Suite et fin de la convalescence des héros à la Tour Mystérieuse! après une première partie plutôt drôle, attendez-vous au retour de l'action.

Sora se hâtait dans le parc de la Tour Mystérieuse, voyant l'astre solaire se coucher à l'horizon, encore incapable de sprinter mais effectuant un jogging tout à fait honorable. Il revenait de l'infirmerie, où les Trois Bonnes Fées avaient changé ses bandages une ultime fois. Fort heureusement, les soigneuses l'avaient rassuré et lui avaient octroyé la permission de ne plus porter ses insupportables bouts de tissus urticants dès demain, moyennant une conduite raisonnable et une interdiction de séance d'entraînement musclée pour encore une semaine.

"Sora!"

La voix chantonnante d'Iwako lui parvint depuis sa gauche, où l'on pouvait apercevoir, dans son dos, un imposant vaisseau violet (peut-être deux fois plus gros que le leur).

"Je viens d'aider Lea et Ven à charger les dernières rations, expliqua la magicienne. Ils vont bientôt décoller. Tu as vu Riku et Hayate?"

"Riku a passé la journée avec Kairi, relata le jeune Élu de la Keyblade. Mais je sais pas où est passé Haya… Je l'ai pas vue dans la Tour en tout cas. "

"Tu peux aller la chercher? demanda Iwako avec une espèce de soupir fatigué. Ce serait bête qu'on manque le décollage parce qu'elle est fourrée dans je ne sais quel livre poussiéreux! Je vais voir où est Riku… "

"J'y vais! accepta Sora en partant sur la droite, en direction de Hautvent, stationné bien gentiment sur l'herbe grasse. Oh? Bah déjà un sur deux!"

En effet, le grand argenté venait d'apparaître dans leur champ de vision, non loin du second vaisseau gummi, nommé Hildegarde. Il était accompagné d'une petite silhouette rose vers laquelle il se pencha, sans doute pour recevoir un baiser. Laissant Kairi rejoindre la passerelle de son propre vaisseau après un ultime signe d'au revoir, Riku vint alors d'un pas tranquille en leur direction. Comme Iwako et Sora devaient tout les deux afficher un sourire attendri, le jeune Maître de la Keyblade leva un sourcil argenté et lâcha promptement:

"Quoi? Qu'est-ce que j'ai fait?"

"Rien de mal en tout cas… se moqua gentiment la magicienne en allant à son amant, avec entrain. Alors? Comment s'est passé cette journée?"

"Bien… admit Riku avec un discret sourire, tout en reportant son regard couleur lagon en direction de l'appareil qui allait emporter sa petite sœur. Et je crois que ça a fait plaisir à Kairi… A moi aussi, d'ailleurs."

"Bieeeeen!" le félicita la magicienne, ce qui fit légèrement rosir les pommettes sculptées de l'argenté, sans doute de gêne.

"Trêve de bavardage, trancha Riku pour détourner stratégiquement la conversation, n'appréciant pas en être le centre d'intérêt. Il faut qu'on aille jusqu'à la colline, si on veut un bon point de vue. Sora, est-ce que tu…"

Son meilleur ami lui fit un étrange signe de menton, semblant un peu tendu, avant de terminer gauchement mais avec une voix qu'il voulait détachée:

"... tu voudrais bien aller voir si Hayate est dans le gummi?"

Sora plissa ses paupières, essayant de comprendre ce qu'essayait de lui demander Riku de la manière la moins claire du monde… Enfin, lorsqu'il le surprit à jeter un coup d'oeil en biais à Iwako et réalisant que le soleil était en train de peindre le ciel de ses plus belles couleurs, il saisit le dialogue implicite et s'empressa de s'exclamer, en mettant une main à son front avant de la jeter devant lui:

"A vos ordres!"

Tout sourire, car satisfait de voir son meilleur ami prendre les devants pour être en tête-à-tête avec Iwa, le jeune homme marcha promptement jusqu'à Hautvent. Une fois le sas d'entrée refermé dans un bruit d'essoufflement dans son dos, l'Élu de la Keyblade entreprit de fouiller l'engin spatial de fond en comble, cherchant sans cesse sa bien-aimée… en vain. De la salle des machines, en passant par les chambres et le cockpit, la défenseuse restait aux abonnés absents. Alors, craignant de manquer le départ de ses amis, Sora se redressa au milieu du salon et mit ses mains en porte-voix pour s'époumoner, de toutes ses forces vocales:

"HAYATEEEEEEEE?"

