Nsperis revient avec l'aide de Lirae pour publier la suite du monde Disney! La fin d'année ne nous a pas laissé de répit au travail, mais on voulait avancer un maximum avant Noël! On essaie de terminer ce monde dans le prochain chapitre!
Au menu: émotions et comédie. Et deux points de vue: Sora et... Lea!
Toujours guidés par la lumière d'Hayate dans les tunnels effondrés, tel un phare dans la nuit, Sora et Max soutenaient chacun un des rescapés du château. Zaza avait fort heureusement fini par reprendre ses esprits et le fils de Dingo faisait de son mieux pour dédramatiser la situation et faire sourire la petite cane à l'aide de grimaces dignes de son père. Roxane, de son côté, avait insisté pour continuer le chemin à pieds mais tenait la main de son canidé servant pour s'empêcher de trébucher sur les rails des anciens wagonnets qui dépassaient ici et là du sol, à la manière de gigantesques dents de métal.
Alors que le silence pesant sur le groupe de sauvetage se faisait plus lourd à chaque pas, une gigantesque irruption de terre et de poussière fit hurler Sora qui, par réflexe, prit Roxane contre lui dans un geste protecteur, tandis que la jeune femme affichait sur son visage un air tout aussi terrifié que lui-même. Contre toute attente, une voix nasillarde s'écria derrière le nuage de gravats:
"En avant, fier destrier!"
L'impressionnant buste aux muscles contractés de Riku écarta deux énormes blocs de roches à l'aide de ses bras, révélant son visage sérieux et concentré dans la maîtrise de la terre, toutefois surmonté par un petit canard blanc et rouge qui s'accrochait à ses cheveux argentés tout en pointant du doigt devant lui d'un air triomphant.
"Bravo koukou, s'exclama Riri, que Sora reconnaissait enfin. On les a retrouvés!"
Générant un nouveau hurlement de la part de Roxane, la silhouette d'Iwako sortit des ombres pour suivre Riku dans le boyau principal, en prononçant l'injonction maternelle suivante au neveu de Donald accroché aux épaules du jeune Maître:
"Ne tire pas aussi fort sur ses cheveux, je te prie… Il ne faudrait pas qu'il développe une calvitie précoce…"
Hayate et Sora perdirent toute expression faciale devant ce spectacle à la fois inattendu et réconfortant, sachant que l'équipe de sauveteurs et de victimes était enfin au grand complet.
"Vous allez bien?" demanda alors l'Élu de la Keyblade, notant toutefois l'absence d'équimoses ou de salissures sur ses deux meilleurs amis.
"Nous avons déblayé tous les tunnels grâce à la vision nocturne d'Iwako et la Clé de la Terre, expliqua pragmatiquement Riku alors que ses pommettes saillantes étaient entourées de deux pattes de canard oranges. Fort heureusement, Riri ne se trouvait pas très loin du lieu où on a atterri après l'explosion…"
Au dernier mot de la phrase, le jeune Maître de la Keyblade darda deux yeux turquoise légèrement jaunes sur Sora, qui rentra sa tête entre ses épaules pour tenter de se faire oublier.
"Cela reste un miracle que l'on ait tous survécu", souffla Max, qui semblait enfin soulagé.
"J'y suis peut-être pour quelque chose… intervint timidement Iwako en levant la main. Quand Sora a tiré son sort, j'ai réalisé qu'il y avait comme une odeur de gaz dans l'air et, par réflexe, j'ai ouvert une poche d'ombre en-dessous de chacun de nous pour nous envoyer le plus loin possible de la déflagration… Je n'ai pas très bien maîtrisé la trajectoire, j'espère que personne n'a atterri dans un mur…"
"Ah c'est donc pour cela que je me suis réveillée avec un désagréable goût de régurgitation dans la bouche…" en déduisit Hayate en se prenant le menton, sous le regard dégoûté de Max.
"Même moi je n'apprécie pas ce moyen de locomotion, avoua Riku en décrochant le caneton de sa tête pour le poser vers sa comparse rose. Mais aux grands maux les grands moyens."
