Suite à une fin d'année 2021 mouvementée et compliquée à cause du COVID, Nsperis et Lirae ont enfin réussi à écrire ensemble un premier chapitre "de retour" à l'écriture!
On s'excuse encore pour ce long délai et nous vous prévenons également qu'à partir de maintenant les chapitres paraîtront de manière sporadiques et non régulière. Une bonne lecture à vous!

Quelques temps plus tôt…

"Fuyez, avant que je ne change d'avis."

Les paroles de Isa retentirent dans le silence des couloirs nacrés tel le son d'une horloge, résonnant dans le prolongement de l'espace qui s'étirait à perte de vue dans différentes directions. Se saisissant de la main fine d'Iwako, Riku ne se fit pas prier et décampa à toute vitesse, ses pieds vêtus de bottes noires heurtant la surface mouillée du sol dans une déflagration de gouttes étincelantes alors que ses yeux safrané scrutaient avec sang-froid les recoins des différents couloirs à la recherche d'une sortie ou d'ennemis potentiels. Alors qu'Iwako trébuchait derrière lui, le jeune homme s'arrêta net et se retourna alarmé en direction de sa campagne.

"Iwako! s'exclama-t-il avec frayeur alors qu'il attrapait les épaules trempées de la magicienne, dont les vêtements humides lui collaient au corps telle une seconde peau. Tu as mal quelque part, tu es blessée?!"

"Non, s'empressa de répondre la jeune femme, secouant la tête et plaçant une main rassurante sur l'avant bras de Riku tout en posant ses yeux violacés sur le visage anxieux de Maître de la Keyblade. Je suis juste un peu fatiguée mais je vais bien."

"Tu es sûre?" demanda Riku tant pour confirmer le bien-être de sa chère et tendre que pour se rassurer lui-même, ses iris parcourant avec inquiétude la silhouette de sa compagne.

"Sûre", confirma à son tour la magicienne, esquissant un sourire rassurant plein d'affection. Tu es venu me chercher..."

Son cœur se resserrant, Riku se sentit soudainement envahit par une vague d'émotions mélangeant crainte, joie, soulagement et amour. La chaleur lui montant aux yeux, il tira la magicienne vers lui, enfouit son visage dans son cou et l'encercla tendrement de ses bras, les battements du cœur de sa compagne tranquillisant ses anxiétés profondes. Contre son gré, des larmes salées se mélangèrent bientôt à l'eau de mer s'échappant des mèches bleutées de la magicienne, qui pencha la tête afin de l'appuyer contre celle de Riku, caressant ses mèches argentées avec douceur. Lorsque le Maître de la Keyblade sentit les épaules d'Iwako effectuer de discrets soubresauts, il leva un regard emprunté vers son visage, constant qu'elle tentait de retenir son rire.

"Quoi?" s'enquit-il sur la défensive, honteux de son effusion de sentiments.

"Non rien", s'empressa de mentir la jeune femme, ses tentatives pour cacher son amusement pourtant de plus en plus évidentes.

Sous le regard réprobateur de Riku, elle finit par ajouter:
"C'est juste que… c'est moi qui était emprisonnée. Je devrais être celle qui pleure dans tes bras."

"A-alors pleure!" s'exclama le Maître de la Keyblade en rougissant jusqu'aux oreilles, ses yeux humides s'écarquillant comiquement sous la gêne alors qu'il se redressait, tendu.

"Non non, répliqua la magicienne en riant, un pur bonheur se dégageant de ses traits fins. Je n'ai plus envie de pleurer, en fait."

Posant ses deux paumes sur les joues du jeune homme, la magicienne usa de ses pouces pour chasser les larmes qui menaçaient encore de s'échapper des longs cils de son amant et se mit à léviter, les pointes de ses pieds se décollant féériquement de l'eau dans laquelle elle pataugeait. Son visage face à celui de Riku, Iwako posa un discret baiser sur ses lèvres et encercla ses larges épaules, le laissant la porter alors qu'elle ajoutait:

"Rentrons à la maison."

