Bonjour les ami(e)s!
Nous n'avons malheureusement pas réussi à sortir ce chapitre pour le 20ème anniversaire de KH ET la sortie du trailer de KH4, mais celui-ci a gonflé à bloc Nsperis pour écrire ce chapitre!
Suite de Scala ad Caelum: dans quel état se trouvent nos héros?
Le noir. L'obscurité. Le froid. La chute.
Sora avait perdu tout contact avec une quelconque forme de sensation physique. Non seulement son lien avec le ressenti d'Iwako s'était rompu (sans doute lorsque la jeune femme s'était pamée d'épuisement) mais qui plus est, toute notion de douleur en lien avec son propre corps n'existait plus...
Pendant quelques instants, le jeune homme crut que les mondes allaient pouvoir enterrer le dernier Élu de la Keyblade en date.
Lorsqu'un rayon de lumière vint l'éblouir dans sa descente abyssale. Après s'être brièvement couverts les yeux de ses deux mains (qu'il ne sentait étrangement pas mais pouvait bouger à sa guise) il leva la tête et aperçut un énorme palier cristallin au-dessus de lui.
Ou... Etait-ce en dessous ?
Réalisant qu'il chutait, tête à l'envers, depuis un bon moment, Sora parvint à modifier son long plongeon qui déclivait lentement vers les profondeurs incertaines du cœur de son hôte spirituelle. Se redressant in extremis, il parvint à poser délicatement les pointes de ses deux grands pieds sur la surface miroitante de la plateforme circulaire, qui émit un petit tintement à son contact, comme un signe de bienvenue. Lorsqu'il poussa l'une de ses chausses jaunes et noires, osant un pas en avant, ce qu'il avait initialement pris pour des pétales blancs s'envolèrent brusquement dans un bruissement d'ailes affolés, et il réalisa qu'il s'agissait de centaines de colombes. Le départ des oiseaux lui permit alors d'admirer le dessin que formaient les vitraux émotionnels sur lesquels il se tenait impunément:
Sora avait déjà visité le palier de l'Eveil de Ventus ainsi que le sien plusieurs fois. Or, la récente présence d'Hayate à l'intérieur de son coeur ne l'avait pas même préparé à l'étrangeté de celui d'Iwako: la station circulaire présentait, en son centre, une longue cicatrice en zigzague, comme si elle avait été "recollée" à la hâte à cet endroit. Mais le plus étonnant était la diversité des couleurs qui composaient chacun des côtés, ainsi que les deux figures différentes qui l'ornaient: à la gauche de Sora, en sens inverse, reposait une jeune fille assoupie, dont les cheveux noirs aux reflets bleutés entouraient un corps frêle caché par une courte veste sombre et une jupe anglaise bleu marine. L'arrière de son dessin mélangeait de jolies notes de bleu et de rose. Sora ignorait de qui il s'agissait, et malgré quelques traits similaires à ceux d'Iwako, il reconnut sans peine sa meilleure amie endormie sur le côté droit du palier, sa cascade de cheveux bleutés l'entourant tel un cocon protecteur, trois petits grains de beauté noirs décorant son visage serein. Sora avança en sa direction, faisant par son mouvement tintinnabuler le verre bleu ciel sous ses pieds et qui semblait représenter un cristal… Alors que le jeune homme s'approchait du bord de la plateforme, il lui sembla apercevoir de petits éclats de cristaux à peine visibles briller faiblement au-dessus de lui. En fronçant ses sourcils en V, il crut discerner les marches d'un escalier invisible qui montait vers des sommets incertains. C'est en voulant s'en approcher qu'il vit alors enfin une seconde série de marches a contrario bien solides, descendantes cette fois-ci, naître également du demi-palier de cœur du côté d'Iwako. Sora baissa ses yeux bleu océan vers les profondeurs enténébrées en-dessous de lui: s'il ignorait l'origine de ce monde onirique et son fonctionnement, il ne voulait en aucun cas apprendre ce qui se trouvait caché dans l'abysse qui soutenait chaque cœur… Néanmoins, la curiosité lui piquait la gorge: tout le monde ignorait le passé d'Iwako, elle-même y compris. Si la mémoire était liée d'une quelconque manière au cœur, alors peut-être y avait-il moyen de récupérer des bribes de souvenirs en plongeant plus profondément… Prenant son courage à deux mains, l'Élu de la Keyblade s'engagea alors dans un escalier bleu sombre, fait de cristal mat, qui chantait de manière plus sourde et moins pure sous ses semelles que le palier principal, comme si son chant avait été altéré… Alors qu'il descendait toujours plus loin dans le néant, ses yeux s'habituèrent aux ténèbres ambiantes et lui permirent, enfin, d'apercevoir un éclat de métal en contre-bas. Il y avait quelque chose...
