Le pire dans cette histoire, aux yeux de Gerdr, c'était qu'il n'y avait pas moyen de l'empêcher de finir en queue de poisson. Après tout, personne n'avait été gravement blessé, et la camériste Loptr n'était pas supposée se retrouver au centre de l'attention générale, ce qu'une plainte formelle ne manquerait pas d'avoir comme résultat.
Le résultat, c'était donc Loptr complètement inconsolable, ce qu'elle avait géré en l'allongeant dans son propre lit et en demeurant à proximité au cas où il aurait besoin d'un verre d'eau ou d'être rassuré.
Cela avait pris deux heures de larmes avant qu'il ne redevienne un peu cohérent.
« … Il ne m'a pas reconnu. »
Gerdr ne dit rien, elle caressa gentiment les cheveux défaits de Loptr afin de l'encourager à poursuivre.
« Il est – il est supposé être mon frère. Fr-Frigga disait toujours que ce-c'était l'un des liens le-les plus forts qui soient. Et-et il ne m'a pas reconnu. »
« Loptr » fit doucement l'épouse de l'ambassadeur, « tu te rappelles que c'était le but ? Personne ici ne devrait pouvoir faire le lien entre toi et le second Prince d'Asgard. »
« Je sais ça ! » éclata brièvement le sorcier brun avant de se recroqueviller, perdant toute énergie. « Je sais ça… c'est juste… je voulais… »
Il se cacha le visage dans les oreillers moelleux du lit. Gerdr posa sa longue main sur son dos, qu'elle sentait parcouru de vibrations nerveuses.
« La famille » articula-t-elle, « est quelque chose de très compliqué. Elle est supposé être notre plus grand secours, et parfois elle est notre plus cruelle blessure. Parfois, c'est les deux en même temps. Alors, si tu ne te sens pas très certain de toi en ce qui concerne tes antécédents, tu en as le droit. Si tu te sens blessé, tu en as le droit. Si tu te sens nostalgique, tu en as le droit. C'est toi qui décide. »
Il y eut un long silence.
« Je suis supposé être un parent et un adulte » souffla Loptr. « Pourquoi je me mets dans un état pareil ? »
« Les adultes ne sont pas infaillibles, c'est juste une image qu'ils projettent. Parfois, elle parvient même à les convaincre » glissa Gerdr d'un ton léger.
Loptr roula sur le ventre. Ses joues étaient mouillées et ses paupières vaguement bouffies recouvraient presque entièrement des prunelles à l'éclat éteint.
« Je crois pas que je peux terminer le déballage » confessa-t-il.
L'autre vierge des glaces l'embrassa sur le front, juste avant de tirer sans prévenir sur les couvertures, de se coller tout contre son vis-à-vis et de rabattre les draps sur eux.
« Une heure de sieste, ça nous fera du bien. N'essaie même pas de protester, sinon je t'assomme. »
Le sorcier brun renifla mais se laissa étreindre. En l'espace de quelques secondes, ses muscles se relâchèrent et il commença à respirer profondément et lentement.
Intérieurement, Gerdr n'en revenait qu'il soit aussi adorable. Elle enfouit son nez dans les longues boucles noires, inspirant leur parfum de verveine, et ferma les yeux.