/ / /

Après plusieurs dédales de couloirs sans fin, le jeune couple arriva à un interstice. A leur droite, le canal menait à une grille connectée à un mécanisme d'ouverture en forme de poulie et Riku, apercevant une lueur descendante - dont le ton chaleureux contrastait intensément avec la lumière froide des cristaux de Lux ornant les murs des écluses - s'empressa d'activer le levier. Pénétrant dans la pièce, le Maître de la Keyblade réalisa qu'ils se trouvaient désormais au pied d'une grande tour, les murs parcourus de colombages métalliques interrompus en quinconce par des semi-plateformes à distance régulière permettant d'atteindre une toiture semblant mener vers l'extérieur. Prenant son élan, le jeune homme utilisa les murs pour se propulser sur les semi-étages tandis qu'Iwako flotta allègrement jusqu'en haut, lançant des regards amusés à son compagnon en plein combat contre la gravité. Lorsque Riku arriva au sommet de la structure qui surplombait la ville ensoleillée, il s'apprêtait à interpeller la magicienne pour l'informer de son plan d'infiltrer le château - pour voler un manteau et emprunter, ensemble et en toute discrétion, un passage des ténèbres - quand il constata qu'elle regardait la cité en contrebas avec des yeux exorbités, la bouche entrouverte alors qu'une main choquée s'élevait lentement vers ses lèvres pulpeuses. Suivant le regard de la jeune femme, Riku s'arrêta net, ses yeux se vidant de toute émotion alors qu'il reconnut Brynhildr, l'invocation titanesque de Hayate, qui parcourait les ruelles pavées de l'agglomération urbaine dans une charge armée vindicative. Sur le passage de la géante, les murs en plâtre semblaient se désintégrer, de violents tremblements accompagnant chacun de ses pas alors que des Sans-cœurs fuyaient pour leur vie, écrasés par des morceaux de bâtiments se déversant sur eux telle une pluie irrémissible et cataclysmique. Alors que la guerrière gargantuesque venait d'écraser froidement une horde d'Ombres, elle leva sa voûte plantaire fumante et envoya un violent coup de pied dans un Darkside qui se dissipa dans un hurlement de douleur. La tragédie de la scène évoqua soudain dans l'esprit du jeune Maître des chants grégoriens frôlant l'hystérie tandis qu'il réalisait qu'une bande sonore alternative accompagnait cette apocalypse: un nouveau message d'alerte ennemi répétait en boucle.

"D'autres Porteurs ont infiltré la ville. Ils se cachent dans les faubourgs. Leur vie nous importe peu. Débusquez-les et éliminez-les. Ils ne doivent en aucun cas aider la prisonnière à s'échapper."

"Là! S'exclama soudain Iwako en pointant du doigt la direction opposée au massacre, non loin de l'embarcadère. C'est Sora et Hayate! Ils sont là-bas!"

Libéré de sa stupeur momentanée, le Maître de la Keyblade se racla la gorge et suivit la trajectoire indiquée par la magicienne, repérant finalement ses amis - dont la présence en ces lieux le laissait sans voix - en proie à un combat contre nuls autres que Arlène et Lauriam. Au même moment, Hayate chargea en direction des ennemis et les deux Chercheurs s'envolèrent dans les airs à la manière d'une balle de golf, disparaissant dans l'océan dans une gerbe d'eau étincelante.

"On aura besoin de plus de manteaux…" soupira finalement Riku alors qu'il réalisait un bond en direction de ses deux compagnons, tout en plongeant dans un couloir de ténèbre alors qu'Iwako rejoignait déjà ses amis en volant à toute vitesse.

Alors qu'Hayate rangeait calmement la Clé de l'Air dans sa poche de veste (qui scintillait encore poussivement suite à sa dernière décharge magique), Sora ne put s'empêcher de ressentir un pur sentiment de jubilation en jetant un dernier regard à l'océan visible au-delà du port de Scala ad Caelum, satisfait d'avoir assisté à une nouvelle humiliation de Arlène, une des Chercheuses qu'il détestait sans doute le plus au monde. Derrière les deux Porteurs de Keyblade, l'on pouvait encore entendre les ravages sonores et matériels de Brynhildr, qui piétinaient tous les Sans-Coeurs et Similis qui avaient la naïve audace de vouloir s'en prendre à la Gardienne invoquée (ou de se retrouver par inadvertance, tels des pigeons hagards, sous ses impressionnantes bottes de métal).

"Bien, poursuivit la défenseuse en tapant dans ses mains, comme si elle venait de terminer un dur labeur tout en ignorant prodigieusement la chimère toujours en pleine diversion. A présent, nous sommes officiellement devenus les ennemis Numéro 1 de cette ville. J'espère que tu es prêt à courirpour sauver ta vie."