Un petit rideau blond teinté de rose lui tomba soudainement devant le visage, ainsi qu'une main fermement agrippée à une chaussure magenta à la lourde semelle métallique. Le visage d'Hayate lui apparut finalement, à l'envers, le dévisageant de prime abord avec colère, puis avec une surprise croissante.

"Oh Sora c'était toi? s'étonna la jeune femme dont la tête dépassait de l'ouverture qu'il avait lui-même fabriquée au plafond. Depuis quand tu as cette voix de baritone?"

"Tu allais balancer ça sur Riku avoue? l'accusa sans ménagement le jeune Élu en pointant la chaussure du doigt. Et qu'est-ce que tu fabriques là-haut?"

La jeune femme à l'impressionnante tignasse fraise-vanille ouvrit soudainement le poing pour lâcher sa chausse, telle une criminelle arrêtée par la police et devant laisser tomber son arme à terre (ce qui fut le cas). Toujours tête à l'envers, dans cette étrange position de chauve-souris qui semblait ne pas la déranger le moins du monde, la défenseuse admit:

"Je lisais un peu en attendant le départ de Ventus, Lea et Kairi, puis il semble que je me sois assoupie…"

"C'est malin ça… la sermonna gentiment Sora en mettant ses mains sur ses hanches. Tu sais qu'ils vont partir d'une minute à l'autre?"

Un vent de panique prit de court la jeune femme qui ressortit un moment sa tête de son trou, sans doute pour regarder la couleur du ciel, avant de s'exclamer:

"Par la barbe de Yen Sid! Il est déjà si tard!?"

"Allez plus le temps, s'amusa Sora en tendant un bras en direction du plafond, ayant subitement une idée. Fais-moi monter! Comme ça on pourra quand même les voir depuis ton perchoir!"

"Tu es sûr? s'inquiéta Hayate en passant tout de même son bras zébré de craquelures dorées par l'ouverture. ça ne va pas rouvrir tes plaies si je tire sur ton bras?"

"Je suis pas en sucre, souffla Sora avec un demi-sourire en lui tendant ses deux mains. En plus Flora, Pâquerette et Pimprenelle ont dit que j'étais bientôt totalement guéri. Allez! Dépêche-toi de me faire monter!"

"Fort bien, accepta enfin la défenseuse en agrippant fermement les avant-bras du jeune Élu de ses deux petites paumes. Je vais tirer d'un coup sec, prépare-toi."

"...Attends…" souffla soudainement Sora, alors que son sourire confiant désertait son visage pour laisser place à une profonde terreur, réalisant trop tard quel sort allait lui être réservé.

En effet, à peine eut-il compris son erreur, à savoir ne pas avoir demandé à Hayate d'y aller doucement, qu'il sentit ses pieds quitter terre et son corps se faire projeter à plusieurs mètres de hauteur, une catapulte ayant été moins efficace. Le jeune Icare involontaire se retrouva soudain nez-à-nez avec la pointe cuivrée décorée d'une lune et de deux étoiles de la tour de Yen Sid, profitant quelques secondes d'une vue imprenable sur le monde caché du magicien. Puis, lorsqu'il vit son pendentif en forme de couronne remonter étrangement devant son visage jusqu'à lui arriver sous les narines, il comprit qu'il amorçait une cruelle et rapide chute libre en sens inverse. Par réflexe, il ferma les yeux, fronça les sourcils et se recroquevilla sur lui-même, attendant le choc. En lieu et place de la douleur escomptée cependant, le jeune homme se sentit rebondir deux ou trois fois, quelque chose de mou mais néanmoins ferme empêchant son décès au niveau du dos et des cuisses. Lorsqu'il rouvrit deux yeux bleu océan abasourdis, il rencontra ceux, célestine et paniqués, d'Hayate qui s'écriait:

"Sora je suis vraiment navrée! Depuis que je me suis réveillée de mon coma, je ne maîtrise plus vraiment ma force!"