Les deux petits canards agrippèrent chacun une jambe du jeune homme aux cheveux argentés, qui se mit à tapoter affectueusement le haut de la tête de la petite fille en continuant à parler:
"Bref, pas de temps à perdre. Sortons de cet enfer avant que tout ne s'effondre pour de bon sur nos têtes."
"Je prends les enfants, décida la magicienne en ramassant maternellement Riri contre elle. Tu dois avoir les mains libres pour stabiliser la terre au cas où un des tunnels s'affaisserait de nouveau. Viens ici, ma puce."
Un sort de soin chaleureux engloba la petite Zaza au contact des bras laiteux d'Iwako. Après quoi celle-ci partit d'un pas certain, avec les deux bambins, dans le boyau souterrain avalé par des ténèbres aveuglantes, Riku sur les talons. Max se pencha ensuite vers les deux Porteurs restants en demandant, d'une voix basse:
"Ils gèrent vachement bien… Ils ont déjà des enfants?"
Hayate et Sora se jetèrent un regard à la fois surpris, terrifié et indécis. Tandis que le jeune homme aux cheveux bruns se demandait s'il devait se sentir concerné par cette question, ce fut la défenseuse (dont les fissures corporelles laissaient toujours filtrer une déroutante quantité de lumière) qui répondit au lieutenant d'une voix monocorde:
"Selon les informations en ma possession… Non."
"Bah ils feraient de bons parents", affirma Max sous le regard approbateur de Roxane, en emboitant le pas de la magicienne et du Maître, confiant.
L'Élu et sa défenseuse, pour leur part, se jetèrent à nouveau un regard en biais et Hayate finit par lâcher, en croisant les bras sous sa poitrine:
"Pourquoi ai-je l'impression d'avoir été indirectement insultée?"
"Ah toi aussi?" confirma Sora en mettant ses mains sur ses hanches, vexé.
Hayate fixa les yeux du jeune homme avec une intense insistance, avant de violemment rougir et de détourner les talons pour courir rejoindre le reste du groupe, déjà loin dans le ventre de la terre.
Tout en suivant la marche rapide vers l'ascenseur qui les avait tous bloqués en ces lieux, il réalisa qu'Hayate avait dû, d'une manière ou d'une autre, s'imaginer avoir des enfants avec lui. Et cette pensée le ravit sincèrement jusqu'au moment où il tenta de se représenter la situation… Il eut un mal fou à voir Hayate en tant que "maman" et, bien que l'idée d'élever une "mini Haya" l'attendrissait, la perspective de devoir éduquer des "mini Sora" le rebuta étrangement…
"... si je pouvais seulement t'embrasser à nouveau, murmura-t-il finalement en observant le dos de l'élue de son cœur, je n'en demanderai pas plus…"
…
Les quatre porteurs de Keyblade, le lieutenant du château, sa dulcinée et les deux enfants indemnes ne tardèrent pas à rejoindre le lieu de l'explosion initiale. Le monte-charge, écrasé au sol en divers morceaux épars, ne leur offrait par conséquent pas d'échappatoire possible. Une vague de panique les submergea l'espace d'un instant, alors que le sol se mettait dangereusement à trembler sous leurs pieds. Un grand bruit de fracas retentit dans leur dos et, alors que les poils sur l'échine de Sora se dressaient tels des chiens en alarme, Hayate fronça ses sourcils blonds en déclarant:
"Le monde poursuit sa destruction… La moindre idée pour nous sortir de cette désastreuse mésaventure serait la bienvenue…"
Iwako, les canetons toujours lovés dans ses bras de porcelaine, effectua, à l'aide de ses yeux améthystes, des aller-retours au plafond craquelé et sur ses amis, cherchant une solution d'urgence.
"Je peux voler pour mettre les enfants en lieu sûr mais… je ne peux pas tous vous porter. Et je ne sais pas si je pourrai vous déplacer dans les "ombres" jusqu'à la salle du trône…"
Riku l'observa quelques instants, avant de placer sa grande main devant lui et, le regard perdu sur les phalanges qu'il ouvrait et fermait machinalement, il sembla avoir une idée peu réjouissante pour les sortir de ce calvaire.
"Oh non…" soupira Hayate en affaissant ses épaules de dépit.
