Mamou dort deux semaines après la naissance du petit frère de Vali, et c'est sans doute les pire quinze jours que le garçonnet a jamais vécus.
Il savait que mamou était malade, c'était pour ça qu'il devait garder la chambre et que Vali et ses sœurs ne pouvaient pas le visiter aussi souvent qu'ils voulaient. Bon, c'était aussi parce que papa s'était disputé avec mamou, mais c'était surtout à cause de la maladie – papa aimait trop ses femmes pour se fâcher vraiment avec elles.
Et puis le petit frère est né, et mamou s'est endormi tout d'un coup, et mère et maman ont paniqué et parce qu'elles étaient inquiètes, papa a paniqué aussi, et quand papa a peur ça veut dire que la situation est grave alors Vali a eu peur aussi.
Il a détesté son petit frère un peu, sur le coup. Pour avoir rendu mamou malade. Eisa lui a dit que c'était bête, parce que le bébé était trop petit pour savoir qu'il avait fait du mal, mais en attendant mamou était quand même malade.
Et puis, maman leur a annoncé que mamou va mieux, et Vali a eu soudain tellement moins d'angoisse dans la poitrine qu'il a arrêté de respirer pour un moment. Ça lui est passé, et là il a droit de voir mamou.
Mamou a le teint tout pâle, il est couché dans son lit avec plusieurs coussins pour faire comme s'il était assis, mais il sourit en voyant Vali et c'est ça l'important. De son côté, le garçon n'hésite pas : il fond en larmes et grimpe sur le lit pour se pelotonner contre sa mère.
« Je croyais que tu n'irais pas mieux ! »
Mamou ne sent pas aussi bon que d'habitude, et ses mains sont un peu trop chaudes mais toujours douces alors qu'il frotte le dos de Vali.
« Sshh. Comment j'aurais pu te faire ça, mon doux ? Tu me manquerais trop. »
L'enfant renifle.
« Même si tu étais très fâché contre papa ? »
Cette fois, mamou soupire.
« C'est ton père qui est fâché contre moi, et il a ses raisons. Et oui, même alors. Je reste avec ma famille. »
Sur ces mots, Vali se détend enfin. Quand mamou fait une promesse, il la tient.