Sora rit à cause du ton dramatique de la jeune femme et leva un pouce assertif devant son visage radieux. Son sourire ne fit du reste que s'agrandir lorsqu'une voix féminine et familière l'appela soudain dans son dos et fit battre son coeur à mille à l'heure:

"Sora! Hayate! Comment êtes-vous arrivés là!?"

Euphorique, l'Élu de la Keyblade fit volte-face et ne put empêcher ses yeux de se mouiller de larmes de soulagement en reconnaissant la silhouette délicate d'Iwako planer jusqu'à eux, ses longs cheveux bleutés voletant dans son dos tel un voile mystérieux. Hayate fut plus rapide que lui et se précipita pour serrer la magicienne avec toute la force de ses bras, ce qui fit rire la Porteuse miraculeusement saine et sauve. Le jeune homme se joignit à l'étreinte avant de répondre à la question de sa meilleure amie:

"C'est grâce à Yen Sid! Même si on a un peu dû le forcer…"

Gêné (car réalisant qu'ils avaient presque persécuté un vieillard dans le but de lui voler ses clés), il décida de ne pas s'étendre sur le sujet et enchaîna à l'adresse de la jeune femme aux yeux améthyste:

"Mais et toi? Tu vas bien? Qu'est-ce qu'il s'est passé? Et comment t'es-tu échappée?"

Iwako se recula gracieusement et admit, avec un soupir fatigué:

"C'est une longue histoire… Mais disons que j'ai reçu de l'aide de la part de bien étranges personnes… Mais je vous raconterai tout plus tard!"

"Oui,approuva une voix que Sora reconnut avec un nouveau bond de sursaut de joie dans sa poitrine. Il nous faut d'abord quitter ce monde le plus vite possible, et je sais comment faire."

Le bruit de l'ouverture d'un couloir de Ténèbres éclata sur leur droite, révélant la silhouette d'un jeune homme vêtu du manteau noir des Chercheurs. Si Sora sentit un élan d'espoir en discernant les traits de Riku sortir des ombres, l'éclat jaunâtre de ses pupilles le fit instinctivement reculer et il matérialisa sa Keyblade dans sa main directrice, rapidement imité par Hayate à ses côtés.

"Néo Riku?!"

L'interpellé soupira, dépité, et marmonna avec sarcasme:

"Pourquoi j'ai une désagréable impression de déjà vu…"

Iwako leva alors ses bras de porcelaine devant elle, plaçant son corps élancé entre le mystérieux arrivant et les deux Porteurs armés jusqu'aux dents, expliquant précipitamment:

"Je sais que c'est difficile à voir, mais c'est bien Riku, le vrai! On vient tout juste de se retrouver et s'il a survécu jusqu'ici, c'est en se faisant passer pour son double!"

Sora, après un coup d'oeil en direction de la défenseuse, osa faire un pas en avant et questionna le jeune homme aux cheveux argentés devant lui, encore incertain:

"Mais… tes yeux…?"

"Ah ça… bougonna Riku en passant deux doigts douloureux proches de sa tempe. Je réglerai ce problème plus tard… Mais si ça peut finir de vous rassurer, Xehanort n'a aucun contrôle sur moi. J'ai enfermé son fragment de cœur à l'intérieur du mien."

"Bon…? commenta Hayate en faisant disparaître Souvenir Perdu avant de mettre les mains sur ses hanches. Je suppose que je vais à nouveau devoir m'habituer à croiser la face d'un traître dans les couloirs du gummi… Mais voyons le bon côté des choses: au moins, j'aurai moins de mal à te frapper lors de nos futures séances d'entraînement…"

Contre toute attente, un demi-sourire à la fois triste et amusé apparut sur les lèvres bisque de Riku et Sora, reconnaissant l'étrange complicité entre la défenseuse et le Maître, sut alors qu'il s'agissait bel et bien de son meilleur ami. Ne pouvant plus contenir son élan d'émotions, l'Élu de la Keyblade se jeta alors sur ses trois amis et les serra le plus fort possible contre lui en fermant les yeux. Ils étaient enfin réunis, tous les quatre. Il sentit ses trois compagnons se laisser aller à l'embrassade collective, sans doute soulagés eux aussi de s'être retrouvés après tant d'angoisse et d'incertitudes.