"Oh non quoi?" s'inquiéta Max avant de sursauter à cause d'un morceau de roche se détachant du haut de la grotte.
Comme pour répondre au jeune canidé, Riku ouvrit soudain ses doigts devant lui, générant de ce fait un grand portail des ténèbres dans un bruit de vortex, qui se répercuta en inquiétantes échos dans la cavité souterraine.
"Qu'est-ce que c'est…?" murmura Roxane en plaçant deux mains sur son cœur tout en initiant un geste de recul.
"Le seul moyen pour tous nous sortir de là en un seul morceau, résuma le jeune Maître de la Keyblade. C'est sans danger."
Roxane et Max, peu convaincus par la masse de ténèbres mouvante sous leurs yeux, se tournèrent vers Sora, qui força un sourire en déclarant, le pouce en l'air:
"C'est pas super agréable comme sensation mais ça dure que quelques secondes, vous en faites pas."
Tandis qu'un nouveau craquement dans la roche créait un éboulement dans une partie du tunnel, les rescapés cessèrent brusquement toute discussion et sautèrent instinctivement dans la porte sombre, pendant qu'Iwako s'élevait dans les airs en direction de la fissure visible en-dessus de leurs têtes. Sora prit la main d'Hayate, réticente à plonger corps et âme dans son élément contraire, et sauta à son tour dans le vortex violacé. Il fut immédiatement plongé dans le noir le plus complet et frissonna à cause de l'absence de lumière, mais également en raison du froid qui semblait lui ronger les os de l'intérieur. Il eut aussi l'impression qu'une main avait attrapé ses intestins et s'était amusée à les retourner chaotiquement dans son ventre. Quand la couleur blanche de la salle du trône du château Disney agressa violemment ses rétines, il put à nouveau respirer l'air paniqué coincé dans ses poumons et vérifia derechef l'état de ses compagnons: Max et Roxane, leurs poils noirs et roux hérissés sur leurs crânes, semblaient indemnes. Et Hayate, qui avait cessé de briller, se plaqua brusquement la main contre la bouche, les yeux exorbités. Riku surgit à son tour du portail, qui se désagrégea dans un bruit mat, et tendit instinctivement un sac en toile à la défenseuse, qui s'empressa de déverser le contenu de son estomac à l'intérieur tandis que Sora lui tapotait gentiment le dos en guise de soutien moral. Iwako ne tarda pas à rejoindre cet étrange spectacle en relâchant les canetons qu'elle avait dans les bras pour effectuer un soin d'urgence sur sa meilleure amie. Cette dernière fusilla bientôt Riku de ses yeux d'acier froid derrière une mèche blonde transpirante, sifflant entre ses dents:
"Je te hais…"
"De rien", répondit le jeune Maître du tac-au-tac, ignorant l'air assassin de la défenseuse.
"Oncle Donaaaaald!" rugirent Riri et Zaza en clopinant vers le magicien royal qui tendait ses bras plumeux en leur direction.
"Les zanfants! fit celui-ci en fermant les yeux et en leur offrant son étreinte. Paw Mewlin vous zallez bien!"
"Maaaaaax!"
Dingo, telle une fusée, fonça vers son fils et Roxane pour les prendre si puissamment dans ses bras qu'il les fit quitter terre. Sora jeta un coup d'oeil à Max, qui comprit le message silencieux et accepta sans un mot l'affection de son père, fermant les paupières et collant son front contre celui du grand chien noir avec tendresse.
"Par ma barbe! hurla soudain la voix de Merlin derrière eux, alors que tout un groupe d'habitants du monde gesticulait en tous sens pour s'éloigner le plus possible d'une paroi qui venait d'exploser sur leur droite, dévoilant un pan de galaxie par ses brèches. Le grand nihilisme! Il est sur nous!"
Sora et ses amis se campèrent sur leurs jambes tandis que la secousse consécutive à l'effondrement de la structure du château vibrait encore sous leurs plantes de pieds.
"C'est trop dangereux pour les habitants! décida Riku en parcourant la scène de dévastation du regard avec urgence. On ne peut pas les laisser là!"