Quelque chose de vivant. Qui se muait telle une ombre derrière des barreaux.
L'instinct de survie de Sora reprit instantanément le dessus, ainsi qu'une profonde et animale angoisse qui lui criait au travers du crâne, de toutes ses forces, une simple et unique injonction: fuis.
Le jeune homme, la nuque moite à cause de la peur, les cheveux ébouriffés par un souffle mortel et son sang se glaçant dans ses veines, repartit derechef en sens inverse, tentant de regagner le Palier de l'Éveil au pas de course. Mais il sentait, à chaque pas, les marches de cristal sombre se désagréger sous son poids fantomatique. Impuissant, il leva un regard en direction du vitrail circulaire au-dessus de lui, si proche et pourtant si loin, et tendit vers lui un bras implorant.
Toute la structure vola soudainement en éclats et Sora fut précipité dans l'abîme, des milliers d'éclats de verre tombant autour de lui telle une pluie de larmes, reflétant sa propre chute à l'infini à travers leurs diverses facettes…
Le noir. L'obscurité. Le froid. La chute.
…
Ventus soupira encore une fois en se dévisageant dans le miroir.
Depuis qu'Hayate et Sora s'étaient engagés dans le couloir de lumière généré par Maître Yen Sid, le meilleur ami d'Aqua et Terra errait, l'âme en peine, dans la Tour Mystérieuse. Il était incapable d'appaiser son esprit, ni calmer la nervosité qui agitait son corps qui le poussait à harpenter les escaliers sans fin de la structure stellaire, comme si son coeur cherchait symboliquement à retrouver la trace de ses amis disparus. Le jeune homme blond avait fini, comme attiré, vers la Salle des Miroirs, adjacente au bureau du Grand Mage, et qui avait été transformée en infirmerie depuis sa reconstruction (car les Princesses de Cœur avaient investi l'ancien centre de soins, plus confortable). Des lits de camp avaient été disposés de part et d'autres des murs arrondis de la tour, et les mystérieuses glaces de la chambre, placées à intervalles réguliers le long de la paroi circulaire, avaient été recouvertes d'épaisses tapisseries écrues aux motifs étoilés, joliment nouées à l'aide d'un pendentif rappelant la forme d'un coeur…
Ventus savait pourquoi: ces miroirs étaient magiques. Comme Sora l'avait découvert durant son périple, ils avaient le pouvoir de révéler le plus puissant désir caché dans notre cœur, ainsi qu'un potentiel futur s'offrant à nous. Curieux, l'ancien élève d'Eraqus avait relevé un voile pour se mirer dans la surface enchantée…
Il était si inquiet pour Iwako, Sora, Hayate et Riku. Il aurait dû les voir derrière lui. Pourquoi diable était-il alors entouré par les silhouettes fantomatiques de Lea et Kairi?!
"Ah c'est là que tu te planquais…"
La voix fatidique de Lea traversa la pièce et Ven s'empressa de replacer le voile blanc sur le miroir devant lequel il se tenait, légèrement tendu à présent. Le jeune homme passa une main gênée dans ses cheveux blonds, affichant un sourire crispé, quand l'ancien Numéro VIII reprit:
"Rox…Je sais que tu te fais un sang d'encre, mais tourner en rond dans cette tour comme un hamster n'y changera rien…"
"Je sais… admit Ventus en détournant son regard bleu roi du miroir. Mais je ne peux pas arrêter de m'en vouloir de ne pas être parti avec eux…"
"Ah les garçons… Vous aussi êtes venus ici?"
Kairi, étrangement maussade, ralentit son allure alors qu'elle pénétrait également dans la salle, comme une somnambule. Ven tiqua sur ses derniers mots et demanda, intrigué:
"Toi aussi… Tu as eu l'impression que tu devais venir ici?"
"Oui… avoua la jeune femme aux cheveux magenta. Je…"
La Princesse hésita avant de poursuivre, sachant sans doute l'effet qu'elle allait produire sur Ven avec ses paroles:
"J'ai senti qu'Hayate et Sora n'allaient pas très bien…"
Un silence de plomb tomba dans la chambre circulaire alors que la Porteuse de Keyblade dévisageait gravement l'ancien Simili de Sora. Enfin, Lea lâcha, sans doute pour détendre l'atmosphère:
"'Z'êtes vraiment bizarres tous les deux, vous savez ça?"