Sora pencha la tête sur le côté, ne comprenant toujours pas sur quoi il avait atterri. Quand il réalisa qu'il était tout simplement tombé dans les bras de Hayate, il ne put retenir une grimace de gêne.

"Par pitié dis-moi qu'aucune de tes blessures ne s'est rouverte…" chuchota nerveusement la jeune femme en avançant son visage rosé d'affolement vers le sien, croyant sans doute qu'il s'agissait d'une grimace de douleur.

"N-non. J'ai rien…"

Malgré le ridicule de toute cette situation, Sora ne put s'empêcher de sentir ses joues s'enflammer en apercevant ce visage perlé de tâches de rousseur si proche de lui. Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, une idée stupide traversa alors son cerveau à la vitesse d'un éclair: s'ils échangeaient leur premier baiser post amnésie dans cette position, jamais plus Riku ne le laisserait vivre en paix dans cette galaxie…

Heureusement, la providence fit que Ventus, Lea et Kairi choisirent ce moment précis pour allumer les réacteurs de l'Hildegarde, dont le vrombissement emplit bientôt le silence paisible du monde de la Tour Mystérieuse et attira suffisamment l'attention de la défenseuse pour qu'elle se décide à le reposer sur le toît du vaisseau en déclarant:

"Ah! Tu avais raison ma foi! La vue est inexpugnable!"

Sora tira sur sa veste noire et rouge tout en se redressant et se dit que le mot "inexpugnable" lui faisait soit penser à des chevaliers en train de fracasser un pont-levis, soit au fait d'aller faire sortir quelque chose de particulièrement douloureux aux toilettes. Puis, sa grande main remplaçant sans doute la meilleure des visières, il observa, bras agité au-dessus de la tête et avec un pincement au coeur, le gummi de Ven générer un vortexe inter-monde dans lequel il disparut rapidement, passant en hyperespace en une fraction de secondes, disparaissant dans la bouche vermeille du soleil mourant.

Sora soupira profondément et longuement: d'un côté, il était heureux pour Ventus. Lui qui avait passé 10 ans enfermé pouvait enfin découvrir le monde, accompagné d'un ami retrouvé. Mais d'un autre côté, égoïstement, il déplorait la perte d'un frère… Le jeune homme détourna son regard mélancolique du ciel nocturne, pour revenir à sa discussion avec Hayate, lorsque ses yeux reconnurent deux silhouettes se tenant la main au bord du monde de Yen Sid, monde qui semblait étrangement flotter dans le vide. Soudainement hystérique, sa tristesse remplacée par la joie aussi vite que le vent souffle les nuages d'orage, le jeune Élu attrapa le poignet d'Hayate et se jeta à terre, les plaçant tous deux à couvert.

"On nous attaque?" chuchota la défenseuse, quelque peu dubitative néanmoins.

"Riku et Iwa! murmura-t-il avec une main sur la bouche pour ne pas rire trop fort. Là en bas! Viens, on va les espionner."

Le jeune homme se mit à ramper à même la coque du vaisseau gummi, s'aidant de ses coudes tel un soldat en mission d'infiltration, mais lorsqu'il sentit qu'Hayate ne le suivait pas, il tourna un visage insistant en sa direction. La jeune femme était restée sur le ventre, indécise. Toutefois il voyait les flammes de la curiosité danser dans son regard de ciel.

"Sora, ce n'est pas un comportement convenable…"

"On ne fait de mal à personne… la poussa sans ménagement le garçon. Et puis je veux voir Riku tenter un truc romantique."

"Par les dieux je ne peux pas rater ça!" décida finalement Hayate en rampant rapidement jusqu'à coller son épaule contre celle de l'Élu de la Keyblade, oubliant bien vite tous ses principes.

Au-dessous d'eux, à quelques centaines de mètres, les corps de leurs meilleurs amis n'étaient plus que des silhouettes miroitant sur la toile du ciel crépusculaire, ombres chinoises se mouvant dans la rougeur de l'astre qui terminait poussivement son coucher sur le monde des mortels. Hayate et Sora, tels deux chérubins espiègles, les observaient en public absent, spectateurs secrets dissimulés sur un balcon invisible au regard. S'il était impossible de les entendre parler à cette distance, Sora reconnut néanmoins aisément Riku grâce à sa taille imposant le respect. Après un interminable monologue, il finit par sortir une petite boîte de l'une de ses poches pour la tendre, préalablement ouverte, vers Iwako. Cette dernière se plaqua alors les mains sur la bouche et Hayate, qui avait abandonné son masque de sérieux et avait perdu toute retenue, chuchota avec euphorie:

"Il la demande en mariage?!"