"Où est la reine?" demanda derechef Sora à Donald et Dingo, qui pointèrent du doigt le sous-sol en guise de réponse.
Les Porteurs de Keyblade empruntèrent quatre à quatre le passage secret sous le trône brisé, traversant la poussière de marbre qui tombait sur leurs épaules telle de la neige macabre et accompagnés des cris des autochtones paniqués derrière eux. Ils trouvèrent la femme de roi seule, se dressant devant la Pierre Angulaire de Lumière. Paupières closes, sourcils noirs froncés et paumes levées en direction de l'artefact sacré, elle semblait en pleine prière ou activation de son pouvoir.
"Reine Minnie! s'écria Sora en levant le bras au-dessus de son crâne pour se protéger de la chute de matériau blanchâtre. Qu'est-ce que vous faites encore ici?! Vous allez vous faire écraser!"
"La Pierre est tout ce qui conserve notre monde intact depuis plus d'une année… expliqua la souris noire avec peine et désespoir. Je dois utiliser toute ma force pour raviver suffisamment sa lumière. Sinon, mon royaume, mon peuple…"
Les quatre amis se jetèrent des regards inquiets et alarmés, avant qu'Hayate ne tranche à l'adresse de ses camarades, murmurant:
"C'est pure folie… Ce monde n'existera bientôt plus. S'ils restent tous ici, c'est la mort assurée…"
"Il faut la raisonner, affirma Riku toujours à voix basse, entre deux quinte de toux. Avant qu'il ne soit trop tard…"
"Je peux nous faire gagner du temps en l'aidant avec ma magie, confirma Iwako d'un air grave. Mais il nous faut trouver un moyen d'évacuer tous les habitants…"
"Ils sont des dizaines de dizaines! paniqua Sora en se remémorant le nombre de rescapés vus tantôt. Ils ne tiendront pas tous dans le gummi!"
"Il est hors de question, s'irrita la magicienne dont les yeux se mirent à briller étrangement, qu'on doive choisir qui doit vivre, ou qui doit mourir. Il doit bien y avoir un moyen…"
Un nouveau séisme secoua tout le château et Riku agrippa fermement la Clé de la Terre dans sa paume pour utiliser sa puissance et ainsi dévier la trajectoire d'une colonne de marbre qui chuta du plafond et manqua de peu de les écrabouiller comme de vulgaires insectes.
"Reine Minnie! tenta à nouveau Sora, en s'accroupissant pour être à sa hauteur de visage. Je sais ce que vous ressentez… Quand l'Ile de la Destinée s'est littéralement détruite sous mes yeux il y a quatre ans, je me suis senti impuissant et désespéré… J'ai eu l'impression que toute une partie de moi volait en fumée, et que j'étais responsable de ce qui se produisait… Mais ce n'est pas vrai! Ce n'est pas de votre faute, Minnie. Ne prenez pas toute cette responsabilité sur vos épaules!"
Ces paroles parurent calmer quelque peu la souris royale, dont les yeux se mouillèrent de larmes tandis qu'elle gémissait, du bout des lèvres:
"Mais Mickey… Je lui avais promis… Je lui avais promis de veiller sur le royaume en son absence…"
"Le roi tient à vous plus qu'à n'importe quoi d'autre, affirma Riku en la rejoignant, levant Larme de Lumière devant lui pour lui prêter sa force. Il me l'a dit lors de notre errance dans le Domaine des Ténèbres..."
"Il ne voudrait pas vous savoir en danger, continua Hayate en prenant place autour de la Pierre, Souvenir Perdu dans le poing. Et encore moins vous savoir disparue avant son retour. Ouvrez les yeux: votre vie lui est plus précieuse que les souvenirs liés aux murs brisés de ce château en ruine…"
"C'est pour cela que vous devez prendre la bonne décision, termina Iwako en faisant tourbillonner son sceptre de mage au-dessus d'elle, partageant ainsi toute sa puissance avec la souveraine. Sauvez votre peuple… Sauvez votre vie. Pour que le roi puisse tous vous retrouver à son retour."
