Loki a entendu parler du confinement appliqué aux femmes enceintes, principalement dans le but de décrier la pratique : comme rester couché dans son lit sans rien faire d'autre que fixer le plafond aurait des effets nocifs sur la psyché, le genre qui vous réduit à un légume bavant.
Maintenant que ça s'applique à lui, il peut confirmer que c'est mortellement ennuyeux. Enfin, dans ces rares moments où il n'essaie pas de dormir sans cauchemars ou de réprimer une attaque de panique à la perspective d'une guerre engloutissant Yggdrasil.
Les enfants n'ont pas été entièrement informés de la raison derrière la brusque mise aux arrêts de leur troisième mère, mais savent néanmoins que le sorcier brun est malade. Aussi, leurs visites soigneusement minutées les voient redoubler d'efforts pour ne pas trop crier et apporter des petits cadeaux pour encourager le rétablissement – des dessins et des poupées qui finissent en bonne place pour être admirés, des gâteaux qui se retrouvent grignotés.
Tamamo et Glod visitent également, mais c'est un peu plus tendu. La dokkalfr n'apprécie guère la bêtise monumentale dont Loki a fait preuve, la semi-eldjotunn est déçue de la conduite et inquiète pour l'avenir. Ça imbibe leurs conversations – strictement limitées au ménage ou à la littérature, Loki s'est vu interdire de participer à la bonne marche du domaine jusqu'à la fin de sa punition.
Svadilfari ne visite pas du tout. Glod a fait transmettre un mot – apparemment, il est trop enragé par la situation pour penser correctement, et reconnaît que sa troisième épouse non plus n'est pas en mesure de discuter froidement. Alors c'est reporté pour après l'accouchement.
Loki ne bronche pas. Lui non plus n'a vraiment pas envie de regarder la catastrophe en face, certainement pas maintenant et probablement pas plus tard, mais si le choix se limite à maintenant ou plus tard il prendra l'option reculée, lâche qu'il est.
Dans l'intervalle, il dort, relit des poèmes – ses livres de magie ont été confisqués – essaie de bricoler un oiseau mécanique ou se concentre sur la faible pulsation de vie qui se renforce jour après jour au creux de son estomac.
C'est loin d'être passionnant, mais ça passe le temps.