Offusquée, Kairi semblait prête à rétorquer quelque chose à son amant lorsqu'un assourdissant bruit répétitif et monocorde les fit brusquement tous sursauter: par réflexe, Ventus s'était plaqué les mains contre les oreilles. Lea s'égosilla, par-dessus la hurlante, sa Keyblade apparaissant dans un rideau de flammes en même temps que les armes de ses amis:
"Le système d'alarme de la Tour! Quelqu'un essaie de passer sa défense!"
Ven allait demander des précisions sur ce phénomène de détection lorsqu'un bruit de vortex explosa derrière lui: il eut juste le temps de faire volte-face pour apercevoir une massive silhouette masculine encapuchonnée s'effondrer à même le sol de la Salle des Miroirs. Il portait un objet, encombrant et enroulé dans des capes noires, qu'il laissa choir à ses côtés, avant de ne plus se mouvoir d'un seul cil. Enfin, dans la débâcle, une seconde forme vêtue de cuir sauta hors du portail dimensionnel. Alors que ce dernier se refermait dans un lointain bruit de succion, les trois Porteurs présents dans la pièce levèrent vindicativement leurs Keyblades en direction de l'inconnu qui s'empressa de s'écrier, d'une voix épuisée mais néanmoins reconnaissable:
"Attendez!"
Au comble du désarroi, Ven observa l'inconnue baisser dramatiquement sa capeline d'une main, révélant une cascade de cheveux bleutés.
"Iwako?!" s'étrangla Lea.
Le cœur de Ventus sautait dans sa poitrine, de joie mais pas seulement: si tous les intrus étaient bien ses compagnons déguisés en Chercheurs, alors il en manquait forcément un…
"Où est Sora?!" demanda Kairi en faisant disparaître Appel du Destin, lui ôtant les mots de la bouche.
Iwako haleta, tout en chassant une perle de sueur sur son front:
"Pour l'instant il est en sécurité… En moi…"
Une fraction de secondes passa pour que l'information pénètre dans les esprits respectifs des trois Porteurs de Keyblade restés à la Tour.
"QUUUOOOOI?!" hurlèrent finalement Lea et Ven à l'unisson.
"Pas le temps pour les explications! trancha la magicienne dont les sueurs froides faisaient trembler son corps visiblement exténué. La Fusion va bientôt se couper et il va falloir que l'un de vous se positionne de manière à réceptionner Sora! Il faut préparer des soins d'urgence: il a un pneumothorax traumatique!"
"Et c'est dangereux ou pas?!" voulut savoir Lea, nerveux, en ouvrant ses deux grands bras, prêt pour la réception.
" IL A UN TROU DANS LE POUMON! traduisit la magicienne en nage à présent. Et diverses incisions plus ou moins profondes dans les membres inférieurs et supérieurs! Les poignards ne sont plus là pour stopper l'hémorragie…"
Iwako s'arrêta brusquement pour poser un doigt sur sa tempe, tout en écarquillant ses yeux en amande:
"Il…Je ne sens plus sa conscience…"
Pétrifié par l'urgence de la situation, Ventus était comme bloqué dans son propre corps, incapable de savoir comment réagir: fort heureusement, ce fut Kairi, dans un élan d'instinct salvateur, qui ordonna bientôt:
"Lea! Va chercher les trois Bonnes Fées! Ven! Aide-moi à placer Iwako sur un lit et à en amener un autre pour Sora! Vite!"
Le rouquin quitta la pièce en trombe, faisant claquer la porte contre le mur dans sa précipitation, et l'ancien élève d'Eraqus s'empressa de guider la magicienne vers le lit le plus proche. Kairi eût à peine le temps de placer la jeune femme sur le matelas qu'un grand flash de lumière bleue les éblouit: le corps de Sora surgit alors de nulle part et atterrit lourdement dans les bras de Ventus, qui aida son amie d'enfance à le placer sur le couchage le plus proche. Ven n'eut pas besoin de diplôme de médecine pour voir que son frère d'âme était effectivement en piteux état: à peine fut-il placé sur le drap que son blanc immaculé prit une intense couleur vermeille. Sora, dans un sursaut de conscience, ouvrit brusquement les paupières et parvint à retirer un objet de sa poche.