Minnie tiqua, fronça son arcade sourcilière de plus belle, semblant lutter avec une part d'elle-même. Enfin, elle baissa la tête (mais non pas les mains devant elle qui alimentaient encore la Pierre Angulaire) et soupira d'abandon:
"Vous avez raison… Mon orgueil et ma honte ont aveuglé mon cœur et ont mis tous mes sujets en danger… mais comment faire à présent pour réparer ces erreurs?"
Sora, après avoir pointé la lame de Tendre Promesse en direction de la sphère géante et tourbillonnante de Lux, réfléchit à la vitesse de l'éclair, ses yeux océan naviguant de droite et de gauche dans ses orbites, à la recherche d'une idée lumineuse. Enfin, alors que de nouveau cris des habitants du château se faisaient entendre à l'étage, l'Elu s'écria:
"Je sais!"
…
"Je sais!" s'écria Ventus en prenant les devants de leur groupe avec entrain.
"Tu sais quoi?" railla Lea en levant un sourcil sous sa crinière de feu, qu'il venait de libérer d'un geste sec en retirant l'élastique qui la retenait.
"Je sais ce qu'on doit absolument faire avant de quitter ce monde! se réjouit le blondinet en jetant son bras en avant. Suivez-moi!"
Après un haussement d'épaules de Lea et Kairi, l'ancien élève d'Eraqus les mena jusqu'à un marchand Mog chez qui il fit de mystérieuses emplettes, avant de remonter la ruelle de la gare jusqu'à la grande Tour de l'Horloge qui surplombait la Cité du Crépuscule. Parvenu sur la place aux pavés ocre, Lea leva son menton aquilin en direction des quatre grandes cloches dorées qui brillaient sur le ciel peint de couleurs sanguines, automnales et surmontées de nuages semblables à des moutons de cendre.
"Là où tout a commencé hein…? souffla-t-il sous le regard interrogateur de sa petite-amie. J'aurai dû m'en douter…"
Les Porteurs de Keyblade déverrouillèrent illégalement le portail rouillé qui les conduisit dans un escalier en colimaçon, seul accès physique au clocher. Lors de l'ascension, alors que Ventus avait hâtivement disparu derrière une volée de marches ascendantes, Kairi se permit de demander des précisions au grand rouquin, mains dans le dos:
"C'est ici qu'Axel a rencontré Roxas pour la première fois, c'est ça?"
"Pas exactement, précisa Lea en souriant de nostalgie. Le boss le lui avait collé dans les pattes devant le manoir… Mais comme il arrivait pas à en tirer un seul mot, Axel l'a amené ici pour… Je sais pas. Essayer de faire semblant de devenir son ami."
"Sauf que vous êtes vraiment devenus amis en fin de compte…" supposa Kairi, en souriant gentiment.
"Si tant est que deux Similis puissent ressentir ce genre d'émotions, hésita Lea durant quelques secondes, en s'arrêtant dans la montée. Je suppose que le souvenir d'amitié a poussé Axel à redevenir "un peu" humain quand il était avec Roxas…ça avait "réveillé" quelque chose en lui. Quelque chose… en "moi"."
Il n'ajouta rien de plus et reprit sa marche, se sentant de plus en plus envahi par des souvenirs d'un passé qu'il avait cru lointain et enterré. Se remémorer sa vie en tant que Simili le mettait toujours diablement mal à l'aise… De par sa tristesse, son vide mais surtout à cause de toutes les actions hypocrites et cruelles que son double sans émotions avait commises sans le moindre état d'âme… Une boule d'émotions gonfla son poitrail lorsqu'il posa enfin la semelle de sa botte noire sur le balcon de pierre couleur de sable de la tour du clocher et qu'il aperçut la silhouette de son ami se détacher sur le ciel crépusculaire. Pendant une fraction de secondes, l'image de Ventus se tenant fièrement dans le couchant dans ses amples habits de samouraï se superposa, dans l'esprit de l'ancien Numéro VIII, à la frêle silhouette de Roxas, emprisonnée dans son ancien manteau noir de l'Organisation. Lorsque le jeune homme tourna son visage éclairé d'un doux sourire en direction de Lea, une perle de chagrin se coinça dans sa gorge alors qu'il comprenait enfin la nature de l'émotion qui l'étreignait avec tant de hargne: l'espoir.