"Mais nooooon! la corrigea Sora en tournant son visage vers elle, son nez se perdant dans ses cheveux en bataille. Je crois qu'il lui offre enfin ce que je lui ai donné."

"Mais qu'est-ce que tu lui as donné?! s'impatienta Hayate, qui se comportait à présent comme une petite fille regardant un feuilleton à l'eau de rose.

"Mystère…" l'embêta consciemment Sora, en osant approcher son front vers le sien tout en prenant son air le plus énigmatique.

"Traître!" s'offusqua Hayate, tournant son visage rond vers lui, les yeux écarquillés par la frustration. Cesse tes manigances et avoue!"

Heureux de la voir aussi désinvolte, et également de pouvoir se chamailler avec insouciance sans aucun malaise, Sora laissa échapper un éclat de rire clair alors qu'une véritable bataille de chatouille s'amorçait entre eux. Le jeune homme s'avoua rapidement vaincu, étant terriblement chatouilleux, et se retrouva sur le dos à se protéger minablement les corps de ses bras, les larmes aux yeux à force de glousser et de se tortiller en tous sens.

"Pitié Haya! supplia l'Élu entre deux éclats de rire. Je peux plus respirer!"

Étant elle-même à bout de souffle, la défenseuse retira ses mains de son ventre et se redressa de manière à rester penchée au-dessus de lui, haletante. Ses mèches roses obscurcissaient son visage constellé de petites tâches de son, sa cicatrice faciale n'entachant en rien la l'éclat de son regard qui pétillait d'allégresse. Reprenant lui-même sa respiration, ses cheveux bruns tombant de chaque côté de sa mâchoire, Sora se perdit dans la contemplation de la lumière crépusculaire qui, se projetant au-dessus de chevelure dorée de Hayate, auréolait le haut de sa tête à la manière d'une couronne. Tout simplement subjugué, il ne put retenir un sourire éperdu, ses yeux suivant les traits de son visage telles les lignes d'une histoire dont il ne connaîtrait pas encore la fin…

Tout son corps se détendit alors et, se laissant aller à une certaine faiblesse, il avoua dans un soupir:

"J'aimerai tellement que le temps s'arrête…"

Hayate le dévisagea de ses yeux pétillants à présent dans la pénombre, cherchant sans doute à comprendre le sens de ses paroles. Elle haussa ses sourcils saumonés, comme de plus en plus satisfaite de ce qu'elle voyait, une lueur de réalisation semblant danser dans ses pupilles célestines. Elle osa alors demander, à mi-voix:

"Sora… Qu'est-ce que tu…?"

Elle ne termina jamais sa question cependant, car soudain son visage prit un masque horrifié et un terrible gargarisme étranglé s'échappa de sa gorge. Elle fut prise d'une violente quinte de toux, ce qui la poussa à mettre sa main à la gorge. Paniqué, Sora se redressa, souhaitant l'aider, et entreprit de lui tapoter le dos en la questionnant de manière angoissée:

"Haya qu'est-ce qui y a?! Tu as mal quelque part?! C'est une nouvelle crise de Princesse de Coeur?! Ou j'ai fait quelque chose?!"

Pour toute réponse, la jeune femme se frappa plusieurs fois du poing entre les clavicules en lâchant d'une voix étouffée:

"Mouche! Mouche! Mouche!"

Après encore quelques quintes de toux, Hayate finit par expulser par ce maudit insecte ruineur de moment romantique hors de sa trachée. Sora, sa grande main toujours posée sur un homoplates de la jeune femme, voulut prendre de ses nouvelles lorsque cette dernière détecta un mouvement devant elle et se redressa en s'exclamant:

"Chuuute! Regarde! Je crois que ce crétin de Riku nous sort le grand jeu!"