Malheureusement, leur répit amical fut de courte durée.

En effet, une désagréable voix familière, sourde et maussade, rappela Sora à la réalité… Ansem le Sans-Coeur déclarait, sa voix se réverbérant tout autour d'eux tel un cauchemar éveillé:

"Les fauteurs de troubles se sont tous rassemblés à nos pieds… Comme c'est pratique…"

Les quatre Porteurs de Keyblade se séparèrent instinctivement et dégainèrent leurs armes mystiques, tout en levant leurs mentons et leurs yeux froncés par l'inquiétude en direction de la haute citadelle d'or et de nacre qui les écrasait avec l'ombre de ses majestueuses tours munies de gigantesques moulins à vent: là, au sommet de ce qui ressemblait à un large balcon caché sous une gigantesque horloge aux sept aiguilles de bronzes figées dans le temps, apparurent non pas un, mais bien neuf Chercheurs de Ténèbres, surgissant de leurs vortexes respectifs et dévoilant leurs identités tout en se plaçant en pointe de flèche, tels des soldats bien organisés. Sur la droite, Sora reconnut les visages détrempés de Lauriam et Arlène, ainsi que les visages froids d'Ansem le Sans-Coeur et de Néo Riku. Sur la gauche, il mit plus de temps à identifier les humains qu'étaient devenus Saix et Xigbar, puis Oruld et enfin un jeune homme aux cheveux argentés, que Sora avait un vague souvenir d'avoir croisé lors de son test de Maîtrise... Enfin, au centre de leur formation et légèrement plus en avant, se tenait un vieillard voûté par les ans. Bras derrière les dos, son manteau noir de scientifique rappela vaguement à Sora la tenue blanche d'Enna Kros. Néanmoins son crâne chauve, ses oreilles légèrement pointues et le bouc grisonnant qui pendait sous sa bouche déformée par un rictus satisfait le rendirent bien plus inquiétant que l'horripilante Gardienne du Temps aux yeux de l'Élu de la Keyblade: un je-ne-sais-quoi, dans son regard de braise, évoquait la folie… Du moins, malgré son apparente faiblesse, le jeune homme sentait que quelque chose en lui n'était pas normal… Comme si un gouffre sans fond avait remplacé son cœur… comme s'il n'était plus tout à fait "humain"...

"Xehanort…" grogna Riku sur sa gauche, poings serrés le long de son corps, en regardant de ses yeux ambrés le vieil homme avec un mélange de colère et d'appréhension.

"Alors c'est donc lui…" murmura Iwako dans un frisson, verbalisant tout haut ce que Sora pensait tout bas.

En effet, jamais la magicienne, Sora, ni Hayate n'avaient encore rencontré le cerveau machiavélique à l'origine de la guerre à laquelle ils étaient forcés de prendre part. Le Maître des Chercheurs. L'homme à l'origine de tout le malheur qui avait touché Aqua, Ven et Terra. L'être qu'Enna Kros considérait comme son ennemi…

"C'est pas vrai…" lâcha Sora dans un souffle d'effroi, confronté pour la première fois au visage réel de la personne responsable des malheurs de tous ceux qu'il aimait.

"Xehanort…"

La voix éraillée d'Hayate répéta le nom de leur ennemi avec haine et reproches. Lorsque Sora tourna son visage vers elle, il sentit son coeur rater un battement en notant à nouveau la disparition de ses iris au profit d'un regard sans âme, d'acier froid, qui fixait le vieillard au-dessus d'elle à la manière d'un fauve prêt à fondre sur sa proie. En souci pour sa bien-aimée, Sora voulut tendre une main apaisante en sa direction, mais elle ne lui en laissa pas le temps: l'intégralité de sa silhouette commença à scintiller d'une étrange lueur blanche, ses cheveux en bataille se mettant à fouetter sauvagement son visage de marbre. Alors que de nouvelles craquelures apparaissaient aux commissures de ses yeux sans âme, ses lèvres couleur de sang s'entre-ouvrirent pour siffler, à la manière d'une machine programmée pour la guerre:

"Eliminer… Xehanort."

Nous voulions mettre un ton plus léger au début de chapitre, mais que pensez-vous de la fin? Avez-vous des théories sur ce qu'il se passe/va se passer?