"Qu'est-ce que tu caches dans ton dos à la fin?" demanda Kairi, impatiente, en les rejoignant en haut de l'horloge.
"Tadaaaa! s'exclama soudain Ven en ouvrant ses doigts devant son visage pour dévoiler trois glaces à l'eau d'un bleu clair opalin. Après l'effort, le réconfort."
"Alors tu t'en souviens…?" osa demander Lea du bout des lèvres, réalisant, toujours aussi dérouté, que Roxas et Ventus n'avaient toujours partagé qu'un seul et même cœur.
"Et toi? riposta Ven en s'asseyant à gauche, au bord du balcon de pierre. Tu te souviens de ce que tu m'avais dit…?"
"Sur la couleur rouge et pourquoi c'est la meilleure de toutes?" plaisanta Lea pour détendre l'atmosphère, très chargée en émotions, tout en prenant place tout à droite.
"Parce que c'est la seule qui soit capable de tenir toute la distance… murmura Ven en regardant les trois glaces serrées dans son poids, tandis que Kairi prenait ses aises entre les deux jeunes hommes. Oui, je me souviens de ça aussi… Mais je pensais au moment où…"
Ventus se rembrunit sensiblement, fronçant ses sourcils châtains sous sa frange en dégradé, avant de terminer:
"...Où tu m'as dit qu'on se reverrait dans une autre vie…"
Une brise froide effleura la chevelure de feu de Lea, qui frissonna au souvenir de la mort de son Simili. Kairi sentit son désarroi, car elle se permit de poser une petite main sur son bras, pour le soutenir moralement.
"Je sais que tu n'y croyais pas vraiment, admit Ven en tendant une glace à chacun des deux Porteurs assis à ses côtés, jambes pendant dans le vide. Mais tu vois? J'avais raison… Sora a vraiment fini par trouver la réponse que je cherchais. Et mon cœur a retrouvé sa véritable place. Tout comme le tien…"
Après une seconde durant laquelle Lea plongea ses yeux émeraude dans ceux, bleu roi, de son ami jadis disparu, il finit par accepter la friandise gelée en répétant un geste fraternel appartenant à leur passé ténébreux qu'il croyait, effectivement, à jamais révolu. Gêné par les larmes de nostalgie qui se massaient dangereusement aux coins de ses paupières, le jeune homme aux cheveux de feu détourna son visage du regard de ses deux comparses et fit mine de regarder le soleil couchant en déclarant:
"Elles sont quand même sacrément bonnes ces glaces à l'eau de mer…"
"Oui c'est délicieux! confirma Kairi sur sa gauche. Moi qui en avait tant entendu parler mais n'avait pas eu le temps d'en goûter lors de mon premier passage ici… En parlant de manque de temps: je pense que c'est le moment parfait pour vous donner… ça!"
Intrigué par la nature du "ça!" de sa petite-amie, la curiosité de Lea fut plus forte que son surplus émotionnel et il reporta bientôt son attention vers le centre de leur trio. La native de l'Île de la Destinée levait fièrement trois espèces de bracelets décorés de coquillages devant elle, s'amusant à faire briller leur coque striée dans un rayon de soleil rougeoyant. Contre toute attente, une nouvelle montée de mélancolie submergea le rouquin, qui aperçut la même expression faciale sur le visage de Ven alors que Kairi présentait son oeuvre:
"Je me suis dit que comme on était maintenant une équipe, ce serait bien de faire quelque chose de…symbolique… pour resserrer nos liens. J'ai trouvé l'idée d'Iwako de mettre des motifs à carreaux sur tous vos habits vraiment jolie, alors je m'en suis inspirée… Je n'ai malheureusement pas ses dons en couture, mais comme il me restait quelques coquillages de l'Ile…"
"C'est parfait… murmura Lea en recevant le bijou artisanal dans la paume de sa grande main. Et ça ira super bien avec celui que tu m'as déjà fabriqué l'année passée…"
"Merci beaucoup… souffla Ventus en passant derechef la gourmette à son poignet. C'est une super idée."