Déçu, Sora reporta à contre-coeur son attention sur le couple "star" de la soirée et nota jalousement la manière dont son meilleur ami s'était penché en avant pour remettre une mèche de cheveux derrière l'oreille de sa dulcinée. Se mordant la lèvre inférieure, le jeune Élu de la Keyblade se surprit à croiser les doigts, espérant que Riku allait réussir à aller jusqu'au bout de son geste, en rédemption de son propre échec de séduction. A ses côtés, Hayate avait serré ses poings et répétait doucement, entre deux toussotements:

"Allez… allez… allez!"

Enfin, après ce qui parut être une éternité pour les deux voyeurs, Riku embrassa Iwako, qui passa alors ses bras autour de sa nuque en un mouvement à la fois affectueux et passionné. Comme deux spectateurs d'un match de sport, Sora et Hayate, de leur côté, poussèrent un grand "YESSSSS" à demi-étouffé. Quand l'Elu de la Keyblade et sa défenseuse tournèrent leurs visages l'un vers l'autre, ils réalisèrent qu'un sourire béat et benêt s'était simultanément dessiné sur leurs lèvres. Puis, réalisant tout deux que toute cette situation était purement et particulièrement gênante, ils se détournèrent l'un de l'autre et Hayate déclara, tout en se relevant:

"Je dois vraiment aller boire de l'eau…"

Sora la suivit du regard, sans bouger, et elle reprit en le regardant avec une pointe de jugement dans les yeux:

"Tu ne vas pas rester là tout de même? Cessons ce comportement puéril et rentrons à l'intérieur."

"Laisse-moi vivre au travers du bonheur des autres!" gémit théâtralement le jeune homme en lançant ses bras au ciel.

"Sora, le gronda la défenseuse avec une détonnante gravité. Vivre par procuration ne peut amener qu'un bonheur factice…"

Tout d'abord, il eut très envie de lui rétorquer qu'elle était littéralement le bonheur qu'il recherchait. Puis il se ravisa et décida de la taquiner sur son style de lecture favori:

"Quand vas-tu admettre que tu es juste une grande romantique? se plaignit Sora plissant ses paupières, faussement dramatique. J'ai lu Le Chevalier à la Charrette tu sais."

Avoué ainsi qu'il avait fait l'effort monumental de lire son interminable roman préféré écrit en langue médiévale parut sincèrement troubler et émouvoir Hayate, qui rougit quelques instants avant de lui sourire tout tirant sur le dessous de sa paupière inférieure comme pour lui dire "mon oeil". Après quoi elle tomba par l'ouverture de la coque, disparaissant de son champ de vision. Le jeune Porteur la suivit en se laissant habilement glisser le long du métal devenu froid avec la tombée de la nuit et atterrit, un peu maladroitement et bruyamment, au centre du salon, où la défenseuse appuyait déjà sur le bouton actionnant la fermeture de la fenêtre ouvrante au-dessus de leur tête. Sora alla allumer la lumière lorsque son grand pied percuta hasardeusement un objet abandonné au sol. Il se baissa, curieux, et ramassa le projectile pédestre initialement destiné à Riku quelque temps plus tôt. Fier de sa trouvaille, et également amusé par le fait que la jeune femme s'était promenée à demi-chaussée depuis tout à l'heure, Sora se redressa de toute sa hauteur et alla lui rendre le vêtement oublié, en le lui présentant diligemment, un sourire attendri posé sur ses lèvres:

"Tiens, j'ai retrouvé ta chaussure."

Lorsqu'Hayate leva vers lui son visage balafré, ses yeux exprimèrent, contre toute expectation, le plus grand des effrois. Sora aurait maudit sa famille sur sept générations que cela aurait eu le même effet.

"Qu'est-ce qu'il y a?" s'enquit le jeune homme, pantois, alors qu'elle lui arrachait sa bottine des mains.

"Non! ordonna-t-elle sans explication, en commençant à reculer comiquement, comme s'il était en train de se changer en loup-garou. Ne fais plus un geste, ne dis plus un mot!"

"Mais qu'est-ce que j'ai fait?" demanda encore Sora en souriant d'amusement devant le comportement exagérément dramatique de la jeune femme.

"Tsss tu as parlé! l'arrêta encore Hayate, les joues légèrement roses, tout en croisant ses bras devant son visage en signe d'interdiction de passage, en continuant à reculer en direction (probablement) de sa chambre. Nous allons nous souhaiter bonne nuit, et dire que cette scène n'est jamais arrivée entre nous, d'accord?"

"Quelle scène?" répéta Sora en levant un sourcil.

"Bonne nuit…" insista Hayate en disparaissant, en marche arrière, dans la pénombre du couloir.

"Bonne nuit…?" accepta le jeune homme en passant une main dans ses cheveux bruns, d'incompréhension.

Sora resta stupidement debout dans la salle de séjour à rembobiner la cassette des derniers instants passés avec Hayate, essayant de décoder le sens de sa dernière réaction. Lorsqu'il repensa à la chaussure, cause de la névrose subite de la défenseuse, un souvenir lui revint alors en mémoire: hier, lors du goûter, Cendrillon leur avait narré sa première rencontre au bal avec son prince charmant et tout ce qu'il avait entreprit pour la retrouver après cela, étant tombé sous son charme. Tandis que les cousins de Jiminy Cricket entamaient un concert dehors en l'honneur de sa stupidité, Sora se claqua violemment la paume de la main sur le visage, empli de dépit envers lui-même. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait inconsciemment reproduit la scène romantique de la Princesse de Coeur avec Hayate…

"Attends une seconde! s'écria-t-il malgré lui, avalant sa salive de travers à cause du choc. Mais c'est bizarre qu'elle ait réagi comme ça… A moins que…?"

Le jeune homme courut dans le couloir menant aux cabines de l'équipage, plongé dans le noir, à l'exception du mince filet de lumière qui s'échappait par la serrure de la chambre de la jeune femme. Cette lueur alluma dans le triste coeur de Sora un nouveau souffle d'espoir alors qu'il faisait demi-tour pour rejoindre la chambre du capitaine, l'esprit chamboulé par une idée folle:

Et si…? Hayate était en train de retomber amoureuse de lui?

Sora courrait dans une ville en ruine, sautant par-dessus des murs de briques à moitié effondrés ou esquivant des tuiles glissant des toîts des maisons, qui s'écrasaient avec fracas juste à ses pieds. Quelque chose dans son dos le terrifiait, comme une sorte de forme noire, sombre et gigantesque. Il traversait à en perdre haleine une sorte de place des fêtes, qu'il crut reconnaître malgré le fait qu'il ne s'y était jamais rendu dans la vie réelle, quand la curiosité qui lui rongeait le ventre le poussa à tourner la tête en arrière. Le jeune homme sentit son souffle se couper net en réalisant la nature de la menace qui le poursuivait avidement:

Le néant.

Tétanisé par une peur viscérale, Sora se stoppa dans sa course, reprenant hâtivement son souffle, totalement perdu, telle une proie ne sachant plus où trouver de fourrés pour se cacher d'un prédateur affamé.

"Tiens bon! Il ne reste plus que les enfants restés coincés chez le Glacier!"

Le cœur battant la chamade, Sora reprit sa route parmi des centaines de débris, en direction de la provenance de la voix qu'il connaissait. Il dérapa au détour d'une ruelle et crut avaler sa langue en reconnaissant un grand chien soutenir une gigantesque poutre à l'aide du bouclier levé au-dessus de sa tête, ainsi que le canard qui aidait trois autres petits volatiles à s'extirper d'une masure qui menaçait de s'écrouler sur ses propres fondations d'une minute à l'autre. Ne pouvant rester planté là alors que ses amis avaient besoin de lui, le jeune élu de la Keyblade se précipita à leur encontre et voulut soutenir également le bois qui semblait peser des tonnes.

Mais ses bras passèrent au travers, comme s'il était devenu un fantôme.

"Donald! cria-t-il alors à pleins poumons, remarquant que ses amis ne semblaient pas le voir non plus. Dingo! Je suis là!"

"Il faut se replier au château!" s'écria encore Dingo, qui portait une armure inconnue.

"Mais et le circuit de courses?" s'inquiéta subitement Donald, dont le bec tremblait de fatigue.