Une carte.
"Aide…Nous…" parvint-il encore à articuler avant que ses yeux bleus ne se voilent et qu'il ne retombe, inconscient, sur son oreiller.
Sous les yeux à la fois émerveillés et alarmés de Kairi et Ventus, une adorable petite créature turquoise jaillit de la carte et sauta en direction du plafond de l'infirmerie. La corne de rubis sur son front se mit alors à briller intensément, et une aura chaude et rassénérante enveloppa soudainement tous les Porteurs présents. Une fois l'invocation disparue, Kairi se jeta tout de même au chevet de Sora et entama toute une série d'incantations de soin alors qu'elle tentait de déterminer où se trouvaient les blessures les plus urgentes à prendre en charge. Ventus quant à lui se précipita vers Iwako, qui titubait dangereusement, à moitié assise sur sa couchette:
"Riku… souffla-t-elle alors que son teint devenait encore plus pâle que de coutume. Et Haya… il faut…"
Sans doute à bout de force, la jeune femme s'évanouit soudain d'épuisement. Alors que sa silhouette frêle et fragile chutait vers l'arrière dans un grand défilé de cheveux bleu marine, Ventus tomba à genoux pour la rattraper, in extremis. Comme possédé, il la serra alors fortement contre lui, tandis que la tête de la jeune femme dodelinait contre son bras dénudé.
Soudain, le coeur du jeune homme cogna trois grands coups contre sa poitrine et alors, un véritable défilé de souvenirs assailit son esprit: ses yeux bleus remplis de larmes et grand ouverts sur des tableaux du passé que seul son coeur étaient capable de voir, il se remémora la Ville de l'Aube, au centre de laquelle se dressait une statue blanche rappelant une femme auréolée et, en haut d'une imposante tour renfermant les mécanismes d'une Horloge, un homme encapuchonné envers qui il prêtait serment. Puis la vision se brouilla, se déchirant tel un éclair dans le ciel, et une voix masculine, jeune et désespérée, résonna dans son crâne comme un écho dans une caverne de souvenirs… le fantôme renié de sa propre voix.
"J'ai échoué."
Ventus se souvenait enfin.
Il papillonna plusieurs fois des cils, où s'étaient accrochés des larmes remplies de honte et de chagrin. Sortant dans sa transe, il sentit d'abord le corps, chaud et bien vivant, d'Iwako contre contre torse qui se levait et s'abaissait hâtivement. Par la suite, il releva un visage hagard et nota l'effervescence tout autour de lui: Kairi avait quitté le chevet de Sora, où les trois Bonnes Fées jetaient un feux d'artifice de sortilèges à l'aide de leurs baguettes, pour se précipiter vers le corps inanimé de ce qui semblait être Riku, soulevé de terre par Lea. L'ancien élève d'Eraqus secoua sa tête, pour se reprendre, puis se redressa pour placer Iwako, délicatement, sur le lit d'où elle était tombée.
"Par la grâce de Lumen! s'exclama une voix rocailleuse que Ventus identifia vite comme étant celle de Maître Yen Sid. Ils ont donc réussi!"
Le vieux Mage fit un tour d'horizon pour évaluer l'état des différents Porteurs miraculeusement rescapés. Mais lorsque ses yeux démesurés tombèrent sur une forme noirâtre à terre, ses iris se voilèrent alors de tristesse et il murmura comme pour lui-même:
"... Mais à quel prix…"
Horrifié, Ventus se tourna vers le tas informe de cuir qu'il avait pris initialement pour un simple objet. Réalisant que quelques mèches roses en dépassaient aléatoirement, il courut à la forme sombre et, après avoir glissé sur le carrelage pour se rapprocher d'elle dans un élan de hâte, il entreprit d'arracher chaque morceau de manteaux qui recouvraient le corps de leur défenseuse, lançant ses bras vers l'arrière à chaque geste pressé. Les larmes aux yeux et le cœur tapant à ses oreilles, il finit enfin par apercevoir le visage et le buste dénudés d'Hayate, dont la peau, zébrée de craquelures, ressemblait à de la porcelaine brisée. Son teint d'habitude si rose avait pris un inquiétante ton bleuté et ses lèvres, fendues, ressemblaient à des cristaux de sucre émiettés. Délicatement, Ven posa sa grande main sur le cou de la jeune femme, pour y chercher le poul.
Mais ses doigts ne rencontrèrent que la froide texture de sa peau inerte.
...