"Merci à vous… ajouta Kairi d'une petite voix en posant un regard étrangement triste sur la main qui tenait son bâtonnet de glace en train de fondre. De m'accepter. Dans votre amitié. Et surtout de me faire partager ce moment avec vous… J'avais peur de… d'être de trop."
Une désagréable impression de déjà-vu assaillit les tripes de Lea. Son ventre tordu par une sorte de remord oublié et impénétrable, il rassura sa bien-aimée en entourant ses épaules de son bras libre tout en affirmant:
"C'est bizarre à dire mais… je crois qu'une partie de toi a toujours été avec nous…"
Contre toute attente, trois larmes roulèrent conjointement sur la joue de chaque membre du trio, étincelantes telles des étoiles et disparaissant aussi vite qu'elles étaient apparues, comme réalisant un vœu innomé. Les trois amis s'observèrent un instant, le regard hagard et dérouté, mais étrangement soulagés. Quand soudain, un sanglot déchira le silence paisible qui s'était installé entre eux, jaillissant de la gorge de Ventus, qui s'empressa de dissimuler son visage derrière une grande main ornée de deux bagues noires et blanches.
"Est-ce que tout va bien…?" s'inquiéta Kairi en se penchant vers lui, faisant chuter ses cheveux auburn vers l'avant.
"Je suis désolé… s'excusa platement l'ancien Simili, décontenancé. J'ai soudain eu… une énorme impression de me sentir… coupable de quelque chose."
"Mais de quoi…?" s'étonna Lea qui avait l'impression, lui, d'avoir manqué un chapitre.
"Je… hésita Ven en abaissant lentement la paume de sa main, la fixant à la manière d'un criminel regrettant son geste. Je ne sais pas… Je ne me souviens plus…Mais une chose est sûre…"
Le jeune homme blond prit quelques instants pour se reprendre et retrouver son sourire avant de tourner deux yeux bleu remplis de larmes en direction de l'amie d'enfance de Sora, en admettant:
"...Je suis heureux de pouvoir partager une glace ici avec toi, Kairi."
Une puissante bourrasque de vent ébouriffa soudain les trois amis, qui durent s'accrocher les uns aux autres pour ne pas tomber en bas de la tour de l'Horloge. La frayeur passée, ils notèrent tous leurs expressions angoissées avant d'éclater de rire à l'unisson, amusés par leur propre reflet terrifié dans le regard de l'autre. Puis, profitant des dernières lueurs du crépuscule, ils tournèrent leurs mentons vers l'horizon qui s'embrasait de milles couleurs chaleureuses, réchauffant leurs âmes et ravivant plus que jamais la flamme de l'espoir qui avait tant vacillé dans le coeur des deux anciens Similis. Savourant, morse par morse, les dernières miettes floconneuses de leur glace bleue, les trois amis s'abandonnaient à la contemplation du firmament dans la douce quiétude sérotinale… lorsqu'une tonitruante sonnerie les fit brusquement sursauter. Lea leva un sourcil en essayant de comprendre les paroles de la chanson qui s'échappaient de la poche de pantalon beige de Ven, ne parvenant qu'à saisir une histoire de peurs et de mensonges qui disparaissaient… Ventus sortit rapidement le commlink de son vêtement et lâcha en regardant son écran, étonné:
"C'est Sora…?"
"Décroche bon sang!" s'irrita Lea en lui lançant son bâtonnet de glace dans les cheveux, où il resta misérablement planté tel un palmier solitaire.
L'ancien élève d'Eraqus s'exécuta et plaça le combiné contre son oreille. Lea put clairement apercevoir une myriade d'émotions différentes se peindre sur le faciès de son ami, passant graduellement de l'étonnement, à l'incompréhension, à la véritable panique. Détestant les surprises et ne supportant plus l'attente interminable dont il était la victime scénaristique, Lea railla alors:
"Bon… On peut avoir un récap. ou faut que je t'arrache ce truc des mains?"
"Ils ont besoin de notre aide, expliqua Ven en décollant enfin l'appareil de son crâne, avec gravité.
Le Hildegarde… c'est leur seule chance de sauver les habitants de Disney!"
Qu'avez-vous pensé de la dernière partie? L'ambiance "Days" a-t-elle bien été rendue?