"On s'en occupera demain, le rassura le grand chien en lâchant d'un coup tout le poids qu'il supportait et que son ami mage le figeait en l'air grâce à un sort de Stop. C'est trop risqué dans ton état…"

"DONALD! DINGO! hurla encore une fois Sora, en serrant les poings le long de son corps, espérant de tout son cœur atteindre le leur. JE SUIS LA!"

Alors, comme s'il avait entendu un écho provenant d'un rocher, Dingo leva une de ses longues oreilles de canidés et sembla fixer le corps du jeune homme quelques instants avant de souffler, interloqué:

"Sora…?"

Ce fut à cet instant précis que les derniers murs porteurs de la maison cédèrent, écrasant l'Élu de tout le poids de leurs gravats.

"AAAH!"

Sora se réveilla en hurlant dans son lit, détrempé à cause de sa sueur apeurée, les bras en croix devant son visage pour se protéger de l'impact. Paniqué, le jeune homme jeta sa couverture à terre et partit en trombe dans le couloir de Hautvent, martelant la porte de la cabine N°2 au passage, avant de se planter devant celle des filles et de s'exclamer, d'une voix fébrile:

"Les amis! Réveillez-vous!"

Hayate, en chemisette de nuit blanche, fut la première à sauter hors de sa chambre, sur le pied de guerre. Iwako, dans un joli pyjama noir satiné, apparut également dans l'encadremet de la porte, les yeux gonflés de fatigue mais néanmoins inquiets.

"Sora tu vas bien? s'enquit la magicienne en remarquant qu'il tremblait de tous ses membres. Qu'est-ce qui se passe?"

"C'est Donald et Dingo! parvint-il seulement à expliquer, les larmes aux yeux. Ils ont besoin de mon aide! De notre aide!"

"...comment ça? intervint alors la voix rauque d'un Riku particulièrement ébouriffé, qui les rejoignait d'un pas lent dans le couloir. T'as reçu un appel?"

"N-non! s'impatienta Sora la voix brisée par l'impuissance, se rendant compte de la bizarrerie de sa demande. Mais je le sais! Ils sont dépassés par la situation!"

Essayant de se donner meilleure contenance, il se redressa et plaqua une main certaine sur son coeur, en reprenant avec fougue:

"Je sais pas comment l'expliquer, mais c'est comme si leurs coeurs avaient appelé le mien! J'ai vu une ville en train de se détruire, et ils étaient là… ça avait l'air si réel! Faites… Faites-moi confiance, s'il vous plaît…"

Ses yeux implorants cherchèrent le soutien de ceux, améthystes, de sa meilleure amie, puis rencontrèrent les iris célestes d'Hayate, qui le dévisageait avec gravité.

"Je ne suis pas assez réveillé pour comprendre ce qui se passe…" se plaignit Riku, qui semblait vraiment vouloir retourner dans son lit.

"Je ne sais pas non plus ce qu'il se passe… intervint alors Hayate en plongeant sans ménagement sa main dans la chevelure hirsute de l'Élu. Mais un cauchemar ne laisse normalement pas de traces de son passage…"

Lorsque la défenseuse rouvrit sa petite paume décidée, elle révéla aux yeux de tous un vieux bout de plâtre dont la poussière salissait encore les cheveux en pics de Sora.

"Seul un ignorant Porteur peut penser que ses rêves ne sont que chimères", récita mystérieusement Hayate, alors que Riku la dévisageait avec une crainte grandissante.

"Le premier poème du Livre des Prophéties… " comprit Iwako.

Cette unique phrase de la magicienne sembla convaincre tous les Porteurs, soudain totalement réveillés. Iwako prit brusquement Sora dans ses bras puis trancha:

"Si ton cœur te dit de les aider, alors je serai avec toi. Je vais voir si les réacteurs sont opérationnels pour un décollage immédiat."

"Je te suis." décida Hayate en emboitant le pas à la magicienne, direction la salle des machines.

Riku, quant à lui, se tourna vers son meilleur ami et lui demanda, le prenant enfin au sérieux:

"Quelles sont les coordonnées à entrer dans l'ordinateur de bord?"

Sora serra ses poings le long de son corps et lâcha, dans une profonde expiration de soulagement mais le visage décidé:

"Celles du Château Disney."

Avez-vous des théories sur ce qui est en train de se passer? Et aviez-vous deviné le prochain monde?