, il écarquilla les yeux, son cœur sautant dans sa poitrine alors qu'il croisait le regard cristallin d'un chétif garçon aux cheveux noirs en pétard. Surpris, le Maître de la Keyblade recula précipitamment afin de s'éloigner du petit fantôme translucide mais fut à nouveau glacé par un vent froid alors qu'une seconde apparition lui traversait les jambes depuis l'arrière. Courant en direction du premier enfant, un rire homérique s'échappant de ses délicates lèvres figées en un sourire radieux, une petite fille blonde écarquilla ses grands yeux bleus et tapota l'épaule du garçon, dont l'expression neutre se transforma rapidement en consternation.

"Touché,s'exclama la voix fluette de la fillette, qui s'empressa de fuir son compagnon de jeu. C'est toi le chat!"

"C'est pas juste, se plaignit le garçon en tapant du pied. C'était déjà moi avant!"

"T'as qu'à apprendre à courir plus vite", s'exclama une troisième voix tandis qu'un jeune pré-adolescent aux cheveux châtains se dégageait de la pénombre en marchant avec nonchalance, une pomme à la main.

De suite, une puissante lumière aveugla brièvement Riku alors qu'un ciel bleu parsemé de cumulus se matérialisait au-dessus de sa tête tel un mirage salvateur, un vent agréablement chaud soulevant les pans de la cape noire du manteau de Riku et ses mèches argentées voletant allègrement autour de son visage angulaire. Sous ses bottes noires, des dalles saumonées apparurent, agencées de sorte à former des mosaïques en forme d'étoiles. Une large fontaine circulaire trônait au milieu de la place où il se trouvait, entourée de maisons à colombages aux toitures violettes. Un rapide coup d'oeil permit à Riku de discerner, derrière la fontaine à deux étages, deux autres adolescents en train de se dissimuler: l'une, aux longs cheveux sombres, portait un doigt devant ses lèvres en signe de silence, et l'autre, un rouquin, tentait de maîtriser son rictus en cachant sa bouche derrière sa main perlée de tâches de rousseur. Tandis que le petit noiraud, le "chat" de leur jeu, venait de repérer sa nouvelle cible - un garçonnet du même âge que lui qui se camouflait derrière une poubelle - il s'élança de toutes ses forces afin de se débarrasser de son rôle de chasseur. Visiblement effrayé, le môme poussa un cri strident et sauta sur ses jambes pour fuir en direction de la fontaine afin de rejoindre les deux adolescents stratégiquement cachés derrière la structure aquatique. Malheureusement, les petites jambes maladroites de l'enfant ne surent le servir honorablement et il glissa magistralement dans une flaque, s'envolant avec élan afin d'atterrir avec éclat dans l'eau claire du puits. Alors qu'une cacophonie de moqueries s'échappait de la bouche de tous les compagnons du misérable morveux, une nouvelle silhouette apparut à proximité de l'eau ruisselant en cascades. Aussitôt, Riku se figea, la stupéfaction tirant ses traits alors que sa bouche demeurait ridiculeusement ouverte: devant lui se tenait Enna Kros, jeune femme souriante attrappant le gamin sous les bras et l'extirpant de sa déchéance aquatique avec une douceur maternelle.

"QUOOOOOI!?" s'exclama Riku en levant un bras choqué devant son visage, comme pour se protéger de cette vision horrifique.

Le souvenir se terminant sur cette image déroutante, le palier d'Oruld réapparut alors au-dessus de leurs têtes, source de lumière perçant les ténèbres abyssales dans lesquelles ils se trouvaient, de même que les chaînes dorées du Maître de la Keyblade qui se mirent à vibrer, comme reprenant vie. Elles se ressaisirent du vile fragment de cœur de Xehanort, le serrant de plus belles alors qu'une lumière intense émanait du cristal en signe de lutte: plus les maillons se resserraient et brillaient avec force, plus la lueur sombre et perfide du fragment s'amenuisait jusqu'à finalement s'éteindre. Pendant quelques instants, le monde onirique fut comme pétrifié, la poussière semblant retomber sur un combat acharné alors que l'ennemi gisait à terre, défait.

"Et une bonne chose de faite, se réjouit soudain Oruld en se relevant fluidement et parfaitement décontracté, l'image de ses souvenirs heureux envolés comme s'ils n'avaient été qu'un rêve oublié. Et si nous sortions d'ici?"

Sans attendre, le Chercheur claqua des doigts et avant même que le cerveau de Riku n'ait eu le temps de se préparer à son retour dans le monde matériel, son corps fut brutalement éjecté hors de la carte à jouer qui avait fait office de portail, atterrissant dans les meubles antiques la maisonnette jadis abandonnée.

"Suis-moi, continua derechef le Joueur du Destin en le dévisageant brièvement de ses yeux couleur d'ambre. J'ai bien peur que le temps joue contre nous..."

Le cœur de Riku ne savait plus où il en était: se mélangeaient en lui curiosité, étonnement, irritation, stress et incompréhension. Il entre-ouvrit ses lèvres fines pour obtenir des réponses avant de se raviser, pinçant sa bouche avec frustration alors que l'urgence de sa mission le poussait à se redresser hâtivement. Fatigué des réponses énigmatiques du Chercheur et ne souhaitant pas perdre une minute de plus à écouter ses divagations nébuleuses, Riku se dirigea d'un pas décidé vers la sortie de leur cachette et décida de profiter du soudain empressement de son guide de fortune pour accélérer la cadence de sa recherche.

"C'est à ton tour" lança le Maître de la Keyblade avec un ton sans appel, posant un regard perçant sur le Chercheur qui lui emboitait sagement le pas. Amène-moi à Iwako."

"A votre service..." répondit jovialement le Joueur du Destin, dépassant le jeune homme et longeant la ruelle marchande en accélérant discrètement le pas.

Arrivés au bout du chemin pavé qui traversait le souk, Riku aperçut enfin d'impressionnants escaliers en marbre blanc semblant se perdre dans les profondeurs de la ville fantôme. Sans un mot de plus, Oruld ouvrit un bras devant lui à l'image d'un majordome aguerri, puis prit la tête de leur étrange expédition, sans doute en guise de preuve de fiabilité après avoir noté l'expression de doute sur le faciès de Riku. Ce dernier suivit le Chercheur d'un pas mesuré, demeurant sur ses gardes malgré les divers échanges intervenus depuis leur rencontre fortuite, jusqu'à une série d'échelles. Le jeune Maître de la Keyblade descendit plusieurs plateformes à l'aide d'agiles sauts, l'odeur d'iode agressant ses narines durant sa progression, lui faisant réaliser que le Joueur du Destin le poussait à pénétrer dans les soubassements de la ville se situant sans doute au-dessous du niveau de la mer. Peut-être s'agissait-il d'anciennes douves ou égouts, estima le Porteur en inspectant la mousse présente entre les interstices muraux. Lorsqu'il sentit l'eau lui arriver jusqu'aux genoux, quelle ne fut pas sa surprise de pénétrer dans un immense tunnel illuminé par la froide et mystérieuse lueur de cristaux bleutés de Lux. Les bruits d'éclaboussures que produisaient chacun de ses pas dans le canal se répercutaient en échos contre les murs en alcôve soutenus par d'imposantes structures métalliques qui étaient transpercées, de part en part, par ce qui ressemblaient à des vis géantes en constante rotation. Riku supposa dès lors que les divers mécanismes de la ville devaient être actionnés par les éoliennes aperçues tantôt, servant en l'espèce à monter l'eau océanique purgée jusqu'aux centaines de fontaines qui agrémentaient les rues de la cité qu'Oruld nommait Scala ad Caelum… Riku ouvrait une bouche ébahie quand une voix masculine terriblement familière se mit à résonner dans l'espace clos et humide, semblable à un message d'alerte qui figea le jeune homme sur place:

"Un appareil de communication étranger a été retrouvé au port. Un intrus se trouve dans ce monde. Il se fait passer pour Neo Riku. Capturez-le mais ne l'éliminez pas. Je répète…"

Oruld se tourna alors vers Riku, tétanisé, avec un air amusé et annonça avec une étincelle dans les yeux:

"Voilà, ma contribution s'arrête ici! Je te communique ma sincère gratitude, petit Maître."

"Où sommes-nous?!" s'empressa de demander Riku alors que l'alarme sonnait à en percer ses tympans tout en replaçant sa capuche sur son crâne pour dissimuler son identité.

"Dans les écluses, le vaste système hydraulique de la ville, construit au-dessus des ruines submergées des anciennes prisons des Porteurs de Keyblade… Je t'informe ainsi que ta princesse se trouve sous nos pieds…"

"Tu m'a donné ta parole de m'amener jusqu'à elle!" s'irrita Riku, gagné par la panique, se sachant dorénavant recherché par les sbires de Xehanort, et ce dans un monde peuplé exclusivement d'êtres de ténèbres à son service.

"Je suis navré, se défendit sincèrement Oruld en levant des paumes coupables devant lui. J'ai également une couverture à maintenir… mais je ne te laisse pas entièrement dans l'ignorance: tu n'as qu'à suivre les cristaux en forme d'étoiles. Ils sont un vestige d'un lointain passé, qui te mèneront directement aux anciens cachots. À tout à l'heure… et que les dés soient avec toi!"

Sans un mot de plus, le Joueur du Destin ouvrit un portail des ténèbres dans son dos et s'y jeta sans un regard en arrière.

Nous avons le plaisir de vous annoncer que les vacances d'hiver nous ont permis de bien avancer dans l'écriture et que les 3 prochains chapitres sont bouclés! Ainsi, nous aurons à nouveau une certaine régularité dans les publications